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Lorsqu’on évoque les groupes majeurs du rap français des années 90, les noms qui reviennent le plus souvent sont NTM, IAM, le Ministère A.M.E.R., Idéal J ou la Fonky Family. Rares sont ceux qui citent la Mafia Trece, groupe pourtant signataire d’un premier album de qualité, mais trop souvent ignoré et relativement inconnu de ceux qui ont commencé à écouter du rap ces dernières années. La Mafia Trece est en fait un collectif réunissant plusieurs groupes et rappeurs venant du 13e arrondissement de Paris (d’où le Trece qui est le chiffre 13 en espagnol) mais aussi d’Ivry-sur-Seine. Il est principalement composé de deux groupes: Echo du Sud (Cochise et Aspeak) et Moovens’ (Awax, Vas Keypa et G-Wild), mais aussi de jeunes MC’s qui démarraient leur carrière (OG K a.k.a South Cide, Yannick, Don J.O. a.k.a. DJ Effa, Diam’s…). S’étant fait remarqué sur des radios communautaires et quelques apparitions de ses membres sur des projets extérieurs, le collectif posera la première pierre de sa légende avec son premier album intitulé Cosa Nostra en référence à l’imagerie mafieuse que véhicule le groupe.

Qu’est ce qui différencie donc la Mafia Trece des nombreux groupes qui ont fait l’âge d’or du rap Français? Tout d’abord un sens de la mise en scène novateur dans le paysage rapologique hexagonal. Les MC’s ne se contentent pas de poser les uns à la suite des autres sur les instrumentaux. Ils font bien mieux en jouant des rôles. Tous les titres suivent un scénario prédéfini et chaque intervenant incarne un personnage tout au long du morceau. Certains d’entre eux sont même récurrents et apparaissent sur plusieurs titres. Ce sens de la mise en scène quasi-théâtrale va s’avérer être la grande force du disque. On se plait à suivre les pérégrinations de cette bande de banlieusards qui relatent leur quotidien de façon quasi-cinématographique. On se retrouve totalement en eux qu’ils soient au tribunal (Je Plaide pour la rue), face à des huissiers ( Rencontre du 13e type), ou au commissariat (La loi du Silence). Autre particularité les références cinématographiques sont légion dans cet album (les titres des morceaux en portent d’ailleurs les stigmates). Outre les films de gangster et autres thrillers, ils s’inspirent également des films de kung-fu et de la culture asiatique. Le premier titre qui sert accessoirement de présentation générale le reflète d’ailleurs parfaitement.

Pour ce qui est de l’album en lui même, il s’avère être très bien produit. DJ Effa s’illustre avec des instrumentaux variés qui donne aux textes leur pleine mesure en les mettant parfaitement en valeur. Si les thèmes sont dans la moyenne de l’époque ( Vie de famille, histoires de rue, problèmes avec l’autorité, évocation de conflits armés…) et que les rappeurs ne brillent pas forcement par leur technicité au mic, le rendu est plus qu’intéressant. On note ainsi une flopée de tueries toutes plus percutantes les unes que les autres. Comment ne pas se laisser séduire par le sample accrocheur d’A la recherche du mic perdu où le mélodique Rencontre du 13e Type qui reprend un morceau de musique classique. Parmi ces individualités quelques rappeurs se distinguent tout de même. Tout d’abord Yannick qui apparait un cran au-dessus des autres avec un flow maitrisé et des rimes efficaces (il s’illustrera d’ailleurs sur un titre solo: Le mauvais chemin qui est l’un des meilleurs du disque) . Sa seule présence sur un titre le bonifie de façon quasi-systématique. Dans le même ordre on pourrait également citer Aspeak et Awax qui s’ils ne jouent pas forcement dans la même registre font preuve d’une grande complémentarité. Si le premier à pour lui une voix transpirant l’émotion, le second brille par ses qualités stylistiques. Intervenant de façon plus régulière que Yannick, se sont pratiquement eux qui vont imprimer l’identité vocale de cet album.

On dénombre également pas mal d’invités. On pourrait hâtivement penser que leur présence ne s’impose pas vu que le collectif est tout de même constitué de 11 membres mais ses featurings vont s’avérer décisifs. Oxmo Puccino met tout le monde d’accord en outshinant les autres rappeurs sur O.M.U. On note également les très bonnes prestations des différents intervenants sur Le Flow qu’il te faut, un freestyle réunissant en plus des membres de la Mafia, Daddy Lord C de La Cliqua, Dontcha, Leeroy d’Explicit Samurai (il interviendra d’ailleurs sur d’autres titres) et Al Primera. Il remettront ça avec l’excellent Détour vers le futur qui convie La Brigade, Pit Baccardi, Al Primera et la rappeuse Silf (qui rejoindra le groupe par la suite).

Un album a ranger parmi les classiques du rap français. Relativement mésestimé mais tout simplement énorme. A posséder.

18/20

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Sortie: 4 Novembre 1997
Label: Roc-A-Fella/ Def Jam
Producteurs: DJ Premier, The Hitmen, Ski, Big Jaz, Anthony Dent, Poke & Tone, Buckwild, Nashiem Myrick, , Teddy Riley & Chad Hugo

Après un premier album qui avait fait l’unanimité, le retour de Jay-Z était plus qu’attendu. Il faut dire que de l’eau a depuis coulé sous les ponts. Son ami The Notorious B.I.G. ayant été assassiné en début d’année, il se retrouve en première ligne pour lui succéder. Beaucoup voient déjà en lui le futur King Of New-York. Toutes choses qui vont sans doute lui mettre trop de pression.

Jay signe donc son retour avec un album constituant le premier volet d’une trilogie. Autant dire que ceux qui attendaient un album dans la lignée du précédent furent déçus. Jay-Z a cédé aux grandes tendances de l’époque en conviant l’équipe de Bad Boy Records (alors en pleine gloire) pour la réalisation de cet album qu’il a vraisemblablement voulu accessible. Toutes choses qui a pour principal effet de mettre en retrait les artisans sonores du premier opus. Malheureusement les Bad Boy Hitmen n’ont pas le brio d’un Ski ou d’un Premier, se contentant de sampler à tout-va sur toutes leurs livraisons. On note également une poignée de tracks alimentaires orientées grand public ( le guimauvesque Lucky Me, le plus que douteux I Know What Girls Like pollué par Puff Daddy et Lil Kim…) et d’autres peu inspirées (The City Is Mine qui invite Blackstreet, Le soulful You Must Love Me avec Kelly Price ou encore Sunshine, collaboration plus qu’accessible avec Foxy Brown et Babyface) qui plombent l’album et lui vaudront d’être boudé par la critique.

Heureusement Hova a toujours sa dextérité lyricale pour lui et retrouve son efficacité sur les sons moins mainstream. Les deux productions de DJ Premier (l’excellent A Million And One Questions / Rhym No More et le sublime Friend Or Foe) relèvent le niveau, tout comme celles de Ski (L’énorme Streets Is Watching et le tubesque Who You Wit II) et font regretter qu’ils soient si effacés sur cet album.  de plus Jigga est encore capable de livrer de très bons textes comme Imaginery Player, le subtil Rap Game/Crack Game (où il sample Nas une fois de plus) et son duo très réussi avec Too $hort, Real Niggaz. Il se montre aussi parfaitement à son aise sur des instrumentaux moins grand public comme Where I’m From ou encore le très bon Face Off avec Sauce Money (qui reprend tout de même le Soul Makossa de Manu Dibango). Trop peu cependant pour faire oublier les relents commerciaux qui exhalent de cet album et la trop grande discrétion de sa vibe street.

Un disque plus que contrasté de Jay-Z qui manque la transformation de son premier essai. A vouloir contenter le grand public et faire un album à la sauce Jiggy, le MC de Marcy s’est fourvoyé, s’attirant au passage les foudres d’une critique assassine trop heureuse de le démonter. Si beaucoup ne retiendront que son supposé retournement de veste, il convient cependant de remarquer que ce disque s’avère être un album-charnière dans sa carrière. Les futures tendances de sa carrière y sont en effet résumées et les sorties suivantes viendront confirmer cet état de fait. Rien que pour ça In My Lifetime vaut le détour.

14/20

Tracklist

# Title Producer(s) Time
1 « Intro: A Million and One Questions/Rhyme No More » DJ Premier 3:21
2 « The City Is Mine » (feat. Blackstreet) Teddy Riley & Chad Hugo 4:02
3 « I Know What Girls Like » (feat. Lil’ Kim & Puff Daddy) Sean « Puffy » Combs, Ron « Amen-Ra » Lawrence for The Hitmen 4:50
4 « Imaginary Player » Daven « Prestige » Vanderpool for The Hitmen 3:57
5 « Streets Is Watching » Ski 3:58
6 « Friend or Foe ’98 » DJ Premier 2:09
7 « Lucky Me » Steven « Stevie J » Jordan for The Hitmen, Buckwild 4:59
8 « (Always Be My) Sunshine » (feat. Foxy Brown & Babyface) Daven « Prestige » Vanderpool for The Hitmen 4:43
9 « Who You Wit II«  Ski 4:29
10 « Face Off » (feat. Sauce Money) Poke and Tone 3:31
11 « Real Niggaz » (feat. Too Short) Anthony Dent 5:07
12 « Rap Game/Crack Game » Big Jaz 2:40
13 « Where I’m From » Deric « D-Dot » Angelettie, Ron « Amen-Ra » Lawrence for The Hitmen 4:26
14 « You Must Love Me »(feat. Kelly Price) Nashiem Myrick for The Hitmen 5:47