Archives de la catégorie ‘1993’

Sortie: 16 Février 1993

Label: Interscope/ Atlantic

Producteurs: Stretch, Big D The Impossible, Bobby « Bobcat Ervin, Shock G, Live Squad, Special Ed, Truman Jefferson, DJ Daryl, Blinky Billz, Sniper Tipper, 2Pac, The Underground Railroad

On avait quitté 2Pac avec un premier album violent comme une bouffée de crack. Entretemps de l’eau a coulé sous les ponts et le jeune homme est devenu une des cibles de prédilection des médias. Si on parle tant de lui, ce n’est pas tellement pour sa musique mais plutôt pour les nombreuses controverses qui l’entoure. Jugé trop explicite et accusé d’inciter à la violence envers les forces de l’ordre, 2Pacalypse Now s’est vu retiré des bacs après moins de six mois de commercialisation. Pour ne rien arranger Pac est souvent engrener dans des histoires louches. Ses frasques répétées contribueront cependant à forger sa légende et le consacrent même parmi les MCs de la côte ouest les plus influents. Heureusement que ses escapades cinématographiques calment un peu le jeu et permettent de faire oublier quelques temps son image de querelleur irascible. Mais c’est bien au micro qu’on préfère l’entendre et il va s’appliquer à revenir dans les bacs dès le début de l’année 1993, soit moins de 18 mois après son premier opus.

La période de sortie de ce Strictly 4 My N.I.G.G.A.Z (précédemment baptisé Troublesome 21 , puis N.I.G.G.A.Z.) a beau coïncidé avec celle du début de l’ère G-Funk (rappelons que le classique The Chronic est sorti quelques mois plus tôt), la couleur musicale de cet opus ne s’en inspire pas une seule fois. Pas de gros samples de Parliament/Funkadelic ou autres Zapp. Les instrumentaux sont résolument hardcores, limites old school et sont plus proches des premiers disques de Cypress Hill que de celui de Dr. Dre. Toutes choses qui rend l’écoute peu évidente pour quiconque n’a pas connu cette époque. Il faut bien reconnaitre que les productions quoique efficaces pour l’époque ont très mal vieilli, contrairement à la plupart de ses albums. Sur Point The Finga, Strugglin’ ou même le titre éponyme, elles en deviennent plus qu’irritantes. Autre point négatif la présence de deux interludes totalement dispensables dès le début de l’album (respectivement aux deuxième et quatrième pistes). Si Pac’s Theme passe encore Something 2 Die 4 est clairement sans intérêt.

Passés ces a priori l’album s’avère beaucoup plus solide qu’on pourrait le penser. Première remarque par rapport à son premier opus, l’évolution de son flow. Sa voix et son phrasé sont à présent beaucoup plus proches de ceux auxquels nous auront droit dans la suite de sa discographie. On pourrait presqu’affirmer que 2Pac est vraiment né sur cet album. Il est plus expressif, plus accrocheur, séduit d’avantage l’auditeur. Au fil de ses rimes on est transportés dans les tréfonds du cauchemar américain, dans ce monde fait de ghettos, de violence, d’usage de stupéfiants et arrestations musclées. Point positif le succès ne l’a pas adouci. Il reste toujours aussi incisif et revendicatif sur ce disque, nous gratifie de textes accusateurs sur lesquels la police et les autorités en prennent pour leur grade. Il se fait aussi plus conscients sur la tuerie de cet album, le sublime et intemporel Keep Ya Head Up, merveilleux hommage aux mères célibataires des ghettos. Preuve qu’il n’est pas qu’un fou furieux juste bon à balancer un paquet de grossièretés. Il aura un deuxième éclair de conscience avec l’excellent Pappa’z Song sur le thème du père absent. Un titre plus dur qui s’inscrit cependant d’avantage dans la tonalité globale de cet album qui sent la rue sale. Ces deux titres sont cependant contrebalancé par le single I Get Around ode aux plaisirs de la chair sur lequel intervient les joyeux délireurs de Digital Underground. Contradictoire oui, mais c’est aussi ce qu’on apprécie chez Pac, capable de dire une chose et tout son contraire quelques titres plus loin sur le même disque. Pour le reste l’album a son lot de titres marquants comme le surpuissant Holler If Ya hear Me, l’efficace Guess Who’s Back ou les très bons Representin’ 93 et Peep Game (avec Deadly Threat). Il nous délivre une suite au Soulja’s Story du premier album avec Soulja’s Revenge et s’illustre de la meilleure des façons sur le freestyle final 5 Deadly Venomz sur lequel Treach de Naughty By Nature, Apache et le Live Squad viennent lui prêter main-forte. Il se paie même le luxe d’organiser un réunion de gangsters avec les deux Ice (Ice-T et Ice Cube) sur le hardcore Last Wordz.

En définitive un album plus que correct de 2Pac, assez difficile à appréhender mais tout de même de qualité en dépit de quelques déchets. Mis en perspective avec le reste de sa discographie (tout du moins celle livrée de son vivant et l’album posthume The Don Killuminati), il est indubitablement son disque le plus faible, mais il est très loin d’être une bouse et a comme tous les autres ses classic tracks. Moyen pour du 2Pac, très bon pour d’autres, il satisfera en priorité les grands fans du Don Killuminati et les amateurs de rap du début des années 90.

15/20

Tracklist

# Title Producer Featured Guest(s) Time
1 « Holler If Ya Hear Me«  Stretch 4:38
2 « Pac’s Theme (Interlude) » The Underground Railroad 1:56
3 « Point the Finga » Big D The Impossible 4:25
4 « Something 2 Die 4 (Interlude) » 2Pac; Big D The Impossible » 2:43
5 « Last Wordz » Bobby « Bobcat » Ervin Ice Cube, Ice-T 3:36
6 « Souljah’s Revenge » Bobby « Bobcat » Ervin 3:16
7 « Peep Game » Bobby « Bobcat » Ervin Deadly Threat 4:28
8 « Strugglin' » Live Squad Live Squad 3:33
9 « Guess Who’s Back » Special Ed 3:06
10 « Representin’ 93 » Truman Jefferson 3:34
11 « Keep Ya Head Up«  DJ Daryl Dave Hollister 4:22
12 « Strictly 4 My N.I.G.G.A.Z… » Blinky Billz 5:55
13 « The Streetz R Deathrow » Sniper Tipper 3:26
14 « I Get Around«  Chocolate Clown Digital Underground 4:18
15 « Papa’z Song«  Big D The Impossible Wycked, Poppi 5:26
16 « 5 Deadly Venomz » Stretch Treach, Apache & Live Squad 5:13

Sortie: 23 Novembre 1993
Label: Death Row/ Interscope
Producteur: Dr. Dre

1992. Alors que le groupe N.W.A. règne en maitre sur le Gangsta Rap, Dr. Dre rappeur et producteur de la formation décide de quitter le navire et de se lancer dans une nouvelle aventure en compagnie de son ami et associé d’alors Marion « Suge » Knight. C’est ainsi que naitra Death Row Records qui deviendra dans un futur proche le nouveau bastion du West Coast Rap.  En quête d’artistes Dre tombe sur un MC longiligne originaire de Long Beach qui s’illustre depuis quelques temps avec un petit groupe local 213 (dont est également membre le demi-frère de Dre Warren G). Séduit par les performances de ce membre du gang des Crips, le bon docteur décide de lui donner sa chance en l’invitant à ses côtés pour un titre sur la bande originale du film Deep Cover. Ce titre fondateur d’une des plus fructueuses associations de l’histoire du rap aura pour principal mérite de faire sortir de l’ombre ce jeune rappeur répondant au pseudonyme de Snoop Doggy Dogg. Dans la foulée il se verra offrir un contrat chez Death Row et sera surtout la grande révélation du premier album solo de Dr. Dre, The Chronic (Certifié classique) où il apparaît sur près de la moitié des titres. Après des débuts aussi fracassants, il se hisse sans peine en tête de liste des newcomers les plus attendus du moment. Derechef il se met à travailler sur son premier album solo que tout le monde annonce déjà comme un disque qui fera date.  C’est alors qu’il se fait rattraper par ses démêlés avec la justice. Une accusation de meurtre l’envoie devant les tribunaux et on pense alors que cet évènement plombera la promotion de l’album dont la sortie était même menacée. Il n’en sera cependant rien. C’est même l’effet inverse qui se produit, crédibilisant sa réputation de dur-à-cuire et augmentant encore plus l’attente. Une première dans l’industrie du disque. Ce qui lui vaudra de se retrouver en tête du billboard dès la sortie de Doggystyle.

Le moins que l’on puisse dire est que cet album porte très bien son titre (en levrette). Le rap et l’industrie musicale se fait prendre par derrière avec ce disque impeccable, impressionnant de maitrise et de musicalité. L’architecture sonore a été prise en main par le docteur qui produit intégralement l’album. On avait entendu les prémices du G-Funk dans The Chronic, Doggystyle s’avère être son digne successeur et a même le mérite d’être encore plus mélodique que son aîné. Toutes choses qui contribueront à la popularité de cet opus qui, du coup, séduira  sans peine des oreilles peu habituées au rap. De plus le flow laid-back ultra-posé du long chien s’avère plus qu’efficace et séduisant. Comme la majeure partie de ses homologues californiens, Snoop nous narre ses histoires de rue, gangs, drogues et sexe avec une décontraction stupéfiante. Sa voix mélodieuse et entrainante colle parfaitement aux instrumentaux de Dr. Dre et débloque direct les nuques dès les premières mesures de l’album. Ajoutons à cela des singles imparables (le classique Who Am I (What’s My Name), le tout aussi célébrissime Gin & Juice et le très efficace For All My Niggas & Bitches) certifiés tueries G-Funk (on notera au passage les samples de la bande à George Clinton et autre Roger Troutman) et un morceau plus sombre devenu un classique parmi les classiques (Murder Was The Case) et une pelletée de sons de qualité (il n’y a pratiquement aucun titre à jeter dessus) et l’on obtient un des tous meilleurs albums de l’histoire du rap qui a de plus le mérite de très bien vieillir. Snoop n’a d’ailleurs jamais pu faire mieux et Dr. Dre aura toutes les peines du monde à rééditer cet exploit. L’alchimie entre les deux hommes est tout simplement parfaite et est devenue l’archétype même de la complémentarité MC /Producteur pour le grand public (désolé Gang Starr et Eric B & Rakim).  Un modèle de perfection discographique dont l’influence ne s’est jamais démentie au fil du temps.

19/20

Tracklist

# Title Producer(s) Featured guest(s) Notes
1 « Bathtub (Skit) » Dr. Dre Warren G
2 « G Funk Intro » Dr. Dre The Lady of Rage, Dr. Dre, George Clinton
3 « Gin and Juice«  Dr. Dre Daz Dillinger
4 « WBallz (Interlude) » Dr. Dre Queen of Funk, Ricky Harris
5 « Tha Shiznit » Dr. Dre
6 « Domino Intro (Interlude) » Dr. Dre Daz Dillinger, Dr. Dre
7 « Lodi Dodi » Dr. Dre Nancy Fletcher
8 « Murder Was the Case (Death After Visualizing Eternity) » Dr. Dre Daz Dillinger
9 « Serial Killa » Dr. Dre, Daz Dillinger Tha Dogg Pound, RBX, The D.O.C.
10 « Who Am I (What’s My Name)?«  Dr. Dre Dr. Dre (very briefly), Jewell
11 « For All My Niggaz & Bitches » Dr. Dre, Daz Dillinger Tha Dogg Pound, The Lady of Rage, Lil 1/2 Dead
12 « Ain’t No Fun (If the Homies Can’t Have None) » Dr. Dre Warren G, Nate Dogg, Kurupt
13 « Chronic Relief Intro (Interlude) » Dr. Dre
14 « Doggy Dogg World«  Dr. Dre Tha Dogg Pound, The Dramatics
15 « Class Room Intro (Interlude) » Dr. Dre
16 « Gz and Hustlas » Dr. Dre Nancy Fletcher
17 « Checkin’ (Interlude) » Dr. Dre Sam Sneed
18 « Gz Up, Hoes Down » Dr. Dre Hug Only available on initial pressings
19 « Pump Pump » Dr. Dre Mr. Malik, Lil 1/2 Dead