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Sortie: 14 Mars 1995

Label: Interscope/Atlantic

Producteurs: Easy Moe Bee, Johnny « J », Tony Pizarro, Mike Mosley, Shock G, Soulshock,  Karlin, Brian G, Le-morrious « Funky Drummer » Tyler, Moe Z.M.D., Sam Bostic

Du chemin a été parcouru depuis la sortie de Strictly 4 My N.I.G.G.A.Z. Si l’accueil fut plutôt satisfaisant dans l’ensemble, 2Pac du fait de ses nombreux démêlés avec la justice assoit encore plus sa légende de thug dans l’imagerie populaire.  L’homme fascine et devient par la force des choses la nouvelle coqueluche des médias et de la presse spécialisée. Entre deux audiences et quelques films, il prend tout de même le temps de se focaliser sur sa musique. A ce titre il participe remarquablement à Thug Life Vol.1, projet de premier plan sur lequel il s’illustre avec ses proches. Le succès de ce disque ne parviendra cependant pas à tempérer ses ennuis personnels. Outre une inculpation pour sodomie et agression sexuelle, sa rivalité avec Biggie Smalls va grandissante au point de basculer dans le tragique. Il se fait ainsi tirer dessus un peu avant le verdict de son procès et sera d’ailleurs condamné dans la foulée à quatre ans et demi de prison après avoir été reconnu coupable. C’est dans cette période trouble qu’il enregistre Me Against The World, son troisième album qu’il parvient à boucler juste avant son incarcération  en Février 1995. L’album sort donc alors qu’il purge sa peine.

Alors que les supputations quand au contenu éventuel de l’album alimente les rumeurs, le premier single (je devrais plutôt dire la première bombe) Dear Mama arrive avec fracas sur les ondes. Impossible de ne pas se laisser séduire par cet hommage plus que poignant de Pac à sa génitrice. L’émotion communicative qui suinte de ce titre s’avère terriblement hypnotique au point qu’on s’imagine aisément glisser dans la peau de Mr Shackur. Plus qu’un titre à cœur ouvert, c’est limite s’il ne nous convie pas à une visite guidée de son âme torturée. Un morceau depuis devenu un classique intemporel et sans aucun doute l’un de ses tous meilleurs titres. Avec une entrée en matière de ce niveau on était légitimement en droit d’attendre un classique ou tout au moins un disque de très très haut niveau. Le produit fut heureusement à la mesure des espérances. Son intitulé est d’ailleurs suffisamment évocateur. Pac revient pas mal sur ses pérégrinations dans cet album par le biais de titres forts comme le morceau éponyme (avec le renfort de Dramacydal, les futurs Outlawz). Il cède même parfois à la paranoïa comme sur Death Around The Corner (qu’on pourrait qualifier de prémonitoire par ailleurs) ou encore le terrible If I Die 2Nite (magnifique production d’Easy Moe Bee).Il se permet même de répondre à ses détracteurs sur l’incisif Fuck The World.

Il serait cependant réducteur de penser que cet album n’est qu’une compilation de titres revanchards innervés d’allusions constantes à son agression et à sa crainte de la mort. Me Against The World est bien plus que ça. Si les titres ont un dénominateur commun c’est bien celui de l’émotion. Elle est en effet constante tout au long de ce disque que ce soit sur les titres introspectifs où les morceaux plus légers. Cette unité contraste quelque peu avec la diversité des ambiances sonores (il s’éloigne des standards californiens régis à l’époque par l’omniprésente G-Funk) et des thématiques abordées mais cette combinaison à le mérite de rendre l’album incroyablement humain. 2Pac se fait son propre psychiatre et plonge l’auditeur dans les méandres de sa personnalité, résumant en un seul disque toutes ses facettes. On a ainsi droit à des titres plutôt sombres et lyriques (au sens poétique du terme) comme le sombre et introspectif So Many Tears, le précité Dear Mama ou encore le poignant It Ain’t Easy. Il se montre cependant moins torturé sur les autres titres, tout en continuant à se raconter plus ou moins inconsciemment. Il évoque ainsi ses souvenirs d’activiste hip-hop sur l’efficace Old School, et se livre un peu plus sur l’excellent Lord Knows,  le plus léger Young Niggaz ou encore le plus égocentrique Heavy In The Game (sur lequel s’invite Richie Rich). Quelques notes plus légères sont heureusement les bienvenues et apportent une bouffée d’air sans laquelle l’atmosphère du disque aurait été trop oppressante. C’est le rôle qui est dévolu au très bon Temptations et à un Can U Get Away un brin sirupeux. Au passage on remarquera que ces chansons plus douces sont une des grandes originalités de ce disque. Un apport novateur en ce sens que ces titres mixant allègrement Rap et R&B n’étaient pas encore des plus usités à l’époque. L’album se conclue sur un Outlaw dont le principal mérite sera de marquer la naissance officielle du groupe évoqué plus haut.

Un disque à la fois versatile et brillant entièrement à l’image de son auteur. A la fois sombre et enjoué, rigolard et introspectif, léger et profond, cet album tout en contrastes est cependant un classique du genre et l’un des meilleurs de 2Pac. Il consacre également sa popularité en occupant la première place du Billboard (une première pour un artiste incarcéré) des mois durant. Du grand art.

19/20

Tracklist

# Title Time Producer(s) Performer(s) Sample(s)[19]
1 « Intro » 1:40 Tony Pizarro Sarah Diamond, Debby Hambrick, Jay Jensen, Jill Jones, Dan O’Leary
2 « If I Die 2Nite«  4:01 Easy Mo Bee 2Pac
3 « Me Against the World » 4:40 Soulshock & Karlin 2Pac, Dramacydal
4 « So Many Tears«  3:59 Shock G 2Pac
5 « Temptations«  5:00 Easy Mo Bee 2Pac
6 « Young Niggaz » 4:53 Le-morrious « Funky Drummer » Tyler, Moe Z.M.D. 2Pac
  • Contains interpolation of « She’s Strange » by Cameo
7 « Heavy in the Game » 4:23 Sam Bostic, Mike Mosley 2Pac, Lady Levi, Richie Rich
8 « Lord Knows » 4:31 Brian G 2Pac
9 « Dear Mama«  4:39 Tony Pizarro 2Pac
  • Contains interpolation of « Sadie »
  • « In My Wildest Dreams » by Joe Sample
10 « It Ain’t Easy » 4:53 Tony Pizarro 2Pac
11 « Can U Get Away » 5:45 Mike Mosley 2Pac
12 « Old School«  4:40 Soulshock 2Pac
  • « Dedication » by Brand Nubian
  • « We Share » by the Soul Searchers
13 « Fuck the World » 4:13 Shock G 2Pac,
14 « Death Around the Corner » 4:07 Johnny « J » 2Pac
15 « Outlaw » 4:32 Moe Z.M.D. 2Pac, Dramacydal

Sortie: 25 Avril 1995
Label: Infamous/ Loud/ RCA
Producteurs: Havoc, Q-Tip, Schott Free, Matt Life

1995, les ondes des radios spécialisées sont prises d’assaut par un titre sombre et ultra-efficace réalisé par un groupe alors inconnu du grand public hip-hop. Ces deux lascars n’en sont pas à leur premier coup d’essai vu qu’on apprendra plus tard qu’ils ont déjà sorti un album passé inaperçu. La donne a cependant changer avec ce Shook Ones Part II devenu depuis classique qui place directement le groupe en tête des révélations de l’année. Forts d’un contrat avec Loud Records et de ses accointances avec Nas (dont la street credibility était à son paroxysme), Mobb Deep profitera de son buzz grandissant pour livrer un album anthologique.

Dès les premières mesures on se retrouvent plongés dans l’univers embrumé des deux MC’s. On pensait ne plus avoir d’albums aussi sombres et réalistes depuis le classique Illmatic, et bien il faudra aussi compter avec The Infamous. Havoc et surtout Prodigy tutoient sans peine la véracité de Nas et apportent même une plus-value avec des histoires encore plus ancrées dans les rues sales du Queensbridge. Une ambiance sonore glauque transpirant le bitume et empestant la violence à des lieux à la ronde. L’album porte très bien son nom (The Infamous) et cette atmosphère de guérilla urbaine magnifiquement illustrée par les instrumentaux lourds et crasseux d’Havoc marquera à jamais l’histoire du rap au point de devenir la marque de fabrique du groupe. Une équation gagnante que la plupart de leurs homologues se chargeront de décliner sans arrêt par la suite. Les beats sont tous simplement irréprochables et n’ont toujours pas pris une ride. Même les guests producers se mettent au diapason et livrent des sons dans la lignée de ceux du beatmaker principal.

Au niveau du Mceeing, l’album atteint également des sommets rarement égalés. Prodigy n’a jamais aussi bien porté son pseudonyme, tant sa performance est énorme. S’il apparait un tantinet moins tranchant, Havoc se distingue lui aussi et brille presqu’autant que derrière ses machines. L’alchimie entre les deux rappeurs est si communicative qu’elle contamine les rares invités (Nas, Raekwon et Ghostface Killah du Wu-Tang, sans oublier les proches comme Infamous Mobb) qui se fondent totalement au décor. On se laisse séduire par les récits poignants et ultra-réalistes savamment narrés par les deux rappeurs avec une implication qui frise la perfection. Les classics tracks s’enchaînent sans retenue (Survival Of The Fittest, Shook Ones Part II, Cradle To The Grave, Trife Life, Party Over, Eye For An Eye pour ne citer que celles-la) et transportent directement l’auditeur dans les ruelles sombres de QB sans décalage horaire. La pression ne retombe pratiquement jamais et l’album se consomme d’une seule traite comme une bouffée de crack. Il n’y a aucun déchet à déplorer.

The Infamous est à n’en point douter leur meilleur album à ce jour. Un classique intemporel dont l’influence ne sera jamais démentie au même titre qu’ Illmatic, Enter The Wu ou encore Reasonable Doubt. Un disque à posséder absolument pour tout fan de rap new-yorkais et de rap tout court.

19/20

Tracklist

# Title Performer(s) Producer(s) Samples[17] Length
1 « The Start of Your Ending (41st Side) »
  • Intro: Havoc
  • First verse: Havoc
  • Second verse: Prodigy
  • Outro: Prodigy / Havoc
Havoc 4:24
2 « (The Infamous Prelude) »
  • Performed by Prodigy
2:22
3 « Survival of the Fittest« 
  • Intro: Prodigy
  • First verse: Prodigy
  • Chorus: Havoc / Prodigy
  • Second verse: Havoc
  • Outro: Prodigy
Havoc 3:43
4 « Eye for a Eye (Your Beef Is Mines) »
  • First Chorus: Prodigy
  • First verse: Prodigy
  • Second verse: Havoc
  • Second Chorus: Havoc
  • Third Verse: Nas
  • Fourth verse: Raekwon
  • Final Chorus: Nas / Raekwon
  • Outro: Raekwon
Havoc 4:54
5 « (Just Step Prelude) » 1:06
6 « Give Up the Goods (Just Step) »
  • Intro: Prodigy
  • First verse: Prodigy
  • Second verse: Big Noyd
  • Third verse: Havoc
  • Chorus: Prodigy
  • Fourth verse: Prodigy
Q-Tip 4:02
7 « Temperature’s Rising« 
  • First verse: Havoc
  • Chorus: Crystal Johnson
  • Second verse: Prodigy
  • Outro: Crystal Johnson
Q-Tip
(Co-produced
by Mobb Deep)
5:00
8 « Up North Trip »
  • First verse: Prodigy
  • Chorus: Prodigy / Havoc
  • Second verse: Havoc
  • Third verse: Prodigy
Havoc 4:58
9 « Trife Life »
  • Intro: Havoc / Prodigy
  • First verse: Prodigy
  • Chorus: Prodigy / Havoc
  • Second: Havoc
Havoc 5:19
10 « Q.U.-Hectic »
  • First verse: Prodigy
  • Chorus: Prodigy / Havoc
  • Second verse: Havoc
  • Third verse: Prodigy
Havoc 4:55
11 « Right Back at You »
  • Intro: Havoc
  • First verse: Prodigy
  • Chorus: Prodigy
  • Second verse: Havoc
  • Third verse: Ghostface Killah / Raekwon
  • Fourth verse: Big Noyd
Havoc
(Co-produced by Schott Free)
4:52
12 « (The Grave Prelude) »
  • Performed by: Havoc / Prodigy / Big Noyd
0:30
13 « Cradle to the Grave »
  • First verse: Prodigy / Havoc
  • Chorus: Havoc / Prodigy
  • Second verse: Havoc / Prodigy
Havoc 5:16
14 « Drink Away the Pain (Situations) »
  • First verse: Prodigy
  • First Chorus: Prodigy
  • Second verse: Q-Tip
  • Third verse: Havoc
  • Final Chorus: Havoc
  • Outro: Prodigy
Q-Tip
(Co-produced
by Mobb Deep)
4:44
15 « Shook Ones Pt. II« 
  • First verse: Prodigy
  • Chorus: Prodigy / Havoc
  • Second verse: Havoc
  • Outro: Havoc
Havoc
  • « Kitty With The Bent Frame » by Quincy Jones
  • « Dirty Feet » by Daly Wilson Big Band
  • « Thackeray Meets Faculty, Then Alone » by Ron Grainer
5:24
16 « Party Over »
  • First Chorus: Matt Life
  • First verse: Prodigy
  • Second verse: Havoc
  • Second Chorus: Prodigy / Havoc
  • Third verse: Big Noyd
  • Fourth verse: Prodigy
Mobb Deep
(Co-produced
by Matt Life)
5:40