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Longue fut la nuit mais plus éclatant est le soleil. L’histoire de ce disque pourrait être résumée à cette maxime. On avait en effet quitté Big Boi et son acolyte d’Outkast, Andre 3000, sur un Idlewild moins bon que leur monumental double album Speakerboxxx/The Love Below. Dans un contexte morose et une industrie faisant de plus en plus l’apologie de la facilité, on était en droit de se demander si les membres d’un des groupes les plus imaginatifs de l’histoire du hip-hop trouveraient leur place dans le nouvel ordre discographique. L’annonce de la sortie du premier album solo de Big Boi apparait donc comme un véritable défi. L’originalité du bonhomme continuera t-elle à faire recette ou alors sera t-il boudé par un public à l’esprit plus formaté que jamais? La réponse tardera à arriver d’autant plus que son label Jive succombe lui aussi à la logique consumériste de ces dernières années en faisant part de ces réticences. Résultat l’album est indéfiniment repoussé jusqu’à ce que l’inévitable se produise. Lassé d’attendre Big Boi s’en va toquer à la porte de l’homme qui lui fit confiance quinze ans auparavant: Antonio « L.A. » Reid. L’ex-dirigeant de LaFace Records est depuis devenu le grand patron d’Island Def Jam et n’hésite pas à tendre de nouveau la main à son poulain via un nouveau contrat. Seul problème les deux collaborateurs fétiches d’ Antwan, Andre 3000 et Sleepy Brown sont retenus par leurs obligations avec Jive. Conséquence quelques titres dont le séduisant Lookin’ For Ya sont écartés de la tracklist finale. Heureusement que notre homme a de la ressource et ne se laisse pas déstabiliser par ces écueils. Mieux, il réalise un retour fracassant avec un premier single détonant et hypnotique Shutterbug, réveillant au passage la carrière d’un Scott Storch jusqu’alors sur le déclin. Ce seul titre suffira à raviver l’intérêt de la base et à mettre ce disque en tête de liste des plus grosses attentes de l’année. Un ultime report viendra cependant semer une dernière fois le doute mais comme espérer l’album sort enfin.

Dès les premières secondes de l’intro on comprends que notre zig n’a pas chômé et reprend les choses là où il les avaient laissées. Pas de facilettes, de rimes fatiguées ou d’instrus eurodance sur cet essai. Big Boi préfère reprendre les ingrédients qui ont fait son succès et la légende de son groupe. Son flow effréné est toujours de la partie tout comme son univers musical gorgé de p-funk que nous affectionnons tant. Piano, talk-box à l’ancienne et guitare funky se chargent de meubler les instrumentaux sur lesquels Mr Patton s’illustre avec brio. Le début du disque est d’ailleurs placé sous le signe de la continuation. Daddy Fat Sax est l’occasion de retrouver un compagnon de longue date: Mr DJ qui usine ce son familier à tous ceux qui ont suivi de près le parcours discographique d’Outkast. On s’attend presque à voir débarquer Andre 3000 à n’importe quel moment mais au final son absence n’est pas si préjudiciable que ça. Autres vieux fidèles rappelés les producteurs fétiches d’Outkast, le team Organized Noize ainsi le crooner Sleepy Brown qui se charge de laisser ses traces sur le léger Turns Me On produit pas les premiers. La bande à Rico Wade n’en reste d’ailleurs pas là et livre trois titres supplémentaires en combinaison avec l’interprète principal qui enfile de ce fait la casquette de co-producteur.Si The Train, Pt. 2 (Sir Lucious Left Foot Saves the Day) et Back Up Plan concluent l’album en beauté, c’est surtout le très réussi For Yo Sorrows (sur lequel on retrouve le pape de la funk George Clinton ainsi que Too $hort et l’excellent new comer Sam Chris) qui marque les esprits et se hisse sans difficultés parmi les hauts faits du disque. Autre tuerie incandescente le destructeur General Patton et sa prod aux accents guerriers reprenant un sample d’opéra (rien que ça!) sur lequel Big Boi remet les pendules à l’heure et prouve par la même occasion qu’il reste l’un des meilleurs MCs du game.

Si on était tenté de croire que l’autre moitié d’Outkast serait absente de l’élaboration de cet album pour les raisons évoquées plus haut, il n’en est cependant rien. Andre 3000 passe derrière les machines le temps de livrer un surprenant et inclassable You Ain’t No DJ. Outre la construction quelque peu asymétrique du titre, c’est surtout Yelawolf (présenté par une certaine presse comme un Eminem sudiste en puissance) qui surprend agréablement avec deux couplets de très bonne facture apportant un réelle plus-value à l’ensemble. Le rendu tranche quelque peu avec la texture générale de l’album mais s’avère tout de même salutaire ne serait ce que pour la variété apportée. Autres très bonnes surprises l’efficace Follow Us qui affola les ondes, l’excellent Tangerine marquant ses retrouvailles avec Khujo des Goodie Mob et un T.I. plutôt convaincant ainsi que la boucherie Night Night sur lequel B.o.B signe le refrain. Autant de titres qui tiennent l’auditeur en haleine et ne laissent qu’une seule envie une fois le dernier titre terminé: celle de se repasser illico l’album.

Si l’ensemble s’avère de qualité, quelques temps faibles viennent tout de même marquer cet essai. Sans pour autant être mauvais certains titres souffrent difficilement de la comparaison avec les pépites qui sertissent ce bijou musical. Hustle Blood (produit par un Lil Jon retrouvé pour l’occasion) ne tient pas la route face à l’enchainement Shutterbug-General Patton-Tangerine-You Ain’t No DJ. Jamie Foxx aura beau faire de son mieux au refrain le son ne parviendra pas à se hisser au niveau de ses prédécesseurs de la tracklist. Même sentence pour Be Still. En dépit de la présence de son excellente protégée Janelle Monaé, ce morceau rappelant vaguement le Last Night de P. Diddy peine à convaincre sans pour autant être médiocre. On pourrait ajouter Turns Me On mais aussi la collaboration avec un Gucci Mane de gala sur Shine Blockas au quota de sons moins inspirés. Ils demeurent malgré tout largement supérieurs à 90% des sons mainstreams sortis cette année, c’est vous dire le niveau de ce disque sans déchet (une performance à saluer surtout dans cette période où l’emballage importe plus que la qualité du produit). Une seule chose à dire pour résumer cet album, chapeau bas! Indubitablement la meilleure sortie mainstream de l’année, cette pierre de mieux de l’édifice Outkast s’agence parfaitement dans l’une des discographies les mieux élaborées du game. Tout simplement incontournable, à moins d’être totalement allergique aux mélodies.

18/20

Tracklist

No. Title Writer(s) Producer(s) Length
1. « Feel Me (Intro) » Malay 1:28
2. « Daddy Fat Sax » Antwan Patton, David Sheats Mr. DJ 2:36
3. « Turns Me On » (feat. Sleepy Brown & Joi) Patton, Rico Wade, Raymon Murray, Joi Gilliam, Dave Robbins, Wallace Khatib Organized Noize 3:29
4. « Follow Us » (feat. Vonnegutt) Patton, Salaam Remi, Neil Garrard Salaam Remi 3:35
5. « Shutterbugg » (feat. Cutty) Patton, Scott Storch, Ricardo Lewis, Christopher Carmouche Scott Storch, Big Boi (co) 3:35
6. « General Patton » (feat. Big Rube) Patton, Joshua Adams, Ruben Bailey Jbeatzz, Big Boi 3:12
7. « Tangerine » (feat. T.I. & Khujo Goodie) Patton, Willie Knighton, Terrence Culbreath, Clifford Harris Terrence « Knightheet » Culbreath, Big Boi 4:14
8. « You Ain’t No DJ » (feat. Yelawolf) Patton, André Benjamin, Michael Atha André 3000 5:31
9. « Hustle Blood » (feat. Jamie Foxx) Patton, Jonathan Smith, Sean Garrett, Carmouche, Craig Love Lil Jon 4:00
10. « Be Still » (feat. Janelle Monáe) Patton, Ricky Walker, Jeron Ward, William White, Janelle Robinson, Nathaniel Irvin III Royal Flush 5:10
11. « Fo Yo Sorrows » (feat. George Clinton, Too Short & Sam Chris) Patton, Wade, Murray, Samuel Christian, George Clinton, Jr. Organized Noize, Big Boi (co) 3:42
12. « Night Night » (feat. B.o.B & Joi) Patton, Harvey Miller, Gilliam, Bobby Simmons, Clarence Montgomery DJ Speedy, Big Boi (co) 3:45
13. « Shine Blockas » (feat. Gucci Mane) Patton, Radric Davis DJ Cutmaster Swiff, Big Boi (co) 3:45
14. « The Train, Pt. 2 (Sir Lucious Left Foot Saves the Day) » (feat. Sam Chris) Patton, Wade, Murray, Christian, Melanie Smith, David Brown Organized Noize, Big Boi (co) 5:20
15. « Back Up Plan » Patton, Wade, Murray, Mike Patterson Organized Noize, Big Boi (co) 3:43

• (co) Co-producer

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Sortie: 23 Novembre 1993
Label: Death Row/ Interscope
Producteur: Dr. Dre

1992. Alors que le groupe N.W.A. règne en maitre sur le Gangsta Rap, Dr. Dre rappeur et producteur de la formation décide de quitter le navire et de se lancer dans une nouvelle aventure en compagnie de son ami et associé d’alors Marion « Suge » Knight. C’est ainsi que naitra Death Row Records qui deviendra dans un futur proche le nouveau bastion du West Coast Rap.  En quête d’artistes Dre tombe sur un MC longiligne originaire de Long Beach qui s’illustre depuis quelques temps avec un petit groupe local 213 (dont est également membre le demi-frère de Dre Warren G). Séduit par les performances de ce membre du gang des Crips, le bon docteur décide de lui donner sa chance en l’invitant à ses côtés pour un titre sur la bande originale du film Deep Cover. Ce titre fondateur d’une des plus fructueuses associations de l’histoire du rap aura pour principal mérite de faire sortir de l’ombre ce jeune rappeur répondant au pseudonyme de Snoop Doggy Dogg. Dans la foulée il se verra offrir un contrat chez Death Row et sera surtout la grande révélation du premier album solo de Dr. Dre, The Chronic (Certifié classique) où il apparaît sur près de la moitié des titres. Après des débuts aussi fracassants, il se hisse sans peine en tête de liste des newcomers les plus attendus du moment. Derechef il se met à travailler sur son premier album solo que tout le monde annonce déjà comme un disque qui fera date.  C’est alors qu’il se fait rattraper par ses démêlés avec la justice. Une accusation de meurtre l’envoie devant les tribunaux et on pense alors que cet évènement plombera la promotion de l’album dont la sortie était même menacée. Il n’en sera cependant rien. C’est même l’effet inverse qui se produit, crédibilisant sa réputation de dur-à-cuire et augmentant encore plus l’attente. Une première dans l’industrie du disque. Ce qui lui vaudra de se retrouver en tête du billboard dès la sortie de Doggystyle.

Le moins que l’on puisse dire est que cet album porte très bien son titre (en levrette). Le rap et l’industrie musicale se fait prendre par derrière avec ce disque impeccable, impressionnant de maitrise et de musicalité. L’architecture sonore a été prise en main par le docteur qui produit intégralement l’album. On avait entendu les prémices du G-Funk dans The Chronic, Doggystyle s’avère être son digne successeur et a même le mérite d’être encore plus mélodique que son aîné. Toutes choses qui contribueront à la popularité de cet opus qui, du coup, séduira  sans peine des oreilles peu habituées au rap. De plus le flow laid-back ultra-posé du long chien s’avère plus qu’efficace et séduisant. Comme la majeure partie de ses homologues californiens, Snoop nous narre ses histoires de rue, gangs, drogues et sexe avec une décontraction stupéfiante. Sa voix mélodieuse et entrainante colle parfaitement aux instrumentaux de Dr. Dre et débloque direct les nuques dès les premières mesures de l’album. Ajoutons à cela des singles imparables (le classique Who Am I (What’s My Name), le tout aussi célébrissime Gin & Juice et le très efficace For All My Niggas & Bitches) certifiés tueries G-Funk (on notera au passage les samples de la bande à George Clinton et autre Roger Troutman) et un morceau plus sombre devenu un classique parmi les classiques (Murder Was The Case) et une pelletée de sons de qualité (il n’y a pratiquement aucun titre à jeter dessus) et l’on obtient un des tous meilleurs albums de l’histoire du rap qui a de plus le mérite de très bien vieillir. Snoop n’a d’ailleurs jamais pu faire mieux et Dr. Dre aura toutes les peines du monde à rééditer cet exploit. L’alchimie entre les deux hommes est tout simplement parfaite et est devenue l’archétype même de la complémentarité MC /Producteur pour le grand public (désolé Gang Starr et Eric B & Rakim).  Un modèle de perfection discographique dont l’influence ne s’est jamais démentie au fil du temps.

19/20

Tracklist

# Title Producer(s) Featured guest(s) Notes
1 « Bathtub (Skit) » Dr. Dre Warren G
2 « G Funk Intro » Dr. Dre The Lady of Rage, Dr. Dre, George Clinton
3 « Gin and Juice«  Dr. Dre Daz Dillinger
4 « WBallz (Interlude) » Dr. Dre Queen of Funk, Ricky Harris
5 « Tha Shiznit » Dr. Dre
6 « Domino Intro (Interlude) » Dr. Dre Daz Dillinger, Dr. Dre
7 « Lodi Dodi » Dr. Dre Nancy Fletcher
8 « Murder Was the Case (Death After Visualizing Eternity) » Dr. Dre Daz Dillinger
9 « Serial Killa » Dr. Dre, Daz Dillinger Tha Dogg Pound, RBX, The D.O.C.
10 « Who Am I (What’s My Name)?«  Dr. Dre Dr. Dre (very briefly), Jewell
11 « For All My Niggaz & Bitches » Dr. Dre, Daz Dillinger Tha Dogg Pound, The Lady of Rage, Lil 1/2 Dead
12 « Ain’t No Fun (If the Homies Can’t Have None) » Dr. Dre Warren G, Nate Dogg, Kurupt
13 « Chronic Relief Intro (Interlude) » Dr. Dre
14 « Doggy Dogg World«  Dr. Dre Tha Dogg Pound, The Dramatics
15 « Class Room Intro (Interlude) » Dr. Dre
16 « Gz and Hustlas » Dr. Dre Nancy Fletcher
17 « Checkin’ (Interlude) » Dr. Dre Sam Sneed
18 « Gz Up, Hoes Down » Dr. Dre Hug Only available on initial pressings
19 « Pump Pump » Dr. Dre Mr. Malik, Lil 1/2 Dead