Articles Tagués ‘Jadakiss’

Les pétards mouillés du Rap Us (2001-2006).

Publicités

Sortie: 19 Mai 2009
Label: Flipmode/ Universal Motown
Producteurs: DJ Scratch, Jelly Roll, Cool & Dre, Danja, Ty Fyffe, Ron Browz, Mr Porter, Needlz, The Neptunes, Dready Beats, King Karnov

Chronique d’une catastrophe annoncée. Voici comment on pourrait aisément qualifier la genèse de cet album à ranger parmi les calamités discographiques des temps modernes. Un petit flashback permet tout de même de mieux comprendre les circonstances de la conception de cet album. Rappelons-nous que l’ami Bus-A-Bus était signé chez Aftermath et que ce nouvel opus devait initialement être supervisé par Dr. Dre en personne. Problème le bon docteur est plutôt occupé pas son propre album Detox. Heureusement que ses fidèles assistants se démènent en coulisse pour livrer des productions à Busta. L’album, d’abord intitulé Before Hell Freezes All Over commence donc à prendre forme et, de l’avis même de son auteur, devrait être un retour aux sources. Rien que ça! On salive déjà d’impatience à l’idée de retrouver un Busta fou furieux de nouveau libre de faire étalage de cette fougue qui a toujours été sa marque de fabrique. Malheureusement ses déboires ne font que commencer. Outre des problèmes judiciaires récurrents, Bus-A-Bus ne semble pas vraiment être sur la même longueur d’onde que sa maison de disques. Alors que l’album est rebaptisé Blessed, lui annonce en interview qu’il s’appellera Back On My Bullshit (B.O.M.B. en abrégé, un titre par ailleurs suggéré par Pharrell Williams). On se doute alors que le torchon brûle entre les deux parties, mais qu’importe, la promo est lancée. On voit ainsi arriver deux premiers singles: We made It sur lequel s’invite les Linkin Park et la bastos Don’t Touch Me. Deux titres plutôt convaincants qui laissent augurer d’un album de qualité. Les titres suivants qui seront dévoiler viennent corroborer cette impression. On se dit alors que le retour de Busta Rhymes sera l’évènement de cette année 2008. C’est alors que vint le désastre. Busta Rhymes s’embrouille avec Jimmy Iovine, le patron d’Interscope et quitte précipitamment Aftermath, laissant au passage une bonne moitié de son album dans les tiroirs du label pour des problèmes de droits. S’il retrouve rapidement une terre d’asile, la major Universal Motown en l’occurrence, il voit ses titres être dispersés un peu partout. We Made It devient ainsi une iTunes bonus track, I Got Bass et Don’t Touch Me restent à l’état de vidéos et enfin G-Stro se retrouve sur la B.O. de Fast & Furious 4. Busta ne conserve qu’une infime partie de ses titres. Tout est donc à refaire, mais la promo étant déjà lancée, Universal Motown ne peut se permettre de traîner.  Il faut agir et vite. Solution: un Busta écrasant d’accessibilité et suivant totalement la tendance. C’est en tout cas la première impression que laisse le single Arab Money. Refrain entêtant passé à l’auto-tune (effet de mode oblige), vidéo racoleuse aux figurants « de luxe » douteux (dont Soulja Boy) et chorégraphie entrainante sont les ingrédients de ce morceau qui deviendra un hit mondialement connu et suscitera une flopée de remixes (déclinaisons?), relançant au passage la carrière de Ron Browz et assurant la notoriété de Bus-A-Bus chez les kikoolols. Bien sur ce titre lui vaudra une nuée de critiques sur la toile, mais en dépit de ces invectives il garde le cap et livre un autre single tout aussi controversé. Hustler’s Anthem ’09 marque le retour d’un Busta plus à l’aise avec ce sujet mais sa bonne volonté ne parvient pas à sauver ce morceau desservi par une production sans relief de Ty Fyffe et surtout par le refrain d’un T-Pain égal à lui-même. On est plus proches de l’imposture qu’autre chose là. Heureusement la résurrection viendra de l’excellent Respect My Conglomerate (un des rares titres de la première mouture de l’album que Bus a réussi à conserver), collaboration réussie avec un Jadakiss et un Lil Wayne comme on les aime. Cette infime lueur d’espoir est cependant obscurcie par un quatrième single des plus bouseux. Une calamité auditive portant fièrement le titre de World Go Round produit par un Jelly Roll à l’inspiration aussi abyssale que la fosse des Mariannes et qui voit intervenir Estelle, une enième tapineuse rue Pop Abêtissante qui épouse ici à merveille son rôle de sorcière des grands fonds.

Le sentiment d’insipidité (et disons le de dégoût) qu’a laissé le dernier single est encore plus que vivace ou moment où l’album sort enfin. Première lecture rapide des crédits et première déception. On avait espéré un legs de Jay Dee d’autant plus que Busta avait lui-même déclaré qu’« un album de Busta sans J Dilla n’est pas un album de Busta ». Remise dans le contexte et après écoute de l’album, cette phrase apparait comme une sombre prémonition. Entre une guest list qui tient plus d’entrées à choix multiples et une faiblesse instrumentale rédhibitoire, on peine à croire qu’on écoute l’album d’un MC qui a toujours su se renouveler et prendre favorablement tout le monde à contre-pied. Le fauve en furie n’est plus que l’ombre de lui-même, ses crocs ayant été remplacés par des dents de lait peu affutées et donc nettement moins tranchantes. Son précédent vaccin contre la rage s’avère tout aussi efficace et n’en déplaise à certains il n’a plus rien d’un lion depuis que sa fameuse crinière a été rasée.

C’est vous l’aurez donc compris très décevant. Rarement (jamais?) un album de Busta Rhymes aura été autant mal desservi en productions. On oscille entre le cotonneux, l’insipide et le passable. La palme d’or de la nullité revient à Jelly Roll auteur d’un Sugar alimentaire en plus du titre pré-cité. Ron Browz persiste à enfoncer l’album avec un Give Em What They Askin For franchement merdique (il aura au moins réussi à usiner un somnifère des plus efficaces) et même le vieux fidèle DJ Scratch se laisse contaminer par cette épidémie de médiocrité avec Imma Go & Get My… Ajoutons à cela We Miss You (électro-cardiogramme plat tout au long de la torture…pardon de l’écoute), We Want In titre terne où l’on voit apparaitre les vestiges du Flip Mode Squad (où sont passés Rampage et Rah-Digga?) et Ron-je-te-soule-Browz au refrain et Don’t Believe Em qu’Akon se charge de ruiner et on a fait le tour des déchets.

Heureusement Busta reste Busta et il nous le prouve dès que les productions suivent un minimum. L’excentrique et efficace Wheel Of Fortune est plutôt convaincant, tout comme Kill Dem, nouvelle combinaison à succès avec Pharrell Williams (secondé pour le coup par Tosh). C’est cependant le génial Decision qui marque irrémédiablement les esprits. Outre son casting de guests all-stars (Mary J. Blige, Jamie Foxx, John Legend & Common) ce morceau surprend par son originalité (les chanteurs font le refrain chacun leur tour) et constitue un des hauts faits du disque. Juste ce qu’il faut avec Respect My Conglomerate pour sauver le disque de la noyade. Il n’en demeure pas moins un album catastrophique de Busta Rhymes et sa pire sortie à ce jour. On ne peut qu’être pris de tristesse devant le spectacle pitoyable de ce rappeur d’exception englué dans la toile des intérêts économiques (on notera au passage que Bus-A-Bus parle souvent d’argent dans cet album) et autres désidératas des majors. Un projet qui n’honore absolument pas son auteur et le fait dangereusement glisser vers la voie de la wackitude. Gageons que Tyrone Smith puisse renaître de ses cendres au plus vite.

10/20

Tracklist:

# Title Producer Length
1. « Wheel of Fortune » DJ Scratch 3:24
2. « Give ‘Em What They Askin’ for » Ron Browz 3:24
3. « Respect My Conglomerate » (feat. Lil Wayne & Jadakiss) Focus… 3:34
4. « Shoot for the Moon » Danja 3:20
5. « Hustler’s Anthem ’09 » (feat. T-Pain) Ty Fyffe 4:29
6. « Kill Dem » (feat. Pharrell & Tosh) The Neptunes 3:48
7. « Arab Money » (feat. Ron Browz) Ron Browz 2:45
8. « I’m a Go and Get My… » (feat. Mike Epps) DJ Scratch 4:54
9. « We Want In » (feat. Ron Browz, Flipmode Squad: Spliff Star & Show Money) King Karnov 3:11
10. « We Miss You » (feat. Demarco & Jelly Roll) Needlz 5:02
11. « Sugar » (feat. Jelly Roll) Jelly Roll 4:05
12. « Don’t Believe Em » (feat. Akon & T.I.) Cool & Dre 3:49
13. « Decision » (feat. Jamie Foxx, Mary J. Blige, John Legend & Common) Mr. Porter 4:28
14. « World Go Round » (feat. Estelle) Jelly Roll 3:51

Sortie: 22 Décembre 1998
Label: Ruff Ryders/ Def Jam
Producteurs: Swizz Beatz, PK, DJ Shok, Dame Grease, Irv Gotti

Alors que le sombre It’s Dark And Hell Is Hot, premier album d’Earl Simmons a.k.a Dark Man X squatte encore les ondes et les charts, l’annonce de la sortie d’un nouvel album ne manque pas de surprendre. Pourquoi tant de précipitation, surtout que le premier album est un énorme succès et ne semble pas avoir encore atteint tout son potentiel commercial? De plus n’est-ce pas une gageure de sortir deux albums en une seule année? Mystère! Mais qu’importe au fond, X surfe sur la vague du succès avec un premier album multi-platiné. Son retour prématuré dans les bacs ne peut être perçu que comme une bonne nouvelle pour sa fan base qui ne cesse de s’agrandir.

Du côté de la critique, l’heure est plutôt au scepticisme. Des réserves (légitimes au demeurant) concernant la qualité du disque sont émises. Aura t’on droit à des fonds de tiroir? Où alors à un disque enregistré à la va-vite juste pour profiter du buzz du MC du Yonkers? Qu’importe! L’intérêt pour Flesh Of My Flesh, Blood Of My Blood ne cesse de grandir.

Le CD arrive enfin et sa seule pochette suffit à susciter la polémique. DMX y pose en effet recouvert de sang de porc, ce qui ne manque pas de choquer certains esprits mais aussi d’annoncer la couleur sombre de l’album.

Premier constat à la lecture des crédits, Swizz Beatz qui avait déjà éclaboussé l’opus précédent de son talent se taille la part du lion en assurant la majeure partie des productions. De bon augure surtout que PK et Dame Grease sont aux manettes pour les titres restants. L’écoute vient balayer tout doute quant au contenu de l’album. X n’a pas succombé aux sirènes commerciales en vogue à l’époque. L’homme et sa musique demeurent tout autant abrasifs. Textes hardcores, musiques sombres et invités utilisés à contre-emploi (Mary J. Blige sur un Coming From qui n’a absolument rien de mielleux) sont les recettes de cet album qui démarre en fanfare avec un bref My Niggas en intro. Suivent ensuite un impressionnant Bring Your Whole transpirant la rage et Ain’t No Way, première combinaison réussie avec Swizz Beatz. Les premiers invités (non-crédités d’ailleurs) Jadakiss et Styles P de The L.O.X ne débarquent qu’a la cinquième piste et tiennent leur rang sur une prod surprenante d’Irv Gotti. La surprise vient de la présence du métalleux Marilyn Manson qui vient donner une touche encore plus sombre et limite glauque à The Omen, suite du Damien du premier album. Slippin’ single unique de ce projet est magistralement mené par un DJ Shok qui sample pour l’occasion le Moonstream de Grover Washington Jr et constitue un des hauts faits du disque. X crache ses lyrics avec fougue sur ce titre et communique sa rage à l’auditeur. A compter de la piste 11, l’album prend une nouvelle dimension (exception faite de l’excellent Dogs For Life signé par le trop effacé Dame Grease) avec les productions de Swizz Beatz. Les éclairs précédemment entrevus de la fructueuse association entre les deux hommes se confirment. L’alchimie entre X et Swizz est quasi-parfaite, l’un sublimant le travail de l’autre et ce quel que soit le registre. Du sample oriental de No Love For Me au brillant Ready To Meet Him (indubitablement la meilleure de toutes les prières finales qui innervent la discographie du Pitbull du Yonkers) en passant par le plus surprenant Blackout qui invite Hova et The L.O.X., le duo conserve toute son efficacité.

Flesh Of My Flesh, Blood Of My Blood est donc, vous l’auriez compris, la suite logique de It’s Dark And Hell Is Hot . Moins grand public (on aime ou on déteste la direction musicale de cet opus), productions plus sombres (plus expérimentales et moins accessibles aussi), lyrics dans la continuité de l’album précédent, plus grande homogénéité, ce disque est une réussite et a convaincu sans peine les fans de DMX (670.000 exemplaires écoulés dès la première semaine d’exploitation). Le succès sera d’ailleurs au rendez-vous et installera un peu plus X dans la légende en lui permettant de devenir le second rappeur avec 2pac a avoir été deux fois numéro 1 du billboard avec deux albums sortis la même année.

17/20

Tracklist:

1. My Niggas (Skit) [Produced by Swizz Beatz]
2. Bring Your Whole Crew [Produced by P. Killer Trackz]
3. Pac Man (Skit)
4. Ain’t No Way [Produced by Swizz Beatz]
5. We Don’t Give A Fuck (Feat. Jadakiss & Styles P.) [Produced by Irv Gotti & Dat Nigga]
6. Keep Your Shit The Hardest [Produced by Swizz Beatz]
7. Coming From (Feat. Mary J. Blige) [Produced by P. Killer Trackz]
8. It’s All Good [Produced by Swizz Beatz]
9. The Omen (Feat. Marilyn Manson) [Produced by Swizz Beatz]
10. Slippin’ [Produced by DJ Shok]
11. No Love For Me (Feat. Swizz Beatz & Drag’On) [Produced by Swizz Beatz]
12. Dogs For Life [Produced by Dame Grease]
13. Blackout (Feat. Jay-Z & The Lox) [Produced by Swizz Beatz]
14. Flesh Of My Flesh, Blood Of My Blood [Produced by Swizz Beatz]
15. Heat [Produced by Swizz Beatz]
16. Ready To Meet Him [Produced by Swizz Beatz]

It’s All Good Contains a sample of « Heartbeat » (T. Gardner)
The Omen Contains an interpolation of « Damien » (E. Simmons, D. Blackman), as performed by DMX
Slippin’ Contains a sample of « Moonstream » (G. Washington, Jr.), as performed by Grover Washington, Jr.