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Les pétards mouillés du Rap Us (2001-2006).

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Sortie: 11 Septembre 2007
Label: Roc-A-Fella/ Island Def Jam
Producteurs: Kanye West, DJ Toomp, Nottz, Mike Dean, Jon Brion, Warryn Campbell,Brian Miller, Eric Hudson, Gee Robertson, Plain Pat

Après deux premiers volets que l’ont pourrait aisément considérer comme classiques, Kanye West se décide à boucler sa trilogie de l’ourson avec le dernier volet Graduation. Si son arrogance ne s’est pas arrangée avec le succès de Late Registration, il s’est cependant fait un tantinet plus discret dans les studios, devenant moins productif mais paradoxalement plus présent que jamais dans l’actualité. Pour se faire encore plus de buzz, 50 Cent et lui se lanceront dans une pseudo-guerre des ventes (on ne peut tout bonnement pas qualifier ça de beef), le premier arguant même qu’il serait prêt à arrêter sa carrière s’il s’avérait que son Curtis se vend moins que Graduation. Mais au-delà de ce battage médiatique, ce qui nous intéresse nous c’est la musique de Mr West pas ses nouvelles lubies ou coups de gueule. Justement il balance un premier single en éclaireur qui à le mérite de faire l’unanimité: Can’t Tell Me Nothing. Une bastos produite par Ye lui-même et DJ Toomp. Une orchestration toujours aussi captivante rehaussée par un sample de voix féminine ultra-efficace et des ad-libs de Young Jeezy. Ajoutons à cela un refrain qu’on retient dès la première écoute et on obtient un des meilleurs singles de 2007. L’attente est encore plus énorme et Ye l’entretient à sa façon en faisant découvrir son futur disque à un parterre de journalistes triés sur le volet. Résultat son nom est sur toutes les lèvres et son buzz en devient monumental. L’engouement va cependant être tempéré par la sortie du deuxième single, le surprenant Stronger qui divisera l’auditoire et ses fans. Kanye a en effet osé samplé le groupe techno français Daft Punk et son ultra-connu Higher, Better, Faster, Stronger électronisé. Certains crient au génie et louent son ouverture d’esprit quand d’autres dénoncent cette association qui tient plus de la compromission et s’appliquent à la rangée au chapitre pop. La bataille fait rage entre progressistes et conservateurs sur la toile. Mais Kanye n’en a cure, il peaufine son projet, rajoute des titres, en éjecte d’autre et attend patiemment son heure. Comme un signe l’album sortira le 11 Septembre, soit six ans jour pour jour après celle de son éclosion mondiale comme producteur avec The Blueprint.

Voici qu’arrive enfin le disque. Premier constat la pochette. On y retrouve notre ours-mascotte dans un univers plus cartoon et coloré s’envolant vers de nouveaux horizons après la fin du College. On notera qu’il arbore à présent une variété de bijoux, renforçant la collusion avec Ye. Un bon point. Le livret des crédits s’annonce cependant plus surprenant. Contrairement à ses habitudes, Kanye est moins omniprésent que par le passé. S’il ne laisse qu’un seul titre à DJ Toomp, on note qu’il est entouré d’une armée de collaborateurs plus ou moins connus qui co-produisent l’essentiel de l’album. Mr West ne signe que trois titres tout seul. Pour le reste on retrouve du beau monde. L’omniprésent Jon Brion est toujours là, tout comme Warryn Campbell. Outre DJ Toomp, Mike Dean (producteur lié au label texan Rap-A-Lot) est de la partie (il est d’ailleurs le co-signataire de Stronger). On est par contre plus surpris par la présence de Nottz , ainsi que celles plus discrètes cependant de Timbaland (qui se charge des drums additionnels sur Stronger et Good Life) et de DJ Premier (qui redevient DJ pour l’occasion en assurant les scratches de Everything I Am) . Il est clair que Ye n’a pas lésiné sur les moyens pour cet album qu’il veut accessible pour tous et à même de faire bouger les foules grâce à son « stadium status ». Place à l’écoute.

Première impression, une musicalité toujours aussi manifeste. après la soul du premier et les quelques incursions dans la pop et le jazz dans le second, place ici au musiques électroniques. Kanye élargi sa gamme de samples, s’inspire de tout ce qui fait l’actualité (et qui par ricochet se vend). Les puristes ne lui pardonneront pas ces escapades hors des sentiers battus et certains pourraient même parler de retournement de veste, mais il n’y a cependant pas lieu d’être surpris. Après tout Kanye n’avait-il pas lui-même comparé ce disque à un boeing lancé en plein sur une autoroute? Comprendre par là qu’il entend transgresser les genres en les investissant tous à la fois. Si le pari n’est au final pas gagné, cela à au moins le mérite d’être clair. L’album s’ouvre avec un merveilleux Good Morning qui sonne le réveil et nous transporte dans un monde limlite féérique. On se laisse bercer par ce tempo relaxant et on appréhende au mieux ce Champion qui lui succède. Le sample de voix usité parle de lui-même ( « Did you realize that you were a champion ?« ). Entre autosatisfaction et lucidité il revient sur son parcours une fois de plus. Passons l’électronique Stronger et attardons nous sur un enchainement de titres ravageurs écrasant tout sur leur passage. Première balle I Wonder et son sample de voix stratosphérique se situe dans la continuité de Stronger du point de vue de sa rythmique. On enchaine avec le très populaire Good Life où s’illustre un T-Pain égal à lui-même et l’énorme Can’t Tell Me Nothing. La pression retombe cependant sur Barry Bonds. Pas que la production originellement assurée par Nottz ne soie pas au niveau, mais c’est surtout la performance de Lil Wayne qui déçoit. Il se fait limite outshiné par West sur le coup qui n’est, rappelons-le, pas le meilleur rappeur du monde. A ce sujet, il a bien essayé d’évoluer en usant d’un phrasé plus lent mais le résultat n’est pas toujours probant. S’il s’avère plus que convaincant sur Can’t Tell Me Nothing, il l’est moins sur I Wonder par exemple. Ajoutons à cela des schémas de rimes parfois simplistes, voire ridicules pour certaines, des jeux de mots dispensables et on obtient un ensemble assez irrégulier. De plus dans sa volonté d’accessibilité, il a tout bonnement banni tout aspect revendicatif de ses lyrics, au grand dam des fans de la première heure.
On change de sphère avec le surprenant Drunk & Hot Girls sur lequel intervient Mos Def. Un titre délirant décrivant le comportement des filles bourrées rencontrées en boîte. On ne sait également trop quoi penser de Flashing Lights qui apparait un tantinet en deçà des premiers titres de l’album. Il se reprend heureusement très bien sur le sublime et profond Everything I Am, titre confession sur lequel il nous fait partager son émotion comme il avait su le faire sur ses disques précédents. La boucle de piano percute en plein cœur et parasite le cerveau dès la première écoute. Dans ces circonstances The Glory même s’il s’avère efficace semble terne malgré son sample de voix qui fait penser à de la musique zoulou. Le plus que convaincant Homecoming vient rajouter une dose pop avec son refrain assuré par Chris Martin. Une interprétation qui enterre le fadasse Beach Chair de Jigga qui avait inviter le même chanteur précédemment. Vient ensuite un bel hommage à Jay-Z sur Big Brother. Un titre fort qui heureusement ne sombre pas dans la mièvrerie. Une pure merveille signée DJ Toomp. S’il était censé conclure l’album, celui-ci se prolonge via un titre caché. Après nous avoir dit bonjour, il nous dit logiquement Good Night sur un titre doucereux et nous laisse en plein rêve au moment où le disque se termine.

Au final un album qui s’il n’atteint pas tous les objectifs de son auteur et a dérouter quelque peu son public s’avère tout de même très réussi quoiqu’inférieur à ses prédécesseurs. Graduation boucle la boucle avec éclat et conclut merveilleusement cette géniale trilogie.

17/20

Tracklist

# Title Producer(s) Length
1. « Good Morning«  Kanye West 3:15
2. « Champion«  Kanye West, Brian Miller 2:47
3. « Stronger«  Kanye West, Mike Dean* 5:11
4. « I Wonder » Kanye West 4:03
5. « Good Life » (feat. T-Pain) Kanye West, Mike Dean*, DJ Toomp* 3:27
6. « Can’t Tell Me Nothing«  Kanye West, DJ Toomp 4:31
7. « Barry Bonds » (feat. Lil Wayne) Nottz, Kanye West* 3:24
8. « Drunk and Hot Girls » (feat. Mos Def) Kanye West, Jon Brion* 5:13
9. « Flashing Lights » (feat. Dwele) Kanye West, Eric Hudson 3:57
10. « Everything I Am » Kanye West 3:47
11. « The Glory » Kanye West, Gee Robertson*, Plain Pat* 3:32
12. « Homecoming » (feat. Chris Martin) Kanye West, Warryn Campbell 3:23
13. « Big Brother«  DJ Toomp 4:47
[hide]Bonus Track
# Title Producer(s) Length
14. « Good Night » (feat. Al Be Back, Mos Def) Kanye West 3:06

Sortie: 10 Février 2004
Label: Roc-A-Fella/ Island Def Jam
Producteurs: Kanye West, Evidence

Révélé à la production sur This Can’t Be Life de l’album de Jay-Z The Dynasty, Kanye West n’a depuis cessé de prendre du galon au point d’être promu producteur principal du classique The Blueprint. Avec ses boucles de soul 70s plus ou moins triturées,  il a ramené du sang neuf dans l’art du beatmaking qui commençait à tourner en rond. Dès lors il sera fréquemment sollicité par des artistes de divers horizons au point d’être débordé de travail et de sacrifier sa santé pour honorer les délais. Toutes choses qui finiront par l’épuiser et lui feront faire un accident de voiture dont il porte encore les séquelles. Une opération de la mâchoire plus tard et le revoici d’attaque pour délivrer une autre rafale de tubes, volant même la vedette aux Neptunes et Timbaland dans le top des beatmakers les plus « hot ». Ce que la plupart des gens ignore est que Kanye taquine aussi le micro et entend faire une carrière solo. Personne ne soupçonnera rien jusqu’à la sortie du remix du Get By de Talib Kweli (produit par lui) sur lequel il fera entendre sa voix aux côtés de celles de Busta Rhymes et Jay-Z. Loin d’être noyé par les autres figurants, il va s’inspirer de ce premier essai encourageant pour se mettre à travailler son premier album. C’est ainsi que sortira son premier single: Through The Wire, titre fort sur lequel il revient sur son accident avec émotion. En dépit d’un flow manquant de technicité, ses lyrics font mouche, tout comme le sample speedé de la voix de Chaka Kahn qui donnera tout son relief au morceau. Fort de ce succès, il parvient à convaincre ses patrons de Roc-A-Fella de lui accorder leur confiance. The College Dropout commence alors à prendre forme. Un deuxième single tout aussi percutant arrivera sur les ondes un peu plus tard, mettant dans la poche un public béat d’admiration. Slow Jamz squattera les ondes avec sa ritournelle plus soul que jamais, ses samples où l’on reconnait les voix de Ron Isley et R. Kelly entre autres et les interventions remarquables de Jamie Foxx et Twista. Kanye est enfin prêt à prendre d’assaut les bacs avec un album entièrement produit par ses soins.

Premier constat à l’écoute, les limites flowistiques de Kanye. S’il est vrai que les producteurs sont rarement brillants derrière le micro, son phrasé inspiré de celui de Jay-Z et sa voix limite nasillarde ne sont pas des plus captivants. Mais c’est aussi ce qui fait et fera sa particularité dans le rap game. Il n’est pas un technicien de la rime, il est incapable de nous sortir des phases assassines et des punchlines de choix. Il n’a pas un flow de dingue ou des lyrics multisyllabiques à vous couper le souffle. Pas vraiment le profil du client sortant des battles et forgé au Lyricist Lounge. Il est simplement lui sans grande prétention, conscient de ses faiblesses microphonique et ne cherchant en aucun cas à surenchérir. Si sa façon de poser tient parfois de la leçon bien récitée, elle a tout de même un charme inexplicable. S’il n’a pas la technique, il a pour lui la justesse de l’interprétation et sans atteindre des sommets il se distingue en abordant des thèmes relativement inédits (rencontre par internet, emploi chez Gap…) et des lyrics conscients. Il évoque ainsi l’esprit de famille (Family Business), l’éducation (Graduation Day, School Spirit) et parle même de religion sur le sublime Jesus Walks.

Mais le point faire de l’album est indubitablement sa qualité musicale. On n’avait plus eu un album aussi remarquablement produit depuis Chronic 2001. Un véritable bijou serti de pépites plus brillantes les unes que les autres qu’on ne se lasse pas d’admirer. Son procédé de voix soul se voix ici rehaussée d’instruments live et d’interprétations brillantes de sous-traitants de choix (au nombre desquels un John Legend alors totalement inconnu) est porté aux nues, enrobant l’album d’une couche rétro incroyablement emballante. On croirait presque être revenu dans les années 70 et c’est à peine si on ne s’attend pas à voir Marvin Gaye ou Curtis Mayfield débarqué sur les instrumentaux. Un sommet encore jamais atteint auparavant dans le rap. Une véritable réinvention de la soul. Les perles sont légions ( We Don’t Care, le merveilleux All Falls Down gorgée de soul pure sur lequel Syleena Johnson supplée Lauryn Hill avec brio, l’excellentissime Spaceship avec GLC & Consequence, l’entrainant Breathe In, Breathe Out avec un Ludacris au sommet ou encore le brillantissime Two Words avec Freeway, Mos Def et The Harlem Boys Choir) et on en vient réellement à manquer de qualificatifs pour faire part de notre émerveillement. Les collaborations s’avèrent également de premier choix avec outre les titres précédemment cités un Get ‘Em High de qualité sur lequel il convie la crème des conscious rappers de l’époque (Talib Kweli et Common) ainsi qu’un brillant Never Let Me DownJay-Z l’accompagne. Même le morceau final à rallonge (plus de 12 minutes) produit par Evidence (unique producteur extérieur à intervenir) séduit tout autant.

Au final un album des plus plaisants, musicalement très mature et qui séduira sans peine (à moins que vous ne soyez allergiques à la soul et à la voix de Kanye). Pour un premier disque il place la barre très haute et livre un des meilleurs albums de ce début de millénaire. Il prouve également qu’il est possible de prospérer dans le hip-hop en étant le plus personnel possible sans pour autant sombrer dans les clichés racailleux. Un pur moment de black-music.

18.5/20

Tracklist

# Title Music Sample(s) Length
1. « Intro » (West) 0:19
2. « We Don’t Care » (West/Vannelli)
  • Contains a sample of « I Just Wanna Stop » performed by The Jimmy Castor Bunch
3:59
3. « Graduation Day » (West)
  • Piano and vocals: John Legend
  • Violin: Miri Ben-Ari
1:22
4. « All Falls Down » (feat. Syleena Johnson) (West/Hill)
  • Guitar: Eric « E-Bass » Johnson
  • Acoustic Guitar: Ken Lewis
  • Contains an interpolation of « Mystery of Iniquity » performed by Lauryn Hill
3:43
5. « I’ll Fly Away » (Brumley)
  • Additional vocals: Tony Williams, Deray
  • Piano: Ervin « EP » Pope
1:09
6. « Spaceship » (feat. GLC, Consequence) (West/Williams/Harris/Mills/Gaye/Gordy/Greene)
  • Additional vocals: Tony Williams, John Legend
  • Contains a sample of « Distant Lover » performed by Marvin Gaye
5:24
7. « Jesus Walks » (West/Smith)
  • Additional vocals: John Legend
  • Violin: Miri Ben-Ari
3:13
8. « Never Let Me Down » (feat. Jay-Z, J. Ivy) (West/Carter/Richardson/Bolton/Kulick)
  • Background vocals: John Legend, Tracie Spencer
  • Keyboards: Ervin « EP » Pope
  • Guitar: Glenn Jefferey
  • Sample recreated and performed by Ken Lewis
  • Contains a sample of « Maybe It’s the Power of Love » performed by Blackjack
5:24
9. « Get ‘Em High » (feat. Talib Kweli, Common) (West/Greene/Lynn)
  • Additional vocals: Sumeke Rainey
4:49
10. « Workout Plan » (West)
  • Vocals: Candis Brown, Brandi Kuykenvall, Tiera Singleton
0:46
11. « The New Workout Plan » (West)
  • Additional vocals: John Legend, Sumeke Rainey
  • Talkbox: Bosko
  • Guitar: Eric « E-Bass » Johnson
  • Piano: Ervin « EP » Pope
  • Violin: Miri Ben-Ari
5:22
12. « Slow Jamz » (feat. Twista, Jamie Foxx) (West/Mitchell/Bacharach/David)
  • Additional vocals: Aisha Tyler
  • Keyboards: Ervin « EP » Pope
  • Guitar: Glen Jefferey
  • Contains a sample of « A House is Not a Home » performed by Luther Vandross
5:16
13. « Breathe In, Breathe Out » (feat. Ludacris) (West/Miller)
  • Violins: Miri Ben-Ari
4:06
14. « School Spirit Skit 1 » (West) 1:18
15. « School Spirit » (West/Franklin)
  • Additional vocals: Tony Williams
  • Contains a sample of « Spirit in the Dark » performed by Aretha Franklin
3:02
16. « School Spirit Skit 2 » (West)
  • Vocals: Deray
0:43
17. « Lil Jimmy Skit » (West)
  • Additional vocals by Tony Williams
  • Piano: Ervin « EP » Pope
0:53
18. « Two Words » (feat. Mos Def, Freeway, The Harlem Boys Choir) (West/Smith/Pridgen/Wilson/Wilson/Wilson)
  • Keyboards: Keith Slattery
  • Violins: Miri Ben-Ari
  • Contains a sample of « Peace And Love (Amani Na Mapenzi) – Movement III (Encounter) » performed by Mandrill
4:26
19. « Through the Wire » (West/Foster/Keane/Weil)
  • Contains a sample of « Through the Fire » performed by Chaka Khan
3:41
20. « Family Business » (West)
  • Additional vocals: Thomasina Atkins, Linda Petty, Beverly McCargo, Lavel Mena, Thai Jones, Kevin Shannon, Tarey Torae
  • Piano: Josh Zandman
  • Contains a sample from The Dells – Fonky Thang (Vocal sample)
  • Additional instrumentation: Ken Lewis
4:38
21. « Last Call » (West/Perretta)
  • Additional vocals: John Legend, Tony Williams, Ken Lewis
  • Piano: Ervin « EP » Pope
  • Guitar: Ken Lewis, Glenn Jefferey
  • Keyboard: Ken Lewis
  • Percussion: Ken Lewis
  • Contains a sample from « Mr. Rockefeller » by

mosdeftheecstatic

Sortie: 9 Juin 2009
Label: Downtown
Producteurs: J Dilla, Mr. Flash, Madlib, Mos Def , The Neptunes, Oh No, Preservation

Absent des bacs depuis bientôt trois ans, le retour du rappeur/acteur était plus qu’attendu. Dante Smith nous avait clairement laissé sur notre faim (c’est un euphémisme) avec son précédent album au contenu aussi déplorable que son package. Un projet a vite oublier et qui a malheureusement contribué à ternir encore plus l’image de marque de ce rappeur de talent. Les réserves étaient donc nombreuses à l’annonce de la sortie de ce projet qui, comme par hasard, coïncide avec le dixième anniversaire de celle du génial Black On Both Sides. Mos Def n’a en effet jamais réussi à retrouver la formule gagnante de son premier opus. Sans doute parce qu’il a voulu innover en s’aventurant dans d’autres directions. Ce qui est tout à son honneur mais ces expériences sont très loin d’être fructueuses. Il nous a ainsi gratifié de The New Danger, essai de crossover Rap/Rock sans grand éclat, puis de l’insipide True Magic qui n’avait de vrai que la première partie de son intitulé. Mais qu’importe les réticences. On espère toujours retrouver l’excellent MC de Black On Both Sides et, avouons le, nous sommes assez curieux de savoir quelle nouvelle surprise nous réserve notre éclectique Mr Smith.
Première bonne nouvelle, le retour des frères Madlib et Oh No à la production est annoncé. On se dit tout de go avoir droit à un retour aux sources et de facto à une nouvelle tuerie, d’autant plus que des rumeurs faisant état de la présence de Kanye West ainsi que d’un leg de J Dilla achèvent de lever nos inquiétudes. La suite sera cependant moins rassurante. Le temps d’apprendre que le producteur Français Mr Flash sera de nouveau de la partie que déjà le premier extrait Life In Marvelous Times (produit par Mr Flash) débarque. Passée l’euphorie propre à l’écoute d’un nouveau titre tant attendu, le résultat s’avère peu concluant. L’instru n’est qu’un succédané d’un autre sur lequel avait précédemment posé TTC. Incroyable! De plus Mos Def ne gâte pas vraiment sa prestation. Une performance peu inspirée sur un instrumental terne, insipide et à la longue irritant. L’autre single Quiet Dog Bite Hard (produit par Preservation) est plus convaincant…si on oublie que ce titre était déjà connu (les plus perspicaces se souviennent qu’il avait déjà été interprété sur scène lors du concert de Mos Def à Paris en 2007). Heureusement que le très bon Casa Bey relève le niveau et laisse tout de même espérer une impression globalement positive, d’autant plus que la pochette, résolument arty achève notre patience.

L’album démarre plutôt bien avec un Supermagic (clin d’œil à l’album précédent?) plutôt bien tourné. Un instrumental Rock usiné par Oh No et une performance de haut vol sont au programme. On se prend à rêver d’une résurrection du Mos Def qu’on a connu il y a dix ans. Malheureusement ce début en fanfare n’est qu’un trompe-l’œil. Il faut attendre la fin de l’album pour voir Mr Smith se réveiller un tantinet sur History posé en combinaison avec Talib Kweli sur une production de J Dilla et sur le déjà cité Casa Bey. Pour le reste c’est globalement décevant.
Le gros point négatif de l’album vient des instrumentaux. Ils sont soit sans imagination (Twilight Speedball), soit pas vraiment adaptés au rappeur, et ce en dépit de sa bonne volonté. Mais le pire vient des contributions des deux frères qui firent les beaux jours de Stones Throw. La plupart de leurs instrumentaux sont déjà connus de tous ceux qui suivent un minimum leur actualité. Mos Def hérite donc de ces sons qu’on a déjà pu entendre sur des projets tels Madvillainy 2,Beat Konducta In India ou encore Oh No Experiment. On frise le foutage de gueule là! On demande un vrai album, pas une compilation de titres bootlegs! Sans compter qu’il a essayé de nous surprendre en conviant Georgia Ann Muldrow sur le titre Roses. Seul souci, l’instrumental est plus de l’acabit de ce à quoi nous on habitué Jackson et Georgia. Donc qu’il n’a été créé que pour n’être qu’une piste instrumentale sans voix. Mos réussi le tour de force de s’y adapter comme il peut mais on reste tout de même sur notre faim
Les performances microphoniques du MC de Black Star ne sont pas non plus exempts de tout reproche. Pour ceux qui n’attendait que du rap, il faudra qu’ils s’accommodent des chants de Mos, comme par exemple sur le sirupeux Workers Comp. Mais ce qui frappe le plus c’est le manque d’enthousiasme et de pêche dans son flow (la faute aux instrus?). Aux oubliettes le lyriciste fougueux du passé, il faut se contenter d’un Mos Def moins en verve mais qui a tout de même le mérite d’avoir essayé de s’adapter au maximum aux supports qui lui ont été proposés (même s’il est manifeste qu’ils ne lui correspondent pas). Ce qui n’est pas le cas des rares invités (Slick Rick toujours au top, Talib Kweli et la déjà citée Georgia Ann Muldrow) qui s’en sortent beaucoup mieux que lui.
N’allez cependant pas croire que l’album est aussi insipide que son prédécesseur. Bien que sans grand éclat, il se laisse écouter mais ne redorera pas le blason déjà bien terni de Mos Def. Dommage. Un album complètement plombé par une direction musicale douteuse et par un choix d’instrus désastreux. Les oreilles moins averties, ou plus conciliantes, pourraient cependant être charmées par l’éclectisme de l’ensemble. Gageons que le prochain Black Star sera de meilleure facture.

13/20

Tracklist:

1. Supermagic (Produced by Oh No)
2. Twilite Speedball (Produced by Chad Hugo & Mos Def)
3. Auditorium (feat Slick Rick) (Produced by Madlib)
4. Wahid (Produced by Madlib)
5. Priority (Produced by Preservation)
6. Quiet Dog (Produced by Preservation)
7. Life In Marvelous Times (Produced by Mr. Flash)
8. The Embassy (Produced by Mr. Flash)
9. No Hay Nada Mas (Produced by Preservation)
10. Pistola (Produced by Oh No)
11. Pretty Dancer (Produced by Madlib)
12. Workers Comp (Produced by Mr. Flash)
13. Revelations (Produced by Madlib)
14. Roses (feat Georgia Ann Muldrow) (Produced by Georgia Ann Muldrow)
15. History (feat Talib Kweli) (Produced by J Dilla)
16. Casa Bey (Produced by Mos Def & Preservation)