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Les pétards mouillés du Rap Us (2001-2006).

Sortie: 9 Novembre 2009

Label: Shady/Aftermath/Interscope

Producteurs: Dr. Dre, Mark Batson, Rockwilder, DJ Khalil, Polow Da Don, Rick Rock, Havoc, Tha Bizness, Ty Fyffe, Manny Perez, Lab Ox, Vikaden, Team Ready, J Keys, Team Demo,   Nascent, QB Da Problem, Black Key, Dual Output, Chin Injeti

Il est lieu commun d’affirmer que 50 Cent est musicalement au creux de la vague (à la grande joie de ses haters de tout poil, trop heureux de le voir s’étaler en beauté). Elle est loin l’époque ou il faisait la pluie et le beau temps sur le rap mainstream avec son Gorilla Unit. Loin aussi cette époque où quiconque s’en prenant à lui  voyait sa carrière fortement ébranlée. S’il a successivement enterré Ja Rule, Cam’ron et Fat Joe, Fiddy a malheureusement perdu son duel au sommet avec Kanye West, initié à l’occasion du très moyen Curtis (qu’il qualifiera lui-même d’échec). Pis il reste sur un échec retentissant avec la sortie du catastrophique deuxième album de la G-Unit Terminate On Sight. Un revers dont il se relèvera très difficilement au vu de la nuée de critiques qu’a subi l’opus. Il fera donc le dos rond annonçant dans la foulée la sortie prochaine de son quatrième album Before I Self Destruct, projet déjà bien avancé au moment des sessions de Curtis. Il définit lui-même l’album comme un retour aux sources et la qualifie de prequel de Get Rich Or Die Tryin’. On reste cependant dubitatif vu que ce genre d’annonce s’avèrent souvent infondées. Initialement prévu pour 2008, il se verra sans cesse reporté officiellement pour laisser le champ libre au grand retour d’Eminem. La véritable raison serait plutôt le manque de buzz dont bénéficie 50. S’il y a encore peu son seul nom suffisait à mettre la presse et le public en émoi, il faut bien admettre que la donne à changer. L’heure n’est plus aux gangsters en carton, mais plutôt aux ringtones rappers, à l’autotune et aux sonorités mâtinées de pop music et de dance. Dans ce contexte faisant la part belle à la facilité et aux projets sans aucune originalité, Fiddy a quelque peu de mal à se retrouver. Pour ne rien arranger la crise de l’industrie du disque et ses relations tendues avec Jimmy Iovine (patron d’Interscope son label) ne lui facilite pas la tâche au point que paradoxalement 50 est presque devenu un rappeur underground en 2009, tend ce dernier peine à exister entre les vedettes hip-pop et les arrivistes écervelés du ringtone rap, nouvelles idoles de la masse de joyeux crétins qui constituait naguère son public. Pas étonnant donc qu’il aie toutes les peines du monde à assurer le lancement de son album. Get Up, la première sonde, ne trouvera pas son public en dépit du renfort de Scott Storch à la production. Même sentence pour I Get It In que même le parrainage de Dr. Dre ne sauvera pas de la noyade (au sens commercial du terme).  Le nouveau beef contre Rick Ross arrivera presqu’en sauveur. S’il n’atteint pas l’intensité des premiers et laisse passablement indifférent, cette embrouille cousu de fil blanc aura au moins le mérite de le mettre de nouveau sous le feu des projecteurs (quoique la lumière fusse pâle et que ce beef aie d’avantage profité à Ross). Poussé dans les cordes par son nouvel « ennemi », Curtis se doit de réagir avec un album qui devrait marquer sa reconciliation avec la rue. Entretemps un autre titre produit par Dre fuit sur la toile: OK, You’Re Right. S’il laisse préfigurer un retour au fondamentaux, il est malheureusement plombé par une prod pas mauvaise mais qui s’avère à la longue trop répétitive et fini par lasser. Le premier single officiel Baby By Me (Featuring Ne-Yo) est tout aussi peu rassurant. On pourra se consoler en se disant qu’au moins il n’y a pas d’autotune dessus, mais ce titre taillé pour radios et dancefloor laisse étrangement de glace. Pis on se prend à redouter un nouveau Curtis, à savoir un disque fourre-tout sur lequel on peut retrouver la crème des gros vendeurs du moment. C’est fort de ces appréhensions que l’écoute de l’album est entamée.

Premier constat 50 continue dans sa logique street entamée sur l’album de la G-Unit. Si quelques producteurs de renom sont conviés(Polow Da Don, DJ Khalil, Rockwilder, Rick Rock…), une bonne moitié des sonorités sont confiées à des inconnus. Même Dr. Dre et son acolyte Mark Batson se montrent bien discret en ne signant que deux titres. Autre constante la liste des invités s’est vu sérieusement réduite. Seuls Ne-Yo, R. Kelly et son mentor Eminem auront l’honneur de s’illustrer à ses côtés. A l’écoute on relèvera surtout que l’ami Curtis a pour une fois tenu ses promesses. La couleur musicale s’avère aussi street qu’il l’avait annoncée. Pas de « T-Paineries » et autres « Kid Cudieries » au programme, on penche volontiers du côté de la soul plutôt. Pas de formules guimauvesques juste bonnes à contenter la nuée de diabétiques pré-pubères ou de combinaisons plus cotonneuses que de la barbe-à-papa. La confiserie est fermée pour cet épisode, place aux plats de résistance.

L’album démarre sur des chapeaux de roues avec le surpuissant The Invitation, bastos malheureusement trop brève usinée par un Ty Fyffe en grande forme. Ce titre donne le ton de cette première partie du disque où est concentrée la plupart des bons titres. L’enchainement avec les titres suivants donne une triplette incandescente transpirant le soufre. Entre ses souvenirs évoqués dans Then Day Went By et le rageur et explicite Death To My Enemies, nouvelle tuerie signée Dr. Dre, on retrouve le 50 qu’on a toujours connu et auquel on aura droit tout au long de l’album. Sur de lui, plus agressif tant dans le texte que dans le flow, il vide ses chargeurs sur la concurrence mais s’avère moins adroit que par le passé. Le sniper qu’il était rate plus souvent ses cibles qu’auparavant où s’en prend à des proies faciles qu’il a coutume de chasser, au point de ne pas convaincre grand-monde. Il égratigne ainsi Jay-Z, Game et Lil Wayne sur So Disrespectful, ersatz de Piggy Bank qui s’avère cependant plus écoutable que son original. Pour l’originalité il faudra clairement repasser. C’est le principal reproche qu’on peut faire à cet album. 50 ne s’éloigne en effet pas de ses propres sentiers battus et à défaut de se renouveler décline à l’envie les recettes qui ont fait son succès. Diss-track de circonstance (So Direspectful), titres énervés (Death To My Enemies), enième collaboration avec Eminem (Psycho), titres plus accessibles, références constantes à son passé de street soldier et on a fait le tour. N’allez cependant pas penser que cet album est sans intérêt. Il nous ressert peut-être la même chose mais a au moins le mérite de changer la forme. Il se montre toujours à son avantage sur Crime Wave, le partiellement autobiographique Stretch ou encore le soulful Strong Enough. Il ne s’en tire pas trop mal non plus sur Get It Hot, espèce de nouvel I Get Money plutôt entrainant, le correct I Got Swag ou encore le très bon Do You Think About Me, titre le plus réussi de ceux destinés au grand public.Son flow reste toujours aussi plaisant pour ceux qui y sont sensible et il livre de bien meilleures performances que sur les décevants projets précédents.

Tout n’est cependant pas rose au royaume de 50. L’album a aussi son lot de déceptions. Si Psycho s’avère être un excellent titre, 50 se fait outshiner sans ménagements par un Eminem éblouissant de dextérité, au point qu’il varie son flow sur le troisième couplet pour essayer de tenir la cadence mais rien n’y fait. Autres moments creux le fadasse Hold Me Down qui s’avère vite irritant, le peu inspiré Gangsta’s Delight (reprise ratée du fameux Rapper’s Delight) produite par un Havoc de moins en moins convaincant aux manettes et les titres radio friendly destinés au grand public qui plombent la fin de l’album. On y retrouve les deux singles Baby By Me et OK You’re Right mais aussi le plus que dispensable Could’ve Been You que la présence de R. Kelly ne suffit pas à rehausser. Une fin plus que passable qui laisse un sentiment d’inachevé pour l’auditeur. L’album se retrouve ainsi partagé en deux parties totalement inégales. Si la première est de très bonne facture, la seconde est plus que décevante et en dehors de quelques titres qui surnagent a de fortes chances de finir dans la corbeille. Toutes choses qui donnent une impression finale de bâclage.

Un disque assez contrasté en définitive. Si on est plutôt satisfaits de ce retour aux sonorités streets on est cependant moins séduits par la stagnation de l’ensemble. L’album reste largement supérieur à Curtis mais ne parvient pourtant à faire l’unanimité. Il apparait comme un projet correct sans plus, pêchant par déficit de créativité et de prise de risques. Il ne suffira en tout cas pas à lui rendre l’estime dont il bénéficiait au début du siècle, ni à rabattre le caquet à ses haters qui se feront une nouvelle joie de le tailler. Quoi qu’il en soit Before I Self Destruct a le mérite de ne pas avoir déçus ceux qu’il attendait. Bien sur il lui manque un peu de folie, mais dans le contexte actuel c’est toujours bon à prendre. 50 nous a donné exactement ce qu’on attendait de lui pour une fois, que demander de plus?

15/20

Tracklist

# Title Writer(s) Producer(s) Length
1. « The Invitation » Ty Fyffe, Manny Perez Ty Fyffe, Manny Perez 2:54
2. « Then Days Went By » D. Billy Jr., B. Withers Lab Ox, Vikaden 3:44
3. « Death to My Enemies » Andre Young, Mark Batson, T. Lawrence, D. Parker, Mike Elizondo Dr. Dre, Mark Batson 3:46
4. « So Disrespectful » J. Henderson, C. Whitacre Tha Bizness 3:39
5. « Psycho » (featuring Eminem) Marshall Mathers, Young, Batson, Parker, Lawrence Dr. Dre 4:45
6. « Hold Me Down » J. Groover, Y. Davis Team Ready, J Keys 3:19
7. « Crime Wave » J. Fragala, D. Zacharias, W. Witherspoon, A. Bond Team Demo 3:44
8. « Stretch » Ricardo Thomas Rick Rock 4:07
9. « Strong Enough » C. Ruelas, Q. Hysaw, C. McMurray, G. Jones, P. Sawyer Nascent, QB Da Problem 3:02
10. « Get It Hot » M. Davis Black Key 2:59
11. « Gangsta’s Delight » Kejuan Muchita, B. Edwards, N. Rogers Havoc 3:14
12. « I Got Swag » R. Frazier, W. Hutchinson, D. Jolicoeur, K. Mercer Dual Output 3:34
13. « Baby by Me » (featuring Ne-Yo) Jamal Jones, S. Smith Polow da Don 3:33
14. « Do You Think About Me«  Dana Stinson Rockwilder 3:26
15. « Ok, You’re Right«  Young, Batson, Parker, Lawrence Dr. Dre, Mark Batson 3:04
International Bonus Track
# Title Producer(s) Length
16. « Could’ve Been You » (featuring R. Kelly) DJ Khalil, Chin Injeti 4:20
iTunes Bonus Tracks
# Title Producer(s) Length
17. « Flight 187 » Phoenix 4:10
18. « Baby by Me » (feat. Jovan Dais) Polow da Don 3:33

Sortie: 25 Avril 1995
Label: Infamous/ Loud/ RCA
Producteurs: Havoc, Q-Tip, Schott Free, Matt Life

1995, les ondes des radios spécialisées sont prises d’assaut par un titre sombre et ultra-efficace réalisé par un groupe alors inconnu du grand public hip-hop. Ces deux lascars n’en sont pas à leur premier coup d’essai vu qu’on apprendra plus tard qu’ils ont déjà sorti un album passé inaperçu. La donne a cependant changer avec ce Shook Ones Part II devenu depuis classique qui place directement le groupe en tête des révélations de l’année. Forts d’un contrat avec Loud Records et de ses accointances avec Nas (dont la street credibility était à son paroxysme), Mobb Deep profitera de son buzz grandissant pour livrer un album anthologique.

Dès les premières mesures on se retrouvent plongés dans l’univers embrumé des deux MC’s. On pensait ne plus avoir d’albums aussi sombres et réalistes depuis le classique Illmatic, et bien il faudra aussi compter avec The Infamous. Havoc et surtout Prodigy tutoient sans peine la véracité de Nas et apportent même une plus-value avec des histoires encore plus ancrées dans les rues sales du Queensbridge. Une ambiance sonore glauque transpirant le bitume et empestant la violence à des lieux à la ronde. L’album porte très bien son nom (The Infamous) et cette atmosphère de guérilla urbaine magnifiquement illustrée par les instrumentaux lourds et crasseux d’Havoc marquera à jamais l’histoire du rap au point de devenir la marque de fabrique du groupe. Une équation gagnante que la plupart de leurs homologues se chargeront de décliner sans arrêt par la suite. Les beats sont tous simplement irréprochables et n’ont toujours pas pris une ride. Même les guests producers se mettent au diapason et livrent des sons dans la lignée de ceux du beatmaker principal.

Au niveau du Mceeing, l’album atteint également des sommets rarement égalés. Prodigy n’a jamais aussi bien porté son pseudonyme, tant sa performance est énorme. S’il apparait un tantinet moins tranchant, Havoc se distingue lui aussi et brille presqu’autant que derrière ses machines. L’alchimie entre les deux rappeurs est si communicative qu’elle contamine les rares invités (Nas, Raekwon et Ghostface Killah du Wu-Tang, sans oublier les proches comme Infamous Mobb) qui se fondent totalement au décor. On se laisse séduire par les récits poignants et ultra-réalistes savamment narrés par les deux rappeurs avec une implication qui frise la perfection. Les classics tracks s’enchaînent sans retenue (Survival Of The Fittest, Shook Ones Part II, Cradle To The Grave, Trife Life, Party Over, Eye For An Eye pour ne citer que celles-la) et transportent directement l’auditeur dans les ruelles sombres de QB sans décalage horaire. La pression ne retombe pratiquement jamais et l’album se consomme d’une seule traite comme une bouffée de crack. Il n’y a aucun déchet à déplorer.

The Infamous est à n’en point douter leur meilleur album à ce jour. Un classique intemporel dont l’influence ne sera jamais démentie au même titre qu’ Illmatic, Enter The Wu ou encore Reasonable Doubt. Un disque à posséder absolument pour tout fan de rap new-yorkais et de rap tout court.

19/20

Tracklist

# Title Performer(s) Producer(s) Samples[17] Length
1 « The Start of Your Ending (41st Side) »
  • Intro: Havoc
  • First verse: Havoc
  • Second verse: Prodigy
  • Outro: Prodigy / Havoc
Havoc 4:24
2 « (The Infamous Prelude) »
  • Performed by Prodigy
2:22
3 « Survival of the Fittest« 
  • Intro: Prodigy
  • First verse: Prodigy
  • Chorus: Havoc / Prodigy
  • Second verse: Havoc
  • Outro: Prodigy
Havoc 3:43
4 « Eye for a Eye (Your Beef Is Mines) »
  • First Chorus: Prodigy
  • First verse: Prodigy
  • Second verse: Havoc
  • Second Chorus: Havoc
  • Third Verse: Nas
  • Fourth verse: Raekwon
  • Final Chorus: Nas / Raekwon
  • Outro: Raekwon
Havoc 4:54
5 « (Just Step Prelude) » 1:06
6 « Give Up the Goods (Just Step) »
  • Intro: Prodigy
  • First verse: Prodigy
  • Second verse: Big Noyd
  • Third verse: Havoc
  • Chorus: Prodigy
  • Fourth verse: Prodigy
Q-Tip 4:02
7 « Temperature’s Rising« 
  • First verse: Havoc
  • Chorus: Crystal Johnson
  • Second verse: Prodigy
  • Outro: Crystal Johnson
Q-Tip
(Co-produced
by Mobb Deep)
5:00
8 « Up North Trip »
  • First verse: Prodigy
  • Chorus: Prodigy / Havoc
  • Second verse: Havoc
  • Third verse: Prodigy
Havoc 4:58
9 « Trife Life »
  • Intro: Havoc / Prodigy
  • First verse: Prodigy
  • Chorus: Prodigy / Havoc
  • Second: Havoc
Havoc 5:19
10 « Q.U.-Hectic »
  • First verse: Prodigy
  • Chorus: Prodigy / Havoc
  • Second verse: Havoc
  • Third verse: Prodigy
Havoc 4:55
11 « Right Back at You »
  • Intro: Havoc
  • First verse: Prodigy
  • Chorus: Prodigy
  • Second verse: Havoc
  • Third verse: Ghostface Killah / Raekwon
  • Fourth verse: Big Noyd
Havoc
(Co-produced by Schott Free)
4:52
12 « (The Grave Prelude) »
  • Performed by: Havoc / Prodigy / Big Noyd
0:30
13 « Cradle to the Grave »
  • First verse: Prodigy / Havoc
  • Chorus: Havoc / Prodigy
  • Second verse: Havoc / Prodigy
Havoc 5:16
14 « Drink Away the Pain (Situations) »
  • First verse: Prodigy
  • First Chorus: Prodigy
  • Second verse: Q-Tip
  • Third verse: Havoc
  • Final Chorus: Havoc
  • Outro: Prodigy
Q-Tip
(Co-produced
by Mobb Deep)
4:44
15 « Shook Ones Pt. II« 
  • First verse: Prodigy
  • Chorus: Prodigy / Havoc
  • Second verse: Havoc
  • Outro: Havoc
Havoc
  • « Kitty With The Bent Frame » by Quincy Jones
  • « Dirty Feet » by Daly Wilson Big Band
  • « Thackeray Meets Faculty, Then Alone » by Ron Grainer
5:24
16 « Party Over »
  • First Chorus: Matt Life
  • First verse: Prodigy
  • Second verse: Havoc
  • Second Chorus: Prodigy / Havoc
  • Third verse: Big Noyd
  • Fourth verse: Prodigy
Mobb Deep
(Co-produced
by Matt Life)
5:40

Sortie: 23 Novembre 1999
Label: Ill Will/ Columbia
Producteurs: L.E.S., Dame Grease, DJ Premier, Havoc, Timbaland, Rich Nice, Nashiem Myrick & Carlos Broady

Le moins que l’on puisse affirmer est que la côte de Nas n’est pas au mieux en cette fin d’année 2000. En dépit du succès commercial d’It Was Written et I Am… ses deux précédents albums, le street poet est la cible de critiques plus ou moins acerbes d’une frange de plus en plus grandissante de listeners lui reprochant de s’être dilué au contact du dollar-roi. I Am… s’était ainsi pris une volée de bois vert de la part des hip-hop heads horrifiés de voir l’une de leurs valeurs sures sombrer dans la facilité. Honni par la base, Nas se devait donc de réagir au plus vite. Première nouveauté, la création d’Ill Will Records, son propre label. Annonce d’une résurrection musicale ou plongée encore plus profonde dans le clinquant milieu de l’entertainment? Nous n’aurons pour seule réponse qu’une volonté affirmée d’assumer son indépendance (surtout que l’interventionnisme de Steve Stoute a en partie été la cause des critiques faites à l’opus précédent). Soit mais qu’en est-il du futur? Pas de quoi paniquer, Nas annonce la sortie prochaines des titres retirés de la tracklist originelle de I Am… Réputés plus consensuels, ces sons dont on a pu entendre quelques bribes sur diverses mixtapes laissaient à penser que Nasir Jones reviendrait encore plus fort après un album décevant. Qu’importe alors que ce futur disque d’Unrealesed tracks sorte la même année que son prédécesseur multi-platiné. Du moment que son auteur revient à la rue c’est toujours ça de gagner. Nas a cependant plus d’un tour dans son sac. Il surprend tout le monde en révélant être retourné en studio enregistrer un nouvel album. Ce ne seront donc pas des chutes de studios mais un véritable album qui sera livré. Seul hic au vu de sa dernière sortie, on est plutôt tentés de ne pas mourir d’impatience et de nous contenter d’un « Attendons voir ce que ça donne ». Arrive enfin le premier single « sobrement » intitulé Nastradamus (du même titre que l’album). Ce titre était censé annoncé son retour aux affaires, mais il s’avère peu captivant et surtout peu convaincant. Le sample de James Brown, usiné par un L.E.S. de moins en moins inspiré, conserve un minimum d’efficacité, mais cela s’avère insuffisant pour nous rassurer. Devant l’accueil mitigé de cet éclaireur, Nas décide de sortir directement le disque.
On avait tous espéré la grande résurrection de Nas avec cet album, mais les écoutes des différentes pistes viennent confirmer qu’il s’enfonce de plus en plus. Nas n’a jamais été aussi décevant que sur ce disque. Performances en dents de scie, mauvais choix de productions, featurings peu fructueux, Nas est vraiment en petite forme sur ce disque. Pis il semble avoir égaré sa plume légendaire lors des sessions d’I Am… Pour du Nas l’album s’avère pénible à écouter. On y trouve même deux titres franchement agaçants: un Big Girl sans aucun relief et un New World plus que faiblard reprenant un sample des plus grillés (Africa de Toto) produit par un L.E.S. définitivement hors du coup sur cet album. Même sa collaboration avec DJ Premier (Come Get Me) s’avère peu captivante. Un titre moyen à des années-lumière des New York State Of Mind et autres Nas Is Like. D’autres titres tout aussi ternes comme God Love Us ou Some Of Us Have Angels plombent aussi l’album. Tout comme un Quiet Niggas irritant où s’invitent les Bravehearts.
Heureusement un MC du calibre de Nas ne peut définitivement se complaire dans ce boui-boui quelconque. Il revient heureusement à lui de temps à autres sur des titres plus conformes à ce qu’on était en droit d’attendre de lui. Life We Choose où il revient sur le côté obscur de la vie de star et l’efficace Last Words en duo avec Nashawn viennent relever le niveau. Ses deux collaborations avec Havoc (à la production sur le sublime Shoot’Em Up puis au micro avec son acolyte de Mobb Deep, Prodigy, sur Family ) sont deux des hauts faits de ce disque. Le mélancolique Project Windows en collaboration avec Ron Isley est lui aussi de bonne facture, mais c’est trop peu pour un album qui était censé marqué un tournant dans la carrière de Nas. Au point que le hit You Owe Me boosté par Ginuwine sur une production de Timbaland s’avère presque convaincant au vu du manque d’éclat de cette copie rendue. Nas nous avait habitué à de l’excellent on ne peu se contenter du moyen.
Vous l’aurez donc compris cet album est en tous points perfectible et pourrait aisément être taxé d’indigne de Nas. Le point culminant de sa régression artistique est atteint avec ce projet insipide au regard de sa discographie. Quelques titres intéressants mais franchement trop moyen pour du Nasir Jones. Un de ses projets les plus mitigés.

12/20

Tracklist:

  1. The Prediction [Produced by Rich Nice]
  2. Life We Choose [Produced by L.E.S.]
  3. Nastradamus [produced by L.E.S.]
  4. Some Of Us Have Angels [Produced by Dame Grease]
  5. Project Windows (Featuring Ronald Isley) [Produced by Nashiem Myrick and Carlos Brody. Reproduced by Poke & Tone]
  6. Come Get Me [Produced by DJ Premier]
  7. Shoot ‘Em Up [Produced by Havoc]
  8. Last Words (Featuring Nashawn Millenium Thug) [Produced by L.E.S.]
  9. Family (Featuring Mobb Deep) [Produced by Dame Grease]
  10. God Love Us [Produced by Dame Grease]
  11. Quiet Niggas (Featuring The Bravehearts) [Produced by Dame Grease]
  12. Big Girl [Produced by L.E.S.]
  13. New World [Produced by L.E.S.]
  14. U Owe Me (Featuring Ginuwine) [Produced by Timbaland]
  15. The Outcome [Produced by Rich Nice]

Sortie: 2 Juillet 1996
Label: Columbia
Producteurs: DJ Premier, L.E.S., Dr. Dre, Havoc, Live Squad, Trackmasters

Après un premier album certifié classique, le retour du MC de Queensbridge était l’un des évènements les plus attendus du microcosme hip-hop. Nas confirmerait-il son statut de meilleur plume new-yorkaise, ou alors ne serait-il qu’un épiphénomène de plus comme cette culture en a trop connu? La pression est donc grande pour Nasir Jones au moment de la livraison de ce second opus. Entre une presse dithyrambique à son endroit et un public qui place en lui d’énormes espoirs, le rappeur joue la carte de l’ouverture avec le single If I Ruled The World (Featuring Lauryn Hill des Fugees, qui à l’époque avaient réalisé de très bonnes ventes avec le très controversé The Score) lancé en éclaireur. Tout le monde l’ignore encore mais ce titre est presqu’à lui tout seul un résumé de l’album. Refrain chanté accrocheur, mélodie empruntée à Kurtis Blow, arrivée en grande pompe des Trackmasterz, thème qui n’est pas sans rappeler le World Is Yours du premier album et rimes toujours aussi accrocheuses. Dans la foulée, on apprend que Dr Dre produira un son sur cet album. De quoi dérouter les hip-hop heads les plus radicaux de l’époque pour qui Dr Dre= gros sons commerciaux. Le public est donc assez divisé au moment ou It Was Written arrive dans les bacs.

Une première écoute rapide nous permet de réaliser que Nas a clairement voulu évoluer en ne livrant pas un Illmatic bis. DJ Premier ne produit qu’un seul titre I Gave You Power, le reste étant principalement l’oeuvre des Trackmasterz (L.E.S.,Poke, Tone). La présence de JoJo du groupe Jodeci (à l’époque en pleine gloire) sur Black Girl Lost ne manque pas de décontenancer plus d’un. Les refrains chantés sont à l’honneur et les samples sont beaucoup plus accessibles que sur le précédent opus. Sans compter qu’au niveau des textes, Nas s’aligne sur la mode New-yorkaise de l’époque en innervant ses lyrics de références aux films de gangsters, en se rebaptisant Nas Escobar (en référence au célèbre trafiquant de drogue Pablo Escobar) et en arborant la panoplie du parfait mafioso (vêtements de haute couture, cigare et belles voitures) dans ses vidéos. Le mythe du street poet en prend un coup . Mais il convient de passer outre ces idées arrêtées pour réellement apprécier cet album.

L’intro nous transporte dans le Queensbridge cher à Nasir Jones (Il avait déjà déménagé cependant). Dès le premier titre The Message, les bases de l’album sont clairement posées. Un sample de Sting efficace et une performance en tout point remarquable et un refrain fait de scratches de DJ Kid Capri (Aussi célèbre à l’époque qu’un Green Lantern ou un Whoo Kid). la première surprise vient de Street Dreams dont le refrain reprend Eurythmics. Étrange quand on sait que ce titre parle de rue, mais preuve que Nas est loin de vouloir se fermer musicalement, n’en déplaise aux pseudo-puristes. I Gave You Power passe alors presque pour une étrangeté au vu de ces deux prédécesseurs. Les autres titres suivent sans qu’on sente la qualité faiblir jusqu’au surprenant Nas Is Coming produit par Dr Dre. Introduit par un dialogue sur la guerre East Coast/West Coast, on est loin du banger G-Funk que le seul nom du bon docteur laissait présager. L’excellent Afirmative Action lui succède avec brio. Titre fondateur de The Firm et première apparition officielle de Cormega au passage (avant leur brouille). Havoc livre deux productions dans son registre habituel (hardcore à souhait), The Set Up et le sombre Live Nigga Rap sur lequel il s’invite en combinaison avec son acolyte de Mobb Deep, Prodigy. Passons le peu captivant Black Girl Lost et arrêtons nous sur Shootouts, titre sur lequel Nasty Nas accélère son débit et livre une très bonne performance. L’album se conclut avec le déjà cité If I Ruled The World.

Un disque assez critiqué au moment de sa sortie pour ses divergences d’avec le premier et les raisons évoquées plus haut, mais d’excellente facture. Pas un classique, mais un album qui pose les bases de son futur musical.

17/20

Tracklist:

1. Album Intro
Produced by Nas & Trackmasters

2. The Message
Produced by Poke & Tone for Trackmasters Entertainment
Scratches by DJ Kid Capri

Contains a portion of Shape Of My Heart as performed by Sting

3. Street Dreams
Produced by Poke & Tone for Trackmasters Entertainment
Keyboards by Delight for 2000 Watts Music
Contains an interpolation of Sweet Dreams as performed by the Eurythmics
Contains a portion of Never Gonna Stop as performed by Linda Clifford

4. I Gave You Power
Produced by DJ Premier for Works of Mart, Inc

5. Watch Dem Niggas
Produced by Poke & Tone for Trackmasters Entertainment
Keyboards by Delight for 2000 Watts Music
Contains a portion of Sponge as performed by Earl Klugh

6. Take It In Blood

Produced by Live Squad, Top General Sounds and Lo Ground
Contains a sample of Mixed Up Moods & Attitudes as performed by the Fantastic Four

7. Nas Is Coming
Produced by Dr. Dre

8. Affirmative Action featuring AZ, Cormega and Foxy Brown
Produced by Dave Atkinson, Poke & Tone for Trackmasters Entertainment
Keyboards by Dave Atkinson

9. The Set Up
Produced by Havoc of Mobb Deep

10. Black Girl Lost
Produced by L.E.S. for Total Package Productions
Additional production by Poke & Tone for Trackmasters Entertainment
Background vocals by JoJo Hailey of Jodeci
Contains a sample of Starlight as performed by Stephanie Mills

11. Suspect
Produced by L.E.S. for Total Package Productions
Contains a portion of El Gatto Triste as performed by Chuck Mangione

12. Shootouts
Produced by Poke & Tone and Kirk Goody for Trackmasters Entertainment

13. Live Nigga Rap
Produced by Havoc of Mobb Deep

14. If I Ruled the World (Imagine That)
Produced by Poke & Tone for Trackmasters Entertainment
Additional production by Rashad Smith for Tumbling Dice Productions
Keyboards by Delight for 2000 Watts Music
Featured vocals by Lauryn Hill
Contains portions of Friends (instrumental) written by L. Parker. “If I Ruled the World” written by Kurt Walker, performed by Kurtis Blow

Mastered by Tom Coyne at Sterling Sound, NYC
Executive Producers: Nas, Steve Stoute and Trackmasters