Articles Tagués ‘Freeway’

Sortie: 22 Septembre 2009

Label: Rhymesayers Entertainment/Warner Music Group

Producteur: Ant

Alors que le hip-hop de ce troisième millénaire s’égare dans les miasmes de la médiocrité et du matérialisme abrutissant, une poignée d’activistes persistent à lui donner de la consistance en opposant leur vérité et leur engagement à ce trop-plein d’inauthenticité. Brother Ali est de ceux-là. Pas le genre de MC’s a parader dans des vidéos flute de champagne à la main  au bras d’une amazone à grosse poitrine. Pas non plus du style à ne se préoccuper que de son business et des produits dérivés à son nom. rien de tout cela. Il n’a rien d’autre à nous offrir que le cauchemar américain dans toute son expression et étaler la laideur de l’envers du décor. Il faut dire qu’il le connait bien pour l’avoir côtoyé une longue période de sa vie. Né albinos, il a été toute sa vie confronté au racisme de chacune des deux races. Il a de plus un passé de sdf et a été amené à vivre dans la rue un moment. La misère et la ségrégation il connait, peut-être mieux que personne. Le rapper d’exception qu’il est à présent devenu force l’admiration par sa fidélité à la maison qui l’a fait j’ai nommé le label underground Rhymesayers. Mieux il reste fidèle au duo Atmosphere, notamment le producteur Ant, concepteur musical de tous ses projets.
Le moins que l’on puisse dire est qu’on attendait avec impatience le successeur du monumental The Undisputed Truth qui avait marqué l’année 2007. Si beaucoup ont espéré qu’il reprenne les choses là où il les avaient laissées (musicalement s’entend) il n’en est rien. Pour faire la transition entre ses deux LPs, il s’est fendu d’un EP intitulé The Truth Is Here sorti un peu plus tôt dans l’année (en mars 2009). Si le contenu de cette sortie est resté impeccable, certains ont moins apprécié les instrumentaux d’Ant. C’est pourtant dans cette lignée que s’inscrivent ceux de ce Us. Honnêtement on ne peut pas reprocher grand-chose à ce disque qui est magistralement produit sans tomber dans le monotone. On navigue aux confins de la soul et du blues pour au final avoir droit à seize titres plutôt variés. Un bon point déjà. Pour le reste Brother Ali reste fidèle à lui-même, ne pouvant s’empêcher de prêcher (l’album a d’ailleurs failli s’appeler Street Preacher). Toutes choses qui ne manqueront pas d’exaspérer certains peu enclins à supporter les donneurs de leçons. Mais c’est objectivement l’une des seules raisons de ne pas apprécier cet album, vu que pour le reste Brother Ali impressionne comme toujours avec un disque pour lequel le qualificatif conscient s’avère être un euphémisme.
L’album démarre sur des chapeaux de roues avec un apparition express de Chuck D en maître de cérémonie de luxe. Après cette introduction de choix, Ali peut déballer son arsenal lyrical et ses textes intelligents. Son art et sa science de la rime sont comme d’accoutumée entièrement mises au service du fond. Il reprend son habit d’imprécateur dès le premier titre The Preacher, mise en bouche résumant parfaitement le contenu du disque. Comme toujours il nous gratifie de textes sublimes savamment narrés. L’excellent The Travelers en est le plus parfait exemple. Desservie par une production entrainante grâce à la touche d’exotisme apportée par un xylophone, Brother Ali signe un texte stupéfiant de sincérité sur le racisme et l’esclavage. Surement un des plus poignants du genre. Pour le reste les tares de l’Amérique sont passées au crible de sa plume: racisme, communautarisme, esclavagisme, homophobie, bêtise humaine, aucun sujet ne lui fait peur. Il n’hésite pas à nous parler de viol sur le très dur Babygirl à la production aussi relaxante que la gravité du texte. Une prose qui fait froid dans le dos tant elle est empreinte de réalisme. Autre moment fort le poignant storytelling Tight Rope sur lequel il incarne un nouveau personnage à chacun de ses couplets. Tour à tour réfugiée de guerre, enfant de parents divorcés et homosexuel, il illustre parfaitement ce pamphlet contre l’intolérance en faisant appel à sa propre expérience de rejeté. D’autres titres forts comme Breakin Dawn ou Slippin Away (titre plus personnel ou il évoque ses amis d’enfance) font de cet opus un pur moment de conscious rap.
Mais notre prêcheur sait également s’évader et nous gratifie de titres moins oppressants. On apprécie ainsi quand il nous parle d’amour en fin d’album sur le sublime You Say (Puppy Love). On se laisse également conquérir par l’entrainant Fresh Air où il nous communique sa joie de vivre en évoquant sa vie de famille. Il reste tout aussi efficace quand il part dans un registre un peu moins engagé, prouvant qu’il a beau ne pas être le meilleur MC de tous les temps, il est tout de même capable d’exploits au micro. Il fait plus que se défendre sur la tuerie Best@It face aux deux casseurs de micro Freeway et Joell Ortiz rares invités de cet album. Il part même dans un délire Icecubesque sur Bad Mufucker Pt. 2 (Cube est l’une de ses références) plutôt convaincant. Il brille tout autant sur Round Here ou encore Games.
Pour résumer, Brother Ali continue sur sa lancée en signant un disque de qualité comme toujours. Il n’y a absolument rien à jeter sur cet album qui s’impose comme l’un des meilleurs de ces dernières années. Contenu de haute tenue, productions de qualité, rimes aiguisées, invités au niveau. Toutes les conditions du bon album sont remplies. Après certains trouveront son discours trop moraliste et redondant mais c’est chipoter. Disque à écouter et à posséder.

18/20

Tracklist

  1. « Brothers and Sisters » – 1:28
  2. « The Preacher » – 3:23
  3. « Crown Jewel » – 3:57
  4. « House Keys » – 2:42
  5. « Fresh Air » – 4:42
  6. « Tight Rope » – 3:36
  7. « Breakin’ Dawn » – 4:38
  8. « The Travelers » – 5:18
  9. « Babygirl » – 4:34
  10. « Round Here » – 3:55
  11. « Bad Mufucker Pt. 2 » – 3:35
  12. « Best @it » – 4:24
  13. « Games » – 3:44
  14. « Slippin’ Away » – 4:59
  15. « You Say (Puppy Love) » – 4:17
  16. « Us » – 2:44
    • Featuring Stokley Williams

Sortie: 10 Février 2004
Label: Roc-A-Fella/ Island Def Jam
Producteurs: Kanye West, Evidence

Révélé à la production sur This Can’t Be Life de l’album de Jay-Z The Dynasty, Kanye West n’a depuis cessé de prendre du galon au point d’être promu producteur principal du classique The Blueprint. Avec ses boucles de soul 70s plus ou moins triturées,  il a ramené du sang neuf dans l’art du beatmaking qui commençait à tourner en rond. Dès lors il sera fréquemment sollicité par des artistes de divers horizons au point d’être débordé de travail et de sacrifier sa santé pour honorer les délais. Toutes choses qui finiront par l’épuiser et lui feront faire un accident de voiture dont il porte encore les séquelles. Une opération de la mâchoire plus tard et le revoici d’attaque pour délivrer une autre rafale de tubes, volant même la vedette aux Neptunes et Timbaland dans le top des beatmakers les plus « hot ». Ce que la plupart des gens ignore est que Kanye taquine aussi le micro et entend faire une carrière solo. Personne ne soupçonnera rien jusqu’à la sortie du remix du Get By de Talib Kweli (produit par lui) sur lequel il fera entendre sa voix aux côtés de celles de Busta Rhymes et Jay-Z. Loin d’être noyé par les autres figurants, il va s’inspirer de ce premier essai encourageant pour se mettre à travailler son premier album. C’est ainsi que sortira son premier single: Through The Wire, titre fort sur lequel il revient sur son accident avec émotion. En dépit d’un flow manquant de technicité, ses lyrics font mouche, tout comme le sample speedé de la voix de Chaka Kahn qui donnera tout son relief au morceau. Fort de ce succès, il parvient à convaincre ses patrons de Roc-A-Fella de lui accorder leur confiance. The College Dropout commence alors à prendre forme. Un deuxième single tout aussi percutant arrivera sur les ondes un peu plus tard, mettant dans la poche un public béat d’admiration. Slow Jamz squattera les ondes avec sa ritournelle plus soul que jamais, ses samples où l’on reconnait les voix de Ron Isley et R. Kelly entre autres et les interventions remarquables de Jamie Foxx et Twista. Kanye est enfin prêt à prendre d’assaut les bacs avec un album entièrement produit par ses soins.

Premier constat à l’écoute, les limites flowistiques de Kanye. S’il est vrai que les producteurs sont rarement brillants derrière le micro, son phrasé inspiré de celui de Jay-Z et sa voix limite nasillarde ne sont pas des plus captivants. Mais c’est aussi ce qui fait et fera sa particularité dans le rap game. Il n’est pas un technicien de la rime, il est incapable de nous sortir des phases assassines et des punchlines de choix. Il n’a pas un flow de dingue ou des lyrics multisyllabiques à vous couper le souffle. Pas vraiment le profil du client sortant des battles et forgé au Lyricist Lounge. Il est simplement lui sans grande prétention, conscient de ses faiblesses microphonique et ne cherchant en aucun cas à surenchérir. Si sa façon de poser tient parfois de la leçon bien récitée, elle a tout de même un charme inexplicable. S’il n’a pas la technique, il a pour lui la justesse de l’interprétation et sans atteindre des sommets il se distingue en abordant des thèmes relativement inédits (rencontre par internet, emploi chez Gap…) et des lyrics conscients. Il évoque ainsi l’esprit de famille (Family Business), l’éducation (Graduation Day, School Spirit) et parle même de religion sur le sublime Jesus Walks.

Mais le point faire de l’album est indubitablement sa qualité musicale. On n’avait plus eu un album aussi remarquablement produit depuis Chronic 2001. Un véritable bijou serti de pépites plus brillantes les unes que les autres qu’on ne se lasse pas d’admirer. Son procédé de voix soul se voix ici rehaussée d’instruments live et d’interprétations brillantes de sous-traitants de choix (au nombre desquels un John Legend alors totalement inconnu) est porté aux nues, enrobant l’album d’une couche rétro incroyablement emballante. On croirait presque être revenu dans les années 70 et c’est à peine si on ne s’attend pas à voir Marvin Gaye ou Curtis Mayfield débarqué sur les instrumentaux. Un sommet encore jamais atteint auparavant dans le rap. Une véritable réinvention de la soul. Les perles sont légions ( We Don’t Care, le merveilleux All Falls Down gorgée de soul pure sur lequel Syleena Johnson supplée Lauryn Hill avec brio, l’excellentissime Spaceship avec GLC & Consequence, l’entrainant Breathe In, Breathe Out avec un Ludacris au sommet ou encore le brillantissime Two Words avec Freeway, Mos Def et The Harlem Boys Choir) et on en vient réellement à manquer de qualificatifs pour faire part de notre émerveillement. Les collaborations s’avèrent également de premier choix avec outre les titres précédemment cités un Get ‘Em High de qualité sur lequel il convie la crème des conscious rappers de l’époque (Talib Kweli et Common) ainsi qu’un brillant Never Let Me DownJay-Z l’accompagne. Même le morceau final à rallonge (plus de 12 minutes) produit par Evidence (unique producteur extérieur à intervenir) séduit tout autant.

Au final un album des plus plaisants, musicalement très mature et qui séduira sans peine (à moins que vous ne soyez allergiques à la soul et à la voix de Kanye). Pour un premier disque il place la barre très haute et livre un des meilleurs albums de ce début de millénaire. Il prouve également qu’il est possible de prospérer dans le hip-hop en étant le plus personnel possible sans pour autant sombrer dans les clichés racailleux. Un pur moment de black-music.

18.5/20

Tracklist

# Title Music Sample(s) Length
1. « Intro » (West) 0:19
2. « We Don’t Care » (West/Vannelli)
  • Contains a sample of « I Just Wanna Stop » performed by The Jimmy Castor Bunch
3:59
3. « Graduation Day » (West)
  • Piano and vocals: John Legend
  • Violin: Miri Ben-Ari
1:22
4. « All Falls Down » (feat. Syleena Johnson) (West/Hill)
  • Guitar: Eric « E-Bass » Johnson
  • Acoustic Guitar: Ken Lewis
  • Contains an interpolation of « Mystery of Iniquity » performed by Lauryn Hill
3:43
5. « I’ll Fly Away » (Brumley)
  • Additional vocals: Tony Williams, Deray
  • Piano: Ervin « EP » Pope
1:09
6. « Spaceship » (feat. GLC, Consequence) (West/Williams/Harris/Mills/Gaye/Gordy/Greene)
  • Additional vocals: Tony Williams, John Legend
  • Contains a sample of « Distant Lover » performed by Marvin Gaye
5:24
7. « Jesus Walks » (West/Smith)
  • Additional vocals: John Legend
  • Violin: Miri Ben-Ari
3:13
8. « Never Let Me Down » (feat. Jay-Z, J. Ivy) (West/Carter/Richardson/Bolton/Kulick)
  • Background vocals: John Legend, Tracie Spencer
  • Keyboards: Ervin « EP » Pope
  • Guitar: Glenn Jefferey
  • Sample recreated and performed by Ken Lewis
  • Contains a sample of « Maybe It’s the Power of Love » performed by Blackjack
5:24
9. « Get ‘Em High » (feat. Talib Kweli, Common) (West/Greene/Lynn)
  • Additional vocals: Sumeke Rainey
4:49
10. « Workout Plan » (West)
  • Vocals: Candis Brown, Brandi Kuykenvall, Tiera Singleton
0:46
11. « The New Workout Plan » (West)
  • Additional vocals: John Legend, Sumeke Rainey
  • Talkbox: Bosko
  • Guitar: Eric « E-Bass » Johnson
  • Piano: Ervin « EP » Pope
  • Violin: Miri Ben-Ari
5:22
12. « Slow Jamz » (feat. Twista, Jamie Foxx) (West/Mitchell/Bacharach/David)
  • Additional vocals: Aisha Tyler
  • Keyboards: Ervin « EP » Pope
  • Guitar: Glen Jefferey
  • Contains a sample of « A House is Not a Home » performed by Luther Vandross
5:16
13. « Breathe In, Breathe Out » (feat. Ludacris) (West/Miller)
  • Violins: Miri Ben-Ari
4:06
14. « School Spirit Skit 1 » (West) 1:18
15. « School Spirit » (West/Franklin)
  • Additional vocals: Tony Williams
  • Contains a sample of « Spirit in the Dark » performed by Aretha Franklin
3:02
16. « School Spirit Skit 2 » (West)
  • Vocals: Deray
0:43
17. « Lil Jimmy Skit » (West)
  • Additional vocals by Tony Williams
  • Piano: Ervin « EP » Pope
0:53
18. « Two Words » (feat. Mos Def, Freeway, The Harlem Boys Choir) (West/Smith/Pridgen/Wilson/Wilson/Wilson)
  • Keyboards: Keith Slattery
  • Violins: Miri Ben-Ari
  • Contains a sample of « Peace And Love (Amani Na Mapenzi) – Movement III (Encounter) » performed by Mandrill
4:26
19. « Through the Wire » (West/Foster/Keane/Weil)
  • Contains a sample of « Through the Fire » performed by Chaka Khan
3:41
20. « Family Business » (West)
  • Additional vocals: Thomasina Atkins, Linda Petty, Beverly McCargo, Lavel Mena, Thai Jones, Kevin Shannon, Tarey Torae
  • Piano: Josh Zandman
  • Contains a sample from The Dells – Fonky Thang (Vocal sample)
  • Additional instrumentation: Ken Lewis
4:38
21. « Last Call » (West/Perretta)
  • Additional vocals: John Legend, Tony Williams, Ken Lewis
  • Piano: Ervin « EP » Pope
  • Guitar: Ken Lewis, Glenn Jefferey
  • Keyboard: Ken Lewis
  • Percussion: Ken Lewis
  • Contains a sample from « Mr. Rockefeller » by

Sortie: 12 Novembre 2002
Label: Roc-A-Fella/ Island Def Jam
Producteurs: Just Blaze, Kanye West, Dr. Dre, The Neptunes, No I.D., Heavy D, Jimmy Kendrix, Big Chuck, Ron Feemster, Charlemagne, Digga

On avait quitté Jay-Z avec un classique qui la définitivement hissé au rang d’icône de ce début de millénaire. Si on ne peux rien reprocher au génial The Blueprint, il n’en est pas de même pour la suite des évènements. Hova se perd dans son duel au sommet avec Nas, se prenant même une gifle monumentale avec Ether, réponse détonante à son Takeover. Et ce ne sont pas ses diss tracks plus ou moins inspirées qui feront remonter sa crédibilité, surtout qu’entretemps son rival est redevenu le favori de la rue. De plus son album-concept avec R. Kelly est un semi-échec imputable aux problèmes judiciaires de son partenaire de micro. Jay se voit donc dans l’obligation de redresser la barre et décide de réagir en annonçant la sortie d’un double album qui se veut être la suite de The Blueprint jusque dans son intitulé: The Blueprint²:The Gift & The Curse. Pourquoi un double album déjà? Parce que Jay le peu pardi. Non plus sérieusement les plus grands ont sorti des doubles album très réussis (2Pac, The Notorious B.I.G., Wu-Tang), réaliser le sien est le meilleur moyen d’accéder pour de bon au statut de légende vivante (comme si ce n’était déjà pas le cas). Pour mener à bien cet ambitieux projet, il ne lésine pas sur les moyens convoquant une brochette de producteurs de renom ( Kanye West, Just Blaze, Dr. Dre, Timbaland, The Neptunes) quelques-uns moins connus (No I.D., Jimi Kendrix, Big Chuck, Charlemagne, Digga et le revenant Heavy D) et plus d’une vingtaine d’invités (il serait trop long de les énumérer). Toutes choses qui laisse augurer d’un disque inégal et longuet.

Comme le laissait penser la guest list, l’album par dans toutes les directions avec des collaborations tous azimuts, des instrumentaux sans cohésion et des titres qui ne servent à rien qu’à assurer le remplissage. A vouloir manger à tous les râteliers, l’ensemble souffre d’un manque de cohérence flagrant et tient plus d’une association disparate de titres que d’un disque patiemment construit. Autre écueil non-évité, une atmosphère musicale inexistante. Si la carte de la diversité a été jouée, les artisans sonores ont confondus éclectisme et  non-identité. Sampler aussi bien Earth Wind & Fire, Ennio Morricone, Paul Anka, 2Pac, TLC et même Usher sur le même disque fait vraiment tâche. On jurerait presque écouter une bande originale de film ou une compilation réunissant les titres les plus joués de l’année.

Les choses démarrent plutôt bien pourtant avec l’évocateur A Dream en featuring avec l’ex-couple Wallace, j’ai nommé Faith Evans et son défunt mari The Notorious B.I.G. présent grâce au récyclage d’un de ses couplets de Juicy (merci Kanye). Just Blaze surprend avec le sympathique Hovi Baby avant que l’équipe Aftermath ne vienne s’illustrer sur la suite de The Watcher. L’occasion rêvée pour Hova de croiser ses rimes avec un autre monstre sacré du rap: Rakim (à l’époque signé chez Aftermath). Si Dre ne livre qu’une déclinaison de son propre titre, le morceau s’avère plutôt satisfaisant. Tout va malheureusement se gâter avec 03 Bonnie & Clyde première collaboration du couple Hov/Beyonce pour une reprise low-cost du Me & My Girlfriend de 2Pac. En dépit d’un succès considérable à l’époque, ce single archi-grillé est la première grosse déception du premier disque. La chute continue avec un autre single sans éclat Excuse Me Miss où la voix de Pharrell s’avère plus qu’irritante à la longue et le terne What They Gonna Do avec un Sean Paul lymphatique. Même constat avec un Fuck All Nite inutile et un I Did It My Way plus que dispensable. Heureusement la collaboration réussie avec les sudistes Killer Mike, Twista et Big Boi ainsi que l’accrocheur The Bounce (magistralement produit par Timbaland) et le bon All Around The World sauvent la mise pour ce premier disque au contenu mitigé.

Le deuxième disque s’avère un poil plus convaincant que son alter-ego mais souffre lui aussi des carences énoncées plus haut. Il comporte tout de même des titres de qualité comme Diamond Is Forever, le surprenant duo avec Lenny Kravitz (Guns & Roses) l’excellent Meet The Parents, le bouncy Nigga Please (un incontournable en club à l’époque) ou encore le titre éponyme (malgré son sample grillé). C’est aussi l’occasion pour Jay de permettre à ses poulains de s’illustrer. As One voit ainsi presque tous les artistes du label sur un titre plus convaincant mais n’arrivant pas à la cheville d’un Reservoir Dogs par exemple (présent sur Hard Knock Life). Même sentence pour le remix de U Don’t Know qui malgré la bonne performance des M.O.P. semble n’avoir été réalisé que dans un but purement stratégique (le combo de Brooklyn venant juste de rejoindre la famille Roc-A-Fella, il était logique de leur offrir un peu de visibilité). De plus l’instru est limite inchangé, bonjour l’originalité. Passons également un Some How Some Way sans intérêt qui prouve qu’il faut tout de même faire plus que reconduire le casting de This Can’t Be Live (titre de The Dynasty) pour pondre un titre convaincant. Impossible également de se sentir concerné par le fadasse A Ballad For The Fallen Soldiers qui ne suscite rien à part des bâillements successifs et l’insipide What They Gonna Do Part II (le type même de bonus tracks dont on se passerait volontiers vu qu’il réussi l’exploit d’être encore plus vomitif que l’original). Jigga peut heureusement compter sur 2 Many Hoes (produit par un Timbaland qui fut bien le seul à n’avoir jamais déçu sur cet album) et Some People Hate pour se refaire une santé.

Un album très peu convaincant en somme. De bons titres malheureusement noyés dans une direction artistique hasardeuse. De plus le manque de cohésion globale et l’irrégularité de Jay-Z au micro n’arrange rien. A vouloir frapper trop fort, Jigga s’est dilué dans un album ne lui correspondant finalement que trop peu. Il aurait clairement été plus judicieux de ne faire qu’un seul disque plus abouti et plus cohérent plutôt que de céder à cette course à la grandiloquence. Si le succès commercial reste au rendez-vous, on ne peut qu’être déçu de cet album.

15/20

Tracklist

Sortie: 31 Octobre 2000
Label: Roc-A-Fella/ Island Def Jam
Producteurs: Just Blaze, The Neptunes, Rick Rock, Kanye West, Rockwilder, Bink!, B-High, T.T., Memphis Bleek

Alors qu’il était censé prendre sa retraite après la sortie du dernier volet de sa trilogie, Jay-Z revient sur sa décision (sans doute à cause d’impératifs financiers) et fait son come-back avec un tout nouveau disque à l’intitulé quelque peu étrange: The Dynasty: Roc La Familia. Ce qui était originellement prévu être un album de collaboration des artistes Roc-A-Fella se voit donc transformé en album solo de Jay-Z aux fins d’assurer le maximum d’exposition (les solos de Memphis Bleek et Beanie Sigel n’ont pas fait platine. Ils semblaient donc manquer de poids pour porter cet album et qui de plus charismatique que Hova pour le faire décoller?) . Aussi il n’est pas surprenant d’être confronté à une présence envahissante de Beanie Sigel et Memphis Bleek. Amil n’apparait discrètement que sur un seul titre. Hova n’est « seul » que sur quatre titres, laissant même à Memphis Bleek le soin de lâcher l’efficace Holla en solo.

Première surprise de cet album, l’absence de DJ Premier, une première sur un projet de Jigga. Son absence ne se fera heureusement pas trop sentir vu que cet album est l’occasion de découvrir des beatmakers qui se distingueront par la suite avec Mr Carter: Just Blaze, Bink! et Rick Rock, mais aussi un certain Kanye West qui produit ici son tout premier titre: This Can’t Be Life sur lequel apparait Scarface. Un morceau de très bonne facture (porté par un texte fort) qui laisse déjà augurer la carrière que l’on sait pour le jeune producteur. Just Blaze fait quand à lui étalage de son talent en signant pratiquement une tuerie pour chacun de ses instrus. Il brille sur l’efficace anthem The R.O.C. et  le sublime Soon You’ll Understand. On le retrouve également aux manettes sur l’intro et les réussis Stick 2 The Script et Streets Is Talking. Rick Rock y va lui aussi de ses tueries avec Change The Game, le très bon Squeeze 1st, l’entrainant Get Your Mind Right Mami sur lequel se distingue le trio Hova-Mem Bleek-Snoop et le plus décalé Parking Lot Pimpin . Bink! apparait plus discret mais peut se targuer d’avoir réuni le plus de MC’s sur ses tracks avec le You, Me, Him And Her seul morceau sur lequel apparait la Roc La Familia au grand complet, ainsi que sur la perle 1-900-Hustler sur laquelle Freeway signe sa première apparition officielle.

Les titres les plus marquants émanent cependant de tierces producteurs. Tout d’abord le gros tube I Just Wanna Want To Love U (Give It 2 Me) produit de main de maitre par The Neptunes qui deviendra un incontournable en soirée. Pareil pour l’autre boucherie de l’album Guilty Until Proven Innocent produit par Rockwilder et totalement sublimé par la voix de miel de R. Kelly (ce qui apparait comme prémonitoire pour lui quand on connait le sens du texte). D’aucun trouveraient incongru d’associer un message politique à un instrumental aussi dansant, mais ne boudons pas notre plaisir. Ce morceau est tout simplement excellent. L’album se conclut sur le triste et très personnel Where Have You Been sur lequel  Beanie et Jay évoquent le père qu’ils n’ont jamais connus.

Un disque qui marque une transition dans la carrière d’Hova qui se découvre de nouveaux collaborateurs et entre de plein-pied dans le nouveau millénaire plus affuté que jamais. Exit le Jay-Z du siècle précédent. Reasonable Doubt est déjà loin derrière lui. Il est à présent prêt à renforcer son statut de légende avec un nouveau classique qui arrivera dès l’album suivant.

17/20

Tracklist

# Title Producer(s) Length
1. « Intro » Just Blaze 3:11
2. « Change the Game » (feat. Beanie Sigel & Memphis Bleek) Rick Rock 3:08
3. « I Just Wanna Love U (Give It 2 Me)«  The Neptunes 3:48
4. « Streets is Talking » (feat. Beanie Sigel) Just Blaze 4:45
5. « This Can’t Be Life » (feat. Beanie Sigel & Scarface) Kanye West 4:48
6. « Get Your Mind Right Mami » (feat. Memphis Bleek & Snoop Dogg) Rick Rock 4:22
7. « Stick 2 the Script » (feat. Beanie Sigel) Just Blaze 4:09
8. « You, Me, Him and Her » (feat. Beanie Sigel, Memphis Bleek & Amil) Bink! 3:45
9. « Guilty Until Proven Innocent » (feat. R. Kelly) Rockwilder 4:56
10. « Parking Lot Pimpin' » (feat. Beanie Sigel & Memphis Bleek) Rick Rock 4:15
11. « Holla » (feat. Memphis Bleek) Memphis Bleek & B-High 3:33
12. « 1-900-Hustler » (feat. Beanie Sigel, Memphis Bleek & Freeway) Bink! 3:51
13. « The R.O.C. » (feat. Beanie Sigel & Memphis Bleek) Just Blaze 4:07
14. « Soon You’ll Understand » Just Blaze 4:35
15. « Squueze 1st » Rick Rock 3:50
16. « Where Have You Been » (feat. Beanie Sigel) T.T. 5:36