Articles Tagués ‘The Notorious B.I.G.’

Un certain nombre d’albums ont bénéficié d’un buzz énorme ou ont motivé un certain nombre d’attentes tant de la part du public que de la presse spécialisée et ont été au final loin d’être à  la hauteur de l’agitation qu’ils ont suscitée. Le but de cette série d’articles est de vous faire redécouvrir ces pétards …

viaLes pétards mouillés du Rap Us 1996-2000.

Sortie: 12 Novembre 2002
Label: Roc-A-Fella/ Island Def Jam
Producteurs: Just Blaze, Kanye West, Dr. Dre, The Neptunes, No I.D., Heavy D, Jimmy Kendrix, Big Chuck, Ron Feemster, Charlemagne, Digga

On avait quitté Jay-Z avec un classique qui la définitivement hissé au rang d’icône de ce début de millénaire. Si on ne peux rien reprocher au génial The Blueprint, il n’en est pas de même pour la suite des évènements. Hova se perd dans son duel au sommet avec Nas, se prenant même une gifle monumentale avec Ether, réponse détonante à son Takeover. Et ce ne sont pas ses diss tracks plus ou moins inspirées qui feront remonter sa crédibilité, surtout qu’entretemps son rival est redevenu le favori de la rue. De plus son album-concept avec R. Kelly est un semi-échec imputable aux problèmes judiciaires de son partenaire de micro. Jay se voit donc dans l’obligation de redresser la barre et décide de réagir en annonçant la sortie d’un double album qui se veut être la suite de The Blueprint jusque dans son intitulé: The Blueprint²:The Gift & The Curse. Pourquoi un double album déjà? Parce que Jay le peu pardi. Non plus sérieusement les plus grands ont sorti des doubles album très réussis (2Pac, The Notorious B.I.G., Wu-Tang), réaliser le sien est le meilleur moyen d’accéder pour de bon au statut de légende vivante (comme si ce n’était déjà pas le cas). Pour mener à bien cet ambitieux projet, il ne lésine pas sur les moyens convoquant une brochette de producteurs de renom ( Kanye West, Just Blaze, Dr. Dre, Timbaland, The Neptunes) quelques-uns moins connus (No I.D., Jimi Kendrix, Big Chuck, Charlemagne, Digga et le revenant Heavy D) et plus d’une vingtaine d’invités (il serait trop long de les énumérer). Toutes choses qui laisse augurer d’un disque inégal et longuet.

Comme le laissait penser la guest list, l’album par dans toutes les directions avec des collaborations tous azimuts, des instrumentaux sans cohésion et des titres qui ne servent à rien qu’à assurer le remplissage. A vouloir manger à tous les râteliers, l’ensemble souffre d’un manque de cohérence flagrant et tient plus d’une association disparate de titres que d’un disque patiemment construit. Autre écueil non-évité, une atmosphère musicale inexistante. Si la carte de la diversité a été jouée, les artisans sonores ont confondus éclectisme et  non-identité. Sampler aussi bien Earth Wind & Fire, Ennio Morricone, Paul Anka, 2Pac, TLC et même Usher sur le même disque fait vraiment tâche. On jurerait presque écouter une bande originale de film ou une compilation réunissant les titres les plus joués de l’année.

Les choses démarrent plutôt bien pourtant avec l’évocateur A Dream en featuring avec l’ex-couple Wallace, j’ai nommé Faith Evans et son défunt mari The Notorious B.I.G. présent grâce au récyclage d’un de ses couplets de Juicy (merci Kanye). Just Blaze surprend avec le sympathique Hovi Baby avant que l’équipe Aftermath ne vienne s’illustrer sur la suite de The Watcher. L’occasion rêvée pour Hova de croiser ses rimes avec un autre monstre sacré du rap: Rakim (à l’époque signé chez Aftermath). Si Dre ne livre qu’une déclinaison de son propre titre, le morceau s’avère plutôt satisfaisant. Tout va malheureusement se gâter avec 03 Bonnie & Clyde première collaboration du couple Hov/Beyonce pour une reprise low-cost du Me & My Girlfriend de 2Pac. En dépit d’un succès considérable à l’époque, ce single archi-grillé est la première grosse déception du premier disque. La chute continue avec un autre single sans éclat Excuse Me Miss où la voix de Pharrell s’avère plus qu’irritante à la longue et le terne What They Gonna Do avec un Sean Paul lymphatique. Même constat avec un Fuck All Nite inutile et un I Did It My Way plus que dispensable. Heureusement la collaboration réussie avec les sudistes Killer Mike, Twista et Big Boi ainsi que l’accrocheur The Bounce (magistralement produit par Timbaland) et le bon All Around The World sauvent la mise pour ce premier disque au contenu mitigé.

Le deuxième disque s’avère un poil plus convaincant que son alter-ego mais souffre lui aussi des carences énoncées plus haut. Il comporte tout de même des titres de qualité comme Diamond Is Forever, le surprenant duo avec Lenny Kravitz (Guns & Roses) l’excellent Meet The Parents, le bouncy Nigga Please (un incontournable en club à l’époque) ou encore le titre éponyme (malgré son sample grillé). C’est aussi l’occasion pour Jay de permettre à ses poulains de s’illustrer. As One voit ainsi presque tous les artistes du label sur un titre plus convaincant mais n’arrivant pas à la cheville d’un Reservoir Dogs par exemple (présent sur Hard Knock Life). Même sentence pour le remix de U Don’t Know qui malgré la bonne performance des M.O.P. semble n’avoir été réalisé que dans un but purement stratégique (le combo de Brooklyn venant juste de rejoindre la famille Roc-A-Fella, il était logique de leur offrir un peu de visibilité). De plus l’instru est limite inchangé, bonjour l’originalité. Passons également un Some How Some Way sans intérêt qui prouve qu’il faut tout de même faire plus que reconduire le casting de This Can’t Be Live (titre de The Dynasty) pour pondre un titre convaincant. Impossible également de se sentir concerné par le fadasse A Ballad For The Fallen Soldiers qui ne suscite rien à part des bâillements successifs et l’insipide What They Gonna Do Part II (le type même de bonus tracks dont on se passerait volontiers vu qu’il réussi l’exploit d’être encore plus vomitif que l’original). Jigga peut heureusement compter sur 2 Many Hoes (produit par un Timbaland qui fut bien le seul à n’avoir jamais déçu sur cet album) et Some People Hate pour se refaire une santé.

Un album très peu convaincant en somme. De bons titres malheureusement noyés dans une direction artistique hasardeuse. De plus le manque de cohésion globale et l’irrégularité de Jay-Z au micro n’arrange rien. A vouloir frapper trop fort, Jigga s’est dilué dans un album ne lui correspondant finalement que trop peu. Il aurait clairement été plus judicieux de ne faire qu’un seul disque plus abouti et plus cohérent plutôt que de céder à cette course à la grandiloquence. Si le succès commercial reste au rendez-vous, on ne peut qu’être déçu de cet album.

15/20

Tracklist