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Tout mélomane averti suivant un minimum l’actualité musicale sait que la réalisation d’un album-fusion, au confluent d’un ou plusieurs genres musicaux, n’est pas chose aisée. A vrai dire ils sont même rarement convaincants. Autant dire que lorsque Nas annonce qu’il enregistrera un disque entier avec Damian Marley, monstre sacré du reggae, le scepticisme est de rigueur. D’autres avant lui se sont essayés au mélange de genres le temps d’un album ( Notamment Jay-Z auteur de deux albums avec R. Kelly et d’un autre avec les rockeurs de Linkin Park) avec plus ou moins de bonheur et sans forcement en sortir grandis. Les craintes sont donc fondées surtout que Nas ne fait plus autant l’unanimité depuis la sortie de Hip Hop Is Dead et que la polémique autour de son dernier solo en date Nigger ne l’a pas nécessairement servi. De son côté Damian Marley n’a plus rien sorti depuis son excellent Welcome To Jamrock et reste tout de même sur trois années de silence discographique quand l’enregistrement de Distant Relatives est amorcé. On se prend tout de même à espérer que l’ensemble de l’album sera de la qualité de leur seule collaboration d’alors, le brillant Road To Zion extrait justement de Welcome To Jamrock. Dans la foulée on apprend que la thématique générale de l’album sera l’Afrique et que ses bénéfices iront à une association caritative. Pas de quoi rendre moins dubitatif tant il est facile de penser qu’on aura affaire à un disque bâclé, enregistré à la va-vite et tablant sur son aspect « c’est-pour-la-bonne-cause » pour s’assurer une présence médiatique. Le doute est donc de mise lorsque arrive le premier single de ce qui devait être originellement un EP et qui s’est vu mué en album au fil des sessions. As We Enter met direct une grosse claque dès les premières écoutes. On se laisse sans peine séduire par ce titre aux accents reaggae/hip-hop et par les performances plus qu’honorables des deux intervenants. Le sample de Mulatu Atsatke fait mouche et donne une dimension supplémentaire à ce titre. Une mise en bouche comme on en rêverait pour tous les disques. Strong Will Continue lui succède dans les bacs avec autant de brio.S’il n’est pas nécessairement du goût des amateurs de boombap, il s’avère être un pur moment de communion musicale et a le mérite de donner le ton de l’album. Même l’annonce de la guest list (sur laquelle on retrouve tout de même Lil Wayne, Joss Stone, deux noms loin de faire l’unanimité, ainsi que K’Naan, Dennis Brown et  le frère de Damian, Stephen) ne vient pas entamé la confiance autour de ce projet qui devient alors l’un des plus attendus de l’année. Subrepticement les titres vont commencer à fuir sur la toile  au point que neuf titres sur treize seront disponibles avant la sortie officielle.

Pour faire simple disons tout de go que le pari est plus que réussi. Si la principale difficulté était de garder une certaine cohésion des deux backgrounds, les deux auteurs ont pris le parti de privilégier la diversité musicale. Plutôt que d’avoir à un disque mi-hip-hop, mi-reggae  on voyage aux confins de la world music tout au long de cet album. Bien entendu tous ceux qui rêvaient d’un disque plus orienté hip-hop risque d’être très déçus, mais passé cet a priori c’est un véritable bijou musical, serti de titres aussi brillants les uns que les autres. On ne sait à quoi accorder sa préférence tant  les morceaux de qualité sont légion sur ce disque où il n’y a rien à jeter. L’alchimie entre Nas et Damian est plus que parfaite et s’avère diablement efficace au fil des écoutes. Même les rares invités se mettent au diapason et rendent de très bonnes copies. Lil Wayne fait plaisir à entendre sur My Generation en oubliant l’autotune aux vestiaires (il devrait d’ailleurs s’en inspirer plus souvent) sur un instru reggae punchy rehaussé par un bon refrain de Joss Stone. Dennis Brown se met au diapason sur le sublime Land Of Promise, tandis que les deux apparitions de K’Naan apportent une réelle plus-value. Stephen Marley s’illustre également sur Leaders et In His Own Words, titres produits pas ses soins. Si Damian assure l’essentiel des productions les trois contributions de son frère s’avèrent excellentes. Mieux il réalise le braquos avec l’excellentissime Patience. Plus que les différentes performances de Nas et Damian, le sample de voix de Mariam Doumbia donne toute sa dimension à ce titre qui sent bon l’Afrique et ses grands ensembles. Un son qui parasite direct le cerveau et que même une cure de daubes commerciales ne parvient pas à faire disparaitre.
L’Afrique étant au centre des lyrics de cet album, il  n’est donc pas surprenant de constater que la couleur musicale soit innervée de constantes références à la musique de ce continent. Outre Patience, on retrouve des chants tribaux rappelant  l’Afrique du Sud sur Dispear et une intro qui transporte directement sans décalage horaire en Afrique centrale pour le brillant Friends. Si le message véhiculé par nos deux compères sombre parfois dans la naïveté voire par moments dans l’utopie pour quiconque vit sur le continent noir (bon là c’est ma sensibilité d’Africain vivant en Afrique et n’en étant jamais parti qui parle), il convient tout de même de saluer l’effort ainsi que la variété des thèmes abordés. On navigue entre interrogations philosophico-religieuses ( Patience, In His Own Words…), appels à la fraternité (Friends), évocations des conditions de vie sur le continent (Count Your Blessings) et regards sur l’avenir par le biais de diverses exhortations. Conscient sans être chiant, homogène sans sombrer dans le répétitif, l’ensemble s’avère des plus séduisants, même s’il s’agit de thématiques récurrentes pour ceux qui écoutent souvent du reggae. Mais vous l’aurez compris c’est plutôt du côté de la musicalité qu’il faut chercher l’originalité, et cet album est loin d’en manquer. Si certains titres apparaissent un ton légèrement en dessous (Dispear en est l’exemple le plus éloquent, In His Own Words aussi) les  autres sont de très bonne qualité. Parmi les hauts faits du disque figurent la tuerie incandescente Nah Mean, les excellents Tribes At War et Africa Must Wake Up ainsi que le déjà cité Land Of Promise.

Indubitablement une des meilleures sorties de l’année tous genres musicaux confondus. Un exemple de crossover plus que réussi qui séduit sans peine et ravira tous les auditeurs aux goûts éclectiques. Trop tôt pour être élevé au rang de classique mais lorsqu’il s’agira d’évoquer les collaborations reggae/hip-hop, il y a fort à parier que ces projet de treize titres sera souvent cité. L’avenir nous fixera sur son statut discographique mais pour l’heure c’est tout simplement un excellent album.

18,5/20

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Sortie: 23 Novembre 2009

Label: Cash Money

Producteurs: Timbaland, Drumma Boy,Boi-1 da,  Jim Jonsin, T-Pain, I.N.F.O., Howard « X-Fyle » Metoyer, Drew Correa, Kevin Rudolf, ArrowStar, Infamous, Laurent « Slick » Cohen, Mr Beatz, Lil’ C, T-Minus

Qu’on le reconnaisse où non, le label sudiste Cash Money a indubitablement marqué l’histoire du hip-hop. Je n’évoque pas ici les pochettes vomitives signées Pen & Pixel, ni les lyrics pathétiques que Lil Wayne nous sert depuis quelques années maintenant, mais plutôt de son influence dans le game. Cash Money restera à jamais une des places fortes du rap sudiste au même titre que No Limit et Rap-A-Lot. A ce titre chacune de ses sorties suscite le minimum d’intérêt qu’on fasse partie des fans ou des haters. Hasard du calendrier ou stratégie soigneusement étudiée, l’essentiel des anciennes têtes d’affiche du mythique label investissent les bacs en cette fin d’année 2009. Après les retours de Juvenile et B.G. et l’omniprésence de Weezy dans les charts, le grand patron, Birdman vient boucler la boucle en sortant son quatrième album solo en attendant la sortie hypothétique de The Rebirth de son « fils » Lil Wayne.
Bien sur on ne se fait pas d’illusion sur le contenu de cet album qui comme à l’accoutumée devrait avoir se résumer à un étalage de titres accessibles pas trop mal produits et probablement tous écrits par Lil Wayne (on ne peut décemment juger que c’est une garantie au vu de la médiocrité dans laquelle il s’est vautré depuis le succès de Tha Carter III.). La pochette parle d’ailleurs d’elle-même. L’homme oiseau est avant tout un entertainer alors que peut-il avoir d’intéressant à raconter, de quoi peut-il bien pouvoir nous parler dans son album? D’argent pardi (essayez au moins de feindre la surprise), un peu aussi de clubs, de filles et de blings. Autant vous dire qu’on se retrouve plongés dans un délire consumériste des plus écœurants, où l’interprète nous parle sans arrêt de sa fortune, de son statut de boss, de ses acquis et blablabla. Et oui s’il est l’homme-oiseau c’est aussi parce qu’il a leur cervelle, et il fait tout son possible pour nous le prouver tout au long de ce projet qui vous le devinerez brille par son insipidité. Comme souvent avec lui l’album est plutôt bien produit mais le souci est qu’il n’est rien d’autre qu’une déclinaison low-coast du restant de sa discographie (si tant est qu’on peu l’appeler ainsi). Baby ne parle que de ce qui l’intéresse comme toujours mais le souci est qu’il le fait de moins en moins bien. Et sur ce projet le manque d’originalité a atteint des sommets pour ce qui n’est au final rien d’autre qu’une reformulation des disques précédents (je parle des propos) sur des instrumentaux actualisés. Et qui dit « air du temps » évoque forcement le gadget à la mode du moment, l’autotune. Ça plus la présence envahissante de Lil Wayne (présent sur sept titres sur douze) donne une idée du contenu de ce disque qui est, disons le,  sans aucun intérêt pour les anti-weezy. Pis la prise de risques est minimale et l’album est serti de succédanés éculés des recettes de Mr Carter ainsi que de formules commerciales malvenues et insipides. Pour commencer Weezy joue à merveille son rôle de pseudo-rockeur exaspérant à la perfection sur l’essentiel de ses apparitions. Non content d’hanter les pistes avec sa voix autotunée éraillée évoquant d’avantage une craie sur un tableau qu’autre chose, il entraine son boss dans ses lubies (rappelons que Weezy est à l’exécutif pour cet album) et signe des quasi-remixes de ses propres titres, au point qu’on en fini par se demander s’il ne s’agit pas d’un album de Mr Carter. Son ombre plane d’ailleurs sur tout ce disque. Entre le léger Money Machine qui sample un couplet de Weezy venant tout droit de Stuntin’ Like My Daddy, le peu convaincant titre éponyme (produit par un Timbaland de plus en plus à la ramasse) et le lymphatique et insupportable Bring It Back le ton est donné. Les choses n’iront malheureusement pas en s’améliorant. Nightclub (contenu à l’image de son intitulé) est sympa mais sans plus et l’immonde Shinin (espèce de Got Money raté) ne vaut même pas pour la prestation irritante de T-Pain qui trouve tout de même le moyen de faire mieux que Birdman médiocre au possible (comme sur presque tout l’album d’ailleurs).  Passons également le catastrophique I Want It All juste digne d’un papier-chiottes usagé et qui ravira juste les pouffes écervelées. Même sentence pour ce remix inintéressant d’Always Strapped en fin d’album.

Quelques titres relèvent cependant le niveau sans pour autant être transcendants. Hustle est l’une des rares onces de métal précieux de cette bouse de yak diarrhéique. Un refrain autotuné de Weezy (c’est limite un pléonasme de le dire à présent), une apparition de Gudda Gudda suffisent à donner un peu de relief à ce titre heureusement desservi par une production emballante signée Drew Correa. Pour le reste il faut s’en remettre à Drake qui cède son titre Money To Blow (oui il s’agissait originellement de son morceau) pour l’occasion et signe le braquos avec ce banger usiné par Drumma Boy et sur lequel Wayne sévit une fois de plus. On prend les mêmes et on recommence avec un 4 My Town (Play Ball) produit par Boi-1 da tout de même un peu moins réussi. On  a également droit à un ersatz de A Milli avec Mo Milly sur lequel Bun B se substitue à Lil Wayne et accompagne de fort belle manière Drake et Brian-sale-gueule-Williams toujours produit par Boi-1 da. Si la qualité première de ce titre n’est pas son originalité, il s’avère tout de même plus séduisant que A Milli. Birdman peut remercier le newcomer canadien pour avoir sauvé son album du naufrage complet. Ces quelques éclairs ne peuvent cependant pas nous faire oublier le manque de consistance de l’ensemble qui s’avère être le plus mauvais album de Birdman à ce jour. Ce disque racoleur au manque d’inspiration abyssale et à la durée de vie aussi éphémère que les promesses électorales de l’UMP ne marquera pas plus que ça. Mais qu’importe à Mr Williams. Du moment que l’argent continue à entrer et qu’il peut continuer à faire joujou avec ses bolides et ses blings il est content. Et ses fans aussi en dépit de ce qu’on pourrait penser, bien qu’on soit passés du médiocre à l’insipide. Pour les autres il est vivement recommandé de vous procurer la version instrumentale si vous ne supportez pas la pollution vocale made in NO.
8/20
Tracklist:
# Title Producer(s) Length
1. « Intro » T-Minus 1:48
2. « Been About Money » I.N.F.O. 4:12
3. « Money to Blow » (feat. Drake & Lil Wayne) Drumma Boy 4:19
4. « Money Machine » Howard « X-Fyle » Metoyer 3:21
5. « Pricele$$ » (feat. Lil Wayne) Jim Jonsin 5:33
6. « Bring It Back » (feat. Lil Wayne) Infamous & Laurent « Slick » Cohen 4:22
7. « Nightclub » Howard « X-Fyle » Metoyer 4:36
8. « 4 My Town (Play Ball) » (feat. Drake & Lil Wayne) Boi-1da 4:21
9. « Hustle » (feat. Lil Wayne & Gudda Gudda) Drew Correa 4:23
10. « Shinin' » (feat. T-Pain) T-Pain 3:31
11. « Mo Milly » (feat. Drake & Bun B) Boi-1da 4:12
12. « I Want It All » (feat. Kevin Rudolf & Lil Wayne) Kevin Rudolf & ArrowStar 3:16
13. « Always Strapped » (Remix) (feat. Lil Wayne & Mack Maine) Mr. Beatz & Lil’ C 4:30

Sortie: 11 Septembre 2007
Label: Roc-A-Fella/ Island Def Jam
Producteurs: Kanye West, DJ Toomp, Nottz, Mike Dean, Jon Brion, Warryn Campbell,Brian Miller, Eric Hudson, Gee Robertson, Plain Pat

Après deux premiers volets que l’ont pourrait aisément considérer comme classiques, Kanye West se décide à boucler sa trilogie de l’ourson avec le dernier volet Graduation. Si son arrogance ne s’est pas arrangée avec le succès de Late Registration, il s’est cependant fait un tantinet plus discret dans les studios, devenant moins productif mais paradoxalement plus présent que jamais dans l’actualité. Pour se faire encore plus de buzz, 50 Cent et lui se lanceront dans une pseudo-guerre des ventes (on ne peut tout bonnement pas qualifier ça de beef), le premier arguant même qu’il serait prêt à arrêter sa carrière s’il s’avérait que son Curtis se vend moins que Graduation. Mais au-delà de ce battage médiatique, ce qui nous intéresse nous c’est la musique de Mr West pas ses nouvelles lubies ou coups de gueule. Justement il balance un premier single en éclaireur qui à le mérite de faire l’unanimité: Can’t Tell Me Nothing. Une bastos produite par Ye lui-même et DJ Toomp. Une orchestration toujours aussi captivante rehaussée par un sample de voix féminine ultra-efficace et des ad-libs de Young Jeezy. Ajoutons à cela un refrain qu’on retient dès la première écoute et on obtient un des meilleurs singles de 2007. L’attente est encore plus énorme et Ye l’entretient à sa façon en faisant découvrir son futur disque à un parterre de journalistes triés sur le volet. Résultat son nom est sur toutes les lèvres et son buzz en devient monumental. L’engouement va cependant être tempéré par la sortie du deuxième single, le surprenant Stronger qui divisera l’auditoire et ses fans. Kanye a en effet osé samplé le groupe techno français Daft Punk et son ultra-connu Higher, Better, Faster, Stronger électronisé. Certains crient au génie et louent son ouverture d’esprit quand d’autres dénoncent cette association qui tient plus de la compromission et s’appliquent à la rangée au chapitre pop. La bataille fait rage entre progressistes et conservateurs sur la toile. Mais Kanye n’en a cure, il peaufine son projet, rajoute des titres, en éjecte d’autre et attend patiemment son heure. Comme un signe l’album sortira le 11 Septembre, soit six ans jour pour jour après celle de son éclosion mondiale comme producteur avec The Blueprint.

Voici qu’arrive enfin le disque. Premier constat la pochette. On y retrouve notre ours-mascotte dans un univers plus cartoon et coloré s’envolant vers de nouveaux horizons après la fin du College. On notera qu’il arbore à présent une variété de bijoux, renforçant la collusion avec Ye. Un bon point. Le livret des crédits s’annonce cependant plus surprenant. Contrairement à ses habitudes, Kanye est moins omniprésent que par le passé. S’il ne laisse qu’un seul titre à DJ Toomp, on note qu’il est entouré d’une armée de collaborateurs plus ou moins connus qui co-produisent l’essentiel de l’album. Mr West ne signe que trois titres tout seul. Pour le reste on retrouve du beau monde. L’omniprésent Jon Brion est toujours là, tout comme Warryn Campbell. Outre DJ Toomp, Mike Dean (producteur lié au label texan Rap-A-Lot) est de la partie (il est d’ailleurs le co-signataire de Stronger). On est par contre plus surpris par la présence de Nottz , ainsi que celles plus discrètes cependant de Timbaland (qui se charge des drums additionnels sur Stronger et Good Life) et de DJ Premier (qui redevient DJ pour l’occasion en assurant les scratches de Everything I Am) . Il est clair que Ye n’a pas lésiné sur les moyens pour cet album qu’il veut accessible pour tous et à même de faire bouger les foules grâce à son « stadium status ». Place à l’écoute.

Première impression, une musicalité toujours aussi manifeste. après la soul du premier et les quelques incursions dans la pop et le jazz dans le second, place ici au musiques électroniques. Kanye élargi sa gamme de samples, s’inspire de tout ce qui fait l’actualité (et qui par ricochet se vend). Les puristes ne lui pardonneront pas ces escapades hors des sentiers battus et certains pourraient même parler de retournement de veste, mais il n’y a cependant pas lieu d’être surpris. Après tout Kanye n’avait-il pas lui-même comparé ce disque à un boeing lancé en plein sur une autoroute? Comprendre par là qu’il entend transgresser les genres en les investissant tous à la fois. Si le pari n’est au final pas gagné, cela à au moins le mérite d’être clair. L’album s’ouvre avec un merveilleux Good Morning qui sonne le réveil et nous transporte dans un monde limlite féérique. On se laisse bercer par ce tempo relaxant et on appréhende au mieux ce Champion qui lui succède. Le sample de voix usité parle de lui-même ( « Did you realize that you were a champion ?« ). Entre autosatisfaction et lucidité il revient sur son parcours une fois de plus. Passons l’électronique Stronger et attardons nous sur un enchainement de titres ravageurs écrasant tout sur leur passage. Première balle I Wonder et son sample de voix stratosphérique se situe dans la continuité de Stronger du point de vue de sa rythmique. On enchaine avec le très populaire Good Life où s’illustre un T-Pain égal à lui-même et l’énorme Can’t Tell Me Nothing. La pression retombe cependant sur Barry Bonds. Pas que la production originellement assurée par Nottz ne soie pas au niveau, mais c’est surtout la performance de Lil Wayne qui déçoit. Il se fait limite outshiné par West sur le coup qui n’est, rappelons-le, pas le meilleur rappeur du monde. A ce sujet, il a bien essayé d’évoluer en usant d’un phrasé plus lent mais le résultat n’est pas toujours probant. S’il s’avère plus que convaincant sur Can’t Tell Me Nothing, il l’est moins sur I Wonder par exemple. Ajoutons à cela des schémas de rimes parfois simplistes, voire ridicules pour certaines, des jeux de mots dispensables et on obtient un ensemble assez irrégulier. De plus dans sa volonté d’accessibilité, il a tout bonnement banni tout aspect revendicatif de ses lyrics, au grand dam des fans de la première heure.
On change de sphère avec le surprenant Drunk & Hot Girls sur lequel intervient Mos Def. Un titre délirant décrivant le comportement des filles bourrées rencontrées en boîte. On ne sait également trop quoi penser de Flashing Lights qui apparait un tantinet en deçà des premiers titres de l’album. Il se reprend heureusement très bien sur le sublime et profond Everything I Am, titre confession sur lequel il nous fait partager son émotion comme il avait su le faire sur ses disques précédents. La boucle de piano percute en plein cœur et parasite le cerveau dès la première écoute. Dans ces circonstances The Glory même s’il s’avère efficace semble terne malgré son sample de voix qui fait penser à de la musique zoulou. Le plus que convaincant Homecoming vient rajouter une dose pop avec son refrain assuré par Chris Martin. Une interprétation qui enterre le fadasse Beach Chair de Jigga qui avait inviter le même chanteur précédemment. Vient ensuite un bel hommage à Jay-Z sur Big Brother. Un titre fort qui heureusement ne sombre pas dans la mièvrerie. Une pure merveille signée DJ Toomp. S’il était censé conclure l’album, celui-ci se prolonge via un titre caché. Après nous avoir dit bonjour, il nous dit logiquement Good Night sur un titre doucereux et nous laisse en plein rêve au moment où le disque se termine.

Au final un album qui s’il n’atteint pas tous les objectifs de son auteur et a dérouter quelque peu son public s’avère tout de même très réussi quoiqu’inférieur à ses prédécesseurs. Graduation boucle la boucle avec éclat et conclut merveilleusement cette géniale trilogie.

17/20

Tracklist

# Title Producer(s) Length
1. « Good Morning«  Kanye West 3:15
2. « Champion«  Kanye West, Brian Miller 2:47
3. « Stronger«  Kanye West, Mike Dean* 5:11
4. « I Wonder » Kanye West 4:03
5. « Good Life » (feat. T-Pain) Kanye West, Mike Dean*, DJ Toomp* 3:27
6. « Can’t Tell Me Nothing«  Kanye West, DJ Toomp 4:31
7. « Barry Bonds » (feat. Lil Wayne) Nottz, Kanye West* 3:24
8. « Drunk and Hot Girls » (feat. Mos Def) Kanye West, Jon Brion* 5:13
9. « Flashing Lights » (feat. Dwele) Kanye West, Eric Hudson 3:57
10. « Everything I Am » Kanye West 3:47
11. « The Glory » Kanye West, Gee Robertson*, Plain Pat* 3:32
12. « Homecoming » (feat. Chris Martin) Kanye West, Warryn Campbell 3:23
13. « Big Brother«  DJ Toomp 4:47
[hide]Bonus Track
# Title Producer(s) Length
14. « Good Night » (feat. Al Be Back, Mos Def) Kanye West 3:06

 

6 Octobre 2009. Une journée qui s’annonce plutôt sans histoire comme souvent. On vaque tranquillement à ses occupations en aillant le sentiment absurde d’avoir oublié quelque chose. Que peut-il y avoir de si marquant un mardi pour qu’on s’en souvienne? Une réflexion rapide n’ayant ravivé aucun souvenir, on se décide donc à regarder dans l’agenda électronique. Trois boutons appuyés plus tard, on réalise avec stupéfaction l’ampleur de cet oubli. Non, il ne s’agit pas d’un éventuel match de Ligue des Champions mais plutôt de la sortie d’un nouveau long métrage, la suite des aventures de l’agent Joey Crack plus connu sous le nom de Fat Joe. Étrange que même le plus stupide des pense-bête ne nous l’ait pas rappelé. Normal au demeurant au vu du manque d’engouement que suscite cette sortie précédée de trailers plus qu’anecdotiques dont même les plus grands fans du gros gangster ne se rappellent pas. Mais qu’importe au fond. On prend son billet et on s’organise comme on peut pour assister à la première.
Un peu plus tard dans la soirée, on se retrouve dans le vestibule du cinéma en compagnie de fans irréductibles qui affirment sans ciller que ce nouvel épisode marquerait le grand retour au premier plan de notre héros. Argument plus que discutable constamment remis au goût du jour à chacune des sorties du Gros Joe. On écoute donc d’une oreille plus que distraite (c’est un euphémisme) cette poignée de passionnés se répandre en masturbations intellectuelles avec le sentiment un peu honteux d’avoir été, jusqu’à une époque très récente, l’un des leurs. Il faut dire que les superproductions du gangster du Bronx sont de plus en plus médiocres. L’ascension du petit dealer Porto ricain devenu l’un des caïds du rap game commence franchement à ennuyer. Tout avait pourtant si bien commencé avec deux premiers films de qualité ayant à eux tout seuls forgé la légende de Joseph Cartagena. Le troisième épisode qui relate son accession au statut de Don du crime conclut cette première trilogie de fort belle manière mais marque malheureusement le début de la décadence de notre héros. Au contact du dollar-roi et du strass-paillettes propre au monde des gros dealers de came musicale, Joey Crack va s’adoucir, et peine à se remettre de la fin tragique de son plus fidèle homme de main Big Pun. Partagé entre une volonté de concilier son nouveau statut de poids lourd de l’industrie (sans jeu de mots) et son passé de gangster plus que respecté, il va se diluer dans une nouvelle trilogie qui le fera progressivement passé de la gloire aux critiques acerbes. Pis entre deux épisodes il se découvre un redoutable ennemi, un jeune dealer nommé 50 Cent qui lui aussi connait une ascension fulgurante dans le milieu et qui n’hésite pas à s’en prendre vertement à lui. Cette rivalité malsaine le poussera à ne pas s’en tenir au scénario du dernier volet de la trilogie, trop occupé qu’il était à vouloir rabattre le caquet à ce petit insolent. Toutes choses qui ne seront pas du goût des producteurs de la série qui décident de son arrêt. Joey a heureusement de la ressource et en authentique gros bonnet de la drogue, il prend la direction du paradis pour criminels: Miami. Entouré d’une nouvelle équipe de pistoleros, il tente depuis lors de reconquérir son trône new-yorkais. Si le film numéro 7 avait été plombé par le manque d’identité de la production, le huitième avait été clairement raté et a eu pour principale conséquence de faire entrer notre héros dans le cercle des légendes cinématographiques has been pour les plus compatissants, et dans celui des wacks pour les plus acerbes.
Au regard de ce qui précède, il est donc difficile de faire preuve d’enthousiasme au moment où l’on entre dans une salle de cinéma incroyablement vide. Il faut croire que les pérégrinations de Fat Joe n’attirent plus grand-monde. A moins que ce ne soit la grêle de critiques assassines dont le film a été l’objet sur la toile qui n’ai fait capoté cette première. Une fois installé (pour une fois qu’on a largement le choix des places dans une première pourquoi se gêner?) on prend donc connaissance du contenu du film en lisant la brochure promotionnelle récupérée à l’entrée. Drôle d’idée que d’avoir baptisé ce nouvel opus J.O.S.E. 2, surtout que le premier du nom était loin de faire l’unanimité et est même considéré par l’aile dure de la critique comme la pierre fondatrice de sa déchéance. De plus les suites sont très souvent inférieures aux premiers. Peu rassurant. On en est donc à se demander ce que pourrait signifier cet intitulé quand deux voisins s’amusent à trouver des définitions délirantes à cet acronyme:
« -J.O.S.E.? Jokes Of a Silly Entertainer ah ah
– Non Just One Shit’s Evidence
-Mieux, Joe Organise Son Enterrement
-Où encore Joe Oublie Son Éducation
-Joe Oublie Son Entourage aussi est pas mal »

On se surprend à ricaner doucement et on manque de s’esclaffer au vu de la liste d’invités et de producteurs: Ron Browz, Lil Wayne, Akon, T-Pain, Jim Jonsin, Swizz Beatz…bonjour la prise de risques. Une liste de cérémonie d’awards pour ados fait pâle figure à coté de ce casting de gros vendus…pardon vendeurs. Signe des temps Joey ne parvient même plus à attirer ses homologues new-yorkais. Seul Raekwon est mentionné dans les crédits pour une scène où il est sommes toutes l’invité le plus approprié (quelle idée aussi de l’avoir appeler Ice Cream, on pense direct à un remix). Pas le temps de chipoter. Voici que les lumières s’éteignent et que la projection commence.
A peine les premières images défilent-elles devant nos yeux que l’on comprend vite qu’on aurait du remplacer notre cornet de popcorn par un sac pour le vomi. La crise de foie est immédiate et cette daube de sous-plongeur improvisé cuisinier rempli parfaitement son rôle d’expectorant pour baleines. A mesure que le film avance on est pris d’abominables nausées et on en vient à cracher jusqu’à l’irritation de gorge et à redécorer le tapis rouge de flaques de dégueuli. Et oui on ne s’y trompe pas. Un virus plus virulent que celui de la grippe A vient de voir le jour provoquant otites, fortes fièvres, céphalées des plus insupportables et crises de colère destructrices. La faute au grand méchant de cet épisode, un nommé Auto-tune qui parasite toutes les sorties et que Jay-Z n’aura pas réussi à tuer. Au vu de la présence de ses fidèles, il n’y a pas lieu de s’étonner qu’il s’impose en despote dans ce film. Notre héros ayant eu la malheureuse idée de s’acoquiner avec lui histoire d’assurer son succès, il subit de plein fouet le retour de flamme et paie au prix fort cette escapade du côté obscur de la force. Tout démarre avec l’horrible Winding On Me (titre qui figurait déjà sur la mixtape The Leak 6 de Weezy) où Lil Wayne nous fait de nouveau entendre sa voix de poignée de porte rouillée le tout agrémenté par un refrain insupportable de Ron Browz. D’autres titres du même acabit se succèdent telle une litanie de versets sataniques consacrant l’égarement définitif de Joey le gangster. On ne sait quoi retenir du pitoyable One. Le refrain irritant signé Akon où les couplets consternants de médiocrité du don déchu. Mieux vous oublier ce morceau au plus vite. Pareil pour Put Ya In Da Game qui risque fort de vous faire passer dans le camp des T-Painophobes, du pathétique Aloha et surtout de l’abominable Porn Star duo des plus risibles avec la diablesse Lil’ Kim. Passons également l’incompréhensible Blackout et les peu (pas?) inspirés Okay Okay et Cupcake (déconcertant de voir Fat Joe essayer de suivre la mode sudiste). On était tout de même en droit d’attendre quelques titres rappelant que Joey Crack est tout de même un pur produit de l’école new-yorkaise. Malheureusement sur un Joey Don’t Do It
sans éclat pour redresser la barre. Congratulations est un peu mieux mais reste largement en deçà de ses possibilités. Mais Joe peut tout de même compter sur un excellent Ice Cream duo avec Raekwon rehaussé par une très bonne production de T-Weed et sur le morceau final Music qui s’il n’est pas son meilleur apparait comme une véritable bombe au vu de l’insipidité de l’ensemble (Le Gros Joe n’est plus qu’un poids microbe, au grand dam de ses fans).
Voici que revient la lumière. Et non nous ne venons pas de voir un film mais bien d’écouter l’ultime album de Fat Joe. On se sent un tantinet plus rassuré de constater qu’on n’a en fait jamais quitté notre domicile et qu’on s’est endormi en pleine audition de cet album soporifique. On sourit en se disant qu’on pourra toujours le conserver comme somnifère ou encore comme vomitif. Qu’importe que notre poids lourd s’enlise définitivement dans les tréfonds du pathétique. Qu’importe qu’on fasse partie des rares personnes à avoir perdu leur temps et argent avec ce disque qu’on attendait comme une éventuelle résurrection. Fat Joe avait touché le fond avec The Elephant In The Room, il vient de creuser encore plus bas avec ce bâton de dynamite. Peu probable qu’il survive à l’éboulement provoqué par cette explosion vu qu’il persiste dans ses errements. Le rap game vient définitivement de perdre un de ses soldats les plus prometteurs. R.I.P. Joe. Dommage que tu nous aies laissé cet album infect comme ultime héritage.

7/20

Tracklist:

1 Winding On Me (Featuring Lil Wayne & Ron Browz) [Produced by Ron Browz]
2 Joey Don’t Do It [Produced by DJ Infamous]
3 One (Featuring Akon) [Produced by The Inkredibles]
4 Aloha (Featuring Pleasure P & Rico Love) [Produced by Rico Love]
5 Put Ya In Da Game (Featuring T-Pain & OZ) [Produced by Schife & OhZee]
6 Congratulations (Featuring Rico Love & T.A.) [Produced by Eric Hudson]
7 Porn Star (Featuring Lil Kim) [Produced by Jim Jonsin]
8 Cupcake (Featuring Benisour) [Produced by Schife & OhZee]
9 Ice Cream (Featuring Raekwon & T.A.) [Produced by T-Weed]
10 Okay Okay [Produced by Andrews « Drew » Correa]
11 Blackout (Featuring Swizz Beatz & Rob Cash of KAR) [Produced by Swizz Beatz]
12 Music (Featuring Cherlise) [Produced by DJ Infamous and Slick]

Sortie: 19 Mai 2009
Label: Flipmode/ Universal Motown
Producteurs: DJ Scratch, Jelly Roll, Cool & Dre, Danja, Ty Fyffe, Ron Browz, Mr Porter, Needlz, The Neptunes, Dready Beats, King Karnov

Chronique d’une catastrophe annoncée. Voici comment on pourrait aisément qualifier la genèse de cet album à ranger parmi les calamités discographiques des temps modernes. Un petit flashback permet tout de même de mieux comprendre les circonstances de la conception de cet album. Rappelons-nous que l’ami Bus-A-Bus était signé chez Aftermath et que ce nouvel opus devait initialement être supervisé par Dr. Dre en personne. Problème le bon docteur est plutôt occupé pas son propre album Detox. Heureusement que ses fidèles assistants se démènent en coulisse pour livrer des productions à Busta. L’album, d’abord intitulé Before Hell Freezes All Over commence donc à prendre forme et, de l’avis même de son auteur, devrait être un retour aux sources. Rien que ça! On salive déjà d’impatience à l’idée de retrouver un Busta fou furieux de nouveau libre de faire étalage de cette fougue qui a toujours été sa marque de fabrique. Malheureusement ses déboires ne font que commencer. Outre des problèmes judiciaires récurrents, Bus-A-Bus ne semble pas vraiment être sur la même longueur d’onde que sa maison de disques. Alors que l’album est rebaptisé Blessed, lui annonce en interview qu’il s’appellera Back On My Bullshit (B.O.M.B. en abrégé, un titre par ailleurs suggéré par Pharrell Williams). On se doute alors que le torchon brûle entre les deux parties, mais qu’importe, la promo est lancée. On voit ainsi arriver deux premiers singles: We made It sur lequel s’invite les Linkin Park et la bastos Don’t Touch Me. Deux titres plutôt convaincants qui laissent augurer d’un album de qualité. Les titres suivants qui seront dévoiler viennent corroborer cette impression. On se dit alors que le retour de Busta Rhymes sera l’évènement de cette année 2008. C’est alors que vint le désastre. Busta Rhymes s’embrouille avec Jimmy Iovine, le patron d’Interscope et quitte précipitamment Aftermath, laissant au passage une bonne moitié de son album dans les tiroirs du label pour des problèmes de droits. S’il retrouve rapidement une terre d’asile, la major Universal Motown en l’occurrence, il voit ses titres être dispersés un peu partout. We Made It devient ainsi une iTunes bonus track, I Got Bass et Don’t Touch Me restent à l’état de vidéos et enfin G-Stro se retrouve sur la B.O. de Fast & Furious 4. Busta ne conserve qu’une infime partie de ses titres. Tout est donc à refaire, mais la promo étant déjà lancée, Universal Motown ne peut se permettre de traîner.  Il faut agir et vite. Solution: un Busta écrasant d’accessibilité et suivant totalement la tendance. C’est en tout cas la première impression que laisse le single Arab Money. Refrain entêtant passé à l’auto-tune (effet de mode oblige), vidéo racoleuse aux figurants « de luxe » douteux (dont Soulja Boy) et chorégraphie entrainante sont les ingrédients de ce morceau qui deviendra un hit mondialement connu et suscitera une flopée de remixes (déclinaisons?), relançant au passage la carrière de Ron Browz et assurant la notoriété de Bus-A-Bus chez les kikoolols. Bien sur ce titre lui vaudra une nuée de critiques sur la toile, mais en dépit de ces invectives il garde le cap et livre un autre single tout aussi controversé. Hustler’s Anthem ’09 marque le retour d’un Busta plus à l’aise avec ce sujet mais sa bonne volonté ne parvient pas à sauver ce morceau desservi par une production sans relief de Ty Fyffe et surtout par le refrain d’un T-Pain égal à lui-même. On est plus proches de l’imposture qu’autre chose là. Heureusement la résurrection viendra de l’excellent Respect My Conglomerate (un des rares titres de la première mouture de l’album que Bus a réussi à conserver), collaboration réussie avec un Jadakiss et un Lil Wayne comme on les aime. Cette infime lueur d’espoir est cependant obscurcie par un quatrième single des plus bouseux. Une calamité auditive portant fièrement le titre de World Go Round produit par un Jelly Roll à l’inspiration aussi abyssale que la fosse des Mariannes et qui voit intervenir Estelle, une enième tapineuse rue Pop Abêtissante qui épouse ici à merveille son rôle de sorcière des grands fonds.

Le sentiment d’insipidité (et disons le de dégoût) qu’a laissé le dernier single est encore plus que vivace ou moment où l’album sort enfin. Première lecture rapide des crédits et première déception. On avait espéré un legs de Jay Dee d’autant plus que Busta avait lui-même déclaré qu’« un album de Busta sans J Dilla n’est pas un album de Busta ». Remise dans le contexte et après écoute de l’album, cette phrase apparait comme une sombre prémonition. Entre une guest list qui tient plus d’entrées à choix multiples et une faiblesse instrumentale rédhibitoire, on peine à croire qu’on écoute l’album d’un MC qui a toujours su se renouveler et prendre favorablement tout le monde à contre-pied. Le fauve en furie n’est plus que l’ombre de lui-même, ses crocs ayant été remplacés par des dents de lait peu affutées et donc nettement moins tranchantes. Son précédent vaccin contre la rage s’avère tout aussi efficace et n’en déplaise à certains il n’a plus rien d’un lion depuis que sa fameuse crinière a été rasée.

C’est vous l’aurez donc compris très décevant. Rarement (jamais?) un album de Busta Rhymes aura été autant mal desservi en productions. On oscille entre le cotonneux, l’insipide et le passable. La palme d’or de la nullité revient à Jelly Roll auteur d’un Sugar alimentaire en plus du titre pré-cité. Ron Browz persiste à enfoncer l’album avec un Give Em What They Askin For franchement merdique (il aura au moins réussi à usiner un somnifère des plus efficaces) et même le vieux fidèle DJ Scratch se laisse contaminer par cette épidémie de médiocrité avec Imma Go & Get My… Ajoutons à cela We Miss You (électro-cardiogramme plat tout au long de la torture…pardon de l’écoute), We Want In titre terne où l’on voit apparaitre les vestiges du Flip Mode Squad (où sont passés Rampage et Rah-Digga?) et Ron-je-te-soule-Browz au refrain et Don’t Believe Em qu’Akon se charge de ruiner et on a fait le tour des déchets.

Heureusement Busta reste Busta et il nous le prouve dès que les productions suivent un minimum. L’excentrique et efficace Wheel Of Fortune est plutôt convaincant, tout comme Kill Dem, nouvelle combinaison à succès avec Pharrell Williams (secondé pour le coup par Tosh). C’est cependant le génial Decision qui marque irrémédiablement les esprits. Outre son casting de guests all-stars (Mary J. Blige, Jamie Foxx, John Legend & Common) ce morceau surprend par son originalité (les chanteurs font le refrain chacun leur tour) et constitue un des hauts faits du disque. Juste ce qu’il faut avec Respect My Conglomerate pour sauver le disque de la noyade. Il n’en demeure pas moins un album catastrophique de Busta Rhymes et sa pire sortie à ce jour. On ne peut qu’être pris de tristesse devant le spectacle pitoyable de ce rappeur d’exception englué dans la toile des intérêts économiques (on notera au passage que Bus-A-Bus parle souvent d’argent dans cet album) et autres désidératas des majors. Un projet qui n’honore absolument pas son auteur et le fait dangereusement glisser vers la voie de la wackitude. Gageons que Tyrone Smith puisse renaître de ses cendres au plus vite.

10/20

Tracklist:

# Title Producer Length
1. « Wheel of Fortune » DJ Scratch 3:24
2. « Give ‘Em What They Askin’ for » Ron Browz 3:24
3. « Respect My Conglomerate » (feat. Lil Wayne & Jadakiss) Focus… 3:34
4. « Shoot for the Moon » Danja 3:20
5. « Hustler’s Anthem ’09 » (feat. T-Pain) Ty Fyffe 4:29
6. « Kill Dem » (feat. Pharrell & Tosh) The Neptunes 3:48
7. « Arab Money » (feat. Ron Browz) Ron Browz 2:45
8. « I’m a Go and Get My… » (feat. Mike Epps) DJ Scratch 4:54
9. « We Want In » (feat. Ron Browz, Flipmode Squad: Spliff Star & Show Money) King Karnov 3:11
10. « We Miss You » (feat. Demarco & Jelly Roll) Needlz 5:02
11. « Sugar » (feat. Jelly Roll) Jelly Roll 4:05
12. « Don’t Believe Em » (feat. Akon & T.I.) Cool & Dre 3:49
13. « Decision » (feat. Jamie Foxx, Mary J. Blige, John Legend & Common) Mr. Porter 4:28
14. « World Go Round » (feat. Estelle) Jelly Roll 3:51

Sortie: 24 Novembre 2008
Label: Roc-A-Fella/ Island Def Jam
Producteurs: Kanye West, No I.D., Jeff Bhasker, Mr Hudson

On avait quitté Kanye West en pleine forme. Graduation, chapitre final de la trilogie de l’ourson avait connu un succès mondial en dépit des réserves émises sur certains choix artistiques. De plus la carrière de producteur du Louis Vuitton Don se portait (comme d’habitude dirait-on) à merveille. Voilà que se profile donc le quatrième projet de l’entertainer de Chicago. Les personnes ayant apprécié le précédent opus (j’en fais partie) en piaffaient d’impatience.

Malheureusement la presse se fera l’écho des (mauvaises) nouvelles au sujet de cet album. D’abord on apprend que cet album sera très personnel et en rapport avec les drames de sa vie (Perte de sa mère, rupture avec sa meuf…). Pas de quoi faire baisser le buzz, tout au contraire, surtout qu’un nouveau duel marketing avec l’ami Curtis se profilait (Bon ça en fait on s’en bat les yeuks). Première raison de douter, l’annonce de l’usage de la vieillote TR-808 comme boîte à rythme de base pour la réalisation de l’album. Pas le temps de s’en remettre vu que la présentation en grande pompe du premier single, Love Lockdown, sur la scène d’une cérémonie MTV achève de diviser ses fans en deux camps. On a en effet eu droit à un Kanye poussant la chansonnette sur un instru digne des standards de la pop, et le pire avec une voix auto-tuné (Je ne vais pas revenir sur ce procédé cher à T-Pain). Les commentaires négatifs suscités par ce titre le convaincront d’en réaliser une nouvelle version. Malheureusement, l’auto-tune est toujours de la partie, toute chose qui rebute les kiffeurs allergiques à ce procédé. Le summum est atteint lorsqu’on apprend qu’il sera utilisé pour tout l’album (enregistré en deux semaines). L’idéal pour se braquer. Et pour ne rien arranger Heartless , le deuxième single est loin d’être captivant, surtout quand on a encore dans les oreilles les trois premiers albums. Seul avantage, on sait déjà qu’il ne faut pas s’attendre à un album Hip-hop.

L’écoute de l’album vient malheureusement corroborer nos soupçons. Ye vire carrément pop sur ce projet. Très peu de rap (venant seulement des invités), un Pinocchio Story carrément inutile et un featuring de Lil-je-suis-partout-avec-ma-sale-gueule Wayne. Tout ce qu’il y a de plus street.

Passés ces a priori, on essaie tout de même de rentrer dans l’album en espérant qu’il sera aussi bien que le sublime The Love Below d’Andre 3000. Au final, il convient d’oublier un peu le projet du membre d’Outkast. Le niveau ne suit pas. Say You Will n’a vraiment rien d’exceptionnel au contraire de Welcome To Heartbreak (en featuring avec Kid Cudi) d’assez bonne facture. On se dit alors que l’album va monter en intensité mais non, déception. Zappons le déjà connu Heartless pour atterrir sur Amazing, titre terne presque sauvé(simplement parce qu’il nous a permit d’arrêter de nous faire chier) par la prestation de Young Jeezy. Paranoid (featuring Mr. Hudson) qui succède à Love Lockdown relève cependant le niveau général. Après un RoboCop sans éclat, l’écoute devient tout simplement pénible, à l’image du duel à l’auto-tune avec Weezy See You In My Nightmares (Beau caca sonore) et d’un Bad News tout simplement insupportable. On est même super content quand le disque se termine enfin (Il passe bien comme berceuse, ma petite cousine n’a pas tenu trois titres).

Que retenir donc objectivement, après moult écoutes? Déjà un sentiment globalement négatif. On s’attendait à un album très introspectif et personnel, on a droit à x lieux communs ressassés dans tous les albums chantés. On nous avait promis la grosse claque au niveau des instrus, raté aussi, même si c’est pas mal produit (un tantinet trop vintage, mais au vu de la boîte à rhythme, fallait pas rêver). Ça ne restera pas intemporel en tout cas. Le carton rouge revient aux performances de Ye derrière le micro. Si vous aimez les chants faux, les voix auto-tunés (n’est pas T-Pain qui veut) et les prestations sans aucune profondeur qui ne dégagent aucune émotion, libre à vous. Pour ma part, son chant est une fiente électro-pop robotique masturbatoire et sans génie. Tant qu’a chanter, autant savoir le faire (Ye tu ne sera jamais Roger Troutman). Là la voix de Kanye ruine les instrus et est vite irritante.

De la mauvaise pop léthargique en conclusion. Ce disque vaut surtout pour la prise de risques (en même temps, faire des chansons à l’auto-tune, a.k.a gadget prisé du moment, inviter Weezy et Jeezy c’est tout sauf prendre des risques). Pour le reste, c’est un agrégat de formules toutes faites que les inconditionnels prendront pour des éclairs de génie. Gageons que ni le futur du hip-hop, ni ceux du R&B et de la Soul ne ressembleront à ça, sinon on est partis pour des siècles d’ennui mortel.

11/20

Tracklist:

1. Say You Will
2. Welcome To Heartbreak (feat. Kid Cudi)
3. Heartless
4. Amazing (feat. Young Jeezy)
5. Love Lockdown
6. Paranoid (feat. Mr. Hudson)
7. RoboCop
8. Street Lights
9. Bad News
10. See You In My Nightmares (feat. Lil Wayne)
11. Coldest Winter
12. Pinocchio Story (freestyle live from Singapore)