Archives de février, 2010

Sortie: 22 Septembre 2009

Label: Rhymesayers Entertainment/Warner Music Group

Producteur: Ant

Alors que le hip-hop de ce troisième millénaire s’égare dans les miasmes de la médiocrité et du matérialisme abrutissant, une poignée d’activistes persistent à lui donner de la consistance en opposant leur vérité et leur engagement à ce trop-plein d’inauthenticité. Brother Ali est de ceux-là. Pas le genre de MC’s a parader dans des vidéos flute de champagne à la main  au bras d’une amazone à grosse poitrine. Pas non plus du style à ne se préoccuper que de son business et des produits dérivés à son nom. rien de tout cela. Il n’a rien d’autre à nous offrir que le cauchemar américain dans toute son expression et étaler la laideur de l’envers du décor. Il faut dire qu’il le connait bien pour l’avoir côtoyé une longue période de sa vie. Né albinos, il a été toute sa vie confronté au racisme de chacune des deux races. Il a de plus un passé de sdf et a été amené à vivre dans la rue un moment. La misère et la ségrégation il connait, peut-être mieux que personne. Le rapper d’exception qu’il est à présent devenu force l’admiration par sa fidélité à la maison qui l’a fait j’ai nommé le label underground Rhymesayers. Mieux il reste fidèle au duo Atmosphere, notamment le producteur Ant, concepteur musical de tous ses projets.
Le moins que l’on puisse dire est qu’on attendait avec impatience le successeur du monumental The Undisputed Truth qui avait marqué l’année 2007. Si beaucoup ont espéré qu’il reprenne les choses là où il les avaient laissées (musicalement s’entend) il n’en est rien. Pour faire la transition entre ses deux LPs, il s’est fendu d’un EP intitulé The Truth Is Here sorti un peu plus tôt dans l’année (en mars 2009). Si le contenu de cette sortie est resté impeccable, certains ont moins apprécié les instrumentaux d’Ant. C’est pourtant dans cette lignée que s’inscrivent ceux de ce Us. Honnêtement on ne peut pas reprocher grand-chose à ce disque qui est magistralement produit sans tomber dans le monotone. On navigue aux confins de la soul et du blues pour au final avoir droit à seize titres plutôt variés. Un bon point déjà. Pour le reste Brother Ali reste fidèle à lui-même, ne pouvant s’empêcher de prêcher (l’album a d’ailleurs failli s’appeler Street Preacher). Toutes choses qui ne manqueront pas d’exaspérer certains peu enclins à supporter les donneurs de leçons. Mais c’est objectivement l’une des seules raisons de ne pas apprécier cet album, vu que pour le reste Brother Ali impressionne comme toujours avec un disque pour lequel le qualificatif conscient s’avère être un euphémisme.
L’album démarre sur des chapeaux de roues avec un apparition express de Chuck D en maître de cérémonie de luxe. Après cette introduction de choix, Ali peut déballer son arsenal lyrical et ses textes intelligents. Son art et sa science de la rime sont comme d’accoutumée entièrement mises au service du fond. Il reprend son habit d’imprécateur dès le premier titre The Preacher, mise en bouche résumant parfaitement le contenu du disque. Comme toujours il nous gratifie de textes sublimes savamment narrés. L’excellent The Travelers en est le plus parfait exemple. Desservie par une production entrainante grâce à la touche d’exotisme apportée par un xylophone, Brother Ali signe un texte stupéfiant de sincérité sur le racisme et l’esclavage. Surement un des plus poignants du genre. Pour le reste les tares de l’Amérique sont passées au crible de sa plume: racisme, communautarisme, esclavagisme, homophobie, bêtise humaine, aucun sujet ne lui fait peur. Il n’hésite pas à nous parler de viol sur le très dur Babygirl à la production aussi relaxante que la gravité du texte. Une prose qui fait froid dans le dos tant elle est empreinte de réalisme. Autre moment fort le poignant storytelling Tight Rope sur lequel il incarne un nouveau personnage à chacun de ses couplets. Tour à tour réfugiée de guerre, enfant de parents divorcés et homosexuel, il illustre parfaitement ce pamphlet contre l’intolérance en faisant appel à sa propre expérience de rejeté. D’autres titres forts comme Breakin Dawn ou Slippin Away (titre plus personnel ou il évoque ses amis d’enfance) font de cet opus un pur moment de conscious rap.
Mais notre prêcheur sait également s’évader et nous gratifie de titres moins oppressants. On apprécie ainsi quand il nous parle d’amour en fin d’album sur le sublime You Say (Puppy Love). On se laisse également conquérir par l’entrainant Fresh Air où il nous communique sa joie de vivre en évoquant sa vie de famille. Il reste tout aussi efficace quand il part dans un registre un peu moins engagé, prouvant qu’il a beau ne pas être le meilleur MC de tous les temps, il est tout de même capable d’exploits au micro. Il fait plus que se défendre sur la tuerie Best@It face aux deux casseurs de micro Freeway et Joell Ortiz rares invités de cet album. Il part même dans un délire Icecubesque sur Bad Mufucker Pt. 2 (Cube est l’une de ses références) plutôt convaincant. Il brille tout autant sur Round Here ou encore Games.
Pour résumer, Brother Ali continue sur sa lancée en signant un disque de qualité comme toujours. Il n’y a absolument rien à jeter sur cet album qui s’impose comme l’un des meilleurs de ces dernières années. Contenu de haute tenue, productions de qualité, rimes aiguisées, invités au niveau. Toutes les conditions du bon album sont remplies. Après certains trouveront son discours trop moraliste et redondant mais c’est chipoter. Disque à écouter et à posséder.

18/20

Tracklist

  1. « Brothers and Sisters » – 1:28
  2. « The Preacher » – 3:23
  3. « Crown Jewel » – 3:57
  4. « House Keys » – 2:42
  5. « Fresh Air » – 4:42
  6. « Tight Rope » – 3:36
  7. « Breakin’ Dawn » – 4:38
  8. « The Travelers » – 5:18
  9. « Babygirl » – 4:34
  10. « Round Here » – 3:55
  11. « Bad Mufucker Pt. 2 » – 3:35
  12. « Best @it » – 4:24
  13. « Games » – 3:44
  14. « Slippin’ Away » – 4:59
  15. « You Say (Puppy Love) » – 4:17
  16. « Us » – 2:44
    • Featuring Stokley Williams

Sortie: 10 Novembre 2009

Label: AllIDo/Interscope

Producteurs: Mark Ronson, Cool & Dre, The Neptunes, Dave Sitek, Best Kept Secret, Syience, DJ Green Lantern, The Sleepwalkers, Deijon, JuJu

Dans la famille newcomers je demande Wale. Encore inconnu il y a quelques années, ce digne héritier de la scène go-go (pour ceux qui l’ignorent c’est un courant musical dérivé de la funk et propre à Washington DC, ville d’où est originaire Wale), a fait ses armes au plan local avant de connaitre le succès avec son street-single W.A.L.E.D.A.N.C.E. Un titre qui lui servira de carte de visite et le fera entrer de façon fracassante dans le milieu. Vanté dans la prestigieuse colonne de The Source: Unsigned Hype, il rencontrera par la suite Mark Ronson qui le prendra sous son aile en le faisant signer sur son label AllIDo distribué par Interscope, en dépit des appels du pied de Roc Nation qui se consolera avec J.Cole. Le reste de son buzz il le fera via des tapes de qualité mais aussi avec un featuring surprenant avec la provocatrice Lady GaGa. Ce titre Chillin, produit par les Cool & Dre sera d’ailleurs son premier single mais ne manquera pas de susciter quelques interrogations quant au contenu du futur album. Entouré d’un des producteurs les plus prisés de la pop (Mark Ronson a produit notamment pour Amy Winehouse, pour ne citer qu’elle) et dans le giron d’Interscope, Wale allait-il vendre son âme au diable? Ce single dont l’efficacité n’est plus à démontrer n’est-il qu’un moment d’égarement  ou alors un résumé du contenu de l’album? Toutes les hypothèses sont alors envisagées, et on craint fort de ne le voir finir comme d’autres talentueux débutants n’ayant jamais pu sortir un LP en major ou ayant réalisé un disque totalement impersonnel et au final décevant. Le deuxième single World Tour est un peu plus rassurant. Si le duo Cool & Dre est toujours aux manettes, Jazmine Sullivan s’invite au refrain avec brio. Si le titre reste bon, il laisse augurer d’un album plus que mainstream. Pas de quoi rendre moins sceptique. Le troisième extrait Pretty Girls séduit par ses influences go-go et s’avère plus que brillant en dépit de la présence quelque peu dispensable de Gucci Mane qui s’en sort plutôt bien malgré tout. Produit par les inconnus Best Kept Secret (c’est ce qui s’appelle bien porter son nom), cette réunion d’originaires de Washington s’avère très convaincante. De quoi rassurer un minimum en attendant la sortie de l’album.
Premier constat lors des premières écoutes, la fraicheur et l’éclectisme apportés par cet album. Le disque est très varié mais contrairement à ce qu’on pourrait hâtivement penser, il n’a rien de racoleur. C’est même ce qui fait sa force. Wale fait montre d’une dextérité microphonique hors du commun. A l’aise sur tous les instrumentaux, il séduit par son phrasé toujours impeccable rappelant vaguement celui de Kanye West avec cependant d’avantage de fluidité et de maitrise. Il y a beaucoup d’invités certes mais cela ne nuit en rien à la cohérence de l’ensemble qui n’est que faussement disparate. En effet en dehors de Chillin et de la production léguée par les Neptunes (le surprenant et enjoué Let It Loose) le reste de l’album est dans la même veine avec instrumentations sonnant parfois un peu live. Autre dénominateur commun les refrains chantés sont légions, ce qui justifie la présence de nombreux chanteurs sur cet album. Toutes choses qui ne seront pas forcement du goût de tous mais qui a son côté séduisant. L’influence go-go se fait ressentir notamment lors des collaborations avec ses voisins producteurs de Best Kept Secret. Outre l’efficace Pretty Girls ils livrent trois autres titres de qualité. Tout d’abord le cuivré Mama Told Me à la couleur musicale séduisante avec son sample  du Summer Madness de Kool & The Gang. Ils signent ensuite la co-production (JuJu leur prêtant main forte pour l’occasion)  du soulful Shades sublimé par la voix de Chrisette Michelle et concluent l’album avec un Prescription sublime suintant la soul. Les amateurs de rap laid-back y trouveront largement leur compte.
Pour le reste l’album est un pur moment d’éclate musicale. On aurait pu croire que son mentor Mark Ronson se taillerait la part du lion au niveau des productions. Il n’en est cependant rien. Il se met en retrait, se contentant de signer un seul titre plus deux autres en co-production. Bun B vient faire monter la température sur l’efficace Mirrors avec une prestation de haute volée.Mark joint ensuite ses forces avec Deijon pour pondre le calme et aérien 90210. Sa dernière intervention le verra s’associer avec le tout aussi célèbre DJ Green Lantern pour un Beautiful Bliss qui réunit deux autres rookies signés eux chez Roc Nation: J.Cole et Melanie Fiona. Une autre collaboration plus que réussie où la voix savoureuse de la canadienne se marie parfaitement avec celles des deux rappeurs. Au vu de tous ces arguments, on se dit qu’il a bien fait d’ouvrir son album en annonçant son Triumph tout aussi go-go mais rappelant un petit peu l’afro-beat (rappelons que Wale est d’origine nigérianne) et réalisé de main de maitre par Dave Sitek. Ce dernier remettra le couvert avec l’excellent TV In The Radio clairement influencé par l’afro-beat. Dur de rester insensible à ces cuivres tout comme à la prestation de K’Naan. Les sons restants sont l’œuvre de Syience qui sample Rihanna pour le refrain de Contemplate. Le rendu est si parfait qu’on a le sentiment d’entendre un featuring. Étrangement ce sample est le bienvenu et s’avère plutôt convaincant mais ne sera pas du goût des réfractaires à la voix de notre échappée de club sado-masochiste. Marsha Ambrosius signe le braquage de l’album avec sa merveilleuse interprétation sur le sublime et émotif Diary, de quoi faire regretter qu’elle ne sorte toujours pas d’album. Cette production signée The Sleepwalkers sample à bon escient La Valse d’Amélie de Yann Tiersen (ceux qui ont vu Amélie Poulain reconnaitront direct) et s’avère être le meilleur titre de ce disque plus que mélodique. C’est justement le seul reproche qu’on pourrait faire à cet album. S’il est un quasi-sans-faute au niveau instrumental, on aurait été en droit d’espérer quelques titres plus péchus, plus agressifs et disons le plus streets. Ceux qui espéraient un disque plus « racaille » seront forcement déçus et le trouveront sans grand intérêt voir un peu fleur bleue sur les bords. Autre bémol l’album a beau être homogène et agréable à écouter, on aurait espérer un peu plus de risques au niveau des invités. Si on ne s’en tient qu’à la seule lecture des crédits, on ne peut pas dire qu’il attire l’écoute. C’est un peu trop consensuel. Mais mises à part ces quelques réserves c’est un disque à découvrir absolument quand on aime la musique en général. Maintenant pour ceux pour qui le rap se résume à brailler énergiquement dans un micro sur un instrumental puant le caniveau, c’est sans intérêt. Bon album sympa. Plutôt que de travestir le rap en allant chercher des sonorités électro-pop et dance les acteurs du mouvement gagneraient à s’inspirer de ce disque qui prouve qu’on peut encore faire du bon mainstream en s’inspirant de la soul et de ses dérivées. Un premier effort plus qu’encourageant.
16/20
Tracklist
# Title Producer(s) Length
1. « Triumph » Dave Sitek 2:25
2. « Mama Told Me » Best Kept Secret 3:37
3. « Mirrors » (feat. Bun B) Mark Ronson 4:17
4. « Pretty Girls » (feat. Gucci Mane & Weensey of Backyard Band) Best Kept Secret 4:11
5. « World Tour » (feat. Jazmine Sullivan) Cool & Dre 3:47
6. « Let It Loose » (feat. Pharrell) The Neptunes 4:49
7. « 90210 » Mark Ronson, Deijon 3:21
8. « Shades » (feat. Chrisette Michele) Best Kept Secret, JuJu 3:56
9. « Chillin » (feat. Lady Gaga) Cool & Dre 3:24
10. « TV in the Radio » (feat. K’naan) Dave Sitek 3:20
11. « Contemplate » Syience 3:33
12. « Diary » (feat. Marsha Ambrosius) The Sleepwalkers 4:31
13. « Beautiful Bliss » (feat. Melanie Fiona & J. Cole) DJ Green Lantern, Mark Ronson 5:04
14. « Prescription » Best Kept Secret 3:27
iTunes bonus tracks
# Title Producer(s) Length
15. « My Sweetie » Apple Juice Kid 3:37
16. « Center of Attention » J.U.S.T.I.C.E. League 3:56

Sortie: 23 Novembre 2009

Label: Cash Money

Producteurs: Timbaland, Drumma Boy,Boi-1 da,  Jim Jonsin, T-Pain, I.N.F.O., Howard « X-Fyle » Metoyer, Drew Correa, Kevin Rudolf, ArrowStar, Infamous, Laurent « Slick » Cohen, Mr Beatz, Lil’ C, T-Minus

Qu’on le reconnaisse où non, le label sudiste Cash Money a indubitablement marqué l’histoire du hip-hop. Je n’évoque pas ici les pochettes vomitives signées Pen & Pixel, ni les lyrics pathétiques que Lil Wayne nous sert depuis quelques années maintenant, mais plutôt de son influence dans le game. Cash Money restera à jamais une des places fortes du rap sudiste au même titre que No Limit et Rap-A-Lot. A ce titre chacune de ses sorties suscite le minimum d’intérêt qu’on fasse partie des fans ou des haters. Hasard du calendrier ou stratégie soigneusement étudiée, l’essentiel des anciennes têtes d’affiche du mythique label investissent les bacs en cette fin d’année 2009. Après les retours de Juvenile et B.G. et l’omniprésence de Weezy dans les charts, le grand patron, Birdman vient boucler la boucle en sortant son quatrième album solo en attendant la sortie hypothétique de The Rebirth de son « fils » Lil Wayne.
Bien sur on ne se fait pas d’illusion sur le contenu de cet album qui comme à l’accoutumée devrait avoir se résumer à un étalage de titres accessibles pas trop mal produits et probablement tous écrits par Lil Wayne (on ne peut décemment juger que c’est une garantie au vu de la médiocrité dans laquelle il s’est vautré depuis le succès de Tha Carter III.). La pochette parle d’ailleurs d’elle-même. L’homme oiseau est avant tout un entertainer alors que peut-il avoir d’intéressant à raconter, de quoi peut-il bien pouvoir nous parler dans son album? D’argent pardi (essayez au moins de feindre la surprise), un peu aussi de clubs, de filles et de blings. Autant vous dire qu’on se retrouve plongés dans un délire consumériste des plus écœurants, où l’interprète nous parle sans arrêt de sa fortune, de son statut de boss, de ses acquis et blablabla. Et oui s’il est l’homme-oiseau c’est aussi parce qu’il a leur cervelle, et il fait tout son possible pour nous le prouver tout au long de ce projet qui vous le devinerez brille par son insipidité. Comme souvent avec lui l’album est plutôt bien produit mais le souci est qu’il n’est rien d’autre qu’une déclinaison low-coast du restant de sa discographie (si tant est qu’on peu l’appeler ainsi). Baby ne parle que de ce qui l’intéresse comme toujours mais le souci est qu’il le fait de moins en moins bien. Et sur ce projet le manque d’originalité a atteint des sommets pour ce qui n’est au final rien d’autre qu’une reformulation des disques précédents (je parle des propos) sur des instrumentaux actualisés. Et qui dit « air du temps » évoque forcement le gadget à la mode du moment, l’autotune. Ça plus la présence envahissante de Lil Wayne (présent sur sept titres sur douze) donne une idée du contenu de ce disque qui est, disons le,  sans aucun intérêt pour les anti-weezy. Pis la prise de risques est minimale et l’album est serti de succédanés éculés des recettes de Mr Carter ainsi que de formules commerciales malvenues et insipides. Pour commencer Weezy joue à merveille son rôle de pseudo-rockeur exaspérant à la perfection sur l’essentiel de ses apparitions. Non content d’hanter les pistes avec sa voix autotunée éraillée évoquant d’avantage une craie sur un tableau qu’autre chose, il entraine son boss dans ses lubies (rappelons que Weezy est à l’exécutif pour cet album) et signe des quasi-remixes de ses propres titres, au point qu’on en fini par se demander s’il ne s’agit pas d’un album de Mr Carter. Son ombre plane d’ailleurs sur tout ce disque. Entre le léger Money Machine qui sample un couplet de Weezy venant tout droit de Stuntin’ Like My Daddy, le peu convaincant titre éponyme (produit par un Timbaland de plus en plus à la ramasse) et le lymphatique et insupportable Bring It Back le ton est donné. Les choses n’iront malheureusement pas en s’améliorant. Nightclub (contenu à l’image de son intitulé) est sympa mais sans plus et l’immonde Shinin (espèce de Got Money raté) ne vaut même pas pour la prestation irritante de T-Pain qui trouve tout de même le moyen de faire mieux que Birdman médiocre au possible (comme sur presque tout l’album d’ailleurs).  Passons également le catastrophique I Want It All juste digne d’un papier-chiottes usagé et qui ravira juste les pouffes écervelées. Même sentence pour ce remix inintéressant d’Always Strapped en fin d’album.

Quelques titres relèvent cependant le niveau sans pour autant être transcendants. Hustle est l’une des rares onces de métal précieux de cette bouse de yak diarrhéique. Un refrain autotuné de Weezy (c’est limite un pléonasme de le dire à présent), une apparition de Gudda Gudda suffisent à donner un peu de relief à ce titre heureusement desservi par une production emballante signée Drew Correa. Pour le reste il faut s’en remettre à Drake qui cède son titre Money To Blow (oui il s’agissait originellement de son morceau) pour l’occasion et signe le braquos avec ce banger usiné par Drumma Boy et sur lequel Wayne sévit une fois de plus. On prend les mêmes et on recommence avec un 4 My Town (Play Ball) produit par Boi-1 da tout de même un peu moins réussi. On  a également droit à un ersatz de A Milli avec Mo Milly sur lequel Bun B se substitue à Lil Wayne et accompagne de fort belle manière Drake et Brian-sale-gueule-Williams toujours produit par Boi-1 da. Si la qualité première de ce titre n’est pas son originalité, il s’avère tout de même plus séduisant que A Milli. Birdman peut remercier le newcomer canadien pour avoir sauvé son album du naufrage complet. Ces quelques éclairs ne peuvent cependant pas nous faire oublier le manque de consistance de l’ensemble qui s’avère être le plus mauvais album de Birdman à ce jour. Ce disque racoleur au manque d’inspiration abyssale et à la durée de vie aussi éphémère que les promesses électorales de l’UMP ne marquera pas plus que ça. Mais qu’importe à Mr Williams. Du moment que l’argent continue à entrer et qu’il peut continuer à faire joujou avec ses bolides et ses blings il est content. Et ses fans aussi en dépit de ce qu’on pourrait penser, bien qu’on soit passés du médiocre à l’insipide. Pour les autres il est vivement recommandé de vous procurer la version instrumentale si vous ne supportez pas la pollution vocale made in NO.
8/20
Tracklist:
# Title Producer(s) Length
1. « Intro » T-Minus 1:48
2. « Been About Money » I.N.F.O. 4:12
3. « Money to Blow » (feat. Drake & Lil Wayne) Drumma Boy 4:19
4. « Money Machine » Howard « X-Fyle » Metoyer 3:21
5. « Pricele$$ » (feat. Lil Wayne) Jim Jonsin 5:33
6. « Bring It Back » (feat. Lil Wayne) Infamous & Laurent « Slick » Cohen 4:22
7. « Nightclub » Howard « X-Fyle » Metoyer 4:36
8. « 4 My Town (Play Ball) » (feat. Drake & Lil Wayne) Boi-1da 4:21
9. « Hustle » (feat. Lil Wayne & Gudda Gudda) Drew Correa 4:23
10. « Shinin' » (feat. T-Pain) T-Pain 3:31
11. « Mo Milly » (feat. Drake & Bun B) Boi-1da 4:12
12. « I Want It All » (feat. Kevin Rudolf & Lil Wayne) Kevin Rudolf & ArrowStar 3:16
13. « Always Strapped » (Remix) (feat. Lil Wayne & Mack Maine) Mr. Beatz & Lil’ C 4:30

Sortie: 22 Mai 2000

Label: Aftermath/Interscope

Producteurs: Dr. Dre, Mel-Man, F.B.T., The 45 King, Eminem

Qu’il est déjà loin le temps où Eminem n’était qu’un inconnu sorti d’on ne sait où par Dr. Dre. Un album à succès et de multiples controverses plus tard et Em s’est vu devenir une sulfureuse icône médiatique, cristallisant à lui tout seul les fantasmes d’une frange de fanas, l’acharnement d’une presse faussement bien-pensante ainsi que d’une nuée d’intégristes coincés desquels il se fait un plaisir de se jouer. Et ce en seulement un peu plus d’une année. Avantage son buzz est à son paroxysme. La seule évocation de son nom suffit à susciter l’hystérie. Adulé ou détesté, il faut bien avouer que le blondinet de Detroit a pris du galon depuis. Outre son statut public très rock star, il a réussi à conquérir le respect de ses pairs mais demeure cependant attendu au tournant, et il le sait. Afin de réussir au mieux son retour et démontrer qu’il n’est pas qu’un épiphénomène de plus du music business, il s’attèle à peaufiner son nouvel album qu’il veut encore plus percutant que le précédent. Il sait pertinemment qu’il doit revenir encore plus fort, encore plus percutant, encore plus décisif sans pour autant se dénaturer. Il peut heureusement compter sur le renfort de son mentor Dre ainsi que de ses frères d’armes de production: Jeff et Mark Bass.
Le come-back s’avère plus que réussi. Non content d’avoir mis tout le monde dans sa poche avec le rigolard et déjanté The Real Slim Shady, The Marshall Mathers LP s’évapore littéralement dans les bacs en s’écoulant à plus d’un million d’exemplaires dès sa première semaine d’exploitation. Il bénéficiera même d’un succès public sans précédent dans l’histoire du hip-hop. Voilà pour les financiers. Ce qui nous intéresse nous c’est sa musique et le moins que l’on puisse dire est que le blondin n’a pas chômé. Flow encore plus percutant, punchlines de malade, textes plus caustiques, multiples variations de voix, une impertinence encore plus affirmée et un sens de la provoc porté aux nues. Em est en pleine forme et nous en fait profiter tout au long d’un peu plus de 70 minutes. Il passe même derrière les machines pour l’occasion et fait ses débuts en tant que producteur sous le parrainage bienveillant de Dre et de l’équipe F.B.T. (composé des frères Bass pour ceux qui l’ignorent). Autre trait marquant de cet opus, il se livre d’avantage et nous offre le livre de son vécu tout au long du disque. Si les délires sont toujours présents et que son sens de la formule choquante est toujours aussi aiguisé, il n’en demeure pas moins un humain et revient sur ses rapports avec sa famille une fois de plus, mais évoque la façon dont il appréhende sa soudaine notoriété et les difficultés qu’entrainent ce nouveau statut. Un apport thématique supplémentaire qui va s’avérer de bon augure et qui couplé avec les arguments déjà évoqués plus haut feront de cet opus le meilleur de sa carrière.
Pour faire le lien avec son disque précédent, il le démarre par un nouveau Public Service Announcement qui a pour principal mérite de donner le ton. A peine avons-nous le temps de le digérer que débarque déjà une paire de tueries. Kill You impressionne par son tempo saccadé mais surtout par la violence des propos d’Em qui crache son fiel sur sa génitrice. Du jamais vu dans le rap mainstream. Suit ensuite la perle de storytelling Stan où il revient sur l’agitation qu’il suscite en s’incarnant en son plus grand fan, comme pour rappeler à tous que le fanatisme à ses limites et peut s’avérer destructeur. Cette reprise du Thank You de Dido (je ne vais pas vous refaire l’historique de ce titre) bénéficie bien sur du renfort de la belle et d’une production magistrale signée The 45 King. Ses deux titres s’avèrent être représentatifs du contenu de l’album qui compte plus d’un titre dans cette lignée intimiste. Em expose ses rapports avec la célébrité et  ses convictions sur le rageur The Way I Am ainsi que sur I’m Back. Il parle aussi des tracas de sa surexposition médiatique sur l’éponyme et autobiographique Marshall Mathers. Il évoque également la façon dont il est perçu par la jeunesse et le public dans Who Knew.  Il adresse également un titre malsain à sa femme en mettant en scène son assassinat consécutif à une dispute. Kim est en quelque sorte le prequel de 97 Bonnie & Clyde et ne manquera pas de choquer certains auditeurs, surtout qu’à la fin il finit par l’étrangler avant de mettre son cadavre dans le coffre de sa voiture. Un titre tout simplement poignant et tellement bien narré qu’on se sent absorbé par cette folie meurtrière.
Em ne fait heureusement pas que parler de lui sur cet opus. Si la touche autobiographique de ce disque est indéniable, il reste tout de même plus qu’efficace dans ce qui a fait, fait et fera son attrait: ses nombreux délires. Il ne se refuse rien et adresse un tir groupé au monde entier et surtout à l’Amérique bien-pensante. Le titre final Criminal est, au-delà d’une démonstration rapologique des plus abouties, un véritable concentré de provocations en tout genre. Rien n’échappe au blond qui raille les femmes, les gays, la police, les pouvoirs publics, et même ses pairs. Ken Kaniff repointe le bout de son nez pour un interlude ridiculisant Insane Clown Posse. Un nouveau protagoniste fait également son apparition sur ce disque: Steve Berman. Paul est bien sur toujours de la partie. Quand il évoque son retour c’est pour signer deux collaborations meurtrières. Il s’adjoint de Dre ainsi que de Snoop et Xzibit pour une nouvelle version de Bitch Please sur laquelle il brille comme toujours. Mais c’est la boucherie Remember Me qui marque indubitablement. Si RBX est en dessous de ses camarades de mic, le duel au sommet entre Sticky Fingaz d’Onyx et Em est de ceux qui laissent pantois. Ils signent chacun un couplet plus rageur qu’un pittbull affamé dont on ne se lasse pas sur un instrumental tranchant littéralement avec les autres par sa touche simpliste. Mais c’est finalement quand il est un tantinet irrévérencieux qu’on le préfère. Il s’en donne d’ailleurs à cœur choix sur un Drug Ballad à l’intitulé évocateur sur lequel il convie une fois de plus Dina Rae. Ce disque est également l’occasion pour lui d’offrir un peu d’exposition à son groupe, les joyeux délireurs de D12. Bizarre vient étaler ses lyrics biscornus sur le sombre et énervé Amityville aux influences rock avant que le groupe au grand complet ne rejoigne Em pour le barré Under The Influence et son refrain explicite.
Assurément le meilleur disque de la discographie d’Eminem. Jamais il n’avait été autant en verve et jamais il n’avait été aussi vrai. Plus qu’une confirmation, c’est une consécration. Marshall Mathers devient définitivement une icône du hip-hop avec cet opus. Il est au sommet de son art et met définitivement le monde de la musique à ses pieds. Si certains regretterons que sont explosion consécutive à celle du deuxième solo de son boss aie ramené dans le milieu une myriade de fans ne connaissant rien au hip-hop, on ne peut décemment affirmer que ce succès soit malvenu. Du moment qu’il a permis de sensibiliser plus de gens à cette musique, il est un peu prétentieux de bouder son plaisir. Un album indispensable.
18,5/20
Tracklist:
# Title Producer(s) Length
1. « Public Service Announcement 2000  » (feat. Jeff Bass (replaced with silence in clean version))) 0:25
2. « Kill You (listed as « **** You » in clean version) » Dr. Dre, Mel-Man 4:24
3. « Stan » (feat. Dido) The 45 King, Eminem (co) 6:44
4. « Paul » (skit) 0:10
5. « Who Knew » Dr. Dre, Mel-Man 3:47
6. « Steve Berman » (skit) 0:53
7. « The Way I Am«  Eminem 4:50
8. « The Real Slim Shady«  Dr. Dre, Mel-Man 4:44
9. « Remember Me? » (feat. RBX, Sticky Fingaz) Dr. Dre, Mel-Man 3:38
10. « I’m Back » Dr. Dre, Mel-Man 5:09
11. « Marshall Mathers«  F.B.T., Eminem 5:20
12. « Ken Kaniff » (skit) 1:02
13. « Drug Ballad » (feat. Dina Rae) F.B.T., Eminem 5:00
14. « Amityville » (feat. Bizarre) F.B.T. 4:14
15. « Bitch Please II » (feat. Dr. Dre, Nate Dogg, Snoop Dogg, Xzibit (« B**** Please II » in clean version)) Dr. Dre, Mel-Man 4:47
16. « Kim (replaced with « The Kids » in clean version) » F.B.T. 6:18
17. « Under the Influence » (feat. D12) F.B.T., Eminem 5:20
18. « Criminal » F.B.T., Eminem 5:20

Sortie: 23 Février 1999

Label: Aftermath/Interscope

Producteurs: Dr. Dre, Mel-Man, Mark & Jeff Bass (Bass Brothers)

1998, Aftermath Records. Deux ans déjà que le bon docteur s’est libéré des sangles du label rouge pour poursuivre son aventure musicale au sein d’un tout nouveau label. Malheureusement la mayonnaise peine à prendre. La compilation inaugurale n’a pas convaincu grand-monde et les autres projets réalisés par la team du doc (le projet The Firm et la B.O. du film Bulworth) n’ont pas non plus été plébiscités. De plus son second album n’étant toujours pas d’actualité, les fans se posaient de sérieuses questions sur l’avenir de cette structure aussi prometteuse que fragile. C’est alors que Dr. Dre surprend tout le monde en signant un MC blanc alors totalement inconnu: Eminem. Première réaction, tout le monde se demande si notre cher Andre Young ne travaille pas un peu du chapeau. Pourquoi miser sur un inconnu qui n’a rien sorti d’autre qu’un premier album impersonnel et un EP fielleux aux accents revanchards? De plus il vient de Détroit, ville peu représentative du hip-hop à l’époque et pour ne rien arranger il est blanc (A l’époque il était acquis pour beaucoup que les blancs ne savaient pas rapper, merci Vanilla Ice). Dre sait pourtant ce qu’il fait. Lui seul a su voir le potentiel de Marshall Mathers. C’était tout de même un sacré pari de le signer en ne se basant que sur le contenu d’un EP anecdotique sorti au plan local. Mais qu’importe, séduit par ce disque il prend Em sous son aile et il entame derechef  la réalisation de son album. Pour faire monter le buzz il ressort en single le Just Don’t Give A Fuck du Slim Shady EP. Mais c’est avec le détonant My Name Is que le grand public sera conquis. Un titre brillant tout en second degré et en rimes acides qui lui servira de carte de visite et le fera entrer par la grande porte dans le cercle des artistes attendus.

Dans la foulée de ce single de choix et du EP, The Slim Shady LP se révèle être un album à appréhender avec une bonne dose de recul, tant la provoc, l’insolence et le cynisme sont portés à leur paroxysme. Les petits esprits hallucinèrent direct à l’écoute de ses textes aussi venimeux qu’un crotale. Eminem et son alter-égo maléfique Slim Shady nous plonge dans un monde en pleine déliquescence où  toute vérité est bonne à dire et dans lequel tout le monde en prend pour son grade. Un véritable délire schizophrénique sur disque. On se rappelle des piques envoyées à ses proches dans My Name Is, et bien ce titre à de multiples petits frères dans cet album. Slim ne rate pas une occasion d’égratigner tout et tout le monde comme sur le rageur Just Don’t Give A Fuck et sa suite Still Don’t Give A Fuck. Il en remet une couche sur Guilty Conscience et d’autres titres à prendre au trente-sixième degré. Le paroxysme est atteint avec le glauque 97 Bonnie & Clyde où il parle de se débarrasser du corps de son épouse. Gonflé pour un titre censé s’adresser à sa fille non? Ce disque est aussi l’occasion pour Eminem de nous faire découvrir l’univers des white-trash. Ces blancs pauvres oubliés de l’American Dream qui vivotent dans des roulottes en consommant drogues, alcools et naviguant d’un petit boulot à un autre sans aucune perspective d’avenir. Le sublime Rock Bottom résume à lui tout seul le quotidien de ces désaxés. Pour le reste cet album pose les bases de son univers en introduisant des personnages et délires récurrents via titres et interludes. Paul (qui n’est autre que Paul Rosenberg son manager) intervient ainsi pour la première fois. Pareil pour l’irrévérencieux Ken Kaniff qui signe également sa première apparition. Si Steve Berman, ultime pygmalion shadyesque n’est pas encore présent,  Eminem continue de nous faire découvrir son monde via des thématiques qui hanteront toute sa discographie. Outre les coups de provoc et rimes acerbes savamment distillées sur pas mal de titres, les constantes références à sa famille et son passé, il évoque également son addiction aux drogues sur My Fault, se livre à sa façon sur Role Model et If I Had et se définit sur I’m Shady pétrissant ses lyrics d’une bonne dose d’humour noir.Même lorsqu’il se veut plus léger, il ne peut s’empêcher de vouloir choquer. Il nous gratifie ainsi de Cum On Everybody (pas la peine de traduire ce jeu de mots), titre festif à l’intitulé évocateur sur lequel Dina Rae signe elle aussi sa première apparition. Même les rares invités se mettent au diapason. Dr. Dre se prête au délire de Guilty Conscience tandis que le régional de l’étape Royce Da 5’9″ livre une performance d’excellente facture sur Bad Meets Evil.
Au final ce pétage de plomb phonographique est une réussite en tous points. Eminem transforme l’essai du EP du même nom en livrant un disque d’excellente facture marquant d’un sceau de fer son entrée dans le cercle des gros vendeurs et des artistes attendus. Une œuvre à la fois complexe et décomplexée, sachant ne pas se prendre au sérieux naviguant entre ironie des plus caustiques et délire maniaco-dépressif. Le principal mérite de Dr. Dre aura été de se mettre en retrait (il ne produit que trois titres) et de laisser le champ libre aux alors inconnus Bass Brothers (les producteurs attitrés d’Eminem jusque là, artisans du EP) qui livrent un travail sans fioritures. Peut-être pas un classique mais un disque en tous points irréprochables quand on parvient à saisir les nuances des lyrics d’Em et qu’on se laisse conquérir par ce flow fluide devenu depuis sa marque de fabrique.
18/20
Tracklist:
# Title Writer(s) Producer(s) Length
1. « Public Service Announcement » (skit performed by Jeff Bass and Eminem) 0:33
2. « My Name Is«  Marshall Mathers, Andre Young Dr. Dre 4:28
3. « Guilty Conscience » (feat. Dr. Dre. in clean version edited or backmasked.) Mathers, Young Dr. Dre, Eminem 3:19
4. « Brain Damage » Mathers, Jeff Bass, Mark Bass Bass Brothers, Eminem 3:46
5. « Paul » (skit performed by Paul Rosenberg) 0:15
6. « If I Had » (feat. Kristie Abete) Mathers, J. Bass, M. Bass Bass Brothers, Eminem 4:05
7. « ’97 Bonnie & Clyde«  Mathers, J. Bass, M. Bass Bass Brothers, Eminem 5:09
8. « Bitch » (skit performed by Zoe Winkler clean version Zoe.) 0:19
9. « Role Model » Mathers, Young, Melvin Breeden Dr. Dre, Mel-Man 3:25
10. « Lounge » (skit feat. Bass Brothers) 0:46
11. « My Fault » Mathers, J. Bass, M. Bass Bass Brothers, Eminem 4:01
12. « Ken Kaniff » (skit feat. Aristotle & Bass Brothers) 1:16
13. « Cum on Everybody » (feat. Dina Rae clean version Come On Everybody.) Mathers, J. Bass, M. Bass Bass Brothers, Eminem 3:39
14. « Rock Bottom » Mathers, J. Bass, M. Bass Bass Brothers 3:34
15. « Just Don’t Give a Fuck clean version Just Dont Give. » Mathers, J. Bass, M. Bass Bass Brothers, Eminem 4:02
16. « Soap » (skit performed by Jeff Bass & Royce da 5’9″) 0:34
17. « As the World Turns » Mathers, J. Bass, M. Bass Bass Brothers, Eminem 4:25
18. « I’m Shady » Mathers, J. Bass, M. Bass Bass Brothers, Eminem 3:31
19. « Bad Meets Evil » (feat. Royce da 5’9″ & Jeff Bass) Mathers, J. Bass, M. Bass, Ryan Montgomery Bass Brothers, Eminem 4:13
20. « Still Don’t Give a Fuck clean version Still Dont Give. » Mathers, J. Bass, M. Bass Bass Brothers, Eminem 4:12