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Sortie: 22 Mai 2000

Label: Aftermath/Interscope

Producteurs: Dr. Dre, Mel-Man, F.B.T., The 45 King, Eminem

Qu’il est déjà loin le temps où Eminem n’était qu’un inconnu sorti d’on ne sait où par Dr. Dre. Un album à succès et de multiples controverses plus tard et Em s’est vu devenir une sulfureuse icône médiatique, cristallisant à lui tout seul les fantasmes d’une frange de fanas, l’acharnement d’une presse faussement bien-pensante ainsi que d’une nuée d’intégristes coincés desquels il se fait un plaisir de se jouer. Et ce en seulement un peu plus d’une année. Avantage son buzz est à son paroxysme. La seule évocation de son nom suffit à susciter l’hystérie. Adulé ou détesté, il faut bien avouer que le blondinet de Detroit a pris du galon depuis. Outre son statut public très rock star, il a réussi à conquérir le respect de ses pairs mais demeure cependant attendu au tournant, et il le sait. Afin de réussir au mieux son retour et démontrer qu’il n’est pas qu’un épiphénomène de plus du music business, il s’attèle à peaufiner son nouvel album qu’il veut encore plus percutant que le précédent. Il sait pertinemment qu’il doit revenir encore plus fort, encore plus percutant, encore plus décisif sans pour autant se dénaturer. Il peut heureusement compter sur le renfort de son mentor Dre ainsi que de ses frères d’armes de production: Jeff et Mark Bass.
Le come-back s’avère plus que réussi. Non content d’avoir mis tout le monde dans sa poche avec le rigolard et déjanté The Real Slim Shady, The Marshall Mathers LP s’évapore littéralement dans les bacs en s’écoulant à plus d’un million d’exemplaires dès sa première semaine d’exploitation. Il bénéficiera même d’un succès public sans précédent dans l’histoire du hip-hop. Voilà pour les financiers. Ce qui nous intéresse nous c’est sa musique et le moins que l’on puisse dire est que le blondin n’a pas chômé. Flow encore plus percutant, punchlines de malade, textes plus caustiques, multiples variations de voix, une impertinence encore plus affirmée et un sens de la provoc porté aux nues. Em est en pleine forme et nous en fait profiter tout au long d’un peu plus de 70 minutes. Il passe même derrière les machines pour l’occasion et fait ses débuts en tant que producteur sous le parrainage bienveillant de Dre et de l’équipe F.B.T. (composé des frères Bass pour ceux qui l’ignorent). Autre trait marquant de cet opus, il se livre d’avantage et nous offre le livre de son vécu tout au long du disque. Si les délires sont toujours présents et que son sens de la formule choquante est toujours aussi aiguisé, il n’en demeure pas moins un humain et revient sur ses rapports avec sa famille une fois de plus, mais évoque la façon dont il appréhende sa soudaine notoriété et les difficultés qu’entrainent ce nouveau statut. Un apport thématique supplémentaire qui va s’avérer de bon augure et qui couplé avec les arguments déjà évoqués plus haut feront de cet opus le meilleur de sa carrière.
Pour faire le lien avec son disque précédent, il le démarre par un nouveau Public Service Announcement qui a pour principal mérite de donner le ton. A peine avons-nous le temps de le digérer que débarque déjà une paire de tueries. Kill You impressionne par son tempo saccadé mais surtout par la violence des propos d’Em qui crache son fiel sur sa génitrice. Du jamais vu dans le rap mainstream. Suit ensuite la perle de storytelling Stan où il revient sur l’agitation qu’il suscite en s’incarnant en son plus grand fan, comme pour rappeler à tous que le fanatisme à ses limites et peut s’avérer destructeur. Cette reprise du Thank You de Dido (je ne vais pas vous refaire l’historique de ce titre) bénéficie bien sur du renfort de la belle et d’une production magistrale signée The 45 King. Ses deux titres s’avèrent être représentatifs du contenu de l’album qui compte plus d’un titre dans cette lignée intimiste. Em expose ses rapports avec la célébrité et  ses convictions sur le rageur The Way I Am ainsi que sur I’m Back. Il parle aussi des tracas de sa surexposition médiatique sur l’éponyme et autobiographique Marshall Mathers. Il évoque également la façon dont il est perçu par la jeunesse et le public dans Who Knew.  Il adresse également un titre malsain à sa femme en mettant en scène son assassinat consécutif à une dispute. Kim est en quelque sorte le prequel de 97 Bonnie & Clyde et ne manquera pas de choquer certains auditeurs, surtout qu’à la fin il finit par l’étrangler avant de mettre son cadavre dans le coffre de sa voiture. Un titre tout simplement poignant et tellement bien narré qu’on se sent absorbé par cette folie meurtrière.
Em ne fait heureusement pas que parler de lui sur cet opus. Si la touche autobiographique de ce disque est indéniable, il reste tout de même plus qu’efficace dans ce qui a fait, fait et fera son attrait: ses nombreux délires. Il ne se refuse rien et adresse un tir groupé au monde entier et surtout à l’Amérique bien-pensante. Le titre final Criminal est, au-delà d’une démonstration rapologique des plus abouties, un véritable concentré de provocations en tout genre. Rien n’échappe au blond qui raille les femmes, les gays, la police, les pouvoirs publics, et même ses pairs. Ken Kaniff repointe le bout de son nez pour un interlude ridiculisant Insane Clown Posse. Un nouveau protagoniste fait également son apparition sur ce disque: Steve Berman. Paul est bien sur toujours de la partie. Quand il évoque son retour c’est pour signer deux collaborations meurtrières. Il s’adjoint de Dre ainsi que de Snoop et Xzibit pour une nouvelle version de Bitch Please sur laquelle il brille comme toujours. Mais c’est la boucherie Remember Me qui marque indubitablement. Si RBX est en dessous de ses camarades de mic, le duel au sommet entre Sticky Fingaz d’Onyx et Em est de ceux qui laissent pantois. Ils signent chacun un couplet plus rageur qu’un pittbull affamé dont on ne se lasse pas sur un instrumental tranchant littéralement avec les autres par sa touche simpliste. Mais c’est finalement quand il est un tantinet irrévérencieux qu’on le préfère. Il s’en donne d’ailleurs à cœur choix sur un Drug Ballad à l’intitulé évocateur sur lequel il convie une fois de plus Dina Rae. Ce disque est également l’occasion pour lui d’offrir un peu d’exposition à son groupe, les joyeux délireurs de D12. Bizarre vient étaler ses lyrics biscornus sur le sombre et énervé Amityville aux influences rock avant que le groupe au grand complet ne rejoigne Em pour le barré Under The Influence et son refrain explicite.
Assurément le meilleur disque de la discographie d’Eminem. Jamais il n’avait été autant en verve et jamais il n’avait été aussi vrai. Plus qu’une confirmation, c’est une consécration. Marshall Mathers devient définitivement une icône du hip-hop avec cet opus. Il est au sommet de son art et met définitivement le monde de la musique à ses pieds. Si certains regretterons que sont explosion consécutive à celle du deuxième solo de son boss aie ramené dans le milieu une myriade de fans ne connaissant rien au hip-hop, on ne peut décemment affirmer que ce succès soit malvenu. Du moment qu’il a permis de sensibiliser plus de gens à cette musique, il est un peu prétentieux de bouder son plaisir. Un album indispensable.
18,5/20
Tracklist:
# Title Producer(s) Length
1. « Public Service Announcement 2000  » (feat. Jeff Bass (replaced with silence in clean version))) 0:25
2. « Kill You (listed as « **** You » in clean version) » Dr. Dre, Mel-Man 4:24
3. « Stan » (feat. Dido) The 45 King, Eminem (co) 6:44
4. « Paul » (skit) 0:10
5. « Who Knew » Dr. Dre, Mel-Man 3:47
6. « Steve Berman » (skit) 0:53
7. « The Way I Am«  Eminem 4:50
8. « The Real Slim Shady«  Dr. Dre, Mel-Man 4:44
9. « Remember Me? » (feat. RBX, Sticky Fingaz) Dr. Dre, Mel-Man 3:38
10. « I’m Back » Dr. Dre, Mel-Man 5:09
11. « Marshall Mathers«  F.B.T., Eminem 5:20
12. « Ken Kaniff » (skit) 1:02
13. « Drug Ballad » (feat. Dina Rae) F.B.T., Eminem 5:00
14. « Amityville » (feat. Bizarre) F.B.T. 4:14
15. « Bitch Please II » (feat. Dr. Dre, Nate Dogg, Snoop Dogg, Xzibit (« B**** Please II » in clean version)) Dr. Dre, Mel-Man 4:47
16. « Kim (replaced with « The Kids » in clean version) » F.B.T. 6:18
17. « Under the Influence » (feat. D12) F.B.T., Eminem 5:20
18. « Criminal » F.B.T., Eminem 5:20

Sortie: 31 Octobre 2000
Label: Roc-A-Fella/ Island Def Jam
Producteurs: Just Blaze, The Neptunes, Rick Rock, Kanye West, Rockwilder, Bink!, B-High, T.T., Memphis Bleek

Alors qu’il était censé prendre sa retraite après la sortie du dernier volet de sa trilogie, Jay-Z revient sur sa décision (sans doute à cause d’impératifs financiers) et fait son come-back avec un tout nouveau disque à l’intitulé quelque peu étrange: The Dynasty: Roc La Familia. Ce qui était originellement prévu être un album de collaboration des artistes Roc-A-Fella se voit donc transformé en album solo de Jay-Z aux fins d’assurer le maximum d’exposition (les solos de Memphis Bleek et Beanie Sigel n’ont pas fait platine. Ils semblaient donc manquer de poids pour porter cet album et qui de plus charismatique que Hova pour le faire décoller?) . Aussi il n’est pas surprenant d’être confronté à une présence envahissante de Beanie Sigel et Memphis Bleek. Amil n’apparait discrètement que sur un seul titre. Hova n’est « seul » que sur quatre titres, laissant même à Memphis Bleek le soin de lâcher l’efficace Holla en solo.

Première surprise de cet album, l’absence de DJ Premier, une première sur un projet de Jigga. Son absence ne se fera heureusement pas trop sentir vu que cet album est l’occasion de découvrir des beatmakers qui se distingueront par la suite avec Mr Carter: Just Blaze, Bink! et Rick Rock, mais aussi un certain Kanye West qui produit ici son tout premier titre: This Can’t Be Life sur lequel apparait Scarface. Un morceau de très bonne facture (porté par un texte fort) qui laisse déjà augurer la carrière que l’on sait pour le jeune producteur. Just Blaze fait quand à lui étalage de son talent en signant pratiquement une tuerie pour chacun de ses instrus. Il brille sur l’efficace anthem The R.O.C. et  le sublime Soon You’ll Understand. On le retrouve également aux manettes sur l’intro et les réussis Stick 2 The Script et Streets Is Talking. Rick Rock y va lui aussi de ses tueries avec Change The Game, le très bon Squeeze 1st, l’entrainant Get Your Mind Right Mami sur lequel se distingue le trio Hova-Mem Bleek-Snoop et le plus décalé Parking Lot Pimpin . Bink! apparait plus discret mais peut se targuer d’avoir réuni le plus de MC’s sur ses tracks avec le You, Me, Him And Her seul morceau sur lequel apparait la Roc La Familia au grand complet, ainsi que sur la perle 1-900-Hustler sur laquelle Freeway signe sa première apparition officielle.

Les titres les plus marquants émanent cependant de tierces producteurs. Tout d’abord le gros tube I Just Wanna Want To Love U (Give It 2 Me) produit de main de maitre par The Neptunes qui deviendra un incontournable en soirée. Pareil pour l’autre boucherie de l’album Guilty Until Proven Innocent produit par Rockwilder et totalement sublimé par la voix de miel de R. Kelly (ce qui apparait comme prémonitoire pour lui quand on connait le sens du texte). D’aucun trouveraient incongru d’associer un message politique à un instrumental aussi dansant, mais ne boudons pas notre plaisir. Ce morceau est tout simplement excellent. L’album se conclut sur le triste et très personnel Where Have You Been sur lequel  Beanie et Jay évoquent le père qu’ils n’ont jamais connus.

Un disque qui marque une transition dans la carrière d’Hova qui se découvre de nouveaux collaborateurs et entre de plein-pied dans le nouveau millénaire plus affuté que jamais. Exit le Jay-Z du siècle précédent. Reasonable Doubt est déjà loin derrière lui. Il est à présent prêt à renforcer son statut de légende avec un nouveau classique qui arrivera dès l’album suivant.

17/20

Tracklist

# Title Producer(s) Length
1. « Intro » Just Blaze 3:11
2. « Change the Game » (feat. Beanie Sigel & Memphis Bleek) Rick Rock 3:08
3. « I Just Wanna Love U (Give It 2 Me)«  The Neptunes 3:48
4. « Streets is Talking » (feat. Beanie Sigel) Just Blaze 4:45
5. « This Can’t Be Life » (feat. Beanie Sigel & Scarface) Kanye West 4:48
6. « Get Your Mind Right Mami » (feat. Memphis Bleek & Snoop Dogg) Rick Rock 4:22
7. « Stick 2 the Script » (feat. Beanie Sigel) Just Blaze 4:09
8. « You, Me, Him and Her » (feat. Beanie Sigel, Memphis Bleek & Amil) Bink! 3:45
9. « Guilty Until Proven Innocent » (feat. R. Kelly) Rockwilder 4:56
10. « Parking Lot Pimpin' » (feat. Beanie Sigel & Memphis Bleek) Rick Rock 4:15
11. « Holla » (feat. Memphis Bleek) Memphis Bleek & B-High 3:33
12. « 1-900-Hustler » (feat. Beanie Sigel, Memphis Bleek & Freeway) Bink! 3:51
13. « The R.O.C. » (feat. Beanie Sigel & Memphis Bleek) Just Blaze 4:07
14. « Soon You’ll Understand » Just Blaze 4:35
15. « Squueze 1st » Rick Rock 3:50
16. « Where Have You Been » (feat. Beanie Sigel) T.T. 5:36