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Sortie: 24 Novembre 2008
Label: Because Music

Après un premier album solo qui lui a valu pas mal de critiques, la moitié de Tandem a pris le soin de bien préparer son retour. Mac Tyer réapparait donc dans les bacs fin 2008, le même jour que ses homologues Médine et surtout Booba. On aurait pu croire que l’autoproclamé général d’Aubervilliers souffrirait de cette concurrence mais il n’en est cependant rien tant son projet s’annonce de qualité. Socrate se savait attendu au tournant et se devait donc de livrer un disque de bonne facture, rien que pour prouver qu’il faut compter avec lui et que son statut de rappeur d’exception est loin d’être usurpé. Les critiques ont été heureusement prises en compte et les écueils du premier album corrigés.

Beaucoup avait été rebutés par la couleur musicale résolument Dirty South du précédent ainsi que par son aspect un petot peu fourre-tout. Cette fois-ci Mac Tyer s’en tient à un concept, d’où il vient, et ne s’en écartera pas une seule fois tout au long de cet opus. Dès le deuxième titre Clac Clac il remet les pendules à l’heure nous rappelant que le tueur de Tandem est toujours vivant. Il remet le couvert avec brio tout au long de l’album avec une rafale de titres prouvant que la rue peut toujours compter sur lui. On se retrouve complètement absorbé par ses rimes et ses punchlines dépeignant un univers sombre et gris. Une plongée dans le monde des quartiers sans pour autant céder au misérabilisme ou faire l’apologie de l’illicite. Il essaye même de fournir des explications sur cet attrait de la jeunesse des quartiers dits difficiles pour le crime sur Chronique d’un Enfant Perdu. Les ghettostories squattent d’ailleurs l’essentiel des plages du disque avec une efficacité jamais démentie ( Killers, Déstress ou encore le titre éponyme). Il se veut même dénonciateur sur Mon Pote Omar où au-delà d’une histoire de règlements de compte, il évoque l’intolérance qui a court dans les quartiers.

N’allez cependant pas croire que Socrate ne voit pas plus loin que l’angle de sa rue. La misère n’a pas de frontières et il le sait mieux que personne. Il n’hésite ainsi pas à évoquer les ghettos du tiers -monde sur le rageur Laissez Moi Revendiquer. Il s’engage également sur le très bon La Riposte sombre état des lieux du quotidien d’une génération sans espoir. D’autres titres comme Produit De Mon Environnement ou Marcher Sur nos Rêves sont globalement dans la même veine. Heureusement il s’aère un peu avec des titres plus légers mais diablement efficaces à l’image de Vroum Vroum, mais c’est surtout sur l’excellent J’M’Ennuie Grave qu’il atteint des sommets en se livrant un peu sur sa vision du rap actuel. Niveau featurings seuls son acolyte de Tandem, Mac Krégor et le chanteur Mr Toma sont conviés sur deux titres.

Le seul reproche qu’on pourrait faire à cet album est de trop suivre son concept-feuille-de-route. Pas un défaut en soi mais au fil des écoutes ça en devient redondant. Mais quoi qu’il en soit le retour de Socrate est plus que réussi. D’Où Je Viens est vous l’aurez donc compris l’un des albums de l’année 2008 et fera le bonheur de tout fan de rap Français. a écouter absolument.

17/20

Tracklist

  1. L’Intro Du général
  2. Clac Clac
  3. Mauvais Oeil Dans Le Périmètre feat. Mr Toma
  4. Mon Pote Omar
  5. Killers
  6. D’Où Je Viens
  7. Marcher Sur Nos Rêves
  8. Laissez Moi Revendiquer
  9. Déstress
  10. J’M’Ennuie Grave
  11. Le Placard
  12. La Riposte
  13. Vroum Vroum
  14. Produit De Mon Environnement
  15. Ghetto Boyz feat. Mac Kregor
  16. Chronique D’Un Enfant Perdu
  17. Outro

Sortie: 24 Novembre 2008
Label: DIN Records
Producteur: Proof

Héraut du rap conscient francophone, le Havrais s’est taillé une solide réputation de rappeur engagé et est désormais considéré comme l’une des valeurs sures de la scène hexagonale. Son retour était donc plus qu’attendu, surtout après l’excellente Don’t Panik Tape.
Bonne nouvelle le MC ne s’est pas reposé sur ses lauriers et livre comme à l’accoutumée un projet de très bonne qualité, surement un des meilleurs du cru 2008. Tout ce qui a fait sa force est présent sur cet album. Des textes très engagés étayés par une bonne documentation, un flow agressif, de bonnes punchlines (ce n’est pas non plus du Booba) et une direction artistique emballante. Intégralement produit par Proof, l’album s’avère agréable à écouter et les instrumentaux se prêtent parfaitement à la démonstration lyricale de Médine. Le rappeur s’essaye à de nouvelles perspectives narratrices sur Portrait Chinois ou encore Peplum voire même le plus léger Code Barbe. Mais une brochette de titres forts vient nous rappeler qu’il est resté le même et que le lion est toujours enragé. Mention spéciale à l’excellent RER D qui revient sur un honteux fait divers et le pamphlet anti-islamophobe Don’t Panik (quoique déjà connu puisque figurant sur la tape évoquée plus haut). La dénonciation se poursuit avec la fiction Camp Delta (qui n’est pas sans rappeler le Guantanamo) du premier album où il nous narre l’arrestation et la détention des trois personnalités préférés des français. Une feinte plus qu’adroite dans la mesure où le message y gagne fortement en impact. Tiers Monde (l’un des rares invités de l’album) de Bouchées Doubles vient lui prêter main forte sur un Panther Blues aux lyrics tranchants comme des crocs de fauve avant que Médine ne nous fasse par de son Besoin de Révolution, occasion pour lui de s’exprimer sur tous ses thèmes de prédilections. Il nous offre également une nouvelle suite à a saga Enfants du destin (initiée sur son premier album) avec le très bon Kounta Kinté sur lequel il dénonce l’esclavage en s’inspirant du livre Roots d’Alex Haley.  Même quand il nous parle des femmes sur A l’Ombre du Mal (duo avec la très prometteuse Nneka), il vise toujours juste et livre un des meilleurs titres de l’album, lequel se conclut avec un Arabospiritual aussi long (plus de 7 minutes) que dense où il revient sur son parcours avec leur lot de satisfactions et déceptions.
Un très bon album donc s’inscrivant parfaitement dans la lignée de ce à quoi il nous avait habitué. Bien sur il ne trouvera pas grâce aux yeux des réfractaires à son flow trop peu varié, à sa voix peu captivante et à ses thématiques trop « sérieuses ». De même certains dénonceront une musicalité pas assez diversifiée mais ne chipotons pas. Arabian Panther sans être son tout meilleur album se hisse sans peine dans le top 5 hexagonal de ces dernières années.

17/20

Tracklist

  1. Self Défense
  2. Peplum
  3. Portrait chinois
  4. RER D
  5. Don’t Panik
  6. A l’ombre du mal (feat Nneka)
  7. Pantherlude « ils peuvent »
  8. Enfant du destin (Kounta Kinte)
  9. Panther blues (feat Tiers Monde)
  10. Code barbe
  11. Camp Delta
  12. Besoin de révolution
  13. Arabospiritual

Sortie : 24 novembre 2008
Label : Tallac Records / Barclay / Universal
Producteurs: Medi Med, Therapy, Phrequincy, Animalsons, Oneshot, Dream Touch, BKS, Haze, Street Fabulous

La sortie d’un nouvel album de Booba est forcement en soi un évènement. Celui qui, n’en déplaise à ses haters, est une des locomotives du rap Français est toujours attendu au tournant et suscite toujours autant les passions, surtout après l’épisode Urban Peace 2 (Je ne vais pas y revenir) et ses piques adressées à MC Solaar, NTM et IAM. Le moins que l’on puisse dire est que cet album achève de diviser ses fans. D’aucuns loueront la qualité des punchlines et une réalisation qui se veut novatrice. Les autres ne manqueront pas de remarquer que Booba semble s’éssoufler et à surement livré le plus mauvais projet de sa carrière solo.

Objectivement 0.9. est très loin d’être une grosse satisfaction. Comme à ses habitudes l’ourson suit les tendances en concoctant un album à grands renforts de productions Dirty South (comme l’essentiel de ses homologues hexagonaux il faut bien avouer) mais surtout en ayant recours à l’autotune. Un choix contestable et contesté qui au final ne s’avère pas gagnant à l’écoute des titres qui y font appel. De plus Booba est nettement moins tranchant au mic sur cet opus et en dépit d’une nouvelle pleine brouette de punchlines, on conserve un sentiment de « peux mieux faire ». Passons le manque de variété instrumentale, la stagnation lyricale de l’ensemble et le recyclage de Garcimore (déjà présent sur Autopsie Vol. 2) et on en arrive à la conclusion que c’est du Booba en petite forme. Pour ne rien arranger les invités n’apportent pas grand-chose. Izi Life est assez agréable à écouter si on ne se contente que de la performance de Booba  mais est complètement ruiné par la performance de Brams. Même constat pour Salade, Tomate, Oignon où en se demande toujours ce que Djé fabrique là. Difficile également de comprendre l’usage plus que dispensable de l’autotune pour Nadeei sur Soldats.

Mais ne noircissons pas trop le tableau. L’album à tout de même son lot de tueries comme R.A.S, Game Over, Izi Monnaie ou encore King.  De plus il a tendance à se bonifier avec le temps (malgré son inégalité)  mais n’atteint jamais le niveau de ses précédents opus. Son plus mauvais album? Surement mais pas non plus une bouse. C’est même un excellent album à l’échelle du rap Français de ses deux dernières années  mais, à trop attendre de B2O, on en est devenu très exigeants au point de toujours chercher la petite bête.

15/20

Tracklist

# Titre Compositeur(s) Invité(s) Durée
1 Intro Medi Med 0:18
2 Izi monnaie Therapy 2:40
3 B2OBA Phrequincy 3:12
4 Illégal Animalsons 4:33
5 Garcimore Oneshot 3:30
6 Izi Life Dream Touch 92I 5:37
7 King G. Production Rock City 4:07
8 Salade Tomates Oignons Haze Djé 4:13
9 Bad Boy Street Animalsons DeMarco 4:32
10 Game Over Oneshot 4:20
11 Soldats Therapy Naadei 3:16
12 R.A.S. Street Fabulous 5:04
13 Pourvu Qu’elles M’Aiment Street Fabulous 4:00
14 Marche Ou Crève Oneshot 4:28
15 0.9 Therapy 4:10

Sortie: 4 Novembre 2008
Label: Universal Motown
Producteurs: Q-Tip, J Dilla, Mark Ronson

Il en a fallu du temps pour que le trop effacé Kamaal Fareed fasse son grand retour en solo. Figure de proue du hip-hop 80’s et 90’s au sein de son groupe A Tribe Called Quest et de la Native Tongue, l’homme au flow élastique n’a pas été épargné par les vicissitudes dans sa carrière solo. Un premier projet Kamaal The Abstract finalement sorti en bootleg, un album officiel et un autre projet Open qui ne sera jamais commercialisé au grand dam de ses fans. Peu productif peut-être, mais une carrière énorme. Q est de ces gens qui privilégie la qualité à la quantité. Alors que ses pairs inondent le marché de projets souvent passables et de street cds parfois médiocres, lui opte pour une approche plus discrète et plus aboutie en sortant peu de disques mais d’excellente facture. On a tous en mémoire le brillant Amplified sorti en 1999 et qui a en définitive bien vieilli.

La qualité de l’opus précédent et le naturel perfectionniste de Q-Tip ne laissait augurer que de grands espoirs à l’annonce de la confection de ce projet. Le scepticisme était tout de même de rigueur au vu du nouveau virage pris par le hip-hop. Entre de nombreuses productions sans imagination et des textes de plus en plus pauvres, le retour d’une des icônes de la Old School serait-il à la hauteur de sa réputation? Ce jeune public gavé aux ritournelles commerciales, au matérialisme et aux productions formatées pourra t’il s’ouvrir au génie de l’ex-ATCQ? La crainte de voir ce futur album mésestimé est tout aussi grande que celle de voir Q-Tip succomber, comme tant d’autres, aux sirènes commerciales. Surtout que les Neptunes (en nette perte de vitesse il faut l’avouer) sont convoqués à la réalisation de l’opus et que la présence du défunt J Dilla n’est pas confirmée. C’est donc avec réserve que ce nouvel album fut attendu. Heureusement les apparitions de Fareed sur The Big Bang de Busta Rhymes ont eu le mérite de rassurer quand aux capacités flowistiques de Q.

Passons outre les singles sortis de ci-delà qui ont tourné sur la toile. L’évènement est plutôt l’annonce du retrait des instrus concoctés par les Neptunes et la présence effective de JD. Tout ce qu’il y a de plus rassurant. Comme un symbole la sortie de cet album à l’intitulé un rien chambreur, The Renaissance coïncide avec l’élection de Barack Obama à la tête des USA. Heureux présage? La suite ne manquera pas de le confirmer.

Ce qui frappe avant toute écoute préliminaire est la pochette inspirée d’un célèbre tableau du peintre surréaliste Belge René Magritte. La MPC vient remplacer la pomme et donne un bel effet aussi symbolique que le dégradé de couleur sur la droite qui divise le corps du personnage en deux parties. Une espèce de mariage entre l’ombre et la lumière, le classique et le moderne, le passé et le présent. Une pochette aussi évocatrice ne fait qu’affuter notre curiosité. Une lecture rapide des crédits permet de constater que Q a décidé de prendre le taureau par les cornes en produisant lui-même la totalité du disque, exception faite d’une production léguée par le défunt J Dilla.

L’écoute ne manque pas de rassurer. Q a livré un projet à son image. Pas de Dirty South abrutissant, pas de formules commerciales éculées, aucune stagnation au niveau lyrical. Et que dire du flow de Fareed, toujours aussi élastique et alerte comme à cette grande époque que peu d’auditeurs actuels n’ont pas connus. Une claque comme pour rappeler à tous pourquoi il était considérer comme un des tous meilleurs MC’s.

Il n’y a pratiquement rien à jeter sur ce disque qui se place qualitativement comme l’un, sinon LE meilleur de ces dernières années. Et pourtant la carte de la prise de risque a été jouée par Kamaal. La bonne vieille formule si chère aux pseudo-puristes (beat, sample et rimes) n’est utilisée que pour un seul titre: Won’t Trade. Pour le reste, Q fait appel à des musiciens chevronnés chargés de ressusciter les samples qu’il a si judicieusement choisi. De plus The Abstract surprend tout le monde en poussant la chansonnette dès le premier titre de l’album Johnny Is Dead . On se laisse ensuite facilement transporter par l’ambiance soul-jazzy variée qui nous rappelle que ce disque n’est pas estampillé Motown pour rien. Les pépites se suivent et ne se ressemblent pas entre un magnifique Gettin’ Up et un Official qui n’est pas sans rappeler le premier opus solo de Q. On enchaine avec l’excellent You au texte équivoque (parle t-il d’une femme, du hip-hop ou des deux à la fois?) et voici qu’arrive en grandes pompes le premier invité de l’album, un certain Raphael Saadiq (rien que ça!). La collaboration entre les deux hommes est fructueuse et le résultat est plus que satisfaisant. Nos deux survivants de la grande époque se font plaisir en évoquant, en filigranne, la guerre en Irak tout au long de ce très bon We Fight/Love . A peine le temps de s’en remettre et la trop méconnue Amanda Diva (du groupe Floetry) vient sublimer un Manwomanboggie à la musicalité enivrante.

Move , héritage du regretté JD se charge d’ambiancer la piste de danse sur un sample du Dancin’ Machine des Jackson 5. On n’en revient cependant pas d’entendre juste après le titre caché éponyme dont personne ne soupçonnait l’existence. La surprise est heureusement agréable et on y trouve son compte. La fin de l’album est heureusement à la mesure des premiers titres. Norah Jones vient prêter main-forte à Q qui se lance dans un name-dropping du meilleur effet (et oui The Game tu as des progrès à faire dans ce domaine) sur un instru rappelant vaguement le More Bounce de Roger Troutman. D’Angelo sort quant à lui de sa tour d’ivoire et vient poser sa voix aux côtés de celle de Q-Tip sur les basses de Raphael Saadiq. Believe est une apologie du positivisme et colle parfaitement (comme une coïncidence) avec le discours électoral de Barack Obama. Comment ignorer aussi le Dance On Glass (écoutez attentivement les effets stylistiques et les rimes de Q ). Seul regret, le titre final Shaka est amputé du discours introductif de Barack Obama.

Que retenir en définitive, que du positif. Un album vraiment plaisant et qui porte très bien son titre. Q-Tip a aisément réussi là ou toutes les autres icônes du hip-hop ont échoué ces dernières années, pondre un nouveau classique. Lui qui rappait “Ils ne savent plus comment faire un classique” sur You Can’t Hold The Torch de Busta Rhymes vient de donner une leçon de hip-hop a tout le milieu. Prouvant que la réinvention du hip-hop a plus de chances de venir de la Soul et du Jazz que de l’électro et de la pop, et que les artifices tels que l’auto-tune sont parfaitement dispensables. The Renaissance est ce que 808’s & Heartbreak n’a pas réussi à être: une véritable révolution. Disons le tout net, The Renaissance est bien parti pour devenir LE classique de ces cinq dernières années, si ce n’est déjà le cas.

Un seul mot: chapeau bas Mr Kamaal Fareed.

18/20

Tracklist:

  1. Johnny Is Dead
  2. Won’t Trade
  3. Gettin Up
  4. Official
  5. You
  6. WeFight/WeLove (feat. Raphael Saadiq)
  7. ManWomanBoogie (feat. Amanda Diva)
  8. Move
  9. Dance On Glass
  10. Life Is Better (feat. Norah Jones)
  11. Believe (feat. D’Angelo)
  12. Shaka

Sortie: 24 Novembre 2008
Label: Roc-A-Fella/ Island Def Jam
Producteurs: Kanye West, No I.D., Jeff Bhasker, Mr Hudson

On avait quitté Kanye West en pleine forme. Graduation, chapitre final de la trilogie de l’ourson avait connu un succès mondial en dépit des réserves émises sur certains choix artistiques. De plus la carrière de producteur du Louis Vuitton Don se portait (comme d’habitude dirait-on) à merveille. Voilà que se profile donc le quatrième projet de l’entertainer de Chicago. Les personnes ayant apprécié le précédent opus (j’en fais partie) en piaffaient d’impatience.

Malheureusement la presse se fera l’écho des (mauvaises) nouvelles au sujet de cet album. D’abord on apprend que cet album sera très personnel et en rapport avec les drames de sa vie (Perte de sa mère, rupture avec sa meuf…). Pas de quoi faire baisser le buzz, tout au contraire, surtout qu’un nouveau duel marketing avec l’ami Curtis se profilait (Bon ça en fait on s’en bat les yeuks). Première raison de douter, l’annonce de l’usage de la vieillote TR-808 comme boîte à rythme de base pour la réalisation de l’album. Pas le temps de s’en remettre vu que la présentation en grande pompe du premier single, Love Lockdown, sur la scène d’une cérémonie MTV achève de diviser ses fans en deux camps. On a en effet eu droit à un Kanye poussant la chansonnette sur un instru digne des standards de la pop, et le pire avec une voix auto-tuné (Je ne vais pas revenir sur ce procédé cher à T-Pain). Les commentaires négatifs suscités par ce titre le convaincront d’en réaliser une nouvelle version. Malheureusement, l’auto-tune est toujours de la partie, toute chose qui rebute les kiffeurs allergiques à ce procédé. Le summum est atteint lorsqu’on apprend qu’il sera utilisé pour tout l’album (enregistré en deux semaines). L’idéal pour se braquer. Et pour ne rien arranger Heartless , le deuxième single est loin d’être captivant, surtout quand on a encore dans les oreilles les trois premiers albums. Seul avantage, on sait déjà qu’il ne faut pas s’attendre à un album Hip-hop.

L’écoute de l’album vient malheureusement corroborer nos soupçons. Ye vire carrément pop sur ce projet. Très peu de rap (venant seulement des invités), un Pinocchio Story carrément inutile et un featuring de Lil-je-suis-partout-avec-ma-sale-gueule Wayne. Tout ce qu’il y a de plus street.

Passés ces a priori, on essaie tout de même de rentrer dans l’album en espérant qu’il sera aussi bien que le sublime The Love Below d’Andre 3000. Au final, il convient d’oublier un peu le projet du membre d’Outkast. Le niveau ne suit pas. Say You Will n’a vraiment rien d’exceptionnel au contraire de Welcome To Heartbreak (en featuring avec Kid Cudi) d’assez bonne facture. On se dit alors que l’album va monter en intensité mais non, déception. Zappons le déjà connu Heartless pour atterrir sur Amazing, titre terne presque sauvé(simplement parce qu’il nous a permit d’arrêter de nous faire chier) par la prestation de Young Jeezy. Paranoid (featuring Mr. Hudson) qui succède à Love Lockdown relève cependant le niveau général. Après un RoboCop sans éclat, l’écoute devient tout simplement pénible, à l’image du duel à l’auto-tune avec Weezy See You In My Nightmares (Beau caca sonore) et d’un Bad News tout simplement insupportable. On est même super content quand le disque se termine enfin (Il passe bien comme berceuse, ma petite cousine n’a pas tenu trois titres).

Que retenir donc objectivement, après moult écoutes? Déjà un sentiment globalement négatif. On s’attendait à un album très introspectif et personnel, on a droit à x lieux communs ressassés dans tous les albums chantés. On nous avait promis la grosse claque au niveau des instrus, raté aussi, même si c’est pas mal produit (un tantinet trop vintage, mais au vu de la boîte à rhythme, fallait pas rêver). Ça ne restera pas intemporel en tout cas. Le carton rouge revient aux performances de Ye derrière le micro. Si vous aimez les chants faux, les voix auto-tunés (n’est pas T-Pain qui veut) et les prestations sans aucune profondeur qui ne dégagent aucune émotion, libre à vous. Pour ma part, son chant est une fiente électro-pop robotique masturbatoire et sans génie. Tant qu’a chanter, autant savoir le faire (Ye tu ne sera jamais Roger Troutman). Là la voix de Kanye ruine les instrus et est vite irritante.

De la mauvaise pop léthargique en conclusion. Ce disque vaut surtout pour la prise de risques (en même temps, faire des chansons à l’auto-tune, a.k.a gadget prisé du moment, inviter Weezy et Jeezy c’est tout sauf prendre des risques). Pour le reste, c’est un agrégat de formules toutes faites que les inconditionnels prendront pour des éclairs de génie. Gageons que ni le futur du hip-hop, ni ceux du R&B et de la Soul ne ressembleront à ça, sinon on est partis pour des siècles d’ennui mortel.

11/20

Tracklist:

1. Say You Will
2. Welcome To Heartbreak (feat. Kid Cudi)
3. Heartless
4. Amazing (feat. Young Jeezy)
5. Love Lockdown
6. Paranoid (feat. Mr. Hudson)
7. RoboCop
8. Street Lights
9. Bad News
10. See You In My Nightmares (feat. Lil Wayne)
11. Coldest Winter
12. Pinocchio Story (freestyle live from Singapore)