Articles Tagués ‘Dr Dre’

Un certain nombre d’albums ont bénéficié d’un buzz énorme ou ont motivé un certain nombre d’attentes tant de la part du public que de la presse spécialisée et ont été au final loin d’être à  la hauteur de l’agitation qu’ils ont suscitée. Le but de cette série d’articles est de vous faire redécouvrir ces pétards …

viaLes pétards mouillés du Rap Us 1996-2000.

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Sortie: 22 Mai 2000

Label: Aftermath/Interscope

Producteurs: Dr. Dre, Mel-Man, F.B.T., The 45 King, Eminem

Qu’il est déjà loin le temps où Eminem n’était qu’un inconnu sorti d’on ne sait où par Dr. Dre. Un album à succès et de multiples controverses plus tard et Em s’est vu devenir une sulfureuse icône médiatique, cristallisant à lui tout seul les fantasmes d’une frange de fanas, l’acharnement d’une presse faussement bien-pensante ainsi que d’une nuée d’intégristes coincés desquels il se fait un plaisir de se jouer. Et ce en seulement un peu plus d’une année. Avantage son buzz est à son paroxysme. La seule évocation de son nom suffit à susciter l’hystérie. Adulé ou détesté, il faut bien avouer que le blondinet de Detroit a pris du galon depuis. Outre son statut public très rock star, il a réussi à conquérir le respect de ses pairs mais demeure cependant attendu au tournant, et il le sait. Afin de réussir au mieux son retour et démontrer qu’il n’est pas qu’un épiphénomène de plus du music business, il s’attèle à peaufiner son nouvel album qu’il veut encore plus percutant que le précédent. Il sait pertinemment qu’il doit revenir encore plus fort, encore plus percutant, encore plus décisif sans pour autant se dénaturer. Il peut heureusement compter sur le renfort de son mentor Dre ainsi que de ses frères d’armes de production: Jeff et Mark Bass.
Le come-back s’avère plus que réussi. Non content d’avoir mis tout le monde dans sa poche avec le rigolard et déjanté The Real Slim Shady, The Marshall Mathers LP s’évapore littéralement dans les bacs en s’écoulant à plus d’un million d’exemplaires dès sa première semaine d’exploitation. Il bénéficiera même d’un succès public sans précédent dans l’histoire du hip-hop. Voilà pour les financiers. Ce qui nous intéresse nous c’est sa musique et le moins que l’on puisse dire est que le blondin n’a pas chômé. Flow encore plus percutant, punchlines de malade, textes plus caustiques, multiples variations de voix, une impertinence encore plus affirmée et un sens de la provoc porté aux nues. Em est en pleine forme et nous en fait profiter tout au long d’un peu plus de 70 minutes. Il passe même derrière les machines pour l’occasion et fait ses débuts en tant que producteur sous le parrainage bienveillant de Dre et de l’équipe F.B.T. (composé des frères Bass pour ceux qui l’ignorent). Autre trait marquant de cet opus, il se livre d’avantage et nous offre le livre de son vécu tout au long du disque. Si les délires sont toujours présents et que son sens de la formule choquante est toujours aussi aiguisé, il n’en demeure pas moins un humain et revient sur ses rapports avec sa famille une fois de plus, mais évoque la façon dont il appréhende sa soudaine notoriété et les difficultés qu’entrainent ce nouveau statut. Un apport thématique supplémentaire qui va s’avérer de bon augure et qui couplé avec les arguments déjà évoqués plus haut feront de cet opus le meilleur de sa carrière.
Pour faire le lien avec son disque précédent, il le démarre par un nouveau Public Service Announcement qui a pour principal mérite de donner le ton. A peine avons-nous le temps de le digérer que débarque déjà une paire de tueries. Kill You impressionne par son tempo saccadé mais surtout par la violence des propos d’Em qui crache son fiel sur sa génitrice. Du jamais vu dans le rap mainstream. Suit ensuite la perle de storytelling Stan où il revient sur l’agitation qu’il suscite en s’incarnant en son plus grand fan, comme pour rappeler à tous que le fanatisme à ses limites et peut s’avérer destructeur. Cette reprise du Thank You de Dido (je ne vais pas vous refaire l’historique de ce titre) bénéficie bien sur du renfort de la belle et d’une production magistrale signée The 45 King. Ses deux titres s’avèrent être représentatifs du contenu de l’album qui compte plus d’un titre dans cette lignée intimiste. Em expose ses rapports avec la célébrité et  ses convictions sur le rageur The Way I Am ainsi que sur I’m Back. Il parle aussi des tracas de sa surexposition médiatique sur l’éponyme et autobiographique Marshall Mathers. Il évoque également la façon dont il est perçu par la jeunesse et le public dans Who Knew.  Il adresse également un titre malsain à sa femme en mettant en scène son assassinat consécutif à une dispute. Kim est en quelque sorte le prequel de 97 Bonnie & Clyde et ne manquera pas de choquer certains auditeurs, surtout qu’à la fin il finit par l’étrangler avant de mettre son cadavre dans le coffre de sa voiture. Un titre tout simplement poignant et tellement bien narré qu’on se sent absorbé par cette folie meurtrière.
Em ne fait heureusement pas que parler de lui sur cet opus. Si la touche autobiographique de ce disque est indéniable, il reste tout de même plus qu’efficace dans ce qui a fait, fait et fera son attrait: ses nombreux délires. Il ne se refuse rien et adresse un tir groupé au monde entier et surtout à l’Amérique bien-pensante. Le titre final Criminal est, au-delà d’une démonstration rapologique des plus abouties, un véritable concentré de provocations en tout genre. Rien n’échappe au blond qui raille les femmes, les gays, la police, les pouvoirs publics, et même ses pairs. Ken Kaniff repointe le bout de son nez pour un interlude ridiculisant Insane Clown Posse. Un nouveau protagoniste fait également son apparition sur ce disque: Steve Berman. Paul est bien sur toujours de la partie. Quand il évoque son retour c’est pour signer deux collaborations meurtrières. Il s’adjoint de Dre ainsi que de Snoop et Xzibit pour une nouvelle version de Bitch Please sur laquelle il brille comme toujours. Mais c’est la boucherie Remember Me qui marque indubitablement. Si RBX est en dessous de ses camarades de mic, le duel au sommet entre Sticky Fingaz d’Onyx et Em est de ceux qui laissent pantois. Ils signent chacun un couplet plus rageur qu’un pittbull affamé dont on ne se lasse pas sur un instrumental tranchant littéralement avec les autres par sa touche simpliste. Mais c’est finalement quand il est un tantinet irrévérencieux qu’on le préfère. Il s’en donne d’ailleurs à cœur choix sur un Drug Ballad à l’intitulé évocateur sur lequel il convie une fois de plus Dina Rae. Ce disque est également l’occasion pour lui d’offrir un peu d’exposition à son groupe, les joyeux délireurs de D12. Bizarre vient étaler ses lyrics biscornus sur le sombre et énervé Amityville aux influences rock avant que le groupe au grand complet ne rejoigne Em pour le barré Under The Influence et son refrain explicite.
Assurément le meilleur disque de la discographie d’Eminem. Jamais il n’avait été autant en verve et jamais il n’avait été aussi vrai. Plus qu’une confirmation, c’est une consécration. Marshall Mathers devient définitivement une icône du hip-hop avec cet opus. Il est au sommet de son art et met définitivement le monde de la musique à ses pieds. Si certains regretterons que sont explosion consécutive à celle du deuxième solo de son boss aie ramené dans le milieu une myriade de fans ne connaissant rien au hip-hop, on ne peut décemment affirmer que ce succès soit malvenu. Du moment qu’il a permis de sensibiliser plus de gens à cette musique, il est un peu prétentieux de bouder son plaisir. Un album indispensable.
18,5/20
Tracklist:
# Title Producer(s) Length
1. « Public Service Announcement 2000  » (feat. Jeff Bass (replaced with silence in clean version))) 0:25
2. « Kill You (listed as « **** You » in clean version) » Dr. Dre, Mel-Man 4:24
3. « Stan » (feat. Dido) The 45 King, Eminem (co) 6:44
4. « Paul » (skit) 0:10
5. « Who Knew » Dr. Dre, Mel-Man 3:47
6. « Steve Berman » (skit) 0:53
7. « The Way I Am«  Eminem 4:50
8. « The Real Slim Shady«  Dr. Dre, Mel-Man 4:44
9. « Remember Me? » (feat. RBX, Sticky Fingaz) Dr. Dre, Mel-Man 3:38
10. « I’m Back » Dr. Dre, Mel-Man 5:09
11. « Marshall Mathers«  F.B.T., Eminem 5:20
12. « Ken Kaniff » (skit) 1:02
13. « Drug Ballad » (feat. Dina Rae) F.B.T., Eminem 5:00
14. « Amityville » (feat. Bizarre) F.B.T. 4:14
15. « Bitch Please II » (feat. Dr. Dre, Nate Dogg, Snoop Dogg, Xzibit (« B**** Please II » in clean version)) Dr. Dre, Mel-Man 4:47
16. « Kim (replaced with « The Kids » in clean version) » F.B.T. 6:18
17. « Under the Influence » (feat. D12) F.B.T., Eminem 5:20
18. « Criminal » F.B.T., Eminem 5:20

Sortie: 23 Février 1999

Label: Aftermath/Interscope

Producteurs: Dr. Dre, Mel-Man, Mark & Jeff Bass (Bass Brothers)

1998, Aftermath Records. Deux ans déjà que le bon docteur s’est libéré des sangles du label rouge pour poursuivre son aventure musicale au sein d’un tout nouveau label. Malheureusement la mayonnaise peine à prendre. La compilation inaugurale n’a pas convaincu grand-monde et les autres projets réalisés par la team du doc (le projet The Firm et la B.O. du film Bulworth) n’ont pas non plus été plébiscités. De plus son second album n’étant toujours pas d’actualité, les fans se posaient de sérieuses questions sur l’avenir de cette structure aussi prometteuse que fragile. C’est alors que Dr. Dre surprend tout le monde en signant un MC blanc alors totalement inconnu: Eminem. Première réaction, tout le monde se demande si notre cher Andre Young ne travaille pas un peu du chapeau. Pourquoi miser sur un inconnu qui n’a rien sorti d’autre qu’un premier album impersonnel et un EP fielleux aux accents revanchards? De plus il vient de Détroit, ville peu représentative du hip-hop à l’époque et pour ne rien arranger il est blanc (A l’époque il était acquis pour beaucoup que les blancs ne savaient pas rapper, merci Vanilla Ice). Dre sait pourtant ce qu’il fait. Lui seul a su voir le potentiel de Marshall Mathers. C’était tout de même un sacré pari de le signer en ne se basant que sur le contenu d’un EP anecdotique sorti au plan local. Mais qu’importe, séduit par ce disque il prend Em sous son aile et il entame derechef  la réalisation de son album. Pour faire monter le buzz il ressort en single le Just Don’t Give A Fuck du Slim Shady EP. Mais c’est avec le détonant My Name Is que le grand public sera conquis. Un titre brillant tout en second degré et en rimes acides qui lui servira de carte de visite et le fera entrer par la grande porte dans le cercle des artistes attendus.

Dans la foulée de ce single de choix et du EP, The Slim Shady LP se révèle être un album à appréhender avec une bonne dose de recul, tant la provoc, l’insolence et le cynisme sont portés à leur paroxysme. Les petits esprits hallucinèrent direct à l’écoute de ses textes aussi venimeux qu’un crotale. Eminem et son alter-égo maléfique Slim Shady nous plonge dans un monde en pleine déliquescence où  toute vérité est bonne à dire et dans lequel tout le monde en prend pour son grade. Un véritable délire schizophrénique sur disque. On se rappelle des piques envoyées à ses proches dans My Name Is, et bien ce titre à de multiples petits frères dans cet album. Slim ne rate pas une occasion d’égratigner tout et tout le monde comme sur le rageur Just Don’t Give A Fuck et sa suite Still Don’t Give A Fuck. Il en remet une couche sur Guilty Conscience et d’autres titres à prendre au trente-sixième degré. Le paroxysme est atteint avec le glauque 97 Bonnie & Clyde où il parle de se débarrasser du corps de son épouse. Gonflé pour un titre censé s’adresser à sa fille non? Ce disque est aussi l’occasion pour Eminem de nous faire découvrir l’univers des white-trash. Ces blancs pauvres oubliés de l’American Dream qui vivotent dans des roulottes en consommant drogues, alcools et naviguant d’un petit boulot à un autre sans aucune perspective d’avenir. Le sublime Rock Bottom résume à lui tout seul le quotidien de ces désaxés. Pour le reste cet album pose les bases de son univers en introduisant des personnages et délires récurrents via titres et interludes. Paul (qui n’est autre que Paul Rosenberg son manager) intervient ainsi pour la première fois. Pareil pour l’irrévérencieux Ken Kaniff qui signe également sa première apparition. Si Steve Berman, ultime pygmalion shadyesque n’est pas encore présent,  Eminem continue de nous faire découvrir son monde via des thématiques qui hanteront toute sa discographie. Outre les coups de provoc et rimes acerbes savamment distillées sur pas mal de titres, les constantes références à sa famille et son passé, il évoque également son addiction aux drogues sur My Fault, se livre à sa façon sur Role Model et If I Had et se définit sur I’m Shady pétrissant ses lyrics d’une bonne dose d’humour noir.Même lorsqu’il se veut plus léger, il ne peut s’empêcher de vouloir choquer. Il nous gratifie ainsi de Cum On Everybody (pas la peine de traduire ce jeu de mots), titre festif à l’intitulé évocateur sur lequel Dina Rae signe elle aussi sa première apparition. Même les rares invités se mettent au diapason. Dr. Dre se prête au délire de Guilty Conscience tandis que le régional de l’étape Royce Da 5’9″ livre une performance d’excellente facture sur Bad Meets Evil.
Au final ce pétage de plomb phonographique est une réussite en tous points. Eminem transforme l’essai du EP du même nom en livrant un disque d’excellente facture marquant d’un sceau de fer son entrée dans le cercle des gros vendeurs et des artistes attendus. Une œuvre à la fois complexe et décomplexée, sachant ne pas se prendre au sérieux naviguant entre ironie des plus caustiques et délire maniaco-dépressif. Le principal mérite de Dr. Dre aura été de se mettre en retrait (il ne produit que trois titres) et de laisser le champ libre aux alors inconnus Bass Brothers (les producteurs attitrés d’Eminem jusque là, artisans du EP) qui livrent un travail sans fioritures. Peut-être pas un classique mais un disque en tous points irréprochables quand on parvient à saisir les nuances des lyrics d’Em et qu’on se laisse conquérir par ce flow fluide devenu depuis sa marque de fabrique.
18/20
Tracklist:
# Title Writer(s) Producer(s) Length
1. « Public Service Announcement » (skit performed by Jeff Bass and Eminem) 0:33
2. « My Name Is«  Marshall Mathers, Andre Young Dr. Dre 4:28
3. « Guilty Conscience » (feat. Dr. Dre. in clean version edited or backmasked.) Mathers, Young Dr. Dre, Eminem 3:19
4. « Brain Damage » Mathers, Jeff Bass, Mark Bass Bass Brothers, Eminem 3:46
5. « Paul » (skit performed by Paul Rosenberg) 0:15
6. « If I Had » (feat. Kristie Abete) Mathers, J. Bass, M. Bass Bass Brothers, Eminem 4:05
7. « ’97 Bonnie & Clyde«  Mathers, J. Bass, M. Bass Bass Brothers, Eminem 5:09
8. « Bitch » (skit performed by Zoe Winkler clean version Zoe.) 0:19
9. « Role Model » Mathers, Young, Melvin Breeden Dr. Dre, Mel-Man 3:25
10. « Lounge » (skit feat. Bass Brothers) 0:46
11. « My Fault » Mathers, J. Bass, M. Bass Bass Brothers, Eminem 4:01
12. « Ken Kaniff » (skit feat. Aristotle & Bass Brothers) 1:16
13. « Cum on Everybody » (feat. Dina Rae clean version Come On Everybody.) Mathers, J. Bass, M. Bass Bass Brothers, Eminem 3:39
14. « Rock Bottom » Mathers, J. Bass, M. Bass Bass Brothers 3:34
15. « Just Don’t Give a Fuck clean version Just Dont Give. » Mathers, J. Bass, M. Bass Bass Brothers, Eminem 4:02
16. « Soap » (skit performed by Jeff Bass & Royce da 5’9″) 0:34
17. « As the World Turns » Mathers, J. Bass, M. Bass Bass Brothers, Eminem 4:25
18. « I’m Shady » Mathers, J. Bass, M. Bass Bass Brothers, Eminem 3:31
19. « Bad Meets Evil » (feat. Royce da 5’9″ & Jeff Bass) Mathers, J. Bass, M. Bass, Ryan Montgomery Bass Brothers, Eminem 4:13
20. « Still Don’t Give a Fuck clean version Still Dont Give. » Mathers, J. Bass, M. Bass Bass Brothers, Eminem 4:12

Sortie: 8 décembre 2009

Label: Doggystyle/Priority

Producteurs: Scoop DeVille, The-Dream, Tricky Stewart, Dr. Dre, Terrace Martin, Lil Jon, Teddy Riley, Nottz, Timbaland, The Neptunes, B-Don, Danja, Battlecat, Snoop Dogg

A peine parti que déjà il signe son retour.Une année seulement après le contesté Ego Trippin, le chien de Long Beach revient dans les bacs avec son dixième album. Ce disque s’annonce d’ores et déjà dans la lignée de ce à quoi Snoop nous a habitué depuis R&G, à savoir faire danser les foules tout en se faisant plaisir quitte à livrer un projet fourre-tout dans lequel tout un chacun pourra avoir son compte. Si jusqu’alors le contrat avait été plus ou moins respecté avec quelques titres plus consensuels au milieu des confiseries dont notre chien est désormais si friand, ce n’est pas vraiment le cas avec cet opus.
Commençons tout de même par le commencement. Les plus perspicaces se rappellent que Snoop Dogg a toujours couru après son indépendance artistique. C’est fort de cette idée que son propre label Doggystyle Records avait vu le jour en 1999, un peu avant la fin de son contrat avec No Limit. Les impératifs économiques étant ce qu’ils sont, notre chien devra mettre ses velléités en suspens le temps de mieux se retrouver. Finalement libéré de ses obligations avec Geffen, il prend donc le chemin de l’indépendance (quoique relative vu que la distribution est tout de même assurée par Priority) à l’instar de beaucoup de ses illustres collègues (Ice Cube, Rakim…) et entame dans la foulée la réalisation de ce dixième album. Première conséquence, il se retrouve avec la casquette de producteur exécutif. Deuxième effet pervers, le nombre de tracks est revu à la baisse, une première dans sa discographie solo.Il faudra se contenter de douze titres en plus d’une intro et d’une outro des plus dispensables. Heureusement sa longévité dans l’industrie lui a tout de même permis de se constituer un solide carnet d’adresses. Il s’entoure donc d’une brochette de producteurs des plus variées. Entre vieux compagnons de route (Battlecat, Dr. Dre…), habitués (Teddy Riley, The Neptunes, Scoop DeVille), et collaborateurs côtés du moment ( Danja, The-Dream) la diversité est assurée. De quoi prêter à un minimum d’optimisme pour la qualité de cet opus. Les fuites s’avèreront cependant peu rassurante, tout comme la tracklist dont la publication fera naitre de sérieux doutes sur le contenu. Heureusement encore que la pochette est belle.
Premier constat à l’écoute, le disque est conforme aux prévisions que laissait entrevoir la tracklist et l’orientation de l’auteur ces dernières années. Comme trop souvent, il suit parfaitement la tendance se contentant d’assurer le minimum syndical au micro. On en attendait pas mieux vu que depuis Tha Last Meal sa street crédibilité est sur la pente descendante, mais là on a droit à du Snoop fatigué. Le chien a définitivement perdu ses crocs et n’est plus bon qu’à se rependre en jappements attendrissants et en aboiements légers dignes d’un chihuahua asthmatique. Pour le reste le contenu du disque ravira à n’en point douter l’association des odonto-stomatologistes. C’est mielleux au possible, limite mièvre et surtout peu inspiré. La niche du pittbull s’est muée litière de chat persan. Il faut se rendre à l’évidence le jeune Crip qui avait pris le hip-hop en levrette il y a plus de quinze ans n’est plus. Les rues sales polluées par les gangs n’étant plus son territoire de prédilection, il se vautre désormais dans une literie cotonneuse à souhait. Et ce au mépris des fans de la première heure qui avait espérer un éventuel retour aux sources (en même temps il ne fallait pas rêver).
Tout démarre pourtant bien avec un I Wanna Rock plutôt efficace sans pour autant être exceptionnel.Un titre qu’on qualifierait de moyen à l’échelle des possibilités microphoniques de Snoop mais qui s’avère de très bonne facture au vu de l’ensemble. Même impression avec le trop bref 2 Minute Warning qui lui succède. A partir de la quatrième piste on oscille entre le bon et le moins bon. Snoop ressuscite Lil Jon le temps d’un 1800 sans éclat mais marque surtout la tendance sudiste de cet opus. Un choix pas des plus fructueux d’autant qu’il accouche de titres peu convaincants à l’image d’un That’s That Homie sans intérêt sur lequel on aurait très bien pu remplacer ses couplets par ceux de Gucci Mane sans que personne ne crie au scandale. Les tréfonds de la médiocrité sont atteints avec le pathétique Pronto qui invite le chouchou des kikoolols, j’ai nommé Soulja Boy. Pas de « Yoooou » au menu cette fois-ci. Notre petit père se permet même de livrer une performance de très bonne facture comparée à ses propres compositions. Ça reste cependant aussi mou qu’un pénis de môme et pour ne rien arranger le long chien se met au niveau de son invité avec une performance de liliputien haltérophile .Un titre tout simplement abominable desservi par un refrain des plus risibles où ce qui reste de la voix de notre jeunot après un passage sous auto-tune se charge de remplir de joie les ORLs. Boules Quiès vivement recommandées pour ce titre sous peine d’être pris de pulsions meurtrières. Le massacre se poursuit avec les deux combinaisons avec The-Dream (Gangsta Luv et Luv Drunk) qui sans être mauvaises ne convaincrons que les amateurs de sons légers. Il a beau retrouver ensuite R. Kelly pour un ersatz de That’s That Shit sur Pimpin’ Ain’t EZ on n’en demeure pas moins dubitatifs.
Une poignée de titres vient cependant sauvé l’album du naufrage. Jazmine Sullivan donne une dimension supplémentaire à Different Languages orchestré par Teddy Riley et Scoop DeVille, sans pour autant que Snoop brille. La mayonnaise s’épaissit cependant grâce au plus street Upside Down qui vaut tout autant pour les bonnes prestations des rookies Nipsey Hussle et Problem. C’est finalement les vieux fidèles qui livreront les meilleurs titres. Snoop retrouve Battlecat et Kokane sur Secrets pour un titre plus que convaincant nous rappelant qu’il y a bientôt dix ans ils faisaient des étincelles tous trois. Un morceau qui fera la joie des nostalgiques. Dans un autre registre le très bon Special sur lequel il bénéficie du renfort de Pharrell Williams et de Brandy satisfera également les acheteurs de R&G.
Cependant sans être mauvaise langue ou ironique l’album se révèle plutôt agréable à écouter. Léger mais tout de même plaisant, il s’avère accrocheur et séduira sans peine les amateurs de sons sans prises de tête. Au vu de ce virage assumé, il serait inapproprié de dire que la descente aux enfers de Snoop continue et que ce disque de plus l’enfonce un peu plus dans l’océan de la wackitude. L’album aurait cependant pu être de bien meilleure facture s’il avait été d’avantage peaufiné. Assurément un de ses plus mauvais disques et sachant qu’il persistera dans cette voie, il y a fort à parier que le suivant risque d’être tout simplement indigeste.

10/20

Tracklist

  1. « Intro »
  2. « I Wanna Rock » (prod. Scoop DeVille, co-prod. Dr. Dre)
  3. « 2 Minute Warning » (prod. Terrace Martin)
  4. « 1800 » (feat. Lil’ Jon) (prod. Lil’ Jon)
  5. « Different Languages » (feat. Jazmine Sullivan) (prod. Teddy Riley & Scoop DeVille, co-prod. PMG)
  6. « Gangsta Luv » (feat. The-Dream) (prod. The-Dream & Tricky Stewart
  7. « Pronto » (feat. Soulja Boy) (prod. B-Don, co-prod. Super Ced)
  8. « That’s Tha Homie » (prod. Danja, co-prod. Timbaland)
  9. « Upside Down » (feat. Problem & Nipsey Hussle) (prod. Terrace Martin, co-prod. Jason Martin)
  10. « Secrets » (feat. Kokane) (prod. Battlecat)
  11. « Pimpin Ain’t EZ » (feat. R. Kelly) (prod. Nottz)
  12. « Luv Drunk » (feat. The-Dream) (prod. The-Dream & Tricky Stewart)
  13. « Special » (feat. Brandy & Pharrell Williams) (prod. The Neptunes)
  14. « Outro »

Sortie: 9 Novembre 2009

Label: Shady/Aftermath/Interscope

Producteurs: Dr. Dre, Mark Batson, Rockwilder, DJ Khalil, Polow Da Don, Rick Rock, Havoc, Tha Bizness, Ty Fyffe, Manny Perez, Lab Ox, Vikaden, Team Ready, J Keys, Team Demo,   Nascent, QB Da Problem, Black Key, Dual Output, Chin Injeti

Il est lieu commun d’affirmer que 50 Cent est musicalement au creux de la vague (à la grande joie de ses haters de tout poil, trop heureux de le voir s’étaler en beauté). Elle est loin l’époque ou il faisait la pluie et le beau temps sur le rap mainstream avec son Gorilla Unit. Loin aussi cette époque où quiconque s’en prenant à lui  voyait sa carrière fortement ébranlée. S’il a successivement enterré Ja Rule, Cam’ron et Fat Joe, Fiddy a malheureusement perdu son duel au sommet avec Kanye West, initié à l’occasion du très moyen Curtis (qu’il qualifiera lui-même d’échec). Pis il reste sur un échec retentissant avec la sortie du catastrophique deuxième album de la G-Unit Terminate On Sight. Un revers dont il se relèvera très difficilement au vu de la nuée de critiques qu’a subi l’opus. Il fera donc le dos rond annonçant dans la foulée la sortie prochaine de son quatrième album Before I Self Destruct, projet déjà bien avancé au moment des sessions de Curtis. Il définit lui-même l’album comme un retour aux sources et la qualifie de prequel de Get Rich Or Die Tryin’. On reste cependant dubitatif vu que ce genre d’annonce s’avèrent souvent infondées. Initialement prévu pour 2008, il se verra sans cesse reporté officiellement pour laisser le champ libre au grand retour d’Eminem. La véritable raison serait plutôt le manque de buzz dont bénéficie 50. S’il y a encore peu son seul nom suffisait à mettre la presse et le public en émoi, il faut bien admettre que la donne à changer. L’heure n’est plus aux gangsters en carton, mais plutôt aux ringtones rappers, à l’autotune et aux sonorités mâtinées de pop music et de dance. Dans ce contexte faisant la part belle à la facilité et aux projets sans aucune originalité, Fiddy a quelque peu de mal à se retrouver. Pour ne rien arranger la crise de l’industrie du disque et ses relations tendues avec Jimmy Iovine (patron d’Interscope son label) ne lui facilite pas la tâche au point que paradoxalement 50 est presque devenu un rappeur underground en 2009, tend ce dernier peine à exister entre les vedettes hip-pop et les arrivistes écervelés du ringtone rap, nouvelles idoles de la masse de joyeux crétins qui constituait naguère son public. Pas étonnant donc qu’il aie toutes les peines du monde à assurer le lancement de son album. Get Up, la première sonde, ne trouvera pas son public en dépit du renfort de Scott Storch à la production. Même sentence pour I Get It In que même le parrainage de Dr. Dre ne sauvera pas de la noyade (au sens commercial du terme).  Le nouveau beef contre Rick Ross arrivera presqu’en sauveur. S’il n’atteint pas l’intensité des premiers et laisse passablement indifférent, cette embrouille cousu de fil blanc aura au moins le mérite de le mettre de nouveau sous le feu des projecteurs (quoique la lumière fusse pâle et que ce beef aie d’avantage profité à Ross). Poussé dans les cordes par son nouvel « ennemi », Curtis se doit de réagir avec un album qui devrait marquer sa reconciliation avec la rue. Entretemps un autre titre produit par Dre fuit sur la toile: OK, You’Re Right. S’il laisse préfigurer un retour au fondamentaux, il est malheureusement plombé par une prod pas mauvaise mais qui s’avère à la longue trop répétitive et fini par lasser. Le premier single officiel Baby By Me (Featuring Ne-Yo) est tout aussi peu rassurant. On pourra se consoler en se disant qu’au moins il n’y a pas d’autotune dessus, mais ce titre taillé pour radios et dancefloor laisse étrangement de glace. Pis on se prend à redouter un nouveau Curtis, à savoir un disque fourre-tout sur lequel on peut retrouver la crème des gros vendeurs du moment. C’est fort de ces appréhensions que l’écoute de l’album est entamée.

Premier constat 50 continue dans sa logique street entamée sur l’album de la G-Unit. Si quelques producteurs de renom sont conviés(Polow Da Don, DJ Khalil, Rockwilder, Rick Rock…), une bonne moitié des sonorités sont confiées à des inconnus. Même Dr. Dre et son acolyte Mark Batson se montrent bien discret en ne signant que deux titres. Autre constante la liste des invités s’est vu sérieusement réduite. Seuls Ne-Yo, R. Kelly et son mentor Eminem auront l’honneur de s’illustrer à ses côtés. A l’écoute on relèvera surtout que l’ami Curtis a pour une fois tenu ses promesses. La couleur musicale s’avère aussi street qu’il l’avait annoncée. Pas de « T-Paineries » et autres « Kid Cudieries » au programme, on penche volontiers du côté de la soul plutôt. Pas de formules guimauvesques juste bonnes à contenter la nuée de diabétiques pré-pubères ou de combinaisons plus cotonneuses que de la barbe-à-papa. La confiserie est fermée pour cet épisode, place aux plats de résistance.

L’album démarre sur des chapeaux de roues avec le surpuissant The Invitation, bastos malheureusement trop brève usinée par un Ty Fyffe en grande forme. Ce titre donne le ton de cette première partie du disque où est concentrée la plupart des bons titres. L’enchainement avec les titres suivants donne une triplette incandescente transpirant le soufre. Entre ses souvenirs évoqués dans Then Day Went By et le rageur et explicite Death To My Enemies, nouvelle tuerie signée Dr. Dre, on retrouve le 50 qu’on a toujours connu et auquel on aura droit tout au long de l’album. Sur de lui, plus agressif tant dans le texte que dans le flow, il vide ses chargeurs sur la concurrence mais s’avère moins adroit que par le passé. Le sniper qu’il était rate plus souvent ses cibles qu’auparavant où s’en prend à des proies faciles qu’il a coutume de chasser, au point de ne pas convaincre grand-monde. Il égratigne ainsi Jay-Z, Game et Lil Wayne sur So Disrespectful, ersatz de Piggy Bank qui s’avère cependant plus écoutable que son original. Pour l’originalité il faudra clairement repasser. C’est le principal reproche qu’on peut faire à cet album. 50 ne s’éloigne en effet pas de ses propres sentiers battus et à défaut de se renouveler décline à l’envie les recettes qui ont fait son succès. Diss-track de circonstance (So Direspectful), titres énervés (Death To My Enemies), enième collaboration avec Eminem (Psycho), titres plus accessibles, références constantes à son passé de street soldier et on a fait le tour. N’allez cependant pas penser que cet album est sans intérêt. Il nous ressert peut-être la même chose mais a au moins le mérite de changer la forme. Il se montre toujours à son avantage sur Crime Wave, le partiellement autobiographique Stretch ou encore le soulful Strong Enough. Il ne s’en tire pas trop mal non plus sur Get It Hot, espèce de nouvel I Get Money plutôt entrainant, le correct I Got Swag ou encore le très bon Do You Think About Me, titre le plus réussi de ceux destinés au grand public.Son flow reste toujours aussi plaisant pour ceux qui y sont sensible et il livre de bien meilleures performances que sur les décevants projets précédents.

Tout n’est cependant pas rose au royaume de 50. L’album a aussi son lot de déceptions. Si Psycho s’avère être un excellent titre, 50 se fait outshiner sans ménagements par un Eminem éblouissant de dextérité, au point qu’il varie son flow sur le troisième couplet pour essayer de tenir la cadence mais rien n’y fait. Autres moments creux le fadasse Hold Me Down qui s’avère vite irritant, le peu inspiré Gangsta’s Delight (reprise ratée du fameux Rapper’s Delight) produite par un Havoc de moins en moins convaincant aux manettes et les titres radio friendly destinés au grand public qui plombent la fin de l’album. On y retrouve les deux singles Baby By Me et OK You’re Right mais aussi le plus que dispensable Could’ve Been You que la présence de R. Kelly ne suffit pas à rehausser. Une fin plus que passable qui laisse un sentiment d’inachevé pour l’auditeur. L’album se retrouve ainsi partagé en deux parties totalement inégales. Si la première est de très bonne facture, la seconde est plus que décevante et en dehors de quelques titres qui surnagent a de fortes chances de finir dans la corbeille. Toutes choses qui donnent une impression finale de bâclage.

Un disque assez contrasté en définitive. Si on est plutôt satisfaits de ce retour aux sonorités streets on est cependant moins séduits par la stagnation de l’ensemble. L’album reste largement supérieur à Curtis mais ne parvient pourtant à faire l’unanimité. Il apparait comme un projet correct sans plus, pêchant par déficit de créativité et de prise de risques. Il ne suffira en tout cas pas à lui rendre l’estime dont il bénéficiait au début du siècle, ni à rabattre le caquet à ses haters qui se feront une nouvelle joie de le tailler. Quoi qu’il en soit Before I Self Destruct a le mérite de ne pas avoir déçus ceux qu’il attendait. Bien sur il lui manque un peu de folie, mais dans le contexte actuel c’est toujours bon à prendre. 50 nous a donné exactement ce qu’on attendait de lui pour une fois, que demander de plus?

15/20

Tracklist

# Title Writer(s) Producer(s) Length
1. « The Invitation » Ty Fyffe, Manny Perez Ty Fyffe, Manny Perez 2:54
2. « Then Days Went By » D. Billy Jr., B. Withers Lab Ox, Vikaden 3:44
3. « Death to My Enemies » Andre Young, Mark Batson, T. Lawrence, D. Parker, Mike Elizondo Dr. Dre, Mark Batson 3:46
4. « So Disrespectful » J. Henderson, C. Whitacre Tha Bizness 3:39
5. « Psycho » (featuring Eminem) Marshall Mathers, Young, Batson, Parker, Lawrence Dr. Dre 4:45
6. « Hold Me Down » J. Groover, Y. Davis Team Ready, J Keys 3:19
7. « Crime Wave » J. Fragala, D. Zacharias, W. Witherspoon, A. Bond Team Demo 3:44
8. « Stretch » Ricardo Thomas Rick Rock 4:07
9. « Strong Enough » C. Ruelas, Q. Hysaw, C. McMurray, G. Jones, P. Sawyer Nascent, QB Da Problem 3:02
10. « Get It Hot » M. Davis Black Key 2:59
11. « Gangsta’s Delight » Kejuan Muchita, B. Edwards, N. Rogers Havoc 3:14
12. « I Got Swag » R. Frazier, W. Hutchinson, D. Jolicoeur, K. Mercer Dual Output 3:34
13. « Baby by Me » (featuring Ne-Yo) Jamal Jones, S. Smith Polow da Don 3:33
14. « Do You Think About Me«  Dana Stinson Rockwilder 3:26
15. « Ok, You’re Right«  Young, Batson, Parker, Lawrence Dr. Dre, Mark Batson 3:04
International Bonus Track
# Title Producer(s) Length
16. « Could’ve Been You » (featuring R. Kelly) DJ Khalil, Chin Injeti 4:20
iTunes Bonus Tracks
# Title Producer(s) Length
17. « Flight 187 » Phoenix 4:10
18. « Baby by Me » (feat. Jovan Dais) Polow da Don 3:33

Sortie: 21 Novembre 2006
Label: Roc-A-Fella/ Island Def Jam
Producteurs: Dr. Dre, Mark Batson, Just Blaze, Kanye West, Swizz Beatz, The Neptunes, DJ Khalil, Chris Martin, Syience, B-Money

On en avait presqu’oublié qu’il était à la retraite tant son hyper-activité et son omniprésence dans les médias nous rappellent qu’il est encore là. Bien sur Jay-Z n’a plus sorti d’album solos depuis The Black Album, mais son fantôme continue d’hanter le rap game. Il faut dire qu’il n’a pas vraiment chômé. Entre un nouvel album avec R. Kelly (Unfinished Business), un autre avec le groupe de rock Linkin Park (Collision Course) et divers featurings et prestations live, on ne peut pas dire qu’il se soit éloigné du monde de la musique. Mieux en 2005 il se voit coopté à la tête du prestigieux label Def Jam. Toutes choses qui laissait présager d’un éventuel retour aux affaires rapologiques. La rumeur se veut d’ailleurs insistante jusqu’à ce que l’intéressé lui-même la confirme. Oui il fait son come-back, oui l’envie est revenue et il sortira d’ailleurs un nouvel album d’ici peu. Et pour marquer le coup il remonte sur scène pour le concert I Declare War qui scelle définitivement sa réconciliation avec Nas.

Les tractations et autres pronostics vont alors bon train, surtout que pas grand-chose ne filtre au sujet de ce retour aux affaires. Une seule question demeure en suspens: les motivations réelles de ce come-back. Reprend t-il le chemin des studios parce qu’il désire réellement ou est-ce pour relancer une machine Def Jam en souffrance comme il l’avait déjà fait pour Roc-A-Fella avec The Dynasty? Une interrogation qui restera en suspens. Quoi qu’il en soit Hova joue tout d’abord la carte de la rupture et prévoit sortir cet album sous le nom de Shawn Carter. Il se ravisera finalement et gardera son nom de scène. Quant à l’intitulé de l’album il lui sera suggéré par un de ses collaborateurs Young Guru en référence au comic book de la DC Superman. Contrairement à ses habitudes Jay prendra son temps et attendra Octobre pour enfin livrer son premier single Show Me What You Got. On retrouve Just Blaze à la baguette mais ce titre s’avère peu convaincant. On était en droit d’espérer mieux d’un homme qui aura marquer l’histoire de cette musique. L’accueil est plutôt mitigé dans le milieu. Bien sur ce morceau est dans la lignée du Black Album, montrant que Jay reprend les choses là où il les avaient laissées mais le scepticisme demeure. Dans la foulée la tracklist arrive et elle s’annonce épaisse comme une liasse de billets de 100 au vu des noms qui y figurent. Les habitués Just Blaze et Kanye West sont conviés mais aussi The Neptunes, Swizz Beatz, DJ Khalil, quelques inconnus ( Syience et B-Money) et surtout Dr. Dre. Le bon docteur a consenti à lâcher sa thèse Detox un moment pour s’occuper de trois titres. Mieux il s’occupe aussi du mixage de l’opus. Toutes choses qui laisse augurer d’un disque de très bonne qualité qui sortira directement sans qu’un autre single ne soit lancer en éclaireur.

Dès les premières écoutes ce qui marque tout de suite est la qualité du rendu. On reconnait la touche de Dre qui rehausse même les titres les plus banals pour en faire des bombes. Un bon point mais qui ne saurait suffire à lui tout seul pour faire de cet album un must du genre. Le docteur n’en reste heureusement pas là et ses trois de ses prescriptions s’avèrent être parmi les meilleures du disque. Un Trouble surprenant mais novateur où Jay parle vite fait des rumeurs sur son enfant caché, un 30 Something tout à fait dans son style mais surtout l’énorme Lost One sur lequel Hov se livre. Il y évoque pèle-mêle la mort de son neveu, ses relations difficiles avec Beyonce et son ex-associé Damon Dash le tout en trois couplets lourds de sens rehaussé par un refrain accrocheur de Chrisette Michele. Ce titre très personnel est l’une des tueries de l’album. Autre moment fort l’excellente contribution de Kanye West Do U Wanna Ride en duo avec un John Legend qui donne de la profondeur au morceau. Ce seront globalement les seules raisons de s’enthousiasmer sur cet album. S’il s’avère assez bien produit dans son ensemble (à l’exception du décevant Anything usiné par les Neptunes et de l’anecdotique son de DJ Khalil) et très agréable à l’écoute, c’est dans les textes et la performance que Jay-Z déçoit. On n’a rien contre quelques lignes d’égotrip et des punchlines bien senties mais là on frise l’arrogance. Les lyrics sont parfois consternants d’auto-satisfaction et disons le tout net d’une suffisance plus qu’agaçante. De plus son flow n’est plus aussi limpide qu’auparavant. S’il n’écrit toujours pas ses textes, le robinet vocal à la poignée qui grince à présent. Peu de fluidité, une voix parfois trop forcée qui essaie de sonner plus jeune et des clins d’oeil trop récurrents aux super héros. Peu rassurant. Pour ne rien arranger il semble vraiment manquer de conviction quand il s’attaque à des sujets qui se veulent plus grave à l’image du risible Hollywood (Featuring Beyonce, essayez au moins d’avoir l’air surpris) où il relate la décadence d’un star lui ressemblant étrangement. Même constat avec l’hommage en carton rendu aux victimes de l’ouragan Katrina sur Minority Report. L’album se conclut avec une incursion dans le monde du rock avec Beach Chair, produit par le membre de Coldplay, Chris Martin qui signe également le refrain. Une collaboration surprenante, déroutante qui achèvera de dégouter les puristes et autres fans de la première heure.

Ce retour en demi-teinte s’avère comme prévu une excellente opération commerciale (680.000 copies écoulées dès la première semaine) mais recevra un accueil critique plutôt froid. Jay-Z est toujours à la retraite, son clone President Carter ne semble pas encore en mesure de lui succéder. Motif trop peu ancré à la rue, trop arrogant, trop prétentieux, totalement imbu de sa personne, limite condescendant. Pour revoir le véritable Hova, si tant est qu’il refait surface un jour, il faudra encore attendre. Ce n’est en tout cas pas avec ce disque qu’il faut espérer le retrouver.

15/20

Tracklist

# Title Producer(s) Samples Time
1 « The Prelude » B-Money 2:44
2 « Oh My God » Just Blaze 4:18
3 « Kingdom Come » Just Blaze 4:24
4 « Show Me What You Got«  Just Blaze 3:43
5 « Lost One » (featuring Chrisette Michele) Dr. Dre, Mark Batson 3:44
6 « Do U Wanna Ride » (featuring John Legend) Kanye West 5:29
7 « 30 Something«  Dr. Dre 4:13
8 « I Made It » DJ Khalil 3:28
9 « Anything » (featuring Usher & Pharrell) The Neptunes 4:22
10 « Hollywood » (featuring Beyoncé) Syience 4:18
11 « Trouble » Dr. Dre, Mark Batson 4:53
12 « Dig a Hole » (featuring Sterling Simms) Swizz Beatz
  • Samples copyrighted material under license from Tappan Zee Records, Inc
4:11
13 « Minority Report » (featuring Ne-Yo) Dr. Dre 4:34
14 « Beach Chair » (featuring Chris Martin) Chris Martin 5:09
15* « 44 Fours » (live from Radio City Music Hall) Lou Reed 3:36

Sortie: 12 Novembre 2002
Label: Roc-A-Fella/ Island Def Jam
Producteurs: Just Blaze, Kanye West, Dr. Dre, The Neptunes, No I.D., Heavy D, Jimmy Kendrix, Big Chuck, Ron Feemster, Charlemagne, Digga

On avait quitté Jay-Z avec un classique qui la définitivement hissé au rang d’icône de ce début de millénaire. Si on ne peux rien reprocher au génial The Blueprint, il n’en est pas de même pour la suite des évènements. Hova se perd dans son duel au sommet avec Nas, se prenant même une gifle monumentale avec Ether, réponse détonante à son Takeover. Et ce ne sont pas ses diss tracks plus ou moins inspirées qui feront remonter sa crédibilité, surtout qu’entretemps son rival est redevenu le favori de la rue. De plus son album-concept avec R. Kelly est un semi-échec imputable aux problèmes judiciaires de son partenaire de micro. Jay se voit donc dans l’obligation de redresser la barre et décide de réagir en annonçant la sortie d’un double album qui se veut être la suite de The Blueprint jusque dans son intitulé: The Blueprint²:The Gift & The Curse. Pourquoi un double album déjà? Parce que Jay le peu pardi. Non plus sérieusement les plus grands ont sorti des doubles album très réussis (2Pac, The Notorious B.I.G., Wu-Tang), réaliser le sien est le meilleur moyen d’accéder pour de bon au statut de légende vivante (comme si ce n’était déjà pas le cas). Pour mener à bien cet ambitieux projet, il ne lésine pas sur les moyens convoquant une brochette de producteurs de renom ( Kanye West, Just Blaze, Dr. Dre, Timbaland, The Neptunes) quelques-uns moins connus (No I.D., Jimi Kendrix, Big Chuck, Charlemagne, Digga et le revenant Heavy D) et plus d’une vingtaine d’invités (il serait trop long de les énumérer). Toutes choses qui laisse augurer d’un disque inégal et longuet.

Comme le laissait penser la guest list, l’album par dans toutes les directions avec des collaborations tous azimuts, des instrumentaux sans cohésion et des titres qui ne servent à rien qu’à assurer le remplissage. A vouloir manger à tous les râteliers, l’ensemble souffre d’un manque de cohérence flagrant et tient plus d’une association disparate de titres que d’un disque patiemment construit. Autre écueil non-évité, une atmosphère musicale inexistante. Si la carte de la diversité a été jouée, les artisans sonores ont confondus éclectisme et  non-identité. Sampler aussi bien Earth Wind & Fire, Ennio Morricone, Paul Anka, 2Pac, TLC et même Usher sur le même disque fait vraiment tâche. On jurerait presque écouter une bande originale de film ou une compilation réunissant les titres les plus joués de l’année.

Les choses démarrent plutôt bien pourtant avec l’évocateur A Dream en featuring avec l’ex-couple Wallace, j’ai nommé Faith Evans et son défunt mari The Notorious B.I.G. présent grâce au récyclage d’un de ses couplets de Juicy (merci Kanye). Just Blaze surprend avec le sympathique Hovi Baby avant que l’équipe Aftermath ne vienne s’illustrer sur la suite de The Watcher. L’occasion rêvée pour Hova de croiser ses rimes avec un autre monstre sacré du rap: Rakim (à l’époque signé chez Aftermath). Si Dre ne livre qu’une déclinaison de son propre titre, le morceau s’avère plutôt satisfaisant. Tout va malheureusement se gâter avec 03 Bonnie & Clyde première collaboration du couple Hov/Beyonce pour une reprise low-cost du Me & My Girlfriend de 2Pac. En dépit d’un succès considérable à l’époque, ce single archi-grillé est la première grosse déception du premier disque. La chute continue avec un autre single sans éclat Excuse Me Miss où la voix de Pharrell s’avère plus qu’irritante à la longue et le terne What They Gonna Do avec un Sean Paul lymphatique. Même constat avec un Fuck All Nite inutile et un I Did It My Way plus que dispensable. Heureusement la collaboration réussie avec les sudistes Killer Mike, Twista et Big Boi ainsi que l’accrocheur The Bounce (magistralement produit par Timbaland) et le bon All Around The World sauvent la mise pour ce premier disque au contenu mitigé.

Le deuxième disque s’avère un poil plus convaincant que son alter-ego mais souffre lui aussi des carences énoncées plus haut. Il comporte tout de même des titres de qualité comme Diamond Is Forever, le surprenant duo avec Lenny Kravitz (Guns & Roses) l’excellent Meet The Parents, le bouncy Nigga Please (un incontournable en club à l’époque) ou encore le titre éponyme (malgré son sample grillé). C’est aussi l’occasion pour Jay de permettre à ses poulains de s’illustrer. As One voit ainsi presque tous les artistes du label sur un titre plus convaincant mais n’arrivant pas à la cheville d’un Reservoir Dogs par exemple (présent sur Hard Knock Life). Même sentence pour le remix de U Don’t Know qui malgré la bonne performance des M.O.P. semble n’avoir été réalisé que dans un but purement stratégique (le combo de Brooklyn venant juste de rejoindre la famille Roc-A-Fella, il était logique de leur offrir un peu de visibilité). De plus l’instru est limite inchangé, bonjour l’originalité. Passons également un Some How Some Way sans intérêt qui prouve qu’il faut tout de même faire plus que reconduire le casting de This Can’t Be Live (titre de The Dynasty) pour pondre un titre convaincant. Impossible également de se sentir concerné par le fadasse A Ballad For The Fallen Soldiers qui ne suscite rien à part des bâillements successifs et l’insipide What They Gonna Do Part II (le type même de bonus tracks dont on se passerait volontiers vu qu’il réussi l’exploit d’être encore plus vomitif que l’original). Jigga peut heureusement compter sur 2 Many Hoes (produit par un Timbaland qui fut bien le seul à n’avoir jamais déçu sur cet album) et Some People Hate pour se refaire une santé.

Un album très peu convaincant en somme. De bons titres malheureusement noyés dans une direction artistique hasardeuse. De plus le manque de cohésion globale et l’irrégularité de Jay-Z au micro n’arrange rien. A vouloir frapper trop fort, Jigga s’est dilué dans un album ne lui correspondant finalement que trop peu. Il aurait clairement été plus judicieux de ne faire qu’un seul disque plus abouti et plus cohérent plutôt que de céder à cette course à la grandiloquence. Si le succès commercial reste au rendez-vous, on ne peut qu’être déçu de cet album.

15/20

Tracklist