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Sortie: 23 Février 1999

Label: Aftermath/Interscope

Producteurs: Dr. Dre, Mel-Man, Mark & Jeff Bass (Bass Brothers)

1998, Aftermath Records. Deux ans déjà que le bon docteur s’est libéré des sangles du label rouge pour poursuivre son aventure musicale au sein d’un tout nouveau label. Malheureusement la mayonnaise peine à prendre. La compilation inaugurale n’a pas convaincu grand-monde et les autres projets réalisés par la team du doc (le projet The Firm et la B.O. du film Bulworth) n’ont pas non plus été plébiscités. De plus son second album n’étant toujours pas d’actualité, les fans se posaient de sérieuses questions sur l’avenir de cette structure aussi prometteuse que fragile. C’est alors que Dr. Dre surprend tout le monde en signant un MC blanc alors totalement inconnu: Eminem. Première réaction, tout le monde se demande si notre cher Andre Young ne travaille pas un peu du chapeau. Pourquoi miser sur un inconnu qui n’a rien sorti d’autre qu’un premier album impersonnel et un EP fielleux aux accents revanchards? De plus il vient de Détroit, ville peu représentative du hip-hop à l’époque et pour ne rien arranger il est blanc (A l’époque il était acquis pour beaucoup que les blancs ne savaient pas rapper, merci Vanilla Ice). Dre sait pourtant ce qu’il fait. Lui seul a su voir le potentiel de Marshall Mathers. C’était tout de même un sacré pari de le signer en ne se basant que sur le contenu d’un EP anecdotique sorti au plan local. Mais qu’importe, séduit par ce disque il prend Em sous son aile et il entame derechef  la réalisation de son album. Pour faire monter le buzz il ressort en single le Just Don’t Give A Fuck du Slim Shady EP. Mais c’est avec le détonant My Name Is que le grand public sera conquis. Un titre brillant tout en second degré et en rimes acides qui lui servira de carte de visite et le fera entrer par la grande porte dans le cercle des artistes attendus.

Dans la foulée de ce single de choix et du EP, The Slim Shady LP se révèle être un album à appréhender avec une bonne dose de recul, tant la provoc, l’insolence et le cynisme sont portés à leur paroxysme. Les petits esprits hallucinèrent direct à l’écoute de ses textes aussi venimeux qu’un crotale. Eminem et son alter-égo maléfique Slim Shady nous plonge dans un monde en pleine déliquescence où  toute vérité est bonne à dire et dans lequel tout le monde en prend pour son grade. Un véritable délire schizophrénique sur disque. On se rappelle des piques envoyées à ses proches dans My Name Is, et bien ce titre à de multiples petits frères dans cet album. Slim ne rate pas une occasion d’égratigner tout et tout le monde comme sur le rageur Just Don’t Give A Fuck et sa suite Still Don’t Give A Fuck. Il en remet une couche sur Guilty Conscience et d’autres titres à prendre au trente-sixième degré. Le paroxysme est atteint avec le glauque 97 Bonnie & Clyde où il parle de se débarrasser du corps de son épouse. Gonflé pour un titre censé s’adresser à sa fille non? Ce disque est aussi l’occasion pour Eminem de nous faire découvrir l’univers des white-trash. Ces blancs pauvres oubliés de l’American Dream qui vivotent dans des roulottes en consommant drogues, alcools et naviguant d’un petit boulot à un autre sans aucune perspective d’avenir. Le sublime Rock Bottom résume à lui tout seul le quotidien de ces désaxés. Pour le reste cet album pose les bases de son univers en introduisant des personnages et délires récurrents via titres et interludes. Paul (qui n’est autre que Paul Rosenberg son manager) intervient ainsi pour la première fois. Pareil pour l’irrévérencieux Ken Kaniff qui signe également sa première apparition. Si Steve Berman, ultime pygmalion shadyesque n’est pas encore présent,  Eminem continue de nous faire découvrir son monde via des thématiques qui hanteront toute sa discographie. Outre les coups de provoc et rimes acerbes savamment distillées sur pas mal de titres, les constantes références à sa famille et son passé, il évoque également son addiction aux drogues sur My Fault, se livre à sa façon sur Role Model et If I Had et se définit sur I’m Shady pétrissant ses lyrics d’une bonne dose d’humour noir.Même lorsqu’il se veut plus léger, il ne peut s’empêcher de vouloir choquer. Il nous gratifie ainsi de Cum On Everybody (pas la peine de traduire ce jeu de mots), titre festif à l’intitulé évocateur sur lequel Dina Rae signe elle aussi sa première apparition. Même les rares invités se mettent au diapason. Dr. Dre se prête au délire de Guilty Conscience tandis que le régional de l’étape Royce Da 5’9″ livre une performance d’excellente facture sur Bad Meets Evil.
Au final ce pétage de plomb phonographique est une réussite en tous points. Eminem transforme l’essai du EP du même nom en livrant un disque d’excellente facture marquant d’un sceau de fer son entrée dans le cercle des gros vendeurs et des artistes attendus. Une œuvre à la fois complexe et décomplexée, sachant ne pas se prendre au sérieux naviguant entre ironie des plus caustiques et délire maniaco-dépressif. Le principal mérite de Dr. Dre aura été de se mettre en retrait (il ne produit que trois titres) et de laisser le champ libre aux alors inconnus Bass Brothers (les producteurs attitrés d’Eminem jusque là, artisans du EP) qui livrent un travail sans fioritures. Peut-être pas un classique mais un disque en tous points irréprochables quand on parvient à saisir les nuances des lyrics d’Em et qu’on se laisse conquérir par ce flow fluide devenu depuis sa marque de fabrique.
18/20
Tracklist:
# Title Writer(s) Producer(s) Length
1. « Public Service Announcement » (skit performed by Jeff Bass and Eminem) 0:33
2. « My Name Is«  Marshall Mathers, Andre Young Dr. Dre 4:28
3. « Guilty Conscience » (feat. Dr. Dre. in clean version edited or backmasked.) Mathers, Young Dr. Dre, Eminem 3:19
4. « Brain Damage » Mathers, Jeff Bass, Mark Bass Bass Brothers, Eminem 3:46
5. « Paul » (skit performed by Paul Rosenberg) 0:15
6. « If I Had » (feat. Kristie Abete) Mathers, J. Bass, M. Bass Bass Brothers, Eminem 4:05
7. « ’97 Bonnie & Clyde«  Mathers, J. Bass, M. Bass Bass Brothers, Eminem 5:09
8. « Bitch » (skit performed by Zoe Winkler clean version Zoe.) 0:19
9. « Role Model » Mathers, Young, Melvin Breeden Dr. Dre, Mel-Man 3:25
10. « Lounge » (skit feat. Bass Brothers) 0:46
11. « My Fault » Mathers, J. Bass, M. Bass Bass Brothers, Eminem 4:01
12. « Ken Kaniff » (skit feat. Aristotle & Bass Brothers) 1:16
13. « Cum on Everybody » (feat. Dina Rae clean version Come On Everybody.) Mathers, J. Bass, M. Bass Bass Brothers, Eminem 3:39
14. « Rock Bottom » Mathers, J. Bass, M. Bass Bass Brothers 3:34
15. « Just Don’t Give a Fuck clean version Just Dont Give. » Mathers, J. Bass, M. Bass Bass Brothers, Eminem 4:02
16. « Soap » (skit performed by Jeff Bass & Royce da 5’9″) 0:34
17. « As the World Turns » Mathers, J. Bass, M. Bass Bass Brothers, Eminem 4:25
18. « I’m Shady » Mathers, J. Bass, M. Bass Bass Brothers, Eminem 3:31
19. « Bad Meets Evil » (feat. Royce da 5’9″ & Jeff Bass) Mathers, J. Bass, M. Bass, Ryan Montgomery Bass Brothers, Eminem 4:13
20. « Still Don’t Give a Fuck clean version Still Dont Give. » Mathers, J. Bass, M. Bass Bass Brothers, Eminem 4:12
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Sortie: 28 Décembre 1999
Label: Roc-A-Fella/ Island Def Jam
Producteurs: DJ Premier, Rockwilder, Timbaland, DJ Clue, Swizz Beatz, Irv Gotti, K-Rob, Digga, Ken « Duro Ifill, Russ, SAF, Chauncey Mahan, Lil’ Rob

Après deux albums diversement accueillis par le public, Hova boucle la boucle avec ce disque qui vient conclure sa trilogie. On peut sans peine arguer que le meilleur a été gardé pour la fin, vu qu’il s’agit de son disque le plus abouti en dépit d’un impact commercial moins important que son predécesseur. Life And Times s’avère d’ailleurs être un de ses disques les plus méconnus. En dehors de ses singles peu de gens en garde un grand souvenir. La faute peut-être à une musicalité peu évidente à appréhender.  Les instrumentaux sortent en effet clairement de l’ordinaire et ont une touche futuriste qui à au moins le mérite de ne ressembler à aucune autre sortie du moment. Considéré comme une tare lors de sa sortie, cet état de fait va au contraire à le rendre meilleur, lui conférant une durée de vie largement supérieure aux deux autres volets de la trilogie.

Vous l’aurez donc compris, Jay-z livre ainsi son album le plus avant-gardiste. Il ne suit pas la tendance, mais la précède de plusieurs années et signe là son disque le plus novateur à défaut d’être son meilleur. L’architecture sonore est essentiellement l’oeuvre de Timbaland, jusqu’alors plus connu pour ses prods pour Missy Elliott et divers artistes de la scène R&B.  Le Virginien s’en donne à coeur joie et livre des titres impressionnants d’esthétisme à l’image du single Big Pimpin’ (Featuring UGK) qui associe des sonorités aussi diverses qu’improbables (flute de pan, bounce sudiste, sons électroniques). Il n’en reste cependant pas là et délivre un lent et excellent It’s Hot (Some Like It Hot) où l’on croit reconnaitre une pique à 50 Cent (alors en cours d’enregistrement de son Power Of The Dollar), un Snoopy Track bouncy et synthétique sur lequel s’invite le Hot Boy Juvenile et un tribal It’s That Yo Bitch dans le pur style des sons qu’il avait  l’habitude d’usiner pour Missy Elliott (qui assure d’ailleurs le refrain), occasion pour Jigga de se lancer dans un fast flow éfrenné avec le maitre du genre en l’occurrence Twista (Ce titre sera malheureusement retiré de la version US de l’album suite au leak de l’album et remplacé par There’s Been A Murder, un morceau peu convaincant qui apparait presque comme incongru au sein de cet album). Mais c’est sur Come & Get Me la dernière production de Timbaland que l’expérimentation atteint des sommets. Un son asymétrique plutôt accrocheur au début avec ensuite une variation digne d’un film de science-fiction avant de revenir à un instrumental plus régulier, le tout excellement rappé (comme tout au long de cet album d’ailleurs) par Hova.

Les autres producteurs conviés délivrent eux aussi des sons tout aussi étranges pour les oreilles non-averties.  DJ Premier reste égal à lui même sur l’excellent So Ghetto, mais les livraisons de Rockwilder (l’expérimental Do It Again [Put Ya Hands Up] et le punchy NYMP aux influences rock) et Swizz Beatz ( le presque trop conventionnel Things That U Do en duo avec Mariah Carey et les deux hidden tracks Jigga My Nigga [Déja présent sur la compilation Ruff Ryders Vol. 1] et Girl’s Best Friend [déjà entendu lui aussi]) ont plutôt tendance à dérouter. Heureusement que les autres morceaux sont un peu plus consensuels. DJ Clue s’arrache pour donner un Pop 4 Roc sur lequel apparait la famille Roc au grand complet et les peu connus Russ & SAF nous gratifient d’un S.Carter . On a même droit à un succedané de Hard Knock Life en fin de disque avec Anything qui reprend la même recette gagnante mais avec moins de brio (Titre uniquement disponible sur les versions internationales). La bonne surprise vient du dre-esque Watch Me produit par Irv Gotti sur lequel le bon docteur assure le refrain (Ce titre n’existe que sur la version US, il est remplacé par une Hova Interlude sur les versions internationales).

Assurément l’un des meilleurs disques de Jay-Z. Il convient cependant de ne pas se laisser abuser par la couleur instrumentale peu commune pour pleinement l’apprécier. Il conclut en tout cas magistralement la trilogie et prouve qu’Hova est capable de bien plus que d’offrir une simple mise en équation de ses talents. Les lyrics ne sont peut-être pas les plus pointus mais ils sont utilisés à bon escient. Un album à découvrir.

18/20

Tracklist

# Title Length Producer(s)
1 « Hova Song (Intro) » 2:21 K-Rob
2 « So Ghetto » 4:01 DJ Premier
3 « Do It Again (Put Ya Hands Up) »
(feat. Beanie Sigel & Amil)
4:39 Rockwilder
4 « Dope Man » 4:03 DJ Clue, Darrell ‘Digga’ Branch, Ken « Duro » Ifill, Lance ‘UN’ Rivera (co-producer)
5 « Things That U Do »
(feat. Mariah Carey)
4:52 Swizz Beatz
6 « It’s Hot (Some Like It Hot) » 4:16 Timbaland
7 « Snoopy Track »
(feat. Juvenile)
4:01 Timbaland
8 « S. Carter »
(feat. Amil)
4:14 Russell « Russ » Howard, Sean « SAF » Francis, Chauncey Mahan (co-producer)
9 « Pop 4 Roc »
(feat. Beanie Sigel, Memphis Bleek, & Amil)
4:36 DJ Clue, Ken « Duro » Ifill
10 « Watch Me »
(feat. Dr. Dre)
4:34 Irv Gotti & Lil’ Rob
11 « Big Pimpin’ »
(feat. UGK)
4:45 Timbaland
12 « There’s Been a Murder » 3:40 Russell « Russ » Howard, Sean « SAF » Francis, Chauncey Mahan (co-producer)
13 « Come and Get Me » 6:09 Timbaland
14 « NYMP » 4:03 Rockwilder
15 « Hova Song (Outro) » 1:26 K-Rob
* « Jigga My Nigga«  5:23 Swizz Beatz
* « Girl’s Best Friend«  3:59 Swizz Beatz

Sortie: 23 Novembre 1999
Label: Ill Will/ Columbia
Producteurs: L.E.S., Dame Grease, DJ Premier, Havoc, Timbaland, Rich Nice, Nashiem Myrick & Carlos Broady

Le moins que l’on puisse affirmer est que la côte de Nas n’est pas au mieux en cette fin d’année 2000. En dépit du succès commercial d’It Was Written et I Am… ses deux précédents albums, le street poet est la cible de critiques plus ou moins acerbes d’une frange de plus en plus grandissante de listeners lui reprochant de s’être dilué au contact du dollar-roi. I Am… s’était ainsi pris une volée de bois vert de la part des hip-hop heads horrifiés de voir l’une de leurs valeurs sures sombrer dans la facilité. Honni par la base, Nas se devait donc de réagir au plus vite. Première nouveauté, la création d’Ill Will Records, son propre label. Annonce d’une résurrection musicale ou plongée encore plus profonde dans le clinquant milieu de l’entertainment? Nous n’aurons pour seule réponse qu’une volonté affirmée d’assumer son indépendance (surtout que l’interventionnisme de Steve Stoute a en partie été la cause des critiques faites à l’opus précédent). Soit mais qu’en est-il du futur? Pas de quoi paniquer, Nas annonce la sortie prochaines des titres retirés de la tracklist originelle de I Am… Réputés plus consensuels, ces sons dont on a pu entendre quelques bribes sur diverses mixtapes laissaient à penser que Nasir Jones reviendrait encore plus fort après un album décevant. Qu’importe alors que ce futur disque d’Unrealesed tracks sorte la même année que son prédécesseur multi-platiné. Du moment que son auteur revient à la rue c’est toujours ça de gagner. Nas a cependant plus d’un tour dans son sac. Il surprend tout le monde en révélant être retourné en studio enregistrer un nouvel album. Ce ne seront donc pas des chutes de studios mais un véritable album qui sera livré. Seul hic au vu de sa dernière sortie, on est plutôt tentés de ne pas mourir d’impatience et de nous contenter d’un « Attendons voir ce que ça donne ». Arrive enfin le premier single « sobrement » intitulé Nastradamus (du même titre que l’album). Ce titre était censé annoncé son retour aux affaires, mais il s’avère peu captivant et surtout peu convaincant. Le sample de James Brown, usiné par un L.E.S. de moins en moins inspiré, conserve un minimum d’efficacité, mais cela s’avère insuffisant pour nous rassurer. Devant l’accueil mitigé de cet éclaireur, Nas décide de sortir directement le disque.
On avait tous espéré la grande résurrection de Nas avec cet album, mais les écoutes des différentes pistes viennent confirmer qu’il s’enfonce de plus en plus. Nas n’a jamais été aussi décevant que sur ce disque. Performances en dents de scie, mauvais choix de productions, featurings peu fructueux, Nas est vraiment en petite forme sur ce disque. Pis il semble avoir égaré sa plume légendaire lors des sessions d’I Am… Pour du Nas l’album s’avère pénible à écouter. On y trouve même deux titres franchement agaçants: un Big Girl sans aucun relief et un New World plus que faiblard reprenant un sample des plus grillés (Africa de Toto) produit par un L.E.S. définitivement hors du coup sur cet album. Même sa collaboration avec DJ Premier (Come Get Me) s’avère peu captivante. Un titre moyen à des années-lumière des New York State Of Mind et autres Nas Is Like. D’autres titres tout aussi ternes comme God Love Us ou Some Of Us Have Angels plombent aussi l’album. Tout comme un Quiet Niggas irritant où s’invitent les Bravehearts.
Heureusement un MC du calibre de Nas ne peut définitivement se complaire dans ce boui-boui quelconque. Il revient heureusement à lui de temps à autres sur des titres plus conformes à ce qu’on était en droit d’attendre de lui. Life We Choose où il revient sur le côté obscur de la vie de star et l’efficace Last Words en duo avec Nashawn viennent relever le niveau. Ses deux collaborations avec Havoc (à la production sur le sublime Shoot’Em Up puis au micro avec son acolyte de Mobb Deep, Prodigy, sur Family ) sont deux des hauts faits de ce disque. Le mélancolique Project Windows en collaboration avec Ron Isley est lui aussi de bonne facture, mais c’est trop peu pour un album qui était censé marqué un tournant dans la carrière de Nas. Au point que le hit You Owe Me boosté par Ginuwine sur une production de Timbaland s’avère presque convaincant au vu du manque d’éclat de cette copie rendue. Nas nous avait habitué à de l’excellent on ne peu se contenter du moyen.
Vous l’aurez donc compris cet album est en tous points perfectible et pourrait aisément être taxé d’indigne de Nas. Le point culminant de sa régression artistique est atteint avec ce projet insipide au regard de sa discographie. Quelques titres intéressants mais franchement trop moyen pour du Nasir Jones. Un de ses projets les plus mitigés.

12/20

Tracklist:

  1. The Prediction [Produced by Rich Nice]
  2. Life We Choose [Produced by L.E.S.]
  3. Nastradamus [produced by L.E.S.]
  4. Some Of Us Have Angels [Produced by Dame Grease]
  5. Project Windows (Featuring Ronald Isley) [Produced by Nashiem Myrick and Carlos Brody. Reproduced by Poke & Tone]
  6. Come Get Me [Produced by DJ Premier]
  7. Shoot ‘Em Up [Produced by Havoc]
  8. Last Words (Featuring Nashawn Millenium Thug) [Produced by L.E.S.]
  9. Family (Featuring Mobb Deep) [Produced by Dame Grease]
  10. God Love Us [Produced by Dame Grease]
  11. Quiet Niggas (Featuring The Bravehearts) [Produced by Dame Grease]
  12. Big Girl [Produced by L.E.S.]
  13. New World [Produced by L.E.S.]
  14. U Owe Me (Featuring Ginuwine) [Produced by Timbaland]
  15. The Outcome [Produced by Rich Nice]

Sortie: 6 Avril 1999
Label: Columbia
Producteurs: L.E.S., DJ Premier, Trackmasters, Timbaland, Alvin West, Dame Grease, Nashiem Myrick, Carlos Broady, D-Moet, Pretty Boy

Auteur d’un premier album certifié classique intemporel, Nas traine depuis lors comme un boulet cette performance. Tous ses albums sont depuis comparés à Illmatic, ce qui lui attire régulièrement les foudres des puristes et haters de tout poil. Ainsi l’excellent It Was Written a été descendu par une critique peu objective en dépit de la qualité du disque. L’album de son groupe The Firm bien que co-produit par Dr Dre et les Trackmasterz a lui aussi subit le même sort. Nas entend cependant remettre les pendules à l’heure en annonçant un futur double album intitulé I Am…The Autobiography. Il affichait d’ailleurs une confiance aveugle en ce projet qu’il voulait à mi-chemin entre ses deux premiers opus. « Mouais, mouais » serait-on tentés de se dire tant le scepticisme était de rigueur. Mais l’annonce de la présence de DJ Premier en plus des Trackmasterz derrière la console a de quoi rassurer. L’affaire s’annonçait donc de bonne facture mais c’était sans compter avec les désidératas de Steve Stoute qui contraint Nas à réduire son album (certains titres resteront inédits).

Les doutes sont cependant levés dès la livraison du premier single. Porté par une production de DJ Premier plus qu’efficace, Nas Is Like fait l’unanimité dans le microcosme hip-hop et même au-delà. Cet egotrip est à n’en point douter l’un de ses meilleurs titres tout albums confondus. Pile poil ce qu’il faut pour mettre l’eau à la bouche et se prendre à rêver à un nouvel Illmatic. Espoir déçu vu que l’intéressé réaffirme sa volonté de ne pas en refaire un. Pis il règle même ses comptes avec les puristes avec Hate My Now, second single au titre évocateur où il bénéficie du renfort de Puff-We-Don’t-Stop-Cause-We-Can’t-Stop-Daddy. Qu’importe les critiques, Nas assume son nouveau virage et tant pis pour les déçus. Un second extrait qui achèvera de diviser ses fans mais aussi les auditeurs en général qui ne savent plus trop à quoi s’attendre avec ce nouvel album. Rap Ghetto ou Hip-Hop commercial? Les spéculations vont bon train et non pour seul effet que d’accentuer l’intérêt porté à cet album dont le titre sera finalement raccourci en I Am…
Le moins que l’on puisse dire à la livraison de ce projet est que Nas a finalement offert exactement ce qu’il avait annoncé. La déception fut cependant si grande chez les auditeurs que certains n’ont pas hésité à le qualifier de pire album de Nas. Sans tomber dans l’extrémisme et avec du recul, il faut bien reconnaitre que cet avis, un tantinet excessif n’est pas fondé. Bien sur il ne s’agit pas d’un succédané d’Illmatic (il n’en atteint pas la puissance) et il s’avère sommes toutes moins bon que son opus précédent, mais I Am… est tout de même un bon disque. Certains persifleront à cause de la couleur musicale plus qu’accessible et de certains morceaux peu inspirés mais dans l’ensemble l’album est plus que correct en dépit de la mauvaise réputation dont il est affublé depuis sa sortie.
Après une intro comportant un medley de ses deux précédents albums, on entre dans le vif du sujet avec le très bon New York State Of Mind Part II, nouvelle collaboration réussie avec un DJ Premier en verve. Un titre qui nous prouve qu’on peut toujours compter sur Nas pour un titre fort. Passons le polémique et déjà connu Hate Me Now et attardons-nous sur Small World où il nous fait de nouveau admirer sa finesse lyricale. Suivent un duo efficace avec Scarface et l’un des premiers couacs de l’album: We Will Survive. Pas que le titre en lui-même soit catastrophique, mais la mollesse de la prestation de Nas irrite. De plus pour un hommage à 2Pac et B.I.G. on était en droit d’espérer un peu plus d’implication. A compter de ce titre on va osciller entre le bon et moins bon. Les titres corrects (Ghetto Prisonners, I Want To Talk To You et le puissant Life Is What You Make It en featuring avec DMX) se retrouvent perdus entre le terne You Won’t See Me Tonight et le franchement insipide Dr Knockboot (un de ses plus mauvais titres, l’instru rappelle d’ailleurs le You Got That de Cam’ron ). Toutes choses qui donne une impression d’inégalité, surtout que Nas ne nous avait pas habitué à un tel manque de régularité. Ajoutons à cela un K-I-SS-I-N-G sans grand éclat (samplant le hit When A Woman Fed Up de R. Kelly sorti seulement un an plus tôt) et un Money Is My Bitch dont le texte a rebuté plus d’un et on a matière à comprendre les griefs émis à l’encontre de cet album. Heureusement perdurent quelques éclairs de génie comme les deux titres avec DJ Premier ou encore le sublime Undying Love qui conclue merveilleusement l’album.
Au final l’album s’avère moyen à l’aune de Nas. On ne peut qu’être déçu quand on a encore en mémoire les deux précédents opus mais l’album reste cependant correct en dépit d’un virage plus rnbisé clairement assumé. Bien sur les puristes et haters de tout poil ont largement matière à critiquer mais il n’en demeure pas moins qu’I Am… est à ce jour le projet le plus accessible de Nas. L’album idéal pour découvrir Nasir Jones.

14/20

Tracklist

1. Album Intro

2. NY State Of Mind Pt. II
Produced by DJ Premier
Sample: »NY State Of Mind » by Nas

3. Hate Me Now (Feat. Puff Daddy)
Produced by Pretty Boy & D. Moet, and Tone & Poke

4. Small World
Produced by Nashiem Myrick

5. Favor for A Favor (Feat. Scarface)
Produced by L.E.S.

6. We Will Survive
Produced by Poke & Tone
Excerpts: « This Is It » written by Loggins & McDonald

7. Ghetto Prisoners
Produced by Grease

8. You Won’t See Me Tonight (Feat. Aaliyah)
Produced by Timbaland

9. I Want To Talk To You
produced by L.E.S.

10. Dr. Knockboot
Produced by Poke & Tone
Eexcerpts: « Say What » by Dave Matthews

11. Life Is What You Make It (feat. DMX)
produced by L.E.S.

12. Big Things
Produced by Alvin West
Excerpts:n « Them From Mohogany » written by Gerald Masser & Micheal Masser

13. Nas Is Like
Produced by DJ Premier
Sample: « It Ain’t Hard To Tell » by Nas

14. K-I-S-S-I-N-G
Produced by L.E.S.
Sample: « When A Womans Fed Up » R. Kelly published

15. Money Is My Bitch
Produced by Alvin West

16. Undying Love
Produced by L.E.S.