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Sortie: 11 Septembre 2007
Label: Roc-A-Fella/ Island Def Jam
Producteurs: Kanye West, DJ Toomp, Nottz, Mike Dean, Jon Brion, Warryn Campbell,Brian Miller, Eric Hudson, Gee Robertson, Plain Pat

Après deux premiers volets que l’ont pourrait aisément considérer comme classiques, Kanye West se décide à boucler sa trilogie de l’ourson avec le dernier volet Graduation. Si son arrogance ne s’est pas arrangée avec le succès de Late Registration, il s’est cependant fait un tantinet plus discret dans les studios, devenant moins productif mais paradoxalement plus présent que jamais dans l’actualité. Pour se faire encore plus de buzz, 50 Cent et lui se lanceront dans une pseudo-guerre des ventes (on ne peut tout bonnement pas qualifier ça de beef), le premier arguant même qu’il serait prêt à arrêter sa carrière s’il s’avérait que son Curtis se vend moins que Graduation. Mais au-delà de ce battage médiatique, ce qui nous intéresse nous c’est la musique de Mr West pas ses nouvelles lubies ou coups de gueule. Justement il balance un premier single en éclaireur qui à le mérite de faire l’unanimité: Can’t Tell Me Nothing. Une bastos produite par Ye lui-même et DJ Toomp. Une orchestration toujours aussi captivante rehaussée par un sample de voix féminine ultra-efficace et des ad-libs de Young Jeezy. Ajoutons à cela un refrain qu’on retient dès la première écoute et on obtient un des meilleurs singles de 2007. L’attente est encore plus énorme et Ye l’entretient à sa façon en faisant découvrir son futur disque à un parterre de journalistes triés sur le volet. Résultat son nom est sur toutes les lèvres et son buzz en devient monumental. L’engouement va cependant être tempéré par la sortie du deuxième single, le surprenant Stronger qui divisera l’auditoire et ses fans. Kanye a en effet osé samplé le groupe techno français Daft Punk et son ultra-connu Higher, Better, Faster, Stronger électronisé. Certains crient au génie et louent son ouverture d’esprit quand d’autres dénoncent cette association qui tient plus de la compromission et s’appliquent à la rangée au chapitre pop. La bataille fait rage entre progressistes et conservateurs sur la toile. Mais Kanye n’en a cure, il peaufine son projet, rajoute des titres, en éjecte d’autre et attend patiemment son heure. Comme un signe l’album sortira le 11 Septembre, soit six ans jour pour jour après celle de son éclosion mondiale comme producteur avec The Blueprint.

Voici qu’arrive enfin le disque. Premier constat la pochette. On y retrouve notre ours-mascotte dans un univers plus cartoon et coloré s’envolant vers de nouveaux horizons après la fin du College. On notera qu’il arbore à présent une variété de bijoux, renforçant la collusion avec Ye. Un bon point. Le livret des crédits s’annonce cependant plus surprenant. Contrairement à ses habitudes, Kanye est moins omniprésent que par le passé. S’il ne laisse qu’un seul titre à DJ Toomp, on note qu’il est entouré d’une armée de collaborateurs plus ou moins connus qui co-produisent l’essentiel de l’album. Mr West ne signe que trois titres tout seul. Pour le reste on retrouve du beau monde. L’omniprésent Jon Brion est toujours là, tout comme Warryn Campbell. Outre DJ Toomp, Mike Dean (producteur lié au label texan Rap-A-Lot) est de la partie (il est d’ailleurs le co-signataire de Stronger). On est par contre plus surpris par la présence de Nottz , ainsi que celles plus discrètes cependant de Timbaland (qui se charge des drums additionnels sur Stronger et Good Life) et de DJ Premier (qui redevient DJ pour l’occasion en assurant les scratches de Everything I Am) . Il est clair que Ye n’a pas lésiné sur les moyens pour cet album qu’il veut accessible pour tous et à même de faire bouger les foules grâce à son « stadium status ». Place à l’écoute.

Première impression, une musicalité toujours aussi manifeste. après la soul du premier et les quelques incursions dans la pop et le jazz dans le second, place ici au musiques électroniques. Kanye élargi sa gamme de samples, s’inspire de tout ce qui fait l’actualité (et qui par ricochet se vend). Les puristes ne lui pardonneront pas ces escapades hors des sentiers battus et certains pourraient même parler de retournement de veste, mais il n’y a cependant pas lieu d’être surpris. Après tout Kanye n’avait-il pas lui-même comparé ce disque à un boeing lancé en plein sur une autoroute? Comprendre par là qu’il entend transgresser les genres en les investissant tous à la fois. Si le pari n’est au final pas gagné, cela à au moins le mérite d’être clair. L’album s’ouvre avec un merveilleux Good Morning qui sonne le réveil et nous transporte dans un monde limlite féérique. On se laisse bercer par ce tempo relaxant et on appréhende au mieux ce Champion qui lui succède. Le sample de voix usité parle de lui-même ( « Did you realize that you were a champion ?« ). Entre autosatisfaction et lucidité il revient sur son parcours une fois de plus. Passons l’électronique Stronger et attardons nous sur un enchainement de titres ravageurs écrasant tout sur leur passage. Première balle I Wonder et son sample de voix stratosphérique se situe dans la continuité de Stronger du point de vue de sa rythmique. On enchaine avec le très populaire Good Life où s’illustre un T-Pain égal à lui-même et l’énorme Can’t Tell Me Nothing. La pression retombe cependant sur Barry Bonds. Pas que la production originellement assurée par Nottz ne soie pas au niveau, mais c’est surtout la performance de Lil Wayne qui déçoit. Il se fait limite outshiné par West sur le coup qui n’est, rappelons-le, pas le meilleur rappeur du monde. A ce sujet, il a bien essayé d’évoluer en usant d’un phrasé plus lent mais le résultat n’est pas toujours probant. S’il s’avère plus que convaincant sur Can’t Tell Me Nothing, il l’est moins sur I Wonder par exemple. Ajoutons à cela des schémas de rimes parfois simplistes, voire ridicules pour certaines, des jeux de mots dispensables et on obtient un ensemble assez irrégulier. De plus dans sa volonté d’accessibilité, il a tout bonnement banni tout aspect revendicatif de ses lyrics, au grand dam des fans de la première heure.
On change de sphère avec le surprenant Drunk & Hot Girls sur lequel intervient Mos Def. Un titre délirant décrivant le comportement des filles bourrées rencontrées en boîte. On ne sait également trop quoi penser de Flashing Lights qui apparait un tantinet en deçà des premiers titres de l’album. Il se reprend heureusement très bien sur le sublime et profond Everything I Am, titre confession sur lequel il nous fait partager son émotion comme il avait su le faire sur ses disques précédents. La boucle de piano percute en plein cœur et parasite le cerveau dès la première écoute. Dans ces circonstances The Glory même s’il s’avère efficace semble terne malgré son sample de voix qui fait penser à de la musique zoulou. Le plus que convaincant Homecoming vient rajouter une dose pop avec son refrain assuré par Chris Martin. Une interprétation qui enterre le fadasse Beach Chair de Jigga qui avait inviter le même chanteur précédemment. Vient ensuite un bel hommage à Jay-Z sur Big Brother. Un titre fort qui heureusement ne sombre pas dans la mièvrerie. Une pure merveille signée DJ Toomp. S’il était censé conclure l’album, celui-ci se prolonge via un titre caché. Après nous avoir dit bonjour, il nous dit logiquement Good Night sur un titre doucereux et nous laisse en plein rêve au moment où le disque se termine.

Au final un album qui s’il n’atteint pas tous les objectifs de son auteur et a dérouter quelque peu son public s’avère tout de même très réussi quoiqu’inférieur à ses prédécesseurs. Graduation boucle la boucle avec éclat et conclut merveilleusement cette géniale trilogie.

17/20

Tracklist

# Title Producer(s) Length
1. « Good Morning«  Kanye West 3:15
2. « Champion«  Kanye West, Brian Miller 2:47
3. « Stronger«  Kanye West, Mike Dean* 5:11
4. « I Wonder » Kanye West 4:03
5. « Good Life » (feat. T-Pain) Kanye West, Mike Dean*, DJ Toomp* 3:27
6. « Can’t Tell Me Nothing«  Kanye West, DJ Toomp 4:31
7. « Barry Bonds » (feat. Lil Wayne) Nottz, Kanye West* 3:24
8. « Drunk and Hot Girls » (feat. Mos Def) Kanye West, Jon Brion* 5:13
9. « Flashing Lights » (feat. Dwele) Kanye West, Eric Hudson 3:57
10. « Everything I Am » Kanye West 3:47
11. « The Glory » Kanye West, Gee Robertson*, Plain Pat* 3:32
12. « Homecoming » (feat. Chris Martin) Kanye West, Warryn Campbell 3:23
13. « Big Brother«  DJ Toomp 4:47
[hide]Bonus Track
# Title Producer(s) Length
14. « Good Night » (feat. Al Be Back, Mos Def) Kanye West 3:06

Sortie: 6 Novembre 2007
Label: Roc-A-Fella/ Island Def Jam
Producteurs: P. Diddy & The Hitmen (Mario Winans, Sean C & LV), Just Blaze, The Neptunes, No I.D., Jermaine Dupri, DJ Toomp, F.R.E.A.K., Bigg D, Chris Flame, Idris Elba

On avait quitté Jay-Z après un Kingdom Come plutôt mitigé. Si son retour fut un nouveau succès commercial, il n’en est pas de même pour une critique de plus en plus assassine. President Carter ne s’apitoiera pourtant pas sur cette sortie qui appartient déjà au passé. Il est un homme de défis (il l’a maintes fois prouvé) et est bien décidé à s’en trouver de nouveaux, au micro ou dans les hautes sphères financières.

La résurrection viendra du cinéma. Subjugué par le film de Ridley Scott, American Gangster, Jay y voit un parallèle avec sa vie et décide d’enregistrer un album reprenant le concept du film. C’est bien la première fois qu’il se lance dans un projet de ce type avec un fil conducteur aussi précis. Ses proches se veulent d’ailleurs formels: il ne s’éloignera pas du concept. Beaucoup se prennent du coup à rêver à un nouveau Reasonable Doubt, encore plus cohérent. Rien ne filtre sur l’identité des éventuels contributeurs, laissant tout le monde dans l’expectative et ce jusqu’à ce que le premier single Blue Magic soit dévoilé. Un titre à la ligne de basse épurée, limite minimaliste produit par The Neptunes. Bonne nouvelle Jay-Z revient à ce qui faisait sa force. Voix limpide, rimes percutantes, flow travaillé. Si l’instrumental n’est pas du goût de tous et que le refrain de Pharrell Williams gâche un peu le morceau, il n’en demeure pas moins une très bonne mise en bouche pour la suite. Quelques semaines plus tard le deuxième single est lancé à son tour. On est plus que surpris de voir qu’il est l’oeuvre de P. Diddy et ses néo-Hitmen: Sean C & LV. On craint déjà qu’il ne nous refasse le coup d’In My Lifetime. Il n’en est cependant rien. Roc Boys bénéficie d’un ambiance soul 70s rappelant le meilleur de Kanye West. Un morceau plutôt réussi s’intégrant bien au concept de l’album. Dans la foulée la tracklist est enfin dévoilée et c’est avec quelques réserves qu’on constate que l’essentiel des productions ont été confiées à P. Diddy, Sean C & LV (six titres sur les quatorze que compte l’album). Autre surprise de taille: l’absence de Kanye West, sans doute trop occupé par la promotion de Graduation. Just Blaze ne signe que deux titres et Jermaine Dupri tape l’incruste. Des noms qui sont loin de rassurer, surtout qu’un autre morceau signé des Neptunes (I Know) sort deux jours seulement avant la sortie officielle de l’album sans qu’on comprenne trop le pourquoi de la démarche. Ce titre plutôt light aura pour principal mérite de semer encore plus le trouble à défaut de séduire le grand public.

Contrairement à ce que laissait entrevoir la tracklist hâtivement jugée peu convaincante, l’album s’avère plutôt de qualité. L’équipe Bad Boy se permet même de donner le ton avec une couleur musicale digne de Roc Boys. On voyage aux confines de la soul et du jazz 70s avec des samples de Barry White, Rudy Love & The Love Family et autres. Ils sont allé jusqu’à les faire rejouer pour leur donner encore plus d’authenticité. Toutes choses qui correspondent pile poil à l’ambiance recherché et collent au concept comme un string sur le cul d’une gogo-danseuse.  Comme promis Jay s’en tient au fil conducteur du film avec des titres qui s’enchainent les uns aux autres et retranscrivent l’ascension et la décadence de ce clone discographique de Franck Lucas. La formule est parfaitement huilée et tous les morceaux, même ceux qu’on considèreraient comme improbables se fondent dans le concept. Hova est au commandes de cette fiction partiellement autobiographique (il avouera s’être inspiré de son passé de drug dealer) qui le voit gravir les échelons jusqu’au succès titre après titre avant de brutalement chuter à la fin. Un véritable film sur disque où la science de la rime de Jay-Z est toute entière mise au service de l’histoire sans pour autant devenir redondant ou ennuyeux. Fort de son flow retrouvé et de productions emballantes, il livre de nouvelles perles: un American Dreamin’ gorgé de soul, un No Hook transpirant la rue avec son ambiance pluvieuse ou encore Sweet rappelant le cinéma blaxploitation. D’autres titres pourraient à eux tout seuls résumer le concept de ce disque situé à mi-chemin entre la bande originale (pas mal d’extraits du film sont repris) et l’album traditionnel. Say Hello (produit par DJ Toomp et F.R.E.A.K.) et Party Life s’inscrivent dans cette mouvance.

Les invités sont rares et s’illustrent diversement. Lil Wayne fait entendre son flow chevrotant de camé en manque sur Hello Brooklyn 2.0 qui est à ranger parmi les bouses de l’album. On se demande encore comment ce titre creux et médiocre, couplé à une prod sans aucune originalité (reprise low-coast des Beastie Boys) à pu se retrouver sur cet album. Les deux Carter déçoivent sur ce son à oublier au plus vite.  A contrario Beanie Sigel se distingue sur l’excellent Ignorant Shit (merveille produite par le trop effacé Just Blaze), rappelant à tous que le Roc n’est pas encore mort. Si Jay-Z se hisse allègrement au niveau de B.Mack sur ce son, il n’en est pas de même sur l’énorme Success collaboration plus qu’attendue avec Nas. Le Street Poet se permet de lui voler la vedette en livrant une performance de très bon niveau. Dernier guest, Bilal qui signe un très bon refrain (non crédité) sur un Fallin’ usiné par Jermaine Dupri.

Le pari est au final réussi pour Jay-Z. Le projet est bien ficelé et parfaitement mené. En dépit de quelques déchets, l’album est très satisfaisant et prouve qu’il faut encore compter avec Hov’ qui redore au passage son blason quelque peu terni par son disque précédent. Bien sur les réfractaires à la soul, aux ambiances seventies et ceux qui ne jurent que par le boombap seront déçus. Mais peu importe. American Gangster marque le véritable retour du Jigga Man et il serait hypocrite de bouder notre plaisir.

16/20

Tracklist

# Title Producer(s) Length
1. « Intro » (by Idris Elba) Chris Flame, Idris Elba* 2:01
2. « Pray » Diddy, Sean C & LV 4:24
3. « American Dreamin' » Diddy, Sean C & LV, Mario Winans* 4:47
4. « Hello Brooklyn 2.0 » (feat. Lil Wayne) Bigg D 3:56
5. « No Hook » Diddy, Sean C & LV 3:14
6. « Roc Boys (And the Winner Is)…«  Diddy, Sean C & LV 4:12
7. « Sweet » Diddy, Sean C & LV 3:26
8. « I Know«  The Neptunes 3:42
9. « Party Life » Diddy, Sean C & LV 4:29
10. « Ignorant Shit » (feat. Beanie Sigel) Just Blaze 3:41
11. « Say Hello » DJ Toomp, Dean « F.R.E.A.K » Farmer 5:26
12. « Success » (feat. Nas) No I.D., Jermaine Dupri* 3:30
13. « Fallin' » Jermaine Dupri, No I.D.* 4:01
14. « Blue Magic » (feat. Pharrell) The Neptunes 4:10
15. « American Gangster » Just Blaze 3:41