Sortie: 10 Novembre 2009

Label: AllIDo/Interscope

Producteurs: Mark Ronson, Cool & Dre, The Neptunes, Dave Sitek, Best Kept Secret, Syience, DJ Green Lantern, The Sleepwalkers, Deijon, JuJu

Dans la famille newcomers je demande Wale. Encore inconnu il y a quelques années, ce digne héritier de la scène go-go (pour ceux qui l’ignorent c’est un courant musical dérivé de la funk et propre à Washington DC, ville d’où est originaire Wale), a fait ses armes au plan local avant de connaitre le succès avec son street-single W.A.L.E.D.A.N.C.E. Un titre qui lui servira de carte de visite et le fera entrer de façon fracassante dans le milieu. Vanté dans la prestigieuse colonne de The Source: Unsigned Hype, il rencontrera par la suite Mark Ronson qui le prendra sous son aile en le faisant signer sur son label AllIDo distribué par Interscope, en dépit des appels du pied de Roc Nation qui se consolera avec J.Cole. Le reste de son buzz il le fera via des tapes de qualité mais aussi avec un featuring surprenant avec la provocatrice Lady GaGa. Ce titre Chillin, produit par les Cool & Dre sera d’ailleurs son premier single mais ne manquera pas de susciter quelques interrogations quant au contenu du futur album. Entouré d’un des producteurs les plus prisés de la pop (Mark Ronson a produit notamment pour Amy Winehouse, pour ne citer qu’elle) et dans le giron d’Interscope, Wale allait-il vendre son âme au diable? Ce single dont l’efficacité n’est plus à démontrer n’est-il qu’un moment d’égarement  ou alors un résumé du contenu de l’album? Toutes les hypothèses sont alors envisagées, et on craint fort de ne le voir finir comme d’autres talentueux débutants n’ayant jamais pu sortir un LP en major ou ayant réalisé un disque totalement impersonnel et au final décevant. Le deuxième single World Tour est un peu plus rassurant. Si le duo Cool & Dre est toujours aux manettes, Jazmine Sullivan s’invite au refrain avec brio. Si le titre reste bon, il laisse augurer d’un album plus que mainstream. Pas de quoi rendre moins sceptique. Le troisième extrait Pretty Girls séduit par ses influences go-go et s’avère plus que brillant en dépit de la présence quelque peu dispensable de Gucci Mane qui s’en sort plutôt bien malgré tout. Produit par les inconnus Best Kept Secret (c’est ce qui s’appelle bien porter son nom), cette réunion d’originaires de Washington s’avère très convaincante. De quoi rassurer un minimum en attendant la sortie de l’album.
Premier constat lors des premières écoutes, la fraicheur et l’éclectisme apportés par cet album. Le disque est très varié mais contrairement à ce qu’on pourrait hâtivement penser, il n’a rien de racoleur. C’est même ce qui fait sa force. Wale fait montre d’une dextérité microphonique hors du commun. A l’aise sur tous les instrumentaux, il séduit par son phrasé toujours impeccable rappelant vaguement celui de Kanye West avec cependant d’avantage de fluidité et de maitrise. Il y a beaucoup d’invités certes mais cela ne nuit en rien à la cohérence de l’ensemble qui n’est que faussement disparate. En effet en dehors de Chillin et de la production léguée par les Neptunes (le surprenant et enjoué Let It Loose) le reste de l’album est dans la même veine avec instrumentations sonnant parfois un peu live. Autre dénominateur commun les refrains chantés sont légions, ce qui justifie la présence de nombreux chanteurs sur cet album. Toutes choses qui ne seront pas forcement du goût de tous mais qui a son côté séduisant. L’influence go-go se fait ressentir notamment lors des collaborations avec ses voisins producteurs de Best Kept Secret. Outre l’efficace Pretty Girls ils livrent trois autres titres de qualité. Tout d’abord le cuivré Mama Told Me à la couleur musicale séduisante avec son sample  du Summer Madness de Kool & The Gang. Ils signent ensuite la co-production (JuJu leur prêtant main forte pour l’occasion)  du soulful Shades sublimé par la voix de Chrisette Michelle et concluent l’album avec un Prescription sublime suintant la soul. Les amateurs de rap laid-back y trouveront largement leur compte.
Pour le reste l’album est un pur moment d’éclate musicale. On aurait pu croire que son mentor Mark Ronson se taillerait la part du lion au niveau des productions. Il n’en est cependant rien. Il se met en retrait, se contentant de signer un seul titre plus deux autres en co-production. Bun B vient faire monter la température sur l’efficace Mirrors avec une prestation de haute volée.Mark joint ensuite ses forces avec Deijon pour pondre le calme et aérien 90210. Sa dernière intervention le verra s’associer avec le tout aussi célèbre DJ Green Lantern pour un Beautiful Bliss qui réunit deux autres rookies signés eux chez Roc Nation: J.Cole et Melanie Fiona. Une autre collaboration plus que réussie où la voix savoureuse de la canadienne se marie parfaitement avec celles des deux rappeurs. Au vu de tous ces arguments, on se dit qu’il a bien fait d’ouvrir son album en annonçant son Triumph tout aussi go-go mais rappelant un petit peu l’afro-beat (rappelons que Wale est d’origine nigérianne) et réalisé de main de maitre par Dave Sitek. Ce dernier remettra le couvert avec l’excellent TV In The Radio clairement influencé par l’afro-beat. Dur de rester insensible à ces cuivres tout comme à la prestation de K’Naan. Les sons restants sont l’œuvre de Syience qui sample Rihanna pour le refrain de Contemplate. Le rendu est si parfait qu’on a le sentiment d’entendre un featuring. Étrangement ce sample est le bienvenu et s’avère plutôt convaincant mais ne sera pas du goût des réfractaires à la voix de notre échappée de club sado-masochiste. Marsha Ambrosius signe le braquage de l’album avec sa merveilleuse interprétation sur le sublime et émotif Diary, de quoi faire regretter qu’elle ne sorte toujours pas d’album. Cette production signée The Sleepwalkers sample à bon escient La Valse d’Amélie de Yann Tiersen (ceux qui ont vu Amélie Poulain reconnaitront direct) et s’avère être le meilleur titre de ce disque plus que mélodique. C’est justement le seul reproche qu’on pourrait faire à cet album. S’il est un quasi-sans-faute au niveau instrumental, on aurait été en droit d’espérer quelques titres plus péchus, plus agressifs et disons le plus streets. Ceux qui espéraient un disque plus « racaille » seront forcement déçus et le trouveront sans grand intérêt voir un peu fleur bleue sur les bords. Autre bémol l’album a beau être homogène et agréable à écouter, on aurait espérer un peu plus de risques au niveau des invités. Si on ne s’en tient qu’à la seule lecture des crédits, on ne peut pas dire qu’il attire l’écoute. C’est un peu trop consensuel. Mais mises à part ces quelques réserves c’est un disque à découvrir absolument quand on aime la musique en général. Maintenant pour ceux pour qui le rap se résume à brailler énergiquement dans un micro sur un instrumental puant le caniveau, c’est sans intérêt. Bon album sympa. Plutôt que de travestir le rap en allant chercher des sonorités électro-pop et dance les acteurs du mouvement gagneraient à s’inspirer de ce disque qui prouve qu’on peut encore faire du bon mainstream en s’inspirant de la soul et de ses dérivées. Un premier effort plus qu’encourageant.
16/20
Tracklist
# Title Producer(s) Length
1. « Triumph » Dave Sitek 2:25
2. « Mama Told Me » Best Kept Secret 3:37
3. « Mirrors » (feat. Bun B) Mark Ronson 4:17
4. « Pretty Girls » (feat. Gucci Mane & Weensey of Backyard Band) Best Kept Secret 4:11
5. « World Tour » (feat. Jazmine Sullivan) Cool & Dre 3:47
6. « Let It Loose » (feat. Pharrell) The Neptunes 4:49
7. « 90210 » Mark Ronson, Deijon 3:21
8. « Shades » (feat. Chrisette Michele) Best Kept Secret, JuJu 3:56
9. « Chillin » (feat. Lady Gaga) Cool & Dre 3:24
10. « TV in the Radio » (feat. K’naan) Dave Sitek 3:20
11. « Contemplate » Syience 3:33
12. « Diary » (feat. Marsha Ambrosius) The Sleepwalkers 4:31
13. « Beautiful Bliss » (feat. Melanie Fiona & J. Cole) DJ Green Lantern, Mark Ronson 5:04
14. « Prescription » Best Kept Secret 3:27
iTunes bonus tracks
# Title Producer(s) Length
15. « My Sweetie » Apple Juice Kid 3:37
16. « Center of Attention » J.U.S.T.I.C.E. League 3:56

Sortie: 23 Novembre 2009

Label: Cash Money

Producteurs: Timbaland, Drumma Boy,Boi-1 da,  Jim Jonsin, T-Pain, I.N.F.O., Howard « X-Fyle » Metoyer, Drew Correa, Kevin Rudolf, ArrowStar, Infamous, Laurent « Slick » Cohen, Mr Beatz, Lil’ C, T-Minus

Qu’on le reconnaisse où non, le label sudiste Cash Money a indubitablement marqué l’histoire du hip-hop. Je n’évoque pas ici les pochettes vomitives signées Pen & Pixel, ni les lyrics pathétiques que Lil Wayne nous sert depuis quelques années maintenant, mais plutôt de son influence dans le game. Cash Money restera à jamais une des places fortes du rap sudiste au même titre que No Limit et Rap-A-Lot. A ce titre chacune de ses sorties suscite le minimum d’intérêt qu’on fasse partie des fans ou des haters. Hasard du calendrier ou stratégie soigneusement étudiée, l’essentiel des anciennes têtes d’affiche du mythique label investissent les bacs en cette fin d’année 2009. Après les retours de Juvenile et B.G. et l’omniprésence de Weezy dans les charts, le grand patron, Birdman vient boucler la boucle en sortant son quatrième album solo en attendant la sortie hypothétique de The Rebirth de son « fils » Lil Wayne.
Bien sur on ne se fait pas d’illusion sur le contenu de cet album qui comme à l’accoutumée devrait avoir se résumer à un étalage de titres accessibles pas trop mal produits et probablement tous écrits par Lil Wayne (on ne peut décemment juger que c’est une garantie au vu de la médiocrité dans laquelle il s’est vautré depuis le succès de Tha Carter III.). La pochette parle d’ailleurs d’elle-même. L’homme oiseau est avant tout un entertainer alors que peut-il avoir d’intéressant à raconter, de quoi peut-il bien pouvoir nous parler dans son album? D’argent pardi (essayez au moins de feindre la surprise), un peu aussi de clubs, de filles et de blings. Autant vous dire qu’on se retrouve plongés dans un délire consumériste des plus écœurants, où l’interprète nous parle sans arrêt de sa fortune, de son statut de boss, de ses acquis et blablabla. Et oui s’il est l’homme-oiseau c’est aussi parce qu’il a leur cervelle, et il fait tout son possible pour nous le prouver tout au long de ce projet qui vous le devinerez brille par son insipidité. Comme souvent avec lui l’album est plutôt bien produit mais le souci est qu’il n’est rien d’autre qu’une déclinaison low-coast du restant de sa discographie (si tant est qu’on peu l’appeler ainsi). Baby ne parle que de ce qui l’intéresse comme toujours mais le souci est qu’il le fait de moins en moins bien. Et sur ce projet le manque d’originalité a atteint des sommets pour ce qui n’est au final rien d’autre qu’une reformulation des disques précédents (je parle des propos) sur des instrumentaux actualisés. Et qui dit « air du temps » évoque forcement le gadget à la mode du moment, l’autotune. Ça plus la présence envahissante de Lil Wayne (présent sur sept titres sur douze) donne une idée du contenu de ce disque qui est, disons le,  sans aucun intérêt pour les anti-weezy. Pis la prise de risques est minimale et l’album est serti de succédanés éculés des recettes de Mr Carter ainsi que de formules commerciales malvenues et insipides. Pour commencer Weezy joue à merveille son rôle de pseudo-rockeur exaspérant à la perfection sur l’essentiel de ses apparitions. Non content d’hanter les pistes avec sa voix autotunée éraillée évoquant d’avantage une craie sur un tableau qu’autre chose, il entraine son boss dans ses lubies (rappelons que Weezy est à l’exécutif pour cet album) et signe des quasi-remixes de ses propres titres, au point qu’on en fini par se demander s’il ne s’agit pas d’un album de Mr Carter. Son ombre plane d’ailleurs sur tout ce disque. Entre le léger Money Machine qui sample un couplet de Weezy venant tout droit de Stuntin’ Like My Daddy, le peu convaincant titre éponyme (produit par un Timbaland de plus en plus à la ramasse) et le lymphatique et insupportable Bring It Back le ton est donné. Les choses n’iront malheureusement pas en s’améliorant. Nightclub (contenu à l’image de son intitulé) est sympa mais sans plus et l’immonde Shinin (espèce de Got Money raté) ne vaut même pas pour la prestation irritante de T-Pain qui trouve tout de même le moyen de faire mieux que Birdman médiocre au possible (comme sur presque tout l’album d’ailleurs).  Passons également le catastrophique I Want It All juste digne d’un papier-chiottes usagé et qui ravira juste les pouffes écervelées. Même sentence pour ce remix inintéressant d’Always Strapped en fin d’album.

Quelques titres relèvent cependant le niveau sans pour autant être transcendants. Hustle est l’une des rares onces de métal précieux de cette bouse de yak diarrhéique. Un refrain autotuné de Weezy (c’est limite un pléonasme de le dire à présent), une apparition de Gudda Gudda suffisent à donner un peu de relief à ce titre heureusement desservi par une production emballante signée Drew Correa. Pour le reste il faut s’en remettre à Drake qui cède son titre Money To Blow (oui il s’agissait originellement de son morceau) pour l’occasion et signe le braquos avec ce banger usiné par Drumma Boy et sur lequel Wayne sévit une fois de plus. On prend les mêmes et on recommence avec un 4 My Town (Play Ball) produit par Boi-1 da tout de même un peu moins réussi. On  a également droit à un ersatz de A Milli avec Mo Milly sur lequel Bun B se substitue à Lil Wayne et accompagne de fort belle manière Drake et Brian-sale-gueule-Williams toujours produit par Boi-1 da. Si la qualité première de ce titre n’est pas son originalité, il s’avère tout de même plus séduisant que A Milli. Birdman peut remercier le newcomer canadien pour avoir sauvé son album du naufrage complet. Ces quelques éclairs ne peuvent cependant pas nous faire oublier le manque de consistance de l’ensemble qui s’avère être le plus mauvais album de Birdman à ce jour. Ce disque racoleur au manque d’inspiration abyssale et à la durée de vie aussi éphémère que les promesses électorales de l’UMP ne marquera pas plus que ça. Mais qu’importe à Mr Williams. Du moment que l’argent continue à entrer et qu’il peut continuer à faire joujou avec ses bolides et ses blings il est content. Et ses fans aussi en dépit de ce qu’on pourrait penser, bien qu’on soit passés du médiocre à l’insipide. Pour les autres il est vivement recommandé de vous procurer la version instrumentale si vous ne supportez pas la pollution vocale made in NO.
8/20
Tracklist:
# Title Producer(s) Length
1. « Intro » T-Minus 1:48
2. « Been About Money » I.N.F.O. 4:12
3. « Money to Blow » (feat. Drake & Lil Wayne) Drumma Boy 4:19
4. « Money Machine » Howard « X-Fyle » Metoyer 3:21
5. « Pricele$$ » (feat. Lil Wayne) Jim Jonsin 5:33
6. « Bring It Back » (feat. Lil Wayne) Infamous & Laurent « Slick » Cohen 4:22
7. « Nightclub » Howard « X-Fyle » Metoyer 4:36
8. « 4 My Town (Play Ball) » (feat. Drake & Lil Wayne) Boi-1da 4:21
9. « Hustle » (feat. Lil Wayne & Gudda Gudda) Drew Correa 4:23
10. « Shinin' » (feat. T-Pain) T-Pain 3:31
11. « Mo Milly » (feat. Drake & Bun B) Boi-1da 4:12
12. « I Want It All » (feat. Kevin Rudolf & Lil Wayne) Kevin Rudolf & ArrowStar 3:16
13. « Always Strapped » (Remix) (feat. Lil Wayne & Mack Maine) Mr. Beatz & Lil’ C 4:30

Sortie: 22 Mai 2000

Label: Aftermath/Interscope

Producteurs: Dr. Dre, Mel-Man, F.B.T., The 45 King, Eminem

Qu’il est déjà loin le temps où Eminem n’était qu’un inconnu sorti d’on ne sait où par Dr. Dre. Un album à succès et de multiples controverses plus tard et Em s’est vu devenir une sulfureuse icône médiatique, cristallisant à lui tout seul les fantasmes d’une frange de fanas, l’acharnement d’une presse faussement bien-pensante ainsi que d’une nuée d’intégristes coincés desquels il se fait un plaisir de se jouer. Et ce en seulement un peu plus d’une année. Avantage son buzz est à son paroxysme. La seule évocation de son nom suffit à susciter l’hystérie. Adulé ou détesté, il faut bien avouer que le blondinet de Detroit a pris du galon depuis. Outre son statut public très rock star, il a réussi à conquérir le respect de ses pairs mais demeure cependant attendu au tournant, et il le sait. Afin de réussir au mieux son retour et démontrer qu’il n’est pas qu’un épiphénomène de plus du music business, il s’attèle à peaufiner son nouvel album qu’il veut encore plus percutant que le précédent. Il sait pertinemment qu’il doit revenir encore plus fort, encore plus percutant, encore plus décisif sans pour autant se dénaturer. Il peut heureusement compter sur le renfort de son mentor Dre ainsi que de ses frères d’armes de production: Jeff et Mark Bass.
Le come-back s’avère plus que réussi. Non content d’avoir mis tout le monde dans sa poche avec le rigolard et déjanté The Real Slim Shady, The Marshall Mathers LP s’évapore littéralement dans les bacs en s’écoulant à plus d’un million d’exemplaires dès sa première semaine d’exploitation. Il bénéficiera même d’un succès public sans précédent dans l’histoire du hip-hop. Voilà pour les financiers. Ce qui nous intéresse nous c’est sa musique et le moins que l’on puisse dire est que le blondin n’a pas chômé. Flow encore plus percutant, punchlines de malade, textes plus caustiques, multiples variations de voix, une impertinence encore plus affirmée et un sens de la provoc porté aux nues. Em est en pleine forme et nous en fait profiter tout au long d’un peu plus de 70 minutes. Il passe même derrière les machines pour l’occasion et fait ses débuts en tant que producteur sous le parrainage bienveillant de Dre et de l’équipe F.B.T. (composé des frères Bass pour ceux qui l’ignorent). Autre trait marquant de cet opus, il se livre d’avantage et nous offre le livre de son vécu tout au long du disque. Si les délires sont toujours présents et que son sens de la formule choquante est toujours aussi aiguisé, il n’en demeure pas moins un humain et revient sur ses rapports avec sa famille une fois de plus, mais évoque la façon dont il appréhende sa soudaine notoriété et les difficultés qu’entrainent ce nouveau statut. Un apport thématique supplémentaire qui va s’avérer de bon augure et qui couplé avec les arguments déjà évoqués plus haut feront de cet opus le meilleur de sa carrière.
Pour faire le lien avec son disque précédent, il le démarre par un nouveau Public Service Announcement qui a pour principal mérite de donner le ton. A peine avons-nous le temps de le digérer que débarque déjà une paire de tueries. Kill You impressionne par son tempo saccadé mais surtout par la violence des propos d’Em qui crache son fiel sur sa génitrice. Du jamais vu dans le rap mainstream. Suit ensuite la perle de storytelling Stan où il revient sur l’agitation qu’il suscite en s’incarnant en son plus grand fan, comme pour rappeler à tous que le fanatisme à ses limites et peut s’avérer destructeur. Cette reprise du Thank You de Dido (je ne vais pas vous refaire l’historique de ce titre) bénéficie bien sur du renfort de la belle et d’une production magistrale signée The 45 King. Ses deux titres s’avèrent être représentatifs du contenu de l’album qui compte plus d’un titre dans cette lignée intimiste. Em expose ses rapports avec la célébrité et  ses convictions sur le rageur The Way I Am ainsi que sur I’m Back. Il parle aussi des tracas de sa surexposition médiatique sur l’éponyme et autobiographique Marshall Mathers. Il évoque également la façon dont il est perçu par la jeunesse et le public dans Who Knew.  Il adresse également un titre malsain à sa femme en mettant en scène son assassinat consécutif à une dispute. Kim est en quelque sorte le prequel de 97 Bonnie & Clyde et ne manquera pas de choquer certains auditeurs, surtout qu’à la fin il finit par l’étrangler avant de mettre son cadavre dans le coffre de sa voiture. Un titre tout simplement poignant et tellement bien narré qu’on se sent absorbé par cette folie meurtrière.
Em ne fait heureusement pas que parler de lui sur cet opus. Si la touche autobiographique de ce disque est indéniable, il reste tout de même plus qu’efficace dans ce qui a fait, fait et fera son attrait: ses nombreux délires. Il ne se refuse rien et adresse un tir groupé au monde entier et surtout à l’Amérique bien-pensante. Le titre final Criminal est, au-delà d’une démonstration rapologique des plus abouties, un véritable concentré de provocations en tout genre. Rien n’échappe au blond qui raille les femmes, les gays, la police, les pouvoirs publics, et même ses pairs. Ken Kaniff repointe le bout de son nez pour un interlude ridiculisant Insane Clown Posse. Un nouveau protagoniste fait également son apparition sur ce disque: Steve Berman. Paul est bien sur toujours de la partie. Quand il évoque son retour c’est pour signer deux collaborations meurtrières. Il s’adjoint de Dre ainsi que de Snoop et Xzibit pour une nouvelle version de Bitch Please sur laquelle il brille comme toujours. Mais c’est la boucherie Remember Me qui marque indubitablement. Si RBX est en dessous de ses camarades de mic, le duel au sommet entre Sticky Fingaz d’Onyx et Em est de ceux qui laissent pantois. Ils signent chacun un couplet plus rageur qu’un pittbull affamé dont on ne se lasse pas sur un instrumental tranchant littéralement avec les autres par sa touche simpliste. Mais c’est finalement quand il est un tantinet irrévérencieux qu’on le préfère. Il s’en donne d’ailleurs à cœur choix sur un Drug Ballad à l’intitulé évocateur sur lequel il convie une fois de plus Dina Rae. Ce disque est également l’occasion pour lui d’offrir un peu d’exposition à son groupe, les joyeux délireurs de D12. Bizarre vient étaler ses lyrics biscornus sur le sombre et énervé Amityville aux influences rock avant que le groupe au grand complet ne rejoigne Em pour le barré Under The Influence et son refrain explicite.
Assurément le meilleur disque de la discographie d’Eminem. Jamais il n’avait été autant en verve et jamais il n’avait été aussi vrai. Plus qu’une confirmation, c’est une consécration. Marshall Mathers devient définitivement une icône du hip-hop avec cet opus. Il est au sommet de son art et met définitivement le monde de la musique à ses pieds. Si certains regretterons que sont explosion consécutive à celle du deuxième solo de son boss aie ramené dans le milieu une myriade de fans ne connaissant rien au hip-hop, on ne peut décemment affirmer que ce succès soit malvenu. Du moment qu’il a permis de sensibiliser plus de gens à cette musique, il est un peu prétentieux de bouder son plaisir. Un album indispensable.
18,5/20
Tracklist:
# Title Producer(s) Length
1. « Public Service Announcement 2000  » (feat. Jeff Bass (replaced with silence in clean version))) 0:25
2. « Kill You (listed as « **** You » in clean version) » Dr. Dre, Mel-Man 4:24
3. « Stan » (feat. Dido) The 45 King, Eminem (co) 6:44
4. « Paul » (skit) 0:10
5. « Who Knew » Dr. Dre, Mel-Man 3:47
6. « Steve Berman » (skit) 0:53
7. « The Way I Am«  Eminem 4:50
8. « The Real Slim Shady«  Dr. Dre, Mel-Man 4:44
9. « Remember Me? » (feat. RBX, Sticky Fingaz) Dr. Dre, Mel-Man 3:38
10. « I’m Back » Dr. Dre, Mel-Man 5:09
11. « Marshall Mathers«  F.B.T., Eminem 5:20
12. « Ken Kaniff » (skit) 1:02
13. « Drug Ballad » (feat. Dina Rae) F.B.T., Eminem 5:00
14. « Amityville » (feat. Bizarre) F.B.T. 4:14
15. « Bitch Please II » (feat. Dr. Dre, Nate Dogg, Snoop Dogg, Xzibit (« B**** Please II » in clean version)) Dr. Dre, Mel-Man 4:47
16. « Kim (replaced with « The Kids » in clean version) » F.B.T. 6:18
17. « Under the Influence » (feat. D12) F.B.T., Eminem 5:20
18. « Criminal » F.B.T., Eminem 5:20

Sortie: 23 Février 1999

Label: Aftermath/Interscope

Producteurs: Dr. Dre, Mel-Man, Mark & Jeff Bass (Bass Brothers)

1998, Aftermath Records. Deux ans déjà que le bon docteur s’est libéré des sangles du label rouge pour poursuivre son aventure musicale au sein d’un tout nouveau label. Malheureusement la mayonnaise peine à prendre. La compilation inaugurale n’a pas convaincu grand-monde et les autres projets réalisés par la team du doc (le projet The Firm et la B.O. du film Bulworth) n’ont pas non plus été plébiscités. De plus son second album n’étant toujours pas d’actualité, les fans se posaient de sérieuses questions sur l’avenir de cette structure aussi prometteuse que fragile. C’est alors que Dr. Dre surprend tout le monde en signant un MC blanc alors totalement inconnu: Eminem. Première réaction, tout le monde se demande si notre cher Andre Young ne travaille pas un peu du chapeau. Pourquoi miser sur un inconnu qui n’a rien sorti d’autre qu’un premier album impersonnel et un EP fielleux aux accents revanchards? De plus il vient de Détroit, ville peu représentative du hip-hop à l’époque et pour ne rien arranger il est blanc (A l’époque il était acquis pour beaucoup que les blancs ne savaient pas rapper, merci Vanilla Ice). Dre sait pourtant ce qu’il fait. Lui seul a su voir le potentiel de Marshall Mathers. C’était tout de même un sacré pari de le signer en ne se basant que sur le contenu d’un EP anecdotique sorti au plan local. Mais qu’importe, séduit par ce disque il prend Em sous son aile et il entame derechef  la réalisation de son album. Pour faire monter le buzz il ressort en single le Just Don’t Give A Fuck du Slim Shady EP. Mais c’est avec le détonant My Name Is que le grand public sera conquis. Un titre brillant tout en second degré et en rimes acides qui lui servira de carte de visite et le fera entrer par la grande porte dans le cercle des artistes attendus.

Dans la foulée de ce single de choix et du EP, The Slim Shady LP se révèle être un album à appréhender avec une bonne dose de recul, tant la provoc, l’insolence et le cynisme sont portés à leur paroxysme. Les petits esprits hallucinèrent direct à l’écoute de ses textes aussi venimeux qu’un crotale. Eminem et son alter-égo maléfique Slim Shady nous plonge dans un monde en pleine déliquescence où  toute vérité est bonne à dire et dans lequel tout le monde en prend pour son grade. Un véritable délire schizophrénique sur disque. On se rappelle des piques envoyées à ses proches dans My Name Is, et bien ce titre à de multiples petits frères dans cet album. Slim ne rate pas une occasion d’égratigner tout et tout le monde comme sur le rageur Just Don’t Give A Fuck et sa suite Still Don’t Give A Fuck. Il en remet une couche sur Guilty Conscience et d’autres titres à prendre au trente-sixième degré. Le paroxysme est atteint avec le glauque 97 Bonnie & Clyde où il parle de se débarrasser du corps de son épouse. Gonflé pour un titre censé s’adresser à sa fille non? Ce disque est aussi l’occasion pour Eminem de nous faire découvrir l’univers des white-trash. Ces blancs pauvres oubliés de l’American Dream qui vivotent dans des roulottes en consommant drogues, alcools et naviguant d’un petit boulot à un autre sans aucune perspective d’avenir. Le sublime Rock Bottom résume à lui tout seul le quotidien de ces désaxés. Pour le reste cet album pose les bases de son univers en introduisant des personnages et délires récurrents via titres et interludes. Paul (qui n’est autre que Paul Rosenberg son manager) intervient ainsi pour la première fois. Pareil pour l’irrévérencieux Ken Kaniff qui signe également sa première apparition. Si Steve Berman, ultime pygmalion shadyesque n’est pas encore présent,  Eminem continue de nous faire découvrir son monde via des thématiques qui hanteront toute sa discographie. Outre les coups de provoc et rimes acerbes savamment distillées sur pas mal de titres, les constantes références à sa famille et son passé, il évoque également son addiction aux drogues sur My Fault, se livre à sa façon sur Role Model et If I Had et se définit sur I’m Shady pétrissant ses lyrics d’une bonne dose d’humour noir.Même lorsqu’il se veut plus léger, il ne peut s’empêcher de vouloir choquer. Il nous gratifie ainsi de Cum On Everybody (pas la peine de traduire ce jeu de mots), titre festif à l’intitulé évocateur sur lequel Dina Rae signe elle aussi sa première apparition. Même les rares invités se mettent au diapason. Dr. Dre se prête au délire de Guilty Conscience tandis que le régional de l’étape Royce Da 5’9″ livre une performance d’excellente facture sur Bad Meets Evil.
Au final ce pétage de plomb phonographique est une réussite en tous points. Eminem transforme l’essai du EP du même nom en livrant un disque d’excellente facture marquant d’un sceau de fer son entrée dans le cercle des gros vendeurs et des artistes attendus. Une œuvre à la fois complexe et décomplexée, sachant ne pas se prendre au sérieux naviguant entre ironie des plus caustiques et délire maniaco-dépressif. Le principal mérite de Dr. Dre aura été de se mettre en retrait (il ne produit que trois titres) et de laisser le champ libre aux alors inconnus Bass Brothers (les producteurs attitrés d’Eminem jusque là, artisans du EP) qui livrent un travail sans fioritures. Peut-être pas un classique mais un disque en tous points irréprochables quand on parvient à saisir les nuances des lyrics d’Em et qu’on se laisse conquérir par ce flow fluide devenu depuis sa marque de fabrique.
18/20
Tracklist:
# Title Writer(s) Producer(s) Length
1. « Public Service Announcement » (skit performed by Jeff Bass and Eminem) 0:33
2. « My Name Is«  Marshall Mathers, Andre Young Dr. Dre 4:28
3. « Guilty Conscience » (feat. Dr. Dre. in clean version edited or backmasked.) Mathers, Young Dr. Dre, Eminem 3:19
4. « Brain Damage » Mathers, Jeff Bass, Mark Bass Bass Brothers, Eminem 3:46
5. « Paul » (skit performed by Paul Rosenberg) 0:15
6. « If I Had » (feat. Kristie Abete) Mathers, J. Bass, M. Bass Bass Brothers, Eminem 4:05
7. « ’97 Bonnie & Clyde«  Mathers, J. Bass, M. Bass Bass Brothers, Eminem 5:09
8. « Bitch » (skit performed by Zoe Winkler clean version Zoe.) 0:19
9. « Role Model » Mathers, Young, Melvin Breeden Dr. Dre, Mel-Man 3:25
10. « Lounge » (skit feat. Bass Brothers) 0:46
11. « My Fault » Mathers, J. Bass, M. Bass Bass Brothers, Eminem 4:01
12. « Ken Kaniff » (skit feat. Aristotle & Bass Brothers) 1:16
13. « Cum on Everybody » (feat. Dina Rae clean version Come On Everybody.) Mathers, J. Bass, M. Bass Bass Brothers, Eminem 3:39
14. « Rock Bottom » Mathers, J. Bass, M. Bass Bass Brothers 3:34
15. « Just Don’t Give a Fuck clean version Just Dont Give. » Mathers, J. Bass, M. Bass Bass Brothers, Eminem 4:02
16. « Soap » (skit performed by Jeff Bass & Royce da 5’9″) 0:34
17. « As the World Turns » Mathers, J. Bass, M. Bass Bass Brothers, Eminem 4:25
18. « I’m Shady » Mathers, J. Bass, M. Bass Bass Brothers, Eminem 3:31
19. « Bad Meets Evil » (feat. Royce da 5’9″ & Jeff Bass) Mathers, J. Bass, M. Bass, Ryan Montgomery Bass Brothers, Eminem 4:13
20. « Still Don’t Give a Fuck clean version Still Dont Give. » Mathers, J. Bass, M. Bass Bass Brothers, Eminem 4:12

Sortie: 8 décembre 2009

Label: Re-Up/Star Track

Producteurs: The Neptunes, DJ Khalil, Chin, Sean C & LV

Les années 2008 et 2009 auront été marquées par la crise. Que ce soit au plan économique ou artistique nous traversons une période de vaches maigres accentuée par une certaine déliquescence chaque jour plus manifeste. Le hip-hop n’a quant à lui pas attendu ces deux années terribles pour entamer sa crise. Depuis 2007, il pâtit de productions sans grande saveur, d’un discours plus redondant que jamais et s’avère de moins en moins innovant, plombé qu’il est par une uniformisation grandissante, infectant même ses souterrains. Dans ce contexte morose, les attentes concernant les albums des valeurs sures sont d’autant plus grandissantes. Le duo de dealers de coke de Virginia Beach n’y échappe pas. Après deux albums tutoyant les classiques, les deux frères Thornton sont attendus au tournant et ils le savent. Avec des milliers de fans et une critique en manque depuis leur dernière inhalation, ils se doivent de livrer une drogue encore plus puissante tout en nous gardant de l’overdose. C’est sans doute ce dernier souci qui a présidé lors de l’élaboration de ce nouveau produit de synthèse. Nos frères décident en effet de changer leur formule gagnante en s’associant à des chimistes autres que les fidèles Neptunes. Une nouvelle qui n’a pas forcement rassuré la clientèle dan,s la mesure ou depuis leur apparition  officielle avec Lord Willin, Malice et Pusha T ne se sont passés de leur service qu’une seule fois, le temps de livrer une barrette de shit portant le nom de I’m Serious dissimulée dans le package d’une bande originale répondant au nom de Cradle To The Grave. De plus des rumeurs faisant état d’associations avec des revendeurs de peu d’envergure, au nombre desquels Joss Stone (le titre sera effectivement enregistré), suscitait des craintes légitimes. Comme la plupart des gros bonnets du milieu, Clipse cèderait-il aux pressions de la mafia discographique en livrant une dose édulcorée, à l’image de celles auxquelles les pauvres camés que nous sommes doivent se contenter depuis quelques temps. Premiers éléments de réponse, l’annonce de l’identité des nouveaux laborantins. On aurait pu craindre l’irruption de pathétiques amateurs ne devant leur éphémère renommé qu’au manque de goût de la clientèle. Il n’en est cependant rien. Les deux nouvelles équipes constituées des Hitmen Sean C & LV et de DJ Khalil (secondé pour l’occasion de Chin) a heureusement déjà fait ses preuves dans le milieu. Avec ces renforts de choix et la confiance renouvelée en Chad Hugo et Pharrell Williams, on table raisonnablement sur une livraison de qualité. Malheureusement la fine équipe mettra énormément de temps à infiltrer de nouveau l’industrie. En dépit d’une nuée de consommateurs fidèles, il leur faut recréer leur réseau une fois de plus avant de lancer la vente à grande échelle. La mise en vente sera ainsi maintes fois ajournées au plus grand dam des consommateurs. L’impatience aidant ils se jetteront sur le moindre pétard introduit par la fine équipe. Le disque de Re-Up Gang fera ainsi patienter les plus atteints. Pour les autres il faudra attendre que la toute première dose du package, Kinda Like A Big Deal investisse les rues pour mettre fin à cette trop longue période de manque. Cet excellent cru usiné par DJ Khalil retourne le cerveau dès les premières ingurgitations. De plus le petit zeste apporté par Kanye West n’altère en rien la qualité du produit, tout au contraire. Les sentiments sont cependant plus partagés avec les livraisons suivantes I’m Good et All Eyes On Me qui en dépit de leur qualité et de la touche neptunienne sont diversement appréciées par les Clipse-addicts. Dernière dose à se rependre dans les rues via le concours de l’ambassadeur du bitume Cam’ron, Popular Demand (Popeyes) s’avère plus que satisfaisant. Le hors-d’œuvre digéré place à présent au package de luxe tant attendu que tout Clipse-Fiend se hate de se procurer chez son revendeur habituel.
Première impression, le disque s’avère comme on l’espérait très bien produit. Si les Neptunes continuent à se tailler la part du lion en ne laissant que cinq productions aux autres artificiers, ces derniers se mettent au niveau du duo de producteurs virginiens, rivalisant même d’imagination avec eux. Sean C & LV mettent la pression d’entrée avec un excellent Freedom (quoique peu évident à appréhender lors des premières écoutes). Un sample de voix de David Potter, un riff de guitare, quelques instrumentations additionnelles et le tour est  joué.  Ajoutons à cela une très bonne performance de Pusha T (très en verve sur l’ensemble du disque d’ailleurs) et on se laisse emporter par ce titre. L’hypnotique Popular Demand avec son couplet tout en ad libs de Killa Cam et le terrible Kinda Like A Big Deal envoient l’auditeur en orbite et le transporte sans décalage horaire dans le monde de nos deux lascars, exactement comme sur les premiers opus.
Avec une entrée en matière aussi époustouflante on se prend à rêver à une nouvelle tuerie. Les titres suivants viendront corroborer ce sentiment. Yo Gotti se met en valeur sur la bastos Showing Out nouvelle collaboration réussie avec les Neptunes. Malheureusement cette association jusqu’alors si efficace va s’avérer à la longue moins percutante sur cet album. Si elle s’avère convaincante sur Door Man et plutôt correcte sur I’m Good, il n’en est pas le cas sur la plupart des autres titres livrés par le combo virginien. Sans pour autant sombrer dans l’insipide les productions trop « lights » des Neptunes dénotant d’une volonté d’ouverture commerciale font perdre de l’épaisseur à la mayonnaise. Cette orientation n’est bien entendu pas du goût de ceux qui ne rêvaient que d’instrus gras comme un vieux burger. Si dans leur ensemble elles ne sont pas foncièrement mauvaises, on ne peut affirmer qu’elles ne  tirent pas l’album vers le bas. All Eyes On Me rempli parfaitement son rôle de titre club notamment grâce au renfort de Keri Hilson mais ne convainc que moyennement et finira même par irriter certains. Counseling et surtout Champion sont par contre peu emballants. On en baille presque. On en est encore à se demander comment Pharrell et son acolyte en sont venus à livrer des prods si peu originales (ce qui était pourtant la grande force de celles des deux premiers albums) à leurs collaborateurs de longue date. On a beau être fan la compromission est difficilement concevable. Pour ne rien arranger DJ Khalil ne gâte pas non plus son Footsteps. Si nos MC’s s’y adaptent plutôt bien, il n’en est pas de même pour Kobe qui livre un refrain irritant à la longue. Il s’en sort heureusement mieux sur un There Was A Murder de bien meilleure facture. C’est finalement Sean C & LV qui pourront se targuer d’avoir réussi un sans-faute en assurant le missile barbelé Never Will It Stop sur lequel Ab-Liva sort le gun secondant avec brio les deux frères dans ce massacre auditif. Ces derniers sont heureusement restés égaux à eux-mêmes tout au long de ce projet. Leur complémentarité microphonique continue de faire des étincelles et reste toujours aussi savoureuse. Si Malice est devenu un tantinet plus nonchalant, Pusha T a cependant gagné en efficacité avec des prestations plus énergiques.  Que les sceptiques soient rassurés, le duo est toujours aussi incisif. L’album se conclue sur une ultime production signé par les Neptunes. Life Change voit intervenir leur petit protégé Kenna sur le refrain et achève plutôt bien l’album

Un disque qui au regard de ce à quoi nous avaient habitués nos deux zigs s’avèrent finalement décevant. La faute à une inégalité trop flagrante. Si la première partie est de très haut niveau, l’album pêche sur la longueur à cause du manque de consistance de sa deuxième partie. Dommage pour nos frères qui s’ils continuent de briller au mic font les frais de la direction artistique de leurs amis producteurs. On en vient finalement à se demander s’il n’aurait pas été loisible de leur donner moins d’influence et faire plus de place aux autres architectes sonores de l’opus. En dépit des nombreuses réserves, Til The Casket Drops n’en demeure pas moins un très bon album et peut-être même un des meilleurs de l’année. On était bien entendu en droit d’en espérer plus et on est un peu déçu, mais ce ressentiment ne doit pas venir fausser notre jugement. Un bon disque de 2009.

16/20

Tracklist

# Title Producer(s) Length
1. « Freedom » Sean C & LV 3:46
2. « Popular Demand (Popeyes) » (feat. Cam’ron & Pharrell) The Neptunes 4:20
3. « Kinda Like a Big Deal » (feat. Kanye West) DJ Khalil & Chin 3:26
4. « Showing Out » (feat. Yo Gotti & Pharrell) The Neptunes 3:38
5. « I’m Good » (feat. Pharrell) The Neptunes 4:21
6. « There Was a Murder » (feat. Kobe) DJ Khalil & Chin 3:36
7. « Door Man » The Neptunes 5:08
8. « Never Will It Stop » (feat. Ab-Liva) Sean C & LV 3:21
9. « All Eyes on Me » (feat. Keri Hilson) The Neptunes 3:50
10. « Counseling » (feat. Nicole Hurst & Pharrell) The Neptunes 3:17
11. « Champion » The Neptunes 4:14
12. « Footsteps » (feat. Kobe) DJ Khalil 4:21
13. « Life Change » (feat. Pharrell & Kenna) The Neptunes 4:27

Sortie: 8 décembre 2009

Label: Doggystyle/Priority

Producteurs: Scoop DeVille, The-Dream, Tricky Stewart, Dr. Dre, Terrace Martin, Lil Jon, Teddy Riley, Nottz, Timbaland, The Neptunes, B-Don, Danja, Battlecat, Snoop Dogg

A peine parti que déjà il signe son retour.Une année seulement après le contesté Ego Trippin, le chien de Long Beach revient dans les bacs avec son dixième album. Ce disque s’annonce d’ores et déjà dans la lignée de ce à quoi Snoop nous a habitué depuis R&G, à savoir faire danser les foules tout en se faisant plaisir quitte à livrer un projet fourre-tout dans lequel tout un chacun pourra avoir son compte. Si jusqu’alors le contrat avait été plus ou moins respecté avec quelques titres plus consensuels au milieu des confiseries dont notre chien est désormais si friand, ce n’est pas vraiment le cas avec cet opus.
Commençons tout de même par le commencement. Les plus perspicaces se rappellent que Snoop Dogg a toujours couru après son indépendance artistique. C’est fort de cette idée que son propre label Doggystyle Records avait vu le jour en 1999, un peu avant la fin de son contrat avec No Limit. Les impératifs économiques étant ce qu’ils sont, notre chien devra mettre ses velléités en suspens le temps de mieux se retrouver. Finalement libéré de ses obligations avec Geffen, il prend donc le chemin de l’indépendance (quoique relative vu que la distribution est tout de même assurée par Priority) à l’instar de beaucoup de ses illustres collègues (Ice Cube, Rakim…) et entame dans la foulée la réalisation de ce dixième album. Première conséquence, il se retrouve avec la casquette de producteur exécutif. Deuxième effet pervers, le nombre de tracks est revu à la baisse, une première dans sa discographie solo.Il faudra se contenter de douze titres en plus d’une intro et d’une outro des plus dispensables. Heureusement sa longévité dans l’industrie lui a tout de même permis de se constituer un solide carnet d’adresses. Il s’entoure donc d’une brochette de producteurs des plus variées. Entre vieux compagnons de route (Battlecat, Dr. Dre…), habitués (Teddy Riley, The Neptunes, Scoop DeVille), et collaborateurs côtés du moment ( Danja, The-Dream) la diversité est assurée. De quoi prêter à un minimum d’optimisme pour la qualité de cet opus. Les fuites s’avèreront cependant peu rassurante, tout comme la tracklist dont la publication fera naitre de sérieux doutes sur le contenu. Heureusement encore que la pochette est belle.
Premier constat à l’écoute, le disque est conforme aux prévisions que laissait entrevoir la tracklist et l’orientation de l’auteur ces dernières années. Comme trop souvent, il suit parfaitement la tendance se contentant d’assurer le minimum syndical au micro. On en attendait pas mieux vu que depuis Tha Last Meal sa street crédibilité est sur la pente descendante, mais là on a droit à du Snoop fatigué. Le chien a définitivement perdu ses crocs et n’est plus bon qu’à se rependre en jappements attendrissants et en aboiements légers dignes d’un chihuahua asthmatique. Pour le reste le contenu du disque ravira à n’en point douter l’association des odonto-stomatologistes. C’est mielleux au possible, limite mièvre et surtout peu inspiré. La niche du pittbull s’est muée litière de chat persan. Il faut se rendre à l’évidence le jeune Crip qui avait pris le hip-hop en levrette il y a plus de quinze ans n’est plus. Les rues sales polluées par les gangs n’étant plus son territoire de prédilection, il se vautre désormais dans une literie cotonneuse à souhait. Et ce au mépris des fans de la première heure qui avait espérer un éventuel retour aux sources (en même temps il ne fallait pas rêver).
Tout démarre pourtant bien avec un I Wanna Rock plutôt efficace sans pour autant être exceptionnel.Un titre qu’on qualifierait de moyen à l’échelle des possibilités microphoniques de Snoop mais qui s’avère de très bonne facture au vu de l’ensemble. Même impression avec le trop bref 2 Minute Warning qui lui succède. A partir de la quatrième piste on oscille entre le bon et le moins bon. Snoop ressuscite Lil Jon le temps d’un 1800 sans éclat mais marque surtout la tendance sudiste de cet opus. Un choix pas des plus fructueux d’autant qu’il accouche de titres peu convaincants à l’image d’un That’s That Homie sans intérêt sur lequel on aurait très bien pu remplacer ses couplets par ceux de Gucci Mane sans que personne ne crie au scandale. Les tréfonds de la médiocrité sont atteints avec le pathétique Pronto qui invite le chouchou des kikoolols, j’ai nommé Soulja Boy. Pas de « Yoooou » au menu cette fois-ci. Notre petit père se permet même de livrer une performance de très bonne facture comparée à ses propres compositions. Ça reste cependant aussi mou qu’un pénis de môme et pour ne rien arranger le long chien se met au niveau de son invité avec une performance de liliputien haltérophile .Un titre tout simplement abominable desservi par un refrain des plus risibles où ce qui reste de la voix de notre jeunot après un passage sous auto-tune se charge de remplir de joie les ORLs. Boules Quiès vivement recommandées pour ce titre sous peine d’être pris de pulsions meurtrières. Le massacre se poursuit avec les deux combinaisons avec The-Dream (Gangsta Luv et Luv Drunk) qui sans être mauvaises ne convaincrons que les amateurs de sons légers. Il a beau retrouver ensuite R. Kelly pour un ersatz de That’s That Shit sur Pimpin’ Ain’t EZ on n’en demeure pas moins dubitatifs.
Une poignée de titres vient cependant sauvé l’album du naufrage. Jazmine Sullivan donne une dimension supplémentaire à Different Languages orchestré par Teddy Riley et Scoop DeVille, sans pour autant que Snoop brille. La mayonnaise s’épaissit cependant grâce au plus street Upside Down qui vaut tout autant pour les bonnes prestations des rookies Nipsey Hussle et Problem. C’est finalement les vieux fidèles qui livreront les meilleurs titres. Snoop retrouve Battlecat et Kokane sur Secrets pour un titre plus que convaincant nous rappelant qu’il y a bientôt dix ans ils faisaient des étincelles tous trois. Un morceau qui fera la joie des nostalgiques. Dans un autre registre le très bon Special sur lequel il bénéficie du renfort de Pharrell Williams et de Brandy satisfera également les acheteurs de R&G.
Cependant sans être mauvaise langue ou ironique l’album se révèle plutôt agréable à écouter. Léger mais tout de même plaisant, il s’avère accrocheur et séduira sans peine les amateurs de sons sans prises de tête. Au vu de ce virage assumé, il serait inapproprié de dire que la descente aux enfers de Snoop continue et que ce disque de plus l’enfonce un peu plus dans l’océan de la wackitude. L’album aurait cependant pu être de bien meilleure facture s’il avait été d’avantage peaufiné. Assurément un de ses plus mauvais disques et sachant qu’il persistera dans cette voie, il y a fort à parier que le suivant risque d’être tout simplement indigeste.

10/20

Tracklist

  1. « Intro »
  2. « I Wanna Rock » (prod. Scoop DeVille, co-prod. Dr. Dre)
  3. « 2 Minute Warning » (prod. Terrace Martin)
  4. « 1800 » (feat. Lil’ Jon) (prod. Lil’ Jon)
  5. « Different Languages » (feat. Jazmine Sullivan) (prod. Teddy Riley & Scoop DeVille, co-prod. PMG)
  6. « Gangsta Luv » (feat. The-Dream) (prod. The-Dream & Tricky Stewart
  7. « Pronto » (feat. Soulja Boy) (prod. B-Don, co-prod. Super Ced)
  8. « That’s Tha Homie » (prod. Danja, co-prod. Timbaland)
  9. « Upside Down » (feat. Problem & Nipsey Hussle) (prod. Terrace Martin, co-prod. Jason Martin)
  10. « Secrets » (feat. Kokane) (prod. Battlecat)
  11. « Pimpin Ain’t EZ » (feat. R. Kelly) (prod. Nottz)
  12. « Luv Drunk » (feat. The-Dream) (prod. The-Dream & Tricky Stewart)
  13. « Special » (feat. Brandy & Pharrell Williams) (prod. The Neptunes)
  14. « Outro »

Sortie: 9 Novembre 2009

Label: Shady/Aftermath/Interscope

Producteurs: Dr. Dre, Mark Batson, Rockwilder, DJ Khalil, Polow Da Don, Rick Rock, Havoc, Tha Bizness, Ty Fyffe, Manny Perez, Lab Ox, Vikaden, Team Ready, J Keys, Team Demo,   Nascent, QB Da Problem, Black Key, Dual Output, Chin Injeti

Il est lieu commun d’affirmer que 50 Cent est musicalement au creux de la vague (à la grande joie de ses haters de tout poil, trop heureux de le voir s’étaler en beauté). Elle est loin l’époque ou il faisait la pluie et le beau temps sur le rap mainstream avec son Gorilla Unit. Loin aussi cette époque où quiconque s’en prenant à lui  voyait sa carrière fortement ébranlée. S’il a successivement enterré Ja Rule, Cam’ron et Fat Joe, Fiddy a malheureusement perdu son duel au sommet avec Kanye West, initié à l’occasion du très moyen Curtis (qu’il qualifiera lui-même d’échec). Pis il reste sur un échec retentissant avec la sortie du catastrophique deuxième album de la G-Unit Terminate On Sight. Un revers dont il se relèvera très difficilement au vu de la nuée de critiques qu’a subi l’opus. Il fera donc le dos rond annonçant dans la foulée la sortie prochaine de son quatrième album Before I Self Destruct, projet déjà bien avancé au moment des sessions de Curtis. Il définit lui-même l’album comme un retour aux sources et la qualifie de prequel de Get Rich Or Die Tryin’. On reste cependant dubitatif vu que ce genre d’annonce s’avèrent souvent infondées. Initialement prévu pour 2008, il se verra sans cesse reporté officiellement pour laisser le champ libre au grand retour d’Eminem. La véritable raison serait plutôt le manque de buzz dont bénéficie 50. S’il y a encore peu son seul nom suffisait à mettre la presse et le public en émoi, il faut bien admettre que la donne à changer. L’heure n’est plus aux gangsters en carton, mais plutôt aux ringtones rappers, à l’autotune et aux sonorités mâtinées de pop music et de dance. Dans ce contexte faisant la part belle à la facilité et aux projets sans aucune originalité, Fiddy a quelque peu de mal à se retrouver. Pour ne rien arranger la crise de l’industrie du disque et ses relations tendues avec Jimmy Iovine (patron d’Interscope son label) ne lui facilite pas la tâche au point que paradoxalement 50 est presque devenu un rappeur underground en 2009, tend ce dernier peine à exister entre les vedettes hip-pop et les arrivistes écervelés du ringtone rap, nouvelles idoles de la masse de joyeux crétins qui constituait naguère son public. Pas étonnant donc qu’il aie toutes les peines du monde à assurer le lancement de son album. Get Up, la première sonde, ne trouvera pas son public en dépit du renfort de Scott Storch à la production. Même sentence pour I Get It In que même le parrainage de Dr. Dre ne sauvera pas de la noyade (au sens commercial du terme).  Le nouveau beef contre Rick Ross arrivera presqu’en sauveur. S’il n’atteint pas l’intensité des premiers et laisse passablement indifférent, cette embrouille cousu de fil blanc aura au moins le mérite de le mettre de nouveau sous le feu des projecteurs (quoique la lumière fusse pâle et que ce beef aie d’avantage profité à Ross). Poussé dans les cordes par son nouvel « ennemi », Curtis se doit de réagir avec un album qui devrait marquer sa reconciliation avec la rue. Entretemps un autre titre produit par Dre fuit sur la toile: OK, You’Re Right. S’il laisse préfigurer un retour au fondamentaux, il est malheureusement plombé par une prod pas mauvaise mais qui s’avère à la longue trop répétitive et fini par lasser. Le premier single officiel Baby By Me (Featuring Ne-Yo) est tout aussi peu rassurant. On pourra se consoler en se disant qu’au moins il n’y a pas d’autotune dessus, mais ce titre taillé pour radios et dancefloor laisse étrangement de glace. Pis on se prend à redouter un nouveau Curtis, à savoir un disque fourre-tout sur lequel on peut retrouver la crème des gros vendeurs du moment. C’est fort de ces appréhensions que l’écoute de l’album est entamée.

Premier constat 50 continue dans sa logique street entamée sur l’album de la G-Unit. Si quelques producteurs de renom sont conviés(Polow Da Don, DJ Khalil, Rockwilder, Rick Rock…), une bonne moitié des sonorités sont confiées à des inconnus. Même Dr. Dre et son acolyte Mark Batson se montrent bien discret en ne signant que deux titres. Autre constante la liste des invités s’est vu sérieusement réduite. Seuls Ne-Yo, R. Kelly et son mentor Eminem auront l’honneur de s’illustrer à ses côtés. A l’écoute on relèvera surtout que l’ami Curtis a pour une fois tenu ses promesses. La couleur musicale s’avère aussi street qu’il l’avait annoncée. Pas de « T-Paineries » et autres « Kid Cudieries » au programme, on penche volontiers du côté de la soul plutôt. Pas de formules guimauvesques juste bonnes à contenter la nuée de diabétiques pré-pubères ou de combinaisons plus cotonneuses que de la barbe-à-papa. La confiserie est fermée pour cet épisode, place aux plats de résistance.

L’album démarre sur des chapeaux de roues avec le surpuissant The Invitation, bastos malheureusement trop brève usinée par un Ty Fyffe en grande forme. Ce titre donne le ton de cette première partie du disque où est concentrée la plupart des bons titres. L’enchainement avec les titres suivants donne une triplette incandescente transpirant le soufre. Entre ses souvenirs évoqués dans Then Day Went By et le rageur et explicite Death To My Enemies, nouvelle tuerie signée Dr. Dre, on retrouve le 50 qu’on a toujours connu et auquel on aura droit tout au long de l’album. Sur de lui, plus agressif tant dans le texte que dans le flow, il vide ses chargeurs sur la concurrence mais s’avère moins adroit que par le passé. Le sniper qu’il était rate plus souvent ses cibles qu’auparavant où s’en prend à des proies faciles qu’il a coutume de chasser, au point de ne pas convaincre grand-monde. Il égratigne ainsi Jay-Z, Game et Lil Wayne sur So Disrespectful, ersatz de Piggy Bank qui s’avère cependant plus écoutable que son original. Pour l’originalité il faudra clairement repasser. C’est le principal reproche qu’on peut faire à cet album. 50 ne s’éloigne en effet pas de ses propres sentiers battus et à défaut de se renouveler décline à l’envie les recettes qui ont fait son succès. Diss-track de circonstance (So Direspectful), titres énervés (Death To My Enemies), enième collaboration avec Eminem (Psycho), titres plus accessibles, références constantes à son passé de street soldier et on a fait le tour. N’allez cependant pas penser que cet album est sans intérêt. Il nous ressert peut-être la même chose mais a au moins le mérite de changer la forme. Il se montre toujours à son avantage sur Crime Wave, le partiellement autobiographique Stretch ou encore le soulful Strong Enough. Il ne s’en tire pas trop mal non plus sur Get It Hot, espèce de nouvel I Get Money plutôt entrainant, le correct I Got Swag ou encore le très bon Do You Think About Me, titre le plus réussi de ceux destinés au grand public.Son flow reste toujours aussi plaisant pour ceux qui y sont sensible et il livre de bien meilleures performances que sur les décevants projets précédents.

Tout n’est cependant pas rose au royaume de 50. L’album a aussi son lot de déceptions. Si Psycho s’avère être un excellent titre, 50 se fait outshiner sans ménagements par un Eminem éblouissant de dextérité, au point qu’il varie son flow sur le troisième couplet pour essayer de tenir la cadence mais rien n’y fait. Autres moments creux le fadasse Hold Me Down qui s’avère vite irritant, le peu inspiré Gangsta’s Delight (reprise ratée du fameux Rapper’s Delight) produite par un Havoc de moins en moins convaincant aux manettes et les titres radio friendly destinés au grand public qui plombent la fin de l’album. On y retrouve les deux singles Baby By Me et OK You’re Right mais aussi le plus que dispensable Could’ve Been You que la présence de R. Kelly ne suffit pas à rehausser. Une fin plus que passable qui laisse un sentiment d’inachevé pour l’auditeur. L’album se retrouve ainsi partagé en deux parties totalement inégales. Si la première est de très bonne facture, la seconde est plus que décevante et en dehors de quelques titres qui surnagent a de fortes chances de finir dans la corbeille. Toutes choses qui donnent une impression finale de bâclage.

Un disque assez contrasté en définitive. Si on est plutôt satisfaits de ce retour aux sonorités streets on est cependant moins séduits par la stagnation de l’ensemble. L’album reste largement supérieur à Curtis mais ne parvient pourtant à faire l’unanimité. Il apparait comme un projet correct sans plus, pêchant par déficit de créativité et de prise de risques. Il ne suffira en tout cas pas à lui rendre l’estime dont il bénéficiait au début du siècle, ni à rabattre le caquet à ses haters qui se feront une nouvelle joie de le tailler. Quoi qu’il en soit Before I Self Destruct a le mérite de ne pas avoir déçus ceux qu’il attendait. Bien sur il lui manque un peu de folie, mais dans le contexte actuel c’est toujours bon à prendre. 50 nous a donné exactement ce qu’on attendait de lui pour une fois, que demander de plus?

15/20

Tracklist

# Title Writer(s) Producer(s) Length
1. « The Invitation » Ty Fyffe, Manny Perez Ty Fyffe, Manny Perez 2:54
2. « Then Days Went By » D. Billy Jr., B. Withers Lab Ox, Vikaden 3:44
3. « Death to My Enemies » Andre Young, Mark Batson, T. Lawrence, D. Parker, Mike Elizondo Dr. Dre, Mark Batson 3:46
4. « So Disrespectful » J. Henderson, C. Whitacre Tha Bizness 3:39
5. « Psycho » (featuring Eminem) Marshall Mathers, Young, Batson, Parker, Lawrence Dr. Dre 4:45
6. « Hold Me Down » J. Groover, Y. Davis Team Ready, J Keys 3:19
7. « Crime Wave » J. Fragala, D. Zacharias, W. Witherspoon, A. Bond Team Demo 3:44
8. « Stretch » Ricardo Thomas Rick Rock 4:07
9. « Strong Enough » C. Ruelas, Q. Hysaw, C. McMurray, G. Jones, P. Sawyer Nascent, QB Da Problem 3:02
10. « Get It Hot » M. Davis Black Key 2:59
11. « Gangsta’s Delight » Kejuan Muchita, B. Edwards, N. Rogers Havoc 3:14
12. « I Got Swag » R. Frazier, W. Hutchinson, D. Jolicoeur, K. Mercer Dual Output 3:34
13. « Baby by Me » (featuring Ne-Yo) Jamal Jones, S. Smith Polow da Don 3:33
14. « Do You Think About Me«  Dana Stinson Rockwilder 3:26
15. « Ok, You’re Right«  Young, Batson, Parker, Lawrence Dr. Dre, Mark Batson 3:04
International Bonus Track
# Title Producer(s) Length
16. « Could’ve Been You » (featuring R. Kelly) DJ Khalil, Chin Injeti 4:20
iTunes Bonus Tracks
# Title Producer(s) Length
17. « Flight 187 » Phoenix 4:10
18. « Baby by Me » (feat. Jovan Dais) Polow da Don 3:33