Archives de la catégorie ‘2005’

Sortie: 30 Aout 2005
Label: Roc-A-Fella/ Island Def Jam
Producteurs: Kanye West, Jon Brion, Devo Springsteen, Just Blaze, Warryn Campbell

Après un premier album salué par la critique et sanctionné d’une réussite commerciale et populaire, celui qui est désormais de venu le Louis Vuitton Don revient avec un tout nouvel seulement une année plus tard. Entretemps beaucoup de choses ont évolué. Il a remis sa casquette de brillant producteur et à récidivé en concoctant le premier disque de John Legend et l’excellent Be pour Common. il a également récolté moults récompenses pour son premier essai, est devenu une icône people et à beaucoup fait parler pour son arrogance et son égocentrisme plus qu’irritant. Il est génial et il le sait. Il le clame d’ailleurs dès qu’il en a l’occasion. Lui a tout compris à la musique,  lui sait comment faire des albums de qualité, lui est le nouveau roi des charts, transforme tout ce qu’il touche en or et met n’importe qui en tête des ventes avec une seule production. On en vient presqu’à souhaiter qu’il se fourvoie pour qu’un échec lui rabatte un peu le caquet. Ce ne sera pourtant pas pour tout de suite. Son retour est aussi monumental que son dernier projet solo. Non content d’aborder un thème inédit dans la vidéo (l’exploitation des enfants dans les mines de diamants en Afrique) avec cette voix si caractéristique devenue sa marque de fabrique, il pose sur un instrumental novateur imprégné de soul (comme d’habitude) et de variations speedées plus qu’accrocheuses. Diamonds From Sierra Leone fait de nouveau l’unanimité, écrasant la concurrence dans les charts et laissant de nouveau augurer d’un autre album de qualité. Avant qu’on ne puisse se remettre de cette grosse claque, il achève le boulot avec un autre uppercut musical répondant au nom de Gold Digger. Un beat ultra-entrainant rehaussé par la voix de Jamie Foxx qui se substitue à Ray Charles une fois de plus. Late Registration devient alors l’objet de toutes les attentes. Après tout Kanye n’a t’il pas déclaré précédemment que le hip-hop dépendait de lui?

Le Louis Vuitton Don sait parfaitement qu’il n’a pas droit à l’erreur. Il doit frapper plus fort, être encore plus costaud, ramener du lourd pour résumer. Première décision pour consacrer cette volonté, l’enrôlement de Jon Brion (producteur de Coldplay et Portishead pour ne citer qu’eux) comme arrangeur et producteur exécutif. Un choix qui va s’avérer plus que judicieux dans la mesure où il gommera les quelques imperfections constatées sur le précédent album. Le phrasé est mieux maitrisé, la voix plus posée et l’interprétation demeure toujours aussi gorgée d’émotion. Kanye passe de rappeur perfectible à bon rappeur. C’est déjà ça de gagné.  Deuxième nouveauté, Kanye joue la carte de la diversité en invitant des artistes de tous horizons. On retrouve ainsi des grands noms du rap (Jay-Z, Nas, Cam’ron) les MC’s « hot » du moment ( The Game, Paul Wall), des proches (Common, Consequence et John Legend même si la plupart de ses interventions ne sont pas créditées), un new comer dont beaucoup disent du bien (Lupe Fiasco) des chanteurs (Jamie Foxx, Brandy) et même un artiste pop-rock (Adam Levine des Maroon 5). Du beau monde. Côté production Ye produit la quasi-totalité du disque avec l’assistance de Jon Brion. Seul Just Blaze parvient à placer une de ses productions sur le projet.

L’album démarre plutôt fort avec le surprenant mais non moins ultra-mélodieux Heard ‘Em Say sur lequel Adam Levine signe un très bon refrain. Lupe fiasco ne manque pas non plus ses débuts sur le très bon Touch The Sky magistralement produit par un Just Blaze inspiré. Kanye évoque de nouveau son accident et de son parcours depuis celui-ci. Passons l’ultra-connu Gold Digger et attardons nous ce Drive Slow assez étrange. Pour une fois l’ambiance n’est pas soulful mais plutôt jazzy. Paul Wall s’en tire très bien sur cet instru qui n’est qu’un succédané du Shorty Wanna Be A Thug de 2Pac. Invité sudiste oblige, il se conclut même façon chopped & screwed mais s’avère moins saignant que les titres précédents. Kanye se permet de laisser le micro à Common le temps du très bref My Way Home sur un sample de Gil Scott-Heron. Retour aux rimes avec le nerveux Crack Music dont The Game signe le refrain et le correct Roses qui nous fait tout de même penser au célèbre poème The Rose Growth With Concrete de 2Pac. Changement de registre avec l’excellent Bring Me Down qui outre la prestation plus qu’honorable de Brandy présente l’avantage d’avoir été entièrement composé et joué avec de vrais instruments. Pas le moindre sample. Il revient cependant à ses bonnes vieilles méthodes dès le titre suivant Addiction, l’occasion pour lui de tourner en dérision les clichés du rap de façon plutôt brillante. Diamonds From Sierra Leone étant ultra-populaire, il se voit relégué au rang de bonus track et remplacer par un remix re-produit sur lequel Jigga se met en évidence noyant au passage Kanye en un seul couplet. Nas en fera de même sur We Major et ce ne sont pas les rallonges instrumentales de ce titre qui changeront cet état de fait. Ye se refait heureusement une santé en rendant hommage à sa mère sur le génial Hey Mama puis sur le captivant Celebration. Cam’ron adapte son flow pour rebooster ce Gone qui conclue l’album.  C’est du moins ce qu’on pense vu qu’outre Diamonds un autre inédit (le merveilleux Late) est disponible. Les possessuers de la version Européenne héritent d’un titre supplémentaire: l’excellent We Can Make It Better dans le pur style West avec ses voix pitchées et une fine équipe de rappeurs engagés (Talib Kweli, Common et Q-Tip)

Un pari réussi pour Kanye West au final qui réussi l’exploit de faire mieux que The College Dropout en livrant un album un poil meilleur. Mieux construit et plus diversifié que son prédécesseur, Late Registration est peut être le meilleur disque jamais fait par Kanye West à ce jour. Là où d’autres se seraient contenter de livrer une déclinaison du premier opus, lui choisi d’innover sans fondamentalement changer de recette cependant. Un autre diamant brut à mettre à son actif.

18,5/20

Tracklist

# Title Producer Length
1. « Wake Up Mr. West » Kanye West 0:41
2. « Heard ‘Em Say » (featuring Adam Levine of Maroon 5) Kanye West, Jon Brion* 3:23
3. « Touch the Sky » (featuring Lupe Fiasco) Just Blaze 3:57
4. « Gold Digger » (featuring Jamie Foxx) Kanye West, Jon Brion* 3:28
5. « Skit #1 » 0:33
6. « Drive Slow » (featuring Paul Wall & GLC) Kanye West 4:32
7. « My Way Home » (featuring Common) Kanye West 1:43
8. « Crack Music » (featuring The Game) Kanye West, Jon Brion* 4:31
9. « Roses » Kanye West, Jon Brion* 4:05
10. « Bring Me Down » (featuring Brandy) Kanye West, Jon Brion* 3:18
11. « Addiction » Kanye West, Jon Brion* 4:27
12. « Skit #2 » 0:31
13. « Diamonds from Sierra Leone (Remix) » (featuring Jay-Z) Kanye West, Jon Brion*, Devo Springsteen* 3:53
14. « We Major » (featuring Nas, Really Doe) Kanye West, Jon Brion*, Warryn Campbell* 7:28
15. « Skit #3 » 0:24
16. « Hey Mama«  Kanye West, Jon Brion* 5:05
17. « Celebration » Kanye West, Jon Brion* 3:18
18. « Skit #4 » 1:18
19. « Gone » (featuring Cam’ron, Consequence) Kanye West 6:02
20. « Diamonds from Sierra Leone » (bonus track) Kanye West, Jon Brion*, Devo Springsteen* 3:58
21. « Late » (hidden track) Kanye West 3:50
Publicités

Sortie: 3 Mars 2005
Label: G-Unit/ Shady/ Aftermath/ Interscope
Producteurs: Dr. Dre, Eminem, 50 Cent, Black Jeruz, Buckwild, Cool & Dre, Cue Beats, Dangerous LLC, Disco D, F.B.T., Hi-Tek, J. R. Rotem, Mike Elizondo, Needlz, Scott Storch, Sha Money XL, C. Styles & Bang Out

En ce début d’année 2005, 50 Cent est sur tous les fronts. Non content d’être devenu l’un des plus gros vendeurs de l’industrie et de produire des artistes à succès au sein de son G-Unit Records, le rappeur au flow insolent s’invite dans la presse people, les hautes arcanes du monde des affaires et bientôt le cinéma. Curtis Jackson est partout, compte être partout et son assurance s’est muée en arrogance. Histoire de continuer à faire parler de lui il se lance dans un grand cirque de provocations, multipliant les prises de bec avec ses homologues New-Yorkais (Ja Rule, Fat Joe, Jadakiss entre autres) à l’aide de petites phrases assassines savamment distillées en interview et de diss tracks plus ou moins percutantes. Toutes choses qui ont pour principal effet de lui attirer encore plus de haters et de finir par en faire une des personnalités les plus détestées de la Grosse Pomme. 50 n’en a cependant cure. Du moment qu’il occupe le devant de la scène et que les ventes sont assurées, aucune raison de se plaindre.
C’est donc en pleine confiance qu’il aborde la réalisation de The Valentine’s Day Massacre. Prévu pour la fin 2004, il sera repoussé et verra son titre écourté en The Massacre. La question qui taraudait tout le monde était de savoir si ses mentors Dr. Dre et Eminem produiraient intégralement le disque comme le voulait la rumeur. La réponse sera finalement livrée avec la sortie du premier single Disco Inferno produit par C. Styles & Bang Out. Cette espèce de In Da Club à la vidéo x-rated fait naitre de sérieuses craintes quand au contenu de cet album. Un titre peu convaincant où l’ami Curtis ne se foule pas, se contentant d’assurer une performance correcte sans plus. Le tubesque Candy Shop (produit par Scott Storch) et ses rimes à connotations sexuelles ne s’avère pas plus rassurant mais a au moins le mérite de le replacer en tête des charts et de lui attirer les faveurs du grand public, particulièrement sensible à ce titre aussi sucré que le laisse présager son intitulé. 50 semble à présent vouloir faire du son accesible à tous, ce qui ne manque pas de lui attirer les foudres de ses haters, chaque jour plus nombreux, qui critiquent son virage commercial et vilipendent son attitude condescendante. Toutes choses pour lesquelles l’album sera descendu à sa sortie et provoquera une scission dans le microcosme hip-hop désormais partagé entre ses groupies inconditionnelles et ses haters. Il importe cependant de faire fi de ce clivage pour apprécier cet album à sa juste valeur.
On attendait énormément de productions d’Eminem et de Dr. Dre, il faudra se contenter de quelques bribes. Les deux monstres sacrés ne sont aux manettes que pour cinq titres. Deux prescriptions pas franchement exceptionnelles du bon docteur (Outta Control et Gunz Come Out) et trois legs du blondinet de Détroit suffisent cependant à faire son bonheur (Ce dernier s’invitant au micro sur le délirant Gatman et Robbin). Le reste de l’architecture sonore est confiée à divers producteurs plus ou moins connus. Paradoxalement ce sont eux qui donneront de l’épaisseur à la sauce. Après une intro sur fond de meurtre vite digérée, C. Styles & Bang Out nous prouvent qu’ils ne sont pas bons qu’à faire des titres clubs. In My Hood s’avère être une réussite et laisse augurer d’un album moins commercial que l’on voudrait nous le faire croire. Cette impression se prolonge avec un This Is 50 plutôt moyen mais surtout le très bon I’m Supposed To Die Tonight magnifiquement orchestré par Eminem. Les choses se gâtent cependant avec Piggy Bank, diss track torchonneuse sans aucun fondement. 50 s’en prend à Shyne, Jadakiss, Fat Joe, Lil Kim, Nas et Kelis, le tout sur un orchestration de Needlz qui n’est rien d’autre qu’un succédané du Let Me In de Young Buck. Ce titre sans éclat est la première grosse tâche de cet album. Dans le même giron on peut ranger le trio de bangers typés orientaux (Disco Inferno, Candy Shop, Just A Lil Bit) qui ne servent à rien qu’à assurer les ventes ainsi que quelques titres tout aussi peu convaincants (le très passable So Amazing et l’arrogant God Gave Me Style).
C’est lorsqu’il revient à un son plus East Coast que 50 atteint des sommets. Ses deux collaborations avec Hi-Tek (Get In My Car et Ryder Music) sont plus que convaincantes. D’autres tueries made in NYC comme Ski Mask Way, l’efficace Position Of Power et le surprenant I Don’t Need Em en viennent à faire regretter qu’il ne nous aie pas livré un album entier dans cette veine. Autres bonnes surprises My Toy Soldier avec un Tony Yayo qui se distingue, l’excellent Build You Up (surprenant qu’on en ait pas fait un single) en featuring avec Jamie Foxx et même dans une moindre mesure A Baltimore Love Thing apportent une réelle plus-value à ce disque. Le remix de Hate Or Love It situé en fin de disque en devient limite anecdotique.
Au final un disque de plutôt bonne facture, bien sur largement inférieur au précédent mais tout de même réussi dans son genre. Beaucoup de refrains chantés/chantonnés et pas mal de titres dispensables mais il serait hypocrite de ne retenir que ces errements. Bien sur on ne peut qu’être déçu au cas où l’on attendait une bombe, trouver que Curtis Jackson tourne en rond et ne se renouvelle pas, mais on ne peut sans ciller affirmer que cet album n’a aucune qualité et est juste bon à finir aux ordures. En dépit d’une Street Credibility au plus mal à l’époque, 50 continue son chemin vers la popularité de fort belle manière quitte à livrer un album en deçà de ses possibilités mais suffisamment accessible pour assurer les ventes. Après tout c’est tout ce qui lui importe.

14/20

Tracklist:

  1. « Intro » (Produit par Eminem)
  2. « In My Hood » (Produit C Styles et Bang Out)
  3. « This Is 50 » (Produit par Black Jeruz)
  4. « I’m Supposed To Die Tonight » (Produit par Eminem)
  5. « Piggy Bank » (Produit par Needlz)
  6. « Gatman And Robbin' » feat. Eminem (Produit par Eminem)
  7. « Candy Shop » feat. Olivia (Produit par Scott Storch)
  8. « Outta Control » (Produit par Dr. Dre)
  9. « Get In My Car » (Produit par Hi-Tek)
  10. « Ski Mask Way » (Produit par Disco D)
  11. « A Baltimore Love Thing » (Produit par Cue Beats)
  12. « Ryder Music » feat. Dion (Produit par Hi-Tek)
  13. « Disco Inferno » (Produit par C Styles et Bang Out)
  14. « Just A Lil’ Bit » (Produit par Scott Storch)
  15. « Gunz Come Out » (Produit par Dr. Dre)
  16. « My Toy Soldier » feat. Tony Yayo (Produit par Eminem)
  17. « Position Of Power » (Produit par Jonathan « JR » Rotem)
  18. « Build You Up » feat. Jamie Foxx (Produit par Scott Storch)
  19. « God Gave Me Style » (Produit par Needlz)
  20. « So Amazing » feat. Olivia (Produit par Jonathan « JR » Rotem)
  21. « I Don’t Need ‘Em » (Produit par Buckwild)
  22. « Hate It Or Love It » (G-Unit Remix) (Produit par Cool & Dre)