Articles Tagués ‘Tony Yayo’

Les pétards mouillés du Rap Us (2001-2006).

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Sortie: 3 Mars 2005
Label: G-Unit/ Shady/ Aftermath/ Interscope
Producteurs: Dr. Dre, Eminem, 50 Cent, Black Jeruz, Buckwild, Cool & Dre, Cue Beats, Dangerous LLC, Disco D, F.B.T., Hi-Tek, J. R. Rotem, Mike Elizondo, Needlz, Scott Storch, Sha Money XL, C. Styles & Bang Out

En ce début d’année 2005, 50 Cent est sur tous les fronts. Non content d’être devenu l’un des plus gros vendeurs de l’industrie et de produire des artistes à succès au sein de son G-Unit Records, le rappeur au flow insolent s’invite dans la presse people, les hautes arcanes du monde des affaires et bientôt le cinéma. Curtis Jackson est partout, compte être partout et son assurance s’est muée en arrogance. Histoire de continuer à faire parler de lui il se lance dans un grand cirque de provocations, multipliant les prises de bec avec ses homologues New-Yorkais (Ja Rule, Fat Joe, Jadakiss entre autres) à l’aide de petites phrases assassines savamment distillées en interview et de diss tracks plus ou moins percutantes. Toutes choses qui ont pour principal effet de lui attirer encore plus de haters et de finir par en faire une des personnalités les plus détestées de la Grosse Pomme. 50 n’en a cependant cure. Du moment qu’il occupe le devant de la scène et que les ventes sont assurées, aucune raison de se plaindre.
C’est donc en pleine confiance qu’il aborde la réalisation de The Valentine’s Day Massacre. Prévu pour la fin 2004, il sera repoussé et verra son titre écourté en The Massacre. La question qui taraudait tout le monde était de savoir si ses mentors Dr. Dre et Eminem produiraient intégralement le disque comme le voulait la rumeur. La réponse sera finalement livrée avec la sortie du premier single Disco Inferno produit par C. Styles & Bang Out. Cette espèce de In Da Club à la vidéo x-rated fait naitre de sérieuses craintes quand au contenu de cet album. Un titre peu convaincant où l’ami Curtis ne se foule pas, se contentant d’assurer une performance correcte sans plus. Le tubesque Candy Shop (produit par Scott Storch) et ses rimes à connotations sexuelles ne s’avère pas plus rassurant mais a au moins le mérite de le replacer en tête des charts et de lui attirer les faveurs du grand public, particulièrement sensible à ce titre aussi sucré que le laisse présager son intitulé. 50 semble à présent vouloir faire du son accesible à tous, ce qui ne manque pas de lui attirer les foudres de ses haters, chaque jour plus nombreux, qui critiquent son virage commercial et vilipendent son attitude condescendante. Toutes choses pour lesquelles l’album sera descendu à sa sortie et provoquera une scission dans le microcosme hip-hop désormais partagé entre ses groupies inconditionnelles et ses haters. Il importe cependant de faire fi de ce clivage pour apprécier cet album à sa juste valeur.
On attendait énormément de productions d’Eminem et de Dr. Dre, il faudra se contenter de quelques bribes. Les deux monstres sacrés ne sont aux manettes que pour cinq titres. Deux prescriptions pas franchement exceptionnelles du bon docteur (Outta Control et Gunz Come Out) et trois legs du blondinet de Détroit suffisent cependant à faire son bonheur (Ce dernier s’invitant au micro sur le délirant Gatman et Robbin). Le reste de l’architecture sonore est confiée à divers producteurs plus ou moins connus. Paradoxalement ce sont eux qui donneront de l’épaisseur à la sauce. Après une intro sur fond de meurtre vite digérée, C. Styles & Bang Out nous prouvent qu’ils ne sont pas bons qu’à faire des titres clubs. In My Hood s’avère être une réussite et laisse augurer d’un album moins commercial que l’on voudrait nous le faire croire. Cette impression se prolonge avec un This Is 50 plutôt moyen mais surtout le très bon I’m Supposed To Die Tonight magnifiquement orchestré par Eminem. Les choses se gâtent cependant avec Piggy Bank, diss track torchonneuse sans aucun fondement. 50 s’en prend à Shyne, Jadakiss, Fat Joe, Lil Kim, Nas et Kelis, le tout sur un orchestration de Needlz qui n’est rien d’autre qu’un succédané du Let Me In de Young Buck. Ce titre sans éclat est la première grosse tâche de cet album. Dans le même giron on peut ranger le trio de bangers typés orientaux (Disco Inferno, Candy Shop, Just A Lil Bit) qui ne servent à rien qu’à assurer les ventes ainsi que quelques titres tout aussi peu convaincants (le très passable So Amazing et l’arrogant God Gave Me Style).
C’est lorsqu’il revient à un son plus East Coast que 50 atteint des sommets. Ses deux collaborations avec Hi-Tek (Get In My Car et Ryder Music) sont plus que convaincantes. D’autres tueries made in NYC comme Ski Mask Way, l’efficace Position Of Power et le surprenant I Don’t Need Em en viennent à faire regretter qu’il ne nous aie pas livré un album entier dans cette veine. Autres bonnes surprises My Toy Soldier avec un Tony Yayo qui se distingue, l’excellent Build You Up (surprenant qu’on en ait pas fait un single) en featuring avec Jamie Foxx et même dans une moindre mesure A Baltimore Love Thing apportent une réelle plus-value à ce disque. Le remix de Hate Or Love It situé en fin de disque en devient limite anecdotique.
Au final un disque de plutôt bonne facture, bien sur largement inférieur au précédent mais tout de même réussi dans son genre. Beaucoup de refrains chantés/chantonnés et pas mal de titres dispensables mais il serait hypocrite de ne retenir que ces errements. Bien sur on ne peut qu’être déçu au cas où l’on attendait une bombe, trouver que Curtis Jackson tourne en rond et ne se renouvelle pas, mais on ne peut sans ciller affirmer que cet album n’a aucune qualité et est juste bon à finir aux ordures. En dépit d’une Street Credibility au plus mal à l’époque, 50 continue son chemin vers la popularité de fort belle manière quitte à livrer un album en deçà de ses possibilités mais suffisamment accessible pour assurer les ventes. Après tout c’est tout ce qui lui importe.

14/20

Tracklist:

  1. « Intro » (Produit par Eminem)
  2. « In My Hood » (Produit C Styles et Bang Out)
  3. « This Is 50 » (Produit par Black Jeruz)
  4. « I’m Supposed To Die Tonight » (Produit par Eminem)
  5. « Piggy Bank » (Produit par Needlz)
  6. « Gatman And Robbin' » feat. Eminem (Produit par Eminem)
  7. « Candy Shop » feat. Olivia (Produit par Scott Storch)
  8. « Outta Control » (Produit par Dr. Dre)
  9. « Get In My Car » (Produit par Hi-Tek)
  10. « Ski Mask Way » (Produit par Disco D)
  11. « A Baltimore Love Thing » (Produit par Cue Beats)
  12. « Ryder Music » feat. Dion (Produit par Hi-Tek)
  13. « Disco Inferno » (Produit par C Styles et Bang Out)
  14. « Just A Lil’ Bit » (Produit par Scott Storch)
  15. « Gunz Come Out » (Produit par Dr. Dre)
  16. « My Toy Soldier » feat. Tony Yayo (Produit par Eminem)
  17. « Position Of Power » (Produit par Jonathan « JR » Rotem)
  18. « Build You Up » feat. Jamie Foxx (Produit par Scott Storch)
  19. « God Gave Me Style » (Produit par Needlz)
  20. « So Amazing » feat. Olivia (Produit par Jonathan « JR » Rotem)
  21. « I Don’t Need ‘Em » (Produit par Buckwild)
  22. « Hate It Or Love It » (G-Unit Remix) (Produit par Cool & Dre)

Sortie: 4 Février 2003
Label: G-Unit/ Shady/ Aftermath/ Interscope
Producteurs: Dr. Dre, Eminem,  Mike Elizondo, Midi Mafia, Denaun Porter, Darrell « Digga » Branch, Rockwilder, Megahertz, Rob « Reef » Tewlow, Sha Money XL, Dirty Swift, DJ Rad, Sean Blaze, John « J-Praize » Freeman, Red Spyda, Terence Dudley

Petit retour sur un album qui quoi que diront les détracteurs fait incontestablement partie des albums majeurs de cette décennie. Avant de brasser des millions de dollars, de devenir une icône people et d’être un des MC’s les plus détestés de New-York, 50 Cent n’était qu’un rappeur prometteur qui faisait parler de lui par sa réputation de clasheur hors-pair et ses street CDs de qualité. C’est donc à juste titre qu’il était considéré par beaucoup comme l’avenir du rap de la Grosse Pomme, lui qui avait été libéré de son contrat par la major Columbia quelques années plus tôt. Mais qu’importe sa street credibility et son buzz sans cesse grandissant va lui offrir l’opportunité de sortir des bas-fonds. Une de ses mixtapes finira par atterrir chez Paul Rosenberg (le manager d’Eminem) qui la fera écouter à son poulain entre deux sessions d’Eminem Show. Une rencontre et quelques pourparlers plus tard et voici l’ami 50 signé sur Shady Records/Aftermath le label du blondinet de Detroit. Dans la foulée sa destinée artistique est prise en main par Eminem et Dr. Dre. Pas mal pour un début.
Il devra cependant s’armer de patience avant de voir son premier album enfin dans les bacs. Entre scènes assurées en compagnie de son nouveau mentor, freestyles lâchés un peu partout et une grosse présence sur les mixtapes sa côte ne cesse de monter tant aux yeux du grand public (quel meilleur argument qu’un Eminem, conquis et élogieux au sujet de son nouveau soldat, pour se faire du buzz?) que de la rue qui voit en lui une espèce de mix entre 2Pac, B.I.G. et Big L (excusez du peu). Sa présence très remarquée (grâce notamment à Wanksta) sur la B.O. d’8Mile achèvera de préparer le terrain. Rien ne semble alors pouvoir l’arrêter en dehors d’un beef l’opposant à Ja Rule un des plus gros vendeurs du moment. Surtout que le premier single In Da Club, orchestré par Dr. Dre devient un hit mondial. 50 Cent est donc prêt à lancer sa carrière officielle.

Rien que l’intitulé de cet album ne souffre d’aucune ambigüité. Les mauvaises langues argueront plus tard qu’il était symptomatique de la direction artistique et économique prise par la suite par Mr Curtis mais bon quoi de mieux qu’un titre fort pour marquer les esprits? De plus l’impact de balle de la pochette à le mérite de nous replonger dans le délire gangsta rap qu’on croyait disparu depuis la mort de ceux qu’on sait. Dès le premier titre What Up Gangsta (produit par le peu connu Rob Tewlow)on entre direct dans l’univers de 50 Cent. Un titre bref mais qui fait figure d’introduction parfaite pour un album qu’on attendait « gangsta ». Les titres suivants corroborent cette bonne impression. Il se livre à une réflexion sur sa carrière en compagnie d’Em sur Patiently Waitin’ avant d’atteindre des sommets sur Many Men (Wish Death) pas loin du meilleur de 2Pac ou B.I.G. Passons la bombe In Da Club et le bon High All The Time pour en prendre plein les oreilles avec le magnifique Heat (signé Dr. Dre), bien street comme on l’aime. Le bon docteur livre au passage un autre de ces bangers dont il a le secret avec If I Can’t. Premier doute sur Blood Hound qui sonne résolument South mais on sera moins surpris en apprenant que l’invité sur ce son, Young Buck est originaire de Nashville. Cette incursion de Buck sera la première de la G-Unit (découverte aux côtés de Curtis sur la tape 50 Cent Is The Future) sur le disque. Lloyd Banks (sur Don’t Push Me en compagnie d’Em) et Tony Yayo (sur Like My Style) auront également droit à leur minute trente d’exposition. La pression remonte direct avec Back Down où 50 s’en prend à Ja Rule. Le banger P.I.M.P. et sa mélodie accrocheuse lui succède avec brio. A compter de là on oscillera entre son pour la rue (Like My Style) et gros bangers (21 Questions en compagnie de Nate Dogg). La fin de l’album est cependant plus street…si on oublie que toutes les bonus tracks sont déjà connues. Mais bon ces titres passent tout de même très bien.

En définitive un album avec peu de déchets et son lot de tueries qui ont contribué à le rendre plus que populaire. Un des rares albums qui a parfaitement réussi à concilier tracks pour la rue et gros bangers de façon assez cohérente. La question est de savoir si l’on peut d’ores et déjà l’élever au rang de classique des années 2000 ou alors le considérer comme un gros album qui n’a fait que reprendre des formules commerciales afin de toucher le jackpot. Bien sur les inimitiés et autres réactions passionnées au sujet de 50 Cent faussent le débat d’avance mais on ne peut nier la qualité de cet album qui fait et fera à n’en point douter partie des monuments du Rap Game.

17/20

Tracklist

  1. Intro
  2. What Up Gangsta (Produced by Rob « Reef » Tewlow
  3. Patiently Waiting [Feat. Eminem] (Produced by Eminem)
  4. Many Men (Wish Death) (Produced by Digga)
  5. In Da Club (Produced by Dr. Dre & Mike Elizondo)
  6. High All The Time (Produced by DJ Rad, Luis Resto, Eminem & Sha Money XL)
  7. Heat (Produced by Dr. Dre)
  8. If I Can’t (Produced by Dr. Dre)
  9. Blood Hound [Feat. Young Buck] (Produced by Sean Blaze)
  10. Back Down (Produced by Dr. Dre & Mike Elizondo)
  11. P.I.M.P. (Produced by Mr. Porter)
  12. Like My Style [Feat. Tony Yayo] (Produced by Rockwilder)
  13. Poor Lil’ Rich (Produced by Sha Money XL)
  14. 21 Questions [Feat. Nate Dogg] (Produced by Dirty Swift)
  15. Don’t Push Me [Feat. Lloyd Banks & Eminem] (Produced by Eminem)
  16. Gotta Make It To Heaven (Produced by Megahertz)
  17. Wanksta [Bonus Track] (Produced by John « J-Praize » Freeman)
  18. U Not Like Me [Bonus Track] (Produced by Red Spyda)
  19. Life’s On The Line [Bonus Track] (Produced by Terrence Dudley)
  20. P.I.M.P. (G-Unit Remix) [Bonus Track] [Feat. Snoop Dogg, Lloyd Banks & Young Buck] (Produced by Mr. Porter)

Il est lieu commun d’affirmer que le retour de Mr Curtis était attendu. Échaudé par l’échec du deuxième album de son groupe (le peu inspiré Terminate On Sight), l’ami 50 n’a pas été très communicatif sur les raisons de ce contre-temps, préférant laisser son fidèle général Tony Yayo le défendre (l’affaire Shanika Thompkins y a peut-être été pour quelque chose) . Toutes choses qui laissaient à penser que l’empire G-Unit, tout-puissant il y a encore cinq ans , est définitivement sur le déclin. Qu’importe, 50 Cent entend rebondir avec un nouvel album qui marquera aussi la fin de son contrat chez Interscope et du supposé dictat de Jimmy Iiovine (patron de label). Before I Self Destruct initialement prévu pour fin 2008 a été maintes fois repoussé depuis. La raison principale étant la difficulté pour l’entertainer de Southside Jamaica Queens de se faire du buzz. En dépit de productions estampillées Dr Dre, les singles Get Up et Get It In ne déchaînent pas vraiment les passions. Au point que l’ami Curtis aurait décidé de retourner en studio essayer de rectifier le tir pour cet album qui marquera soit le début d’une nouvelle ère, soit la fin pour lui (à la plus grande joie de ses haters).
Alors donc que Before I Self Destruct tarde à pointer le bout de son nez dans les bacs, 50 décide de nous faire patienter en sortant cette mixtape gratuite sur son site officiel. Histoire de gommer tous les doutes, le sous-titre (Prepare For Total Destruction) nous indique clairement que ce War Angel LP est lancé en éclaireur avant le tant attendu quatrième album de 50 Cent. Pour faire monter le buzz, il est même indiqué que le bon docteur a produit un titre dessus (OK, You’re Right qui est loin d’être la meilleure prod de Dre). On reste cependant dubitatif quand au contenu de cette e-tape.
Au programme une douzaine de titres dont une outro, une liste de producteurs non communiquée et moins de 40 minutes de musique (en même temps on ne s’attendait pas à ce qu’il se foule sur ce plan-là). Première mauvaise nouvelle dès la première écoute, 50 a légèrement changé sa façon de poser. La voix est plus forcée et donne un sentiment de manque de fluidité. De plus les productions ne sont pas ce qu’il y a de plus imaginatif, ce qui est loin d’être rassurant. Voilà pour la forme.
Pour ce qui est du fond, Mr Curtis reste dans la lignée de ce dont il nous gratifie depuis 2005. Des lyrics limites racoleurs innervés d’une arrogance qui devient rapidement énervante. Sans compter que les rimes sont trop souvent monosyllabiques et pas des plus recherchées. Des titres comme Redrum ou C.R.E.A.M. 2009 où il vilipende ses détracteurs, laissent de marbre et illustrent parfaitement le manque d’inspiration de Curtis. Même les refrains qui furent pendant longtemps le point fort de 50 manquent de pêche, à l’image du single OK You’re Right et son refrain simpliste. Le tout laisse une impression plus que mitigée, voire carrément désagréable. De cet ensemble sans grand éclat on retiendra surtout des titres comme London Girl ou I Gotta Win. Passons la pseudo-collaboration avec Robin Thicke sur Cocaine (en fait un remix retravaillé par on ne sait qui, à l’image des duos virtuels avec 2Pac qui pullulent sur la toile et les mixtapes) et on a fait le tour.
Au final, l’opération reconquête est loin d’être une réussite. Ce projet a de fortes chances de demeurer anecdotique et ne parviendra pas à lui permettre de reconquérir son buzz des années passées. Il aura surtout réussi à semer le doute au sujet de Before I Self Destruct qui du coup est attendu avec encore plus de réserves.

12/20