Archives de décembre, 2009

Sortie: 11 Septembre 2007
Label: Roc-A-Fella/ Island Def Jam
Producteurs: Kanye West, DJ Toomp, Nottz, Mike Dean, Jon Brion, Warryn Campbell,Brian Miller, Eric Hudson, Gee Robertson, Plain Pat

Après deux premiers volets que l’ont pourrait aisément considérer comme classiques, Kanye West se décide à boucler sa trilogie de l’ourson avec le dernier volet Graduation. Si son arrogance ne s’est pas arrangée avec le succès de Late Registration, il s’est cependant fait un tantinet plus discret dans les studios, devenant moins productif mais paradoxalement plus présent que jamais dans l’actualité. Pour se faire encore plus de buzz, 50 Cent et lui se lanceront dans une pseudo-guerre des ventes (on ne peut tout bonnement pas qualifier ça de beef), le premier arguant même qu’il serait prêt à arrêter sa carrière s’il s’avérait que son Curtis se vend moins que Graduation. Mais au-delà de ce battage médiatique, ce qui nous intéresse nous c’est la musique de Mr West pas ses nouvelles lubies ou coups de gueule. Justement il balance un premier single en éclaireur qui à le mérite de faire l’unanimité: Can’t Tell Me Nothing. Une bastos produite par Ye lui-même et DJ Toomp. Une orchestration toujours aussi captivante rehaussée par un sample de voix féminine ultra-efficace et des ad-libs de Young Jeezy. Ajoutons à cela un refrain qu’on retient dès la première écoute et on obtient un des meilleurs singles de 2007. L’attente est encore plus énorme et Ye l’entretient à sa façon en faisant découvrir son futur disque à un parterre de journalistes triés sur le volet. Résultat son nom est sur toutes les lèvres et son buzz en devient monumental. L’engouement va cependant être tempéré par la sortie du deuxième single, le surprenant Stronger qui divisera l’auditoire et ses fans. Kanye a en effet osé samplé le groupe techno français Daft Punk et son ultra-connu Higher, Better, Faster, Stronger électronisé. Certains crient au génie et louent son ouverture d’esprit quand d’autres dénoncent cette association qui tient plus de la compromission et s’appliquent à la rangée au chapitre pop. La bataille fait rage entre progressistes et conservateurs sur la toile. Mais Kanye n’en a cure, il peaufine son projet, rajoute des titres, en éjecte d’autre et attend patiemment son heure. Comme un signe l’album sortira le 11 Septembre, soit six ans jour pour jour après celle de son éclosion mondiale comme producteur avec The Blueprint.

Voici qu’arrive enfin le disque. Premier constat la pochette. On y retrouve notre ours-mascotte dans un univers plus cartoon et coloré s’envolant vers de nouveaux horizons après la fin du College. On notera qu’il arbore à présent une variété de bijoux, renforçant la collusion avec Ye. Un bon point. Le livret des crédits s’annonce cependant plus surprenant. Contrairement à ses habitudes, Kanye est moins omniprésent que par le passé. S’il ne laisse qu’un seul titre à DJ Toomp, on note qu’il est entouré d’une armée de collaborateurs plus ou moins connus qui co-produisent l’essentiel de l’album. Mr West ne signe que trois titres tout seul. Pour le reste on retrouve du beau monde. L’omniprésent Jon Brion est toujours là, tout comme Warryn Campbell. Outre DJ Toomp, Mike Dean (producteur lié au label texan Rap-A-Lot) est de la partie (il est d’ailleurs le co-signataire de Stronger). On est par contre plus surpris par la présence de Nottz , ainsi que celles plus discrètes cependant de Timbaland (qui se charge des drums additionnels sur Stronger et Good Life) et de DJ Premier (qui redevient DJ pour l’occasion en assurant les scratches de Everything I Am) . Il est clair que Ye n’a pas lésiné sur les moyens pour cet album qu’il veut accessible pour tous et à même de faire bouger les foules grâce à son « stadium status ». Place à l’écoute.

Première impression, une musicalité toujours aussi manifeste. après la soul du premier et les quelques incursions dans la pop et le jazz dans le second, place ici au musiques électroniques. Kanye élargi sa gamme de samples, s’inspire de tout ce qui fait l’actualité (et qui par ricochet se vend). Les puristes ne lui pardonneront pas ces escapades hors des sentiers battus et certains pourraient même parler de retournement de veste, mais il n’y a cependant pas lieu d’être surpris. Après tout Kanye n’avait-il pas lui-même comparé ce disque à un boeing lancé en plein sur une autoroute? Comprendre par là qu’il entend transgresser les genres en les investissant tous à la fois. Si le pari n’est au final pas gagné, cela à au moins le mérite d’être clair. L’album s’ouvre avec un merveilleux Good Morning qui sonne le réveil et nous transporte dans un monde limlite féérique. On se laisse bercer par ce tempo relaxant et on appréhende au mieux ce Champion qui lui succède. Le sample de voix usité parle de lui-même ( « Did you realize that you were a champion ?« ). Entre autosatisfaction et lucidité il revient sur son parcours une fois de plus. Passons l’électronique Stronger et attardons nous sur un enchainement de titres ravageurs écrasant tout sur leur passage. Première balle I Wonder et son sample de voix stratosphérique se situe dans la continuité de Stronger du point de vue de sa rythmique. On enchaine avec le très populaire Good Life où s’illustre un T-Pain égal à lui-même et l’énorme Can’t Tell Me Nothing. La pression retombe cependant sur Barry Bonds. Pas que la production originellement assurée par Nottz ne soie pas au niveau, mais c’est surtout la performance de Lil Wayne qui déçoit. Il se fait limite outshiné par West sur le coup qui n’est, rappelons-le, pas le meilleur rappeur du monde. A ce sujet, il a bien essayé d’évoluer en usant d’un phrasé plus lent mais le résultat n’est pas toujours probant. S’il s’avère plus que convaincant sur Can’t Tell Me Nothing, il l’est moins sur I Wonder par exemple. Ajoutons à cela des schémas de rimes parfois simplistes, voire ridicules pour certaines, des jeux de mots dispensables et on obtient un ensemble assez irrégulier. De plus dans sa volonté d’accessibilité, il a tout bonnement banni tout aspect revendicatif de ses lyrics, au grand dam des fans de la première heure.
On change de sphère avec le surprenant Drunk & Hot Girls sur lequel intervient Mos Def. Un titre délirant décrivant le comportement des filles bourrées rencontrées en boîte. On ne sait également trop quoi penser de Flashing Lights qui apparait un tantinet en deçà des premiers titres de l’album. Il se reprend heureusement très bien sur le sublime et profond Everything I Am, titre confession sur lequel il nous fait partager son émotion comme il avait su le faire sur ses disques précédents. La boucle de piano percute en plein cœur et parasite le cerveau dès la première écoute. Dans ces circonstances The Glory même s’il s’avère efficace semble terne malgré son sample de voix qui fait penser à de la musique zoulou. Le plus que convaincant Homecoming vient rajouter une dose pop avec son refrain assuré par Chris Martin. Une interprétation qui enterre le fadasse Beach Chair de Jigga qui avait inviter le même chanteur précédemment. Vient ensuite un bel hommage à Jay-Z sur Big Brother. Un titre fort qui heureusement ne sombre pas dans la mièvrerie. Une pure merveille signée DJ Toomp. S’il était censé conclure l’album, celui-ci se prolonge via un titre caché. Après nous avoir dit bonjour, il nous dit logiquement Good Night sur un titre doucereux et nous laisse en plein rêve au moment où le disque se termine.

Au final un album qui s’il n’atteint pas tous les objectifs de son auteur et a dérouter quelque peu son public s’avère tout de même très réussi quoiqu’inférieur à ses prédécesseurs. Graduation boucle la boucle avec éclat et conclut merveilleusement cette géniale trilogie.

17/20

Tracklist

# Title Producer(s) Length
1. « Good Morning«  Kanye West 3:15
2. « Champion«  Kanye West, Brian Miller 2:47
3. « Stronger«  Kanye West, Mike Dean* 5:11
4. « I Wonder » Kanye West 4:03
5. « Good Life » (feat. T-Pain) Kanye West, Mike Dean*, DJ Toomp* 3:27
6. « Can’t Tell Me Nothing«  Kanye West, DJ Toomp 4:31
7. « Barry Bonds » (feat. Lil Wayne) Nottz, Kanye West* 3:24
8. « Drunk and Hot Girls » (feat. Mos Def) Kanye West, Jon Brion* 5:13
9. « Flashing Lights » (feat. Dwele) Kanye West, Eric Hudson 3:57
10. « Everything I Am » Kanye West 3:47
11. « The Glory » Kanye West, Gee Robertson*, Plain Pat* 3:32
12. « Homecoming » (feat. Chris Martin) Kanye West, Warryn Campbell 3:23
13. « Big Brother«  DJ Toomp 4:47
[hide]Bonus Track
# Title Producer(s) Length
14. « Good Night » (feat. Al Be Back, Mos Def) Kanye West 3:06

Sortie: 4 Juin 1996
Label: MCA
Producteurs:Mr. Cheeks, Pete Rock, Mr. Sexxx, Charles Suitt, Easy Mo Bee, Big Dex, « Buttnaked » Tim Dawg, Dwarf the Black Prince

Originaires du Queens (Southside Jamaica Queens pour être plus précis), le groupe formé de Mr Cheeks (MC principal du groupe), Freaky Tah, Pretty Lou et du DJ Sprigg Nice, bénéficied’un bon buzz dans les rues new-yorkaises grâce à des performances scéniques remarquées. Découverts par André Harrell ils se verront offrir un contrat chez Uptown Records. Ils quitterons ce label avant d’avoir sorti quoi que ce soit suite au départ de leur mentor. Un contretemps qui sera sans grandes conséquences vu que le groupe fera parler de lui pour grâce à son single Lifestyles Of The Rich & Shameless produit par Eazy Moe Bee. Un très bon titre qui leur servira de carte de visite (on le retrouvait sur moult mixtapes à l’époque) et leur ouvrira les portes de la major Universal qui les fera signer sur sa filiale MCA. En attendant la sortie de leur album, ils resteront actifs avec l’accrocheur Jeeps, Lex Coups, Bimaz & Benz toujours produit par Eazy Moe Bee (et repris notamment par Lil’ Kim sur The Jump Off) mais c’est surtout le tubesque Renee qui leur apportera la renommée, notamment grâce à sa figuration sur la bande originale du film Don’t Be A Menace. Ce titre qui relate la vie d’une jeune fille assassinée dans le métro deviendra un véritable hymne et entrera même dans le top 50 du billboard.
Avec une entrée en matière aussi fracassante on était en droit d’attendre un album de très bonne qualité, voire un classique. Le très attendu Legal Drug Money ne satisfera cependant que partiellement les attentes. Pas que l’album soit médiocre mais il manque singulièrement de consistance. Bien sur le phrasé si particulier des MCs s’avère toujours aussi efficace et leurs performances sont des plus honorables mais c’est aux niveaux des lyrics qu’il déçoivent. Rassurez-vous ils n’ont pas sombré dans le all-access-rap, mais l’album en lui-même n’est en définitive rien d’autre qu’une accumulation de clichés. On y évoque pèle-mêle la vie du rue et ses dangers, la fumette, les ghettostories, les meufs, les préoccupations matérielles, la gloire du hip-hop et plein d’autres thèmes qui à l’époque déjà étaient des plus éculés. Le principal souci n’étant pas leur usage mais plutôt le fait qu’ils soient traités sans aucune originalité, sans aucune prise de risques et disons le sans génie. Pareil pour les instrumentaux qui sont clairement dans l’air du temps et qui s’avèrent en définitive exagérément « lights » et semblent avoir été taillés pour le grand public (Il y avait tout de même de bonnes idées comme l’utilisation des samples à l’envers). A croire que nos zigs n’ont privilégié que l’efficacité au détriment d’un disque plus personnel et mieux construit. Dommage. Mr Cheeks a beau avoir un style pratiquement unique pour l’époque, limite chantonné, il s’avère cependant que sa voix éraillée devient vite irritante. et vu qu’il est le meilleur rappeur du groupe et que tous les autres calquent leur style sur le sien, c’est pas gagné.
En dépit de toutes ces réserves l’album compte tout de même de bons titres. Le quota de tubes est rempli avec Music Makes Me High et Get Up, voire le remix inutile de Lifestyles Of The Rich & Shameless situé en fin de disque. On note également de petites tueries plus orientées ghetto ( Straight From Da Ghetto, Keep It Real…) et des sons relativement efficaces ( All Right par exemple). Il y a même une production de Pete Rock (The Yearn qui ouvre l’album de fort belle manière). Pas suffisant cependant pour faire monter la température et faire de cet album un indispensable (pour preuve il est très souvent oublié lorsqu’on évoque les disques marquants de 1996). Un disque correct, loin d’être désagréable, qui s’écoute tranquillement mais dont au final on ne retient pas grand-chose. Pas mauvais mais loin d’être exceptionnel.

15/20

Tracklist

# Title Producer(s) Performer (s)
1 « Intro » Mr. Cheeks Mr. Cheeks, Freaky Tah
2 « The Yearn » Pete Rock Mr. Cheeks, Freaky Tah
3 « Music Makes Me High » Mr. Sexxx, Charles Suitt Mr. Cheeks, Freaky Tah
4 « Jeeps, Lex Coups, Bimaz & Benz » Easy Mo Bee Mr. Cheeks, Freaky Tah
5 « Lifestyles Of The Rich & Shameless » Easy Mo Bee Mr. Cheeks, Freaky Tah
6 « Renee » Mr. Sexxx Mr. Cheeks
7 « All Right » Big Dex Mr. Cheeks, Freaky Tah
8 « Legal Drug Money » Big Dex Mr. Cheeks, Freaky Tah
9 « Get Up » Mr. Sexxx Mr. Cheeks, Freaky Tah
10 « Is This Da Part » Easy Mo Bee Mr. Cheeks, Freaky Tah
11 « Straight From Da Ghetto » Big Dex, « Buttnaked » Tim Dawg Mr. Cheeks, Freaky Tah
12 « Keep It Real » Big Dex Mr. Cheeks, Freaky Tah
13 « Channel Zero » Big Dex Mr. Cheeks, Freaky Tah
14 « Da Game » Big Dex Mr. Cheeks, Freaky Tah
15 « 1,2,3 » Dwarf The Black Prince Freaky Tah
16 « Lifestyles Of The Rich & Shameless [Remix] » Mr. Sexxx Mr. Cheeks, Freaky Tah

Sortie: 30 Aout 2005
Label: Roc-A-Fella/ Island Def Jam
Producteurs: Kanye West, Jon Brion, Devo Springsteen, Just Blaze, Warryn Campbell

Après un premier album salué par la critique et sanctionné d’une réussite commerciale et populaire, celui qui est désormais de venu le Louis Vuitton Don revient avec un tout nouvel seulement une année plus tard. Entretemps beaucoup de choses ont évolué. Il a remis sa casquette de brillant producteur et à récidivé en concoctant le premier disque de John Legend et l’excellent Be pour Common. il a également récolté moults récompenses pour son premier essai, est devenu une icône people et à beaucoup fait parler pour son arrogance et son égocentrisme plus qu’irritant. Il est génial et il le sait. Il le clame d’ailleurs dès qu’il en a l’occasion. Lui a tout compris à la musique,  lui sait comment faire des albums de qualité, lui est le nouveau roi des charts, transforme tout ce qu’il touche en or et met n’importe qui en tête des ventes avec une seule production. On en vient presqu’à souhaiter qu’il se fourvoie pour qu’un échec lui rabatte un peu le caquet. Ce ne sera pourtant pas pour tout de suite. Son retour est aussi monumental que son dernier projet solo. Non content d’aborder un thème inédit dans la vidéo (l’exploitation des enfants dans les mines de diamants en Afrique) avec cette voix si caractéristique devenue sa marque de fabrique, il pose sur un instrumental novateur imprégné de soul (comme d’habitude) et de variations speedées plus qu’accrocheuses. Diamonds From Sierra Leone fait de nouveau l’unanimité, écrasant la concurrence dans les charts et laissant de nouveau augurer d’un autre album de qualité. Avant qu’on ne puisse se remettre de cette grosse claque, il achève le boulot avec un autre uppercut musical répondant au nom de Gold Digger. Un beat ultra-entrainant rehaussé par la voix de Jamie Foxx qui se substitue à Ray Charles une fois de plus. Late Registration devient alors l’objet de toutes les attentes. Après tout Kanye n’a t’il pas déclaré précédemment que le hip-hop dépendait de lui?

Le Louis Vuitton Don sait parfaitement qu’il n’a pas droit à l’erreur. Il doit frapper plus fort, être encore plus costaud, ramener du lourd pour résumer. Première décision pour consacrer cette volonté, l’enrôlement de Jon Brion (producteur de Coldplay et Portishead pour ne citer qu’eux) comme arrangeur et producteur exécutif. Un choix qui va s’avérer plus que judicieux dans la mesure où il gommera les quelques imperfections constatées sur le précédent album. Le phrasé est mieux maitrisé, la voix plus posée et l’interprétation demeure toujours aussi gorgée d’émotion. Kanye passe de rappeur perfectible à bon rappeur. C’est déjà ça de gagné.  Deuxième nouveauté, Kanye joue la carte de la diversité en invitant des artistes de tous horizons. On retrouve ainsi des grands noms du rap (Jay-Z, Nas, Cam’ron) les MC’s « hot » du moment ( The Game, Paul Wall), des proches (Common, Consequence et John Legend même si la plupart de ses interventions ne sont pas créditées), un new comer dont beaucoup disent du bien (Lupe Fiasco) des chanteurs (Jamie Foxx, Brandy) et même un artiste pop-rock (Adam Levine des Maroon 5). Du beau monde. Côté production Ye produit la quasi-totalité du disque avec l’assistance de Jon Brion. Seul Just Blaze parvient à placer une de ses productions sur le projet.

L’album démarre plutôt fort avec le surprenant mais non moins ultra-mélodieux Heard ‘Em Say sur lequel Adam Levine signe un très bon refrain. Lupe fiasco ne manque pas non plus ses débuts sur le très bon Touch The Sky magistralement produit par un Just Blaze inspiré. Kanye évoque de nouveau son accident et de son parcours depuis celui-ci. Passons l’ultra-connu Gold Digger et attardons nous ce Drive Slow assez étrange. Pour une fois l’ambiance n’est pas soulful mais plutôt jazzy. Paul Wall s’en tire très bien sur cet instru qui n’est qu’un succédané du Shorty Wanna Be A Thug de 2Pac. Invité sudiste oblige, il se conclut même façon chopped & screwed mais s’avère moins saignant que les titres précédents. Kanye se permet de laisser le micro à Common le temps du très bref My Way Home sur un sample de Gil Scott-Heron. Retour aux rimes avec le nerveux Crack Music dont The Game signe le refrain et le correct Roses qui nous fait tout de même penser au célèbre poème The Rose Growth With Concrete de 2Pac. Changement de registre avec l’excellent Bring Me Down qui outre la prestation plus qu’honorable de Brandy présente l’avantage d’avoir été entièrement composé et joué avec de vrais instruments. Pas le moindre sample. Il revient cependant à ses bonnes vieilles méthodes dès le titre suivant Addiction, l’occasion pour lui de tourner en dérision les clichés du rap de façon plutôt brillante. Diamonds From Sierra Leone étant ultra-populaire, il se voit relégué au rang de bonus track et remplacer par un remix re-produit sur lequel Jigga se met en évidence noyant au passage Kanye en un seul couplet. Nas en fera de même sur We Major et ce ne sont pas les rallonges instrumentales de ce titre qui changeront cet état de fait. Ye se refait heureusement une santé en rendant hommage à sa mère sur le génial Hey Mama puis sur le captivant Celebration. Cam’ron adapte son flow pour rebooster ce Gone qui conclue l’album.  C’est du moins ce qu’on pense vu qu’outre Diamonds un autre inédit (le merveilleux Late) est disponible. Les possessuers de la version Européenne héritent d’un titre supplémentaire: l’excellent We Can Make It Better dans le pur style West avec ses voix pitchées et une fine équipe de rappeurs engagés (Talib Kweli, Common et Q-Tip)

Un pari réussi pour Kanye West au final qui réussi l’exploit de faire mieux que The College Dropout en livrant un album un poil meilleur. Mieux construit et plus diversifié que son prédécesseur, Late Registration est peut être le meilleur disque jamais fait par Kanye West à ce jour. Là où d’autres se seraient contenter de livrer une déclinaison du premier opus, lui choisi d’innover sans fondamentalement changer de recette cependant. Un autre diamant brut à mettre à son actif.

18,5/20

Tracklist

# Title Producer Length
1. « Wake Up Mr. West » Kanye West 0:41
2. « Heard ‘Em Say » (featuring Adam Levine of Maroon 5) Kanye West, Jon Brion* 3:23
3. « Touch the Sky » (featuring Lupe Fiasco) Just Blaze 3:57
4. « Gold Digger » (featuring Jamie Foxx) Kanye West, Jon Brion* 3:28
5. « Skit #1 » 0:33
6. « Drive Slow » (featuring Paul Wall & GLC) Kanye West 4:32
7. « My Way Home » (featuring Common) Kanye West 1:43
8. « Crack Music » (featuring The Game) Kanye West, Jon Brion* 4:31
9. « Roses » Kanye West, Jon Brion* 4:05
10. « Bring Me Down » (featuring Brandy) Kanye West, Jon Brion* 3:18
11. « Addiction » Kanye West, Jon Brion* 4:27
12. « Skit #2 » 0:31
13. « Diamonds from Sierra Leone (Remix) » (featuring Jay-Z) Kanye West, Jon Brion*, Devo Springsteen* 3:53
14. « We Major » (featuring Nas, Really Doe) Kanye West, Jon Brion*, Warryn Campbell* 7:28
15. « Skit #3 » 0:24
16. « Hey Mama«  Kanye West, Jon Brion* 5:05
17. « Celebration » Kanye West, Jon Brion* 3:18
18. « Skit #4 » 1:18
19. « Gone » (featuring Cam’ron, Consequence) Kanye West 6:02
20. « Diamonds from Sierra Leone » (bonus track) Kanye West, Jon Brion*, Devo Springsteen* 3:58
21. « Late » (hidden track) Kanye West 3:50

Sortie: 10 Février 2004
Label: Roc-A-Fella/ Island Def Jam
Producteurs: Kanye West, Evidence

Révélé à la production sur This Can’t Be Life de l’album de Jay-Z The Dynasty, Kanye West n’a depuis cessé de prendre du galon au point d’être promu producteur principal du classique The Blueprint. Avec ses boucles de soul 70s plus ou moins triturées,  il a ramené du sang neuf dans l’art du beatmaking qui commençait à tourner en rond. Dès lors il sera fréquemment sollicité par des artistes de divers horizons au point d’être débordé de travail et de sacrifier sa santé pour honorer les délais. Toutes choses qui finiront par l’épuiser et lui feront faire un accident de voiture dont il porte encore les séquelles. Une opération de la mâchoire plus tard et le revoici d’attaque pour délivrer une autre rafale de tubes, volant même la vedette aux Neptunes et Timbaland dans le top des beatmakers les plus « hot ». Ce que la plupart des gens ignore est que Kanye taquine aussi le micro et entend faire une carrière solo. Personne ne soupçonnera rien jusqu’à la sortie du remix du Get By de Talib Kweli (produit par lui) sur lequel il fera entendre sa voix aux côtés de celles de Busta Rhymes et Jay-Z. Loin d’être noyé par les autres figurants, il va s’inspirer de ce premier essai encourageant pour se mettre à travailler son premier album. C’est ainsi que sortira son premier single: Through The Wire, titre fort sur lequel il revient sur son accident avec émotion. En dépit d’un flow manquant de technicité, ses lyrics font mouche, tout comme le sample speedé de la voix de Chaka Kahn qui donnera tout son relief au morceau. Fort de ce succès, il parvient à convaincre ses patrons de Roc-A-Fella de lui accorder leur confiance. The College Dropout commence alors à prendre forme. Un deuxième single tout aussi percutant arrivera sur les ondes un peu plus tard, mettant dans la poche un public béat d’admiration. Slow Jamz squattera les ondes avec sa ritournelle plus soul que jamais, ses samples où l’on reconnait les voix de Ron Isley et R. Kelly entre autres et les interventions remarquables de Jamie Foxx et Twista. Kanye est enfin prêt à prendre d’assaut les bacs avec un album entièrement produit par ses soins.

Premier constat à l’écoute, les limites flowistiques de Kanye. S’il est vrai que les producteurs sont rarement brillants derrière le micro, son phrasé inspiré de celui de Jay-Z et sa voix limite nasillarde ne sont pas des plus captivants. Mais c’est aussi ce qui fait et fera sa particularité dans le rap game. Il n’est pas un technicien de la rime, il est incapable de nous sortir des phases assassines et des punchlines de choix. Il n’a pas un flow de dingue ou des lyrics multisyllabiques à vous couper le souffle. Pas vraiment le profil du client sortant des battles et forgé au Lyricist Lounge. Il est simplement lui sans grande prétention, conscient de ses faiblesses microphonique et ne cherchant en aucun cas à surenchérir. Si sa façon de poser tient parfois de la leçon bien récitée, elle a tout de même un charme inexplicable. S’il n’a pas la technique, il a pour lui la justesse de l’interprétation et sans atteindre des sommets il se distingue en abordant des thèmes relativement inédits (rencontre par internet, emploi chez Gap…) et des lyrics conscients. Il évoque ainsi l’esprit de famille (Family Business), l’éducation (Graduation Day, School Spirit) et parle même de religion sur le sublime Jesus Walks.

Mais le point faire de l’album est indubitablement sa qualité musicale. On n’avait plus eu un album aussi remarquablement produit depuis Chronic 2001. Un véritable bijou serti de pépites plus brillantes les unes que les autres qu’on ne se lasse pas d’admirer. Son procédé de voix soul se voix ici rehaussée d’instruments live et d’interprétations brillantes de sous-traitants de choix (au nombre desquels un John Legend alors totalement inconnu) est porté aux nues, enrobant l’album d’une couche rétro incroyablement emballante. On croirait presque être revenu dans les années 70 et c’est à peine si on ne s’attend pas à voir Marvin Gaye ou Curtis Mayfield débarqué sur les instrumentaux. Un sommet encore jamais atteint auparavant dans le rap. Une véritable réinvention de la soul. Les perles sont légions ( We Don’t Care, le merveilleux All Falls Down gorgée de soul pure sur lequel Syleena Johnson supplée Lauryn Hill avec brio, l’excellentissime Spaceship avec GLC & Consequence, l’entrainant Breathe In, Breathe Out avec un Ludacris au sommet ou encore le brillantissime Two Words avec Freeway, Mos Def et The Harlem Boys Choir) et on en vient réellement à manquer de qualificatifs pour faire part de notre émerveillement. Les collaborations s’avèrent également de premier choix avec outre les titres précédemment cités un Get ‘Em High de qualité sur lequel il convie la crème des conscious rappers de l’époque (Talib Kweli et Common) ainsi qu’un brillant Never Let Me DownJay-Z l’accompagne. Même le morceau final à rallonge (plus de 12 minutes) produit par Evidence (unique producteur extérieur à intervenir) séduit tout autant.

Au final un album des plus plaisants, musicalement très mature et qui séduira sans peine (à moins que vous ne soyez allergiques à la soul et à la voix de Kanye). Pour un premier disque il place la barre très haute et livre un des meilleurs albums de ce début de millénaire. Il prouve également qu’il est possible de prospérer dans le hip-hop en étant le plus personnel possible sans pour autant sombrer dans les clichés racailleux. Un pur moment de black-music.

18.5/20

Tracklist

# Title Music Sample(s) Length
1. « Intro » (West) 0:19
2. « We Don’t Care » (West/Vannelli)
  • Contains a sample of « I Just Wanna Stop » performed by The Jimmy Castor Bunch
3:59
3. « Graduation Day » (West)
  • Piano and vocals: John Legend
  • Violin: Miri Ben-Ari
1:22
4. « All Falls Down » (feat. Syleena Johnson) (West/Hill)
  • Guitar: Eric « E-Bass » Johnson
  • Acoustic Guitar: Ken Lewis
  • Contains an interpolation of « Mystery of Iniquity » performed by Lauryn Hill
3:43
5. « I’ll Fly Away » (Brumley)
  • Additional vocals: Tony Williams, Deray
  • Piano: Ervin « EP » Pope
1:09
6. « Spaceship » (feat. GLC, Consequence) (West/Williams/Harris/Mills/Gaye/Gordy/Greene)
  • Additional vocals: Tony Williams, John Legend
  • Contains a sample of « Distant Lover » performed by Marvin Gaye
5:24
7. « Jesus Walks » (West/Smith)
  • Additional vocals: John Legend
  • Violin: Miri Ben-Ari
3:13
8. « Never Let Me Down » (feat. Jay-Z, J. Ivy) (West/Carter/Richardson/Bolton/Kulick)
  • Background vocals: John Legend, Tracie Spencer
  • Keyboards: Ervin « EP » Pope
  • Guitar: Glenn Jefferey
  • Sample recreated and performed by Ken Lewis
  • Contains a sample of « Maybe It’s the Power of Love » performed by Blackjack
5:24
9. « Get ‘Em High » (feat. Talib Kweli, Common) (West/Greene/Lynn)
  • Additional vocals: Sumeke Rainey
4:49
10. « Workout Plan » (West)
  • Vocals: Candis Brown, Brandi Kuykenvall, Tiera Singleton
0:46
11. « The New Workout Plan » (West)
  • Additional vocals: John Legend, Sumeke Rainey
  • Talkbox: Bosko
  • Guitar: Eric « E-Bass » Johnson
  • Piano: Ervin « EP » Pope
  • Violin: Miri Ben-Ari
5:22
12. « Slow Jamz » (feat. Twista, Jamie Foxx) (West/Mitchell/Bacharach/David)
  • Additional vocals: Aisha Tyler
  • Keyboards: Ervin « EP » Pope
  • Guitar: Glen Jefferey
  • Contains a sample of « A House is Not a Home » performed by Luther Vandross
5:16
13. « Breathe In, Breathe Out » (feat. Ludacris) (West/Miller)
  • Violins: Miri Ben-Ari
4:06
14. « School Spirit Skit 1 » (West) 1:18
15. « School Spirit » (West/Franklin)
  • Additional vocals: Tony Williams
  • Contains a sample of « Spirit in the Dark » performed by Aretha Franklin
3:02
16. « School Spirit Skit 2 » (West)
  • Vocals: Deray
0:43
17. « Lil Jimmy Skit » (West)
  • Additional vocals by Tony Williams
  • Piano: Ervin « EP » Pope
0:53
18. « Two Words » (feat. Mos Def, Freeway, The Harlem Boys Choir) (West/Smith/Pridgen/Wilson/Wilson/Wilson)
  • Keyboards: Keith Slattery
  • Violins: Miri Ben-Ari
  • Contains a sample of « Peace And Love (Amani Na Mapenzi) – Movement III (Encounter) » performed by Mandrill
4:26
19. « Through the Wire » (West/Foster/Keane/Weil)
  • Contains a sample of « Through the Fire » performed by Chaka Khan
3:41
20. « Family Business » (West)
  • Additional vocals: Thomasina Atkins, Linda Petty, Beverly McCargo, Lavel Mena, Thai Jones, Kevin Shannon, Tarey Torae
  • Piano: Josh Zandman
  • Contains a sample from The Dells – Fonky Thang (Vocal sample)
  • Additional instrumentation: Ken Lewis
4:38
21. « Last Call » (West/Perretta)
  • Additional vocals: John Legend, Tony Williams, Ken Lewis
  • Piano: Ervin « EP » Pope
  • Guitar: Ken Lewis, Glenn Jefferey
  • Keyboard: Ken Lewis
  • Percussion: Ken Lewis
  • Contains a sample from « Mr. Rockefeller » by

Sortie: 6 Novembre 2007
Label: Roc-A-Fella/ Island Def Jam
Producteurs: P. Diddy & The Hitmen (Mario Winans, Sean C & LV), Just Blaze, The Neptunes, No I.D., Jermaine Dupri, DJ Toomp, F.R.E.A.K., Bigg D, Chris Flame, Idris Elba

On avait quitté Jay-Z après un Kingdom Come plutôt mitigé. Si son retour fut un nouveau succès commercial, il n’en est pas de même pour une critique de plus en plus assassine. President Carter ne s’apitoiera pourtant pas sur cette sortie qui appartient déjà au passé. Il est un homme de défis (il l’a maintes fois prouvé) et est bien décidé à s’en trouver de nouveaux, au micro ou dans les hautes sphères financières.

La résurrection viendra du cinéma. Subjugué par le film de Ridley Scott, American Gangster, Jay y voit un parallèle avec sa vie et décide d’enregistrer un album reprenant le concept du film. C’est bien la première fois qu’il se lance dans un projet de ce type avec un fil conducteur aussi précis. Ses proches se veulent d’ailleurs formels: il ne s’éloignera pas du concept. Beaucoup se prennent du coup à rêver à un nouveau Reasonable Doubt, encore plus cohérent. Rien ne filtre sur l’identité des éventuels contributeurs, laissant tout le monde dans l’expectative et ce jusqu’à ce que le premier single Blue Magic soit dévoilé. Un titre à la ligne de basse épurée, limite minimaliste produit par The Neptunes. Bonne nouvelle Jay-Z revient à ce qui faisait sa force. Voix limpide, rimes percutantes, flow travaillé. Si l’instrumental n’est pas du goût de tous et que le refrain de Pharrell Williams gâche un peu le morceau, il n’en demeure pas moins une très bonne mise en bouche pour la suite. Quelques semaines plus tard le deuxième single est lancé à son tour. On est plus que surpris de voir qu’il est l’oeuvre de P. Diddy et ses néo-Hitmen: Sean C & LV. On craint déjà qu’il ne nous refasse le coup d’In My Lifetime. Il n’en est cependant rien. Roc Boys bénéficie d’un ambiance soul 70s rappelant le meilleur de Kanye West. Un morceau plutôt réussi s’intégrant bien au concept de l’album. Dans la foulée la tracklist est enfin dévoilée et c’est avec quelques réserves qu’on constate que l’essentiel des productions ont été confiées à P. Diddy, Sean C & LV (six titres sur les quatorze que compte l’album). Autre surprise de taille: l’absence de Kanye West, sans doute trop occupé par la promotion de Graduation. Just Blaze ne signe que deux titres et Jermaine Dupri tape l’incruste. Des noms qui sont loin de rassurer, surtout qu’un autre morceau signé des Neptunes (I Know) sort deux jours seulement avant la sortie officielle de l’album sans qu’on comprenne trop le pourquoi de la démarche. Ce titre plutôt light aura pour principal mérite de semer encore plus le trouble à défaut de séduire le grand public.

Contrairement à ce que laissait entrevoir la tracklist hâtivement jugée peu convaincante, l’album s’avère plutôt de qualité. L’équipe Bad Boy se permet même de donner le ton avec une couleur musicale digne de Roc Boys. On voyage aux confines de la soul et du jazz 70s avec des samples de Barry White, Rudy Love & The Love Family et autres. Ils sont allé jusqu’à les faire rejouer pour leur donner encore plus d’authenticité. Toutes choses qui correspondent pile poil à l’ambiance recherché et collent au concept comme un string sur le cul d’une gogo-danseuse.  Comme promis Jay s’en tient au fil conducteur du film avec des titres qui s’enchainent les uns aux autres et retranscrivent l’ascension et la décadence de ce clone discographique de Franck Lucas. La formule est parfaitement huilée et tous les morceaux, même ceux qu’on considèreraient comme improbables se fondent dans le concept. Hova est au commandes de cette fiction partiellement autobiographique (il avouera s’être inspiré de son passé de drug dealer) qui le voit gravir les échelons jusqu’au succès titre après titre avant de brutalement chuter à la fin. Un véritable film sur disque où la science de la rime de Jay-Z est toute entière mise au service de l’histoire sans pour autant devenir redondant ou ennuyeux. Fort de son flow retrouvé et de productions emballantes, il livre de nouvelles perles: un American Dreamin’ gorgé de soul, un No Hook transpirant la rue avec son ambiance pluvieuse ou encore Sweet rappelant le cinéma blaxploitation. D’autres titres pourraient à eux tout seuls résumer le concept de ce disque situé à mi-chemin entre la bande originale (pas mal d’extraits du film sont repris) et l’album traditionnel. Say Hello (produit par DJ Toomp et F.R.E.A.K.) et Party Life s’inscrivent dans cette mouvance.

Les invités sont rares et s’illustrent diversement. Lil Wayne fait entendre son flow chevrotant de camé en manque sur Hello Brooklyn 2.0 qui est à ranger parmi les bouses de l’album. On se demande encore comment ce titre creux et médiocre, couplé à une prod sans aucune originalité (reprise low-coast des Beastie Boys) à pu se retrouver sur cet album. Les deux Carter déçoivent sur ce son à oublier au plus vite.  A contrario Beanie Sigel se distingue sur l’excellent Ignorant Shit (merveille produite par le trop effacé Just Blaze), rappelant à tous que le Roc n’est pas encore mort. Si Jay-Z se hisse allègrement au niveau de B.Mack sur ce son, il n’en est pas de même sur l’énorme Success collaboration plus qu’attendue avec Nas. Le Street Poet se permet de lui voler la vedette en livrant une performance de très bon niveau. Dernier guest, Bilal qui signe un très bon refrain (non crédité) sur un Fallin’ usiné par Jermaine Dupri.

Le pari est au final réussi pour Jay-Z. Le projet est bien ficelé et parfaitement mené. En dépit de quelques déchets, l’album est très satisfaisant et prouve qu’il faut encore compter avec Hov’ qui redore au passage son blason quelque peu terni par son disque précédent. Bien sur les réfractaires à la soul, aux ambiances seventies et ceux qui ne jurent que par le boombap seront déçus. Mais peu importe. American Gangster marque le véritable retour du Jigga Man et il serait hypocrite de bouder notre plaisir.

16/20

Tracklist

# Title Producer(s) Length
1. « Intro » (by Idris Elba) Chris Flame, Idris Elba* 2:01
2. « Pray » Diddy, Sean C & LV 4:24
3. « American Dreamin' » Diddy, Sean C & LV, Mario Winans* 4:47
4. « Hello Brooklyn 2.0 » (feat. Lil Wayne) Bigg D 3:56
5. « No Hook » Diddy, Sean C & LV 3:14
6. « Roc Boys (And the Winner Is)…«  Diddy, Sean C & LV 4:12
7. « Sweet » Diddy, Sean C & LV 3:26
8. « I Know«  The Neptunes 3:42
9. « Party Life » Diddy, Sean C & LV 4:29
10. « Ignorant Shit » (feat. Beanie Sigel) Just Blaze 3:41
11. « Say Hello » DJ Toomp, Dean « F.R.E.A.K » Farmer 5:26
12. « Success » (feat. Nas) No I.D., Jermaine Dupri* 3:30
13. « Fallin' » Jermaine Dupri, No I.D.* 4:01
14. « Blue Magic » (feat. Pharrell) The Neptunes 4:10
15. « American Gangster » Just Blaze 3:41

Sortie: 25 Avril 1995
Label: Infamous/ Loud/ RCA
Producteurs: Havoc, Q-Tip, Schott Free, Matt Life

1995, les ondes des radios spécialisées sont prises d’assaut par un titre sombre et ultra-efficace réalisé par un groupe alors inconnu du grand public hip-hop. Ces deux lascars n’en sont pas à leur premier coup d’essai vu qu’on apprendra plus tard qu’ils ont déjà sorti un album passé inaperçu. La donne a cependant changer avec ce Shook Ones Part II devenu depuis classique qui place directement le groupe en tête des révélations de l’année. Forts d’un contrat avec Loud Records et de ses accointances avec Nas (dont la street credibility était à son paroxysme), Mobb Deep profitera de son buzz grandissant pour livrer un album anthologique.

Dès les premières mesures on se retrouvent plongés dans l’univers embrumé des deux MC’s. On pensait ne plus avoir d’albums aussi sombres et réalistes depuis le classique Illmatic, et bien il faudra aussi compter avec The Infamous. Havoc et surtout Prodigy tutoient sans peine la véracité de Nas et apportent même une plus-value avec des histoires encore plus ancrées dans les rues sales du Queensbridge. Une ambiance sonore glauque transpirant le bitume et empestant la violence à des lieux à la ronde. L’album porte très bien son nom (The Infamous) et cette atmosphère de guérilla urbaine magnifiquement illustrée par les instrumentaux lourds et crasseux d’Havoc marquera à jamais l’histoire du rap au point de devenir la marque de fabrique du groupe. Une équation gagnante que la plupart de leurs homologues se chargeront de décliner sans arrêt par la suite. Les beats sont tous simplement irréprochables et n’ont toujours pas pris une ride. Même les guests producers se mettent au diapason et livrent des sons dans la lignée de ceux du beatmaker principal.

Au niveau du Mceeing, l’album atteint également des sommets rarement égalés. Prodigy n’a jamais aussi bien porté son pseudonyme, tant sa performance est énorme. S’il apparait un tantinet moins tranchant, Havoc se distingue lui aussi et brille presqu’autant que derrière ses machines. L’alchimie entre les deux rappeurs est si communicative qu’elle contamine les rares invités (Nas, Raekwon et Ghostface Killah du Wu-Tang, sans oublier les proches comme Infamous Mobb) qui se fondent totalement au décor. On se laisse séduire par les récits poignants et ultra-réalistes savamment narrés par les deux rappeurs avec une implication qui frise la perfection. Les classics tracks s’enchaînent sans retenue (Survival Of The Fittest, Shook Ones Part II, Cradle To The Grave, Trife Life, Party Over, Eye For An Eye pour ne citer que celles-la) et transportent directement l’auditeur dans les ruelles sombres de QB sans décalage horaire. La pression ne retombe pratiquement jamais et l’album se consomme d’une seule traite comme une bouffée de crack. Il n’y a aucun déchet à déplorer.

The Infamous est à n’en point douter leur meilleur album à ce jour. Un classique intemporel dont l’influence ne sera jamais démentie au même titre qu’ Illmatic, Enter The Wu ou encore Reasonable Doubt. Un disque à posséder absolument pour tout fan de rap new-yorkais et de rap tout court.

19/20

Tracklist

# Title Performer(s) Producer(s) Samples[17] Length
1 « The Start of Your Ending (41st Side) »
  • Intro: Havoc
  • First verse: Havoc
  • Second verse: Prodigy
  • Outro: Prodigy / Havoc
Havoc 4:24
2 « (The Infamous Prelude) »
  • Performed by Prodigy
2:22
3 « Survival of the Fittest« 
  • Intro: Prodigy
  • First verse: Prodigy
  • Chorus: Havoc / Prodigy
  • Second verse: Havoc
  • Outro: Prodigy
Havoc 3:43
4 « Eye for a Eye (Your Beef Is Mines) »
  • First Chorus: Prodigy
  • First verse: Prodigy
  • Second verse: Havoc
  • Second Chorus: Havoc
  • Third Verse: Nas
  • Fourth verse: Raekwon
  • Final Chorus: Nas / Raekwon
  • Outro: Raekwon
Havoc 4:54
5 « (Just Step Prelude) » 1:06
6 « Give Up the Goods (Just Step) »
  • Intro: Prodigy
  • First verse: Prodigy
  • Second verse: Big Noyd
  • Third verse: Havoc
  • Chorus: Prodigy
  • Fourth verse: Prodigy
Q-Tip 4:02
7 « Temperature’s Rising« 
  • First verse: Havoc
  • Chorus: Crystal Johnson
  • Second verse: Prodigy
  • Outro: Crystal Johnson
Q-Tip
(Co-produced
by Mobb Deep)
5:00
8 « Up North Trip »
  • First verse: Prodigy
  • Chorus: Prodigy / Havoc
  • Second verse: Havoc
  • Third verse: Prodigy
Havoc 4:58
9 « Trife Life »
  • Intro: Havoc / Prodigy
  • First verse: Prodigy
  • Chorus: Prodigy / Havoc
  • Second: Havoc
Havoc 5:19
10 « Q.U.-Hectic »
  • First verse: Prodigy
  • Chorus: Prodigy / Havoc
  • Second verse: Havoc
  • Third verse: Prodigy
Havoc 4:55
11 « Right Back at You »
  • Intro: Havoc
  • First verse: Prodigy
  • Chorus: Prodigy
  • Second verse: Havoc
  • Third verse: Ghostface Killah / Raekwon
  • Fourth verse: Big Noyd
Havoc
(Co-produced by Schott Free)
4:52
12 « (The Grave Prelude) »
  • Performed by: Havoc / Prodigy / Big Noyd
0:30
13 « Cradle to the Grave »
  • First verse: Prodigy / Havoc
  • Chorus: Havoc / Prodigy
  • Second verse: Havoc / Prodigy
Havoc 5:16
14 « Drink Away the Pain (Situations) »
  • First verse: Prodigy
  • First Chorus: Prodigy
  • Second verse: Q-Tip
  • Third verse: Havoc
  • Final Chorus: Havoc
  • Outro: Prodigy
Q-Tip
(Co-produced
by Mobb Deep)
4:44
15 « Shook Ones Pt. II« 
  • First verse: Prodigy
  • Chorus: Prodigy / Havoc
  • Second verse: Havoc
  • Outro: Havoc
Havoc
  • « Kitty With The Bent Frame » by Quincy Jones
  • « Dirty Feet » by Daly Wilson Big Band
  • « Thackeray Meets Faculty, Then Alone » by Ron Grainer
5:24
16 « Party Over »
  • First Chorus: Matt Life
  • First verse: Prodigy
  • Second verse: Havoc
  • Second Chorus: Prodigy / Havoc
  • Third verse: Big Noyd
  • Fourth verse: Prodigy
Mobb Deep
(Co-produced
by Matt Life)
5:40

Sortie: 21 Novembre 2006
Label: Roc-A-Fella/ Island Def Jam
Producteurs: Dr. Dre, Mark Batson, Just Blaze, Kanye West, Swizz Beatz, The Neptunes, DJ Khalil, Chris Martin, Syience, B-Money

On en avait presqu’oublié qu’il était à la retraite tant son hyper-activité et son omniprésence dans les médias nous rappellent qu’il est encore là. Bien sur Jay-Z n’a plus sorti d’album solos depuis The Black Album, mais son fantôme continue d’hanter le rap game. Il faut dire qu’il n’a pas vraiment chômé. Entre un nouvel album avec R. Kelly (Unfinished Business), un autre avec le groupe de rock Linkin Park (Collision Course) et divers featurings et prestations live, on ne peut pas dire qu’il se soit éloigné du monde de la musique. Mieux en 2005 il se voit coopté à la tête du prestigieux label Def Jam. Toutes choses qui laissait présager d’un éventuel retour aux affaires rapologiques. La rumeur se veut d’ailleurs insistante jusqu’à ce que l’intéressé lui-même la confirme. Oui il fait son come-back, oui l’envie est revenue et il sortira d’ailleurs un nouvel album d’ici peu. Et pour marquer le coup il remonte sur scène pour le concert I Declare War qui scelle définitivement sa réconciliation avec Nas.

Les tractations et autres pronostics vont alors bon train, surtout que pas grand-chose ne filtre au sujet de ce retour aux affaires. Une seule question demeure en suspens: les motivations réelles de ce come-back. Reprend t-il le chemin des studios parce qu’il désire réellement ou est-ce pour relancer une machine Def Jam en souffrance comme il l’avait déjà fait pour Roc-A-Fella avec The Dynasty? Une interrogation qui restera en suspens. Quoi qu’il en soit Hova joue tout d’abord la carte de la rupture et prévoit sortir cet album sous le nom de Shawn Carter. Il se ravisera finalement et gardera son nom de scène. Quant à l’intitulé de l’album il lui sera suggéré par un de ses collaborateurs Young Guru en référence au comic book de la DC Superman. Contrairement à ses habitudes Jay prendra son temps et attendra Octobre pour enfin livrer son premier single Show Me What You Got. On retrouve Just Blaze à la baguette mais ce titre s’avère peu convaincant. On était en droit d’espérer mieux d’un homme qui aura marquer l’histoire de cette musique. L’accueil est plutôt mitigé dans le milieu. Bien sur ce morceau est dans la lignée du Black Album, montrant que Jay reprend les choses là où il les avaient laissées mais le scepticisme demeure. Dans la foulée la tracklist arrive et elle s’annonce épaisse comme une liasse de billets de 100 au vu des noms qui y figurent. Les habitués Just Blaze et Kanye West sont conviés mais aussi The Neptunes, Swizz Beatz, DJ Khalil, quelques inconnus ( Syience et B-Money) et surtout Dr. Dre. Le bon docteur a consenti à lâcher sa thèse Detox un moment pour s’occuper de trois titres. Mieux il s’occupe aussi du mixage de l’opus. Toutes choses qui laisse augurer d’un disque de très bonne qualité qui sortira directement sans qu’un autre single ne soit lancer en éclaireur.

Dès les premières écoutes ce qui marque tout de suite est la qualité du rendu. On reconnait la touche de Dre qui rehausse même les titres les plus banals pour en faire des bombes. Un bon point mais qui ne saurait suffire à lui tout seul pour faire de cet album un must du genre. Le docteur n’en reste heureusement pas là et ses trois de ses prescriptions s’avèrent être parmi les meilleures du disque. Un Trouble surprenant mais novateur où Jay parle vite fait des rumeurs sur son enfant caché, un 30 Something tout à fait dans son style mais surtout l’énorme Lost One sur lequel Hov se livre. Il y évoque pèle-mêle la mort de son neveu, ses relations difficiles avec Beyonce et son ex-associé Damon Dash le tout en trois couplets lourds de sens rehaussé par un refrain accrocheur de Chrisette Michele. Ce titre très personnel est l’une des tueries de l’album. Autre moment fort l’excellente contribution de Kanye West Do U Wanna Ride en duo avec un John Legend qui donne de la profondeur au morceau. Ce seront globalement les seules raisons de s’enthousiasmer sur cet album. S’il s’avère assez bien produit dans son ensemble (à l’exception du décevant Anything usiné par les Neptunes et de l’anecdotique son de DJ Khalil) et très agréable à l’écoute, c’est dans les textes et la performance que Jay-Z déçoit. On n’a rien contre quelques lignes d’égotrip et des punchlines bien senties mais là on frise l’arrogance. Les lyrics sont parfois consternants d’auto-satisfaction et disons le tout net d’une suffisance plus qu’agaçante. De plus son flow n’est plus aussi limpide qu’auparavant. S’il n’écrit toujours pas ses textes, le robinet vocal à la poignée qui grince à présent. Peu de fluidité, une voix parfois trop forcée qui essaie de sonner plus jeune et des clins d’oeil trop récurrents aux super héros. Peu rassurant. Pour ne rien arranger il semble vraiment manquer de conviction quand il s’attaque à des sujets qui se veulent plus grave à l’image du risible Hollywood (Featuring Beyonce, essayez au moins d’avoir l’air surpris) où il relate la décadence d’un star lui ressemblant étrangement. Même constat avec l’hommage en carton rendu aux victimes de l’ouragan Katrina sur Minority Report. L’album se conclut avec une incursion dans le monde du rock avec Beach Chair, produit par le membre de Coldplay, Chris Martin qui signe également le refrain. Une collaboration surprenante, déroutante qui achèvera de dégouter les puristes et autres fans de la première heure.

Ce retour en demi-teinte s’avère comme prévu une excellente opération commerciale (680.000 copies écoulées dès la première semaine) mais recevra un accueil critique plutôt froid. Jay-Z est toujours à la retraite, son clone President Carter ne semble pas encore en mesure de lui succéder. Motif trop peu ancré à la rue, trop arrogant, trop prétentieux, totalement imbu de sa personne, limite condescendant. Pour revoir le véritable Hova, si tant est qu’il refait surface un jour, il faudra encore attendre. Ce n’est en tout cas pas avec ce disque qu’il faut espérer le retrouver.

15/20

Tracklist

# Title Producer(s) Samples Time
1 « The Prelude » B-Money 2:44
2 « Oh My God » Just Blaze 4:18
3 « Kingdom Come » Just Blaze 4:24
4 « Show Me What You Got«  Just Blaze 3:43
5 « Lost One » (featuring Chrisette Michele) Dr. Dre, Mark Batson 3:44
6 « Do U Wanna Ride » (featuring John Legend) Kanye West 5:29
7 « 30 Something«  Dr. Dre 4:13
8 « I Made It » DJ Khalil 3:28
9 « Anything » (featuring Usher & Pharrell) The Neptunes 4:22
10 « Hollywood » (featuring Beyoncé) Syience 4:18
11 « Trouble » Dr. Dre, Mark Batson 4:53
12 « Dig a Hole » (featuring Sterling Simms) Swizz Beatz
  • Samples copyrighted material under license from Tappan Zee Records, Inc
4:11
13 « Minority Report » (featuring Ne-Yo) Dr. Dre 4:34
14 « Beach Chair » (featuring Chris Martin) Chris Martin 5:09
15* « 44 Fours » (live from Radio City Music Hall) Lou Reed 3:36