Archives de septembre, 2009

Sortie: 13 Février 1996
Label: Death Row/ Interscope
Producteurs: DJ Quik, Dat Nigga Daz, DeVanté Swing, DJ Pooh, Dr. Dre, Bobby « Bobcat » Ervin, Johnny « J », Mike Mosley, Doug Rasheed, Rick Rock, 2Pac

On avait quitté Tupac Shakur avec un troisième album de très bonne qualité (Me Against The World) et une accusation de sodomie et d’agression sexuelle qui lui a valu une peine de quatre ans et demi de prison. Alors que son avenir musical semble bien sombre, voici que Marion « Suge » Knight débarque comme par enchantement et paye la caution pour sorti 2pac de prison. En contrepartie, ce dernier signe un contrat de trois ans avec Death Row.
L’annonce de cette signature a fait l’effet d’une bombe dans le microcosme hip-hop. Plus qu’un simple alliance de circonstance, Pac rejoignait ainsi le plus prometteur et explosif label de la côte Ouest, constituant avec les Dr. Dre, Snoop Doggy Dogg et autres Tha Dogg Pound une véritable Dream Team rapologique. De plus à l’ouest leur est à l’union depuis l’agression dont Mr Shakur a été victime en 1994 et ses démêlées avec le clan Bad Boy (Notorious B.I.G. en tête). En pleine guerre Est/Ouest donc, la signature de 2Pac est donc un renfort de choix pour l’une comme l’autre partie (Je parle de Pac et de Death Row)
A peine sorti de prison, Mr Shakur voit les choses en grand et signe un retour fracassant en compagnie de Dr. Dre sur le désormais classique California Love. Une véritable boucherie musicale portée par une boucle de piano entêtante et une vidéo inspiré de Mad Max et le dôme du tonnerre. Tupac ne se satisfait cependant pas de ce succès. Il s’enferme littéralement en studio et travaille d’arrache-pied à la conception d’All Eyez On Me. Il est attendu au tournant et il le sait. Il enregistrera donc comme un forcené, interviendra à pratiquement toutes les étapes de la réalisation de l’album et continuera à faire monter le buzz par ses frasques et autres facéties. Mieux il surprendra même tout le monde en annonçant que l’album serait en deux parties puis qu’on aurait deux disques pour le prix d’un seul. Jamais personne dans l’histoire du hip-hop n’avait encore réalisé de double album, Shakur sera le premier.
Au final nous auront donc droit à 27 titres, et chose improbable il n’y a qu’un seul déchet ( What’z Ya Phone # qui conclu le premier CD). Cet album contient son lot de classiques tracks 2 Of Amerikaz Wanted en duo avec Snoop Doggy Dogg, How Do You Want It avec les frangins de Jodeci, K-Ci & Jojo, Wonda Why They Call U Bitch, I Ain’t Mad at Cha, Ambitionz Az A Ridah, All About U) et bien d’autres. A vrai dire pratiquement tous les morceaux font partie du panthéon Hip-Hop. Entre sons festifs plus légers (Thug Passion, Ratha Be Ya, Check Out Time ou encore Skandalouz), sons plus profonds (Heartz Of Men, No More Pain) tueries plus consensuelles (Only God Can Judge Me, Life Goes On, When We Ride), diss tracks (Can’t C Me) et posse cuts (Tradin War Stories, Ain’t Hard 2 Find) on obtient un album très complet dont on se lasse difficilement. La qualité est telle qu’on ne ressent même pas la longueur. En pleine guerre East/West on est surpris de voir figurer Method Man & Redman aux côtés de Kurupt et Daz Dilinger en représentants de l’Est honni sur le classique Got My Mind Made Up.
Sans être son tout meilleur album, All Eyez On Me n’en reste pas moins le plus ambitieux et l’un de ses opus les plus aboutis. Les seuls reproches qu’on pourrait lui faire est que Pac n’ait pas forcé ses qualités de lyriciste et que l’album sonne beaucoup trop dans l’air du temps. Mais ces fausses notes sont gommées par son charisme au mic et le large éventail des facettes de son personnage qui y sont mises en lumière. Au delà de la pluie de hits qui en découle, cet album marquera à jamais l’histoire de la West Coast et du rap tout court. Un grand classique pour moi. Chapeau bas Mr Shakur.

18/20

Tracklist

CD1
1. Ambitionz Az A Ridah (produit par Daz Dillinger)
2. All Bout U feat Yaki Kadafi, Hussein Fatal, Snoop Dogg, Nate Dogg & Dru Down (produit par Johnny J & 2Pac)
3. Skandalouz feat Nate Dogg (produit par Daz Dillinger)
4. Got My Mind Made Up feat Daz Dillinger, Kurupt, Method Man & Redman (produit par Daz Dillinger)
5. How Do You Want It feat K-Ci & Jojo (produit par Johnny J)
6. 2 Of Amerikaz Most Wanted feat Snoop Dogg (produit par Daz Dillinger)
7. No More Pain (produit par DeVante Swing)
8. Heartz Of Men (produit par DJ Quik)
9. Life Goes On (produit par Johnny J)
10. Only God Can Judge Me feat Rappin 4-Tay (produit par Doug Rasheed & Harold Scrap Freddie)
11. Tradin War Stories feat Dramacydal, C-Bo, Storm & the lady of rage (produit par Mike Mosley & Rick Rock)
12. California Love feat Dr. Dre & Roger Troutman (produit par Dr Dre) (remplacé par le remix sur la réédition de 2001)
13. I Ain’t Mad At Cha feat Danny Boy (produit par Daz Dillinger)
14. What’z Ya Phone # feat Danny Boy (produit par Johnny J & 2Pac)

CD2
1. Can’t C Me feat George Clinton (produit par Dr Dre)
2. Shorty Wanna Be A Thug (produit par Johnny J)
3. Holla At Me (produit par Bobcat)
4. Wonda Why They Call U Bitch (produit par Johnny J & 2Pac)
5. When We Ride feat Tha Outlawz (produit par DJ Pooh)
6. Thug Passion feat Jewell, Dramacydal & Storm (produit par Johnny J & 2Pac)
7. Picture Me Rollin’ feat Danny Boy, Big Syke & CPO (produit par Johnny J)
8. Check Out Time feat Kurupt & Big Syke (produit par Johnny J & 2Pac)
9. Ratha Be Ya Nigga feat Richie Rich (produit par Doug Rasheed)
10. All Eyez On Me feat Big Syke (produit par Johnny J)
11. Run Tha Streetz feat Michel’le, Mutah & Storm (produit par Johnny J & 2Pac)
12. Ain’t Hard 2 Find feat E-40, B-Legit, C-Bo & Richie Rich (produit par Mike Mosley & Rick Rock)
13. Heaven Ain’t Hard 2 Find (produit par QD3)

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Sortie: 4 Février 2003
Label: G-Unit/ Shady/ Aftermath/ Interscope
Producteurs: Dr. Dre, Eminem,  Mike Elizondo, Midi Mafia, Denaun Porter, Darrell « Digga » Branch, Rockwilder, Megahertz, Rob « Reef » Tewlow, Sha Money XL, Dirty Swift, DJ Rad, Sean Blaze, John « J-Praize » Freeman, Red Spyda, Terence Dudley

Petit retour sur un album qui quoi que diront les détracteurs fait incontestablement partie des albums majeurs de cette décennie. Avant de brasser des millions de dollars, de devenir une icône people et d’être un des MC’s les plus détestés de New-York, 50 Cent n’était qu’un rappeur prometteur qui faisait parler de lui par sa réputation de clasheur hors-pair et ses street CDs de qualité. C’est donc à juste titre qu’il était considéré par beaucoup comme l’avenir du rap de la Grosse Pomme, lui qui avait été libéré de son contrat par la major Columbia quelques années plus tôt. Mais qu’importe sa street credibility et son buzz sans cesse grandissant va lui offrir l’opportunité de sortir des bas-fonds. Une de ses mixtapes finira par atterrir chez Paul Rosenberg (le manager d’Eminem) qui la fera écouter à son poulain entre deux sessions d’Eminem Show. Une rencontre et quelques pourparlers plus tard et voici l’ami 50 signé sur Shady Records/Aftermath le label du blondinet de Detroit. Dans la foulée sa destinée artistique est prise en main par Eminem et Dr. Dre. Pas mal pour un début.
Il devra cependant s’armer de patience avant de voir son premier album enfin dans les bacs. Entre scènes assurées en compagnie de son nouveau mentor, freestyles lâchés un peu partout et une grosse présence sur les mixtapes sa côte ne cesse de monter tant aux yeux du grand public (quel meilleur argument qu’un Eminem, conquis et élogieux au sujet de son nouveau soldat, pour se faire du buzz?) que de la rue qui voit en lui une espèce de mix entre 2Pac, B.I.G. et Big L (excusez du peu). Sa présence très remarquée (grâce notamment à Wanksta) sur la B.O. d’8Mile achèvera de préparer le terrain. Rien ne semble alors pouvoir l’arrêter en dehors d’un beef l’opposant à Ja Rule un des plus gros vendeurs du moment. Surtout que le premier single In Da Club, orchestré par Dr. Dre devient un hit mondial. 50 Cent est donc prêt à lancer sa carrière officielle.

Rien que l’intitulé de cet album ne souffre d’aucune ambigüité. Les mauvaises langues argueront plus tard qu’il était symptomatique de la direction artistique et économique prise par la suite par Mr Curtis mais bon quoi de mieux qu’un titre fort pour marquer les esprits? De plus l’impact de balle de la pochette à le mérite de nous replonger dans le délire gangsta rap qu’on croyait disparu depuis la mort de ceux qu’on sait. Dès le premier titre What Up Gangsta (produit par le peu connu Rob Tewlow)on entre direct dans l’univers de 50 Cent. Un titre bref mais qui fait figure d’introduction parfaite pour un album qu’on attendait « gangsta ». Les titres suivants corroborent cette bonne impression. Il se livre à une réflexion sur sa carrière en compagnie d’Em sur Patiently Waitin’ avant d’atteindre des sommets sur Many Men (Wish Death) pas loin du meilleur de 2Pac ou B.I.G. Passons la bombe In Da Club et le bon High All The Time pour en prendre plein les oreilles avec le magnifique Heat (signé Dr. Dre), bien street comme on l’aime. Le bon docteur livre au passage un autre de ces bangers dont il a le secret avec If I Can’t. Premier doute sur Blood Hound qui sonne résolument South mais on sera moins surpris en apprenant que l’invité sur ce son, Young Buck est originaire de Nashville. Cette incursion de Buck sera la première de la G-Unit (découverte aux côtés de Curtis sur la tape 50 Cent Is The Future) sur le disque. Lloyd Banks (sur Don’t Push Me en compagnie d’Em) et Tony Yayo (sur Like My Style) auront également droit à leur minute trente d’exposition. La pression remonte direct avec Back Down où 50 s’en prend à Ja Rule. Le banger P.I.M.P. et sa mélodie accrocheuse lui succède avec brio. A compter de là on oscillera entre son pour la rue (Like My Style) et gros bangers (21 Questions en compagnie de Nate Dogg). La fin de l’album est cependant plus street…si on oublie que toutes les bonus tracks sont déjà connues. Mais bon ces titres passent tout de même très bien.

En définitive un album avec peu de déchets et son lot de tueries qui ont contribué à le rendre plus que populaire. Un des rares albums qui a parfaitement réussi à concilier tracks pour la rue et gros bangers de façon assez cohérente. La question est de savoir si l’on peut d’ores et déjà l’élever au rang de classique des années 2000 ou alors le considérer comme un gros album qui n’a fait que reprendre des formules commerciales afin de toucher le jackpot. Bien sur les inimitiés et autres réactions passionnées au sujet de 50 Cent faussent le débat d’avance mais on ne peut nier la qualité de cet album qui fait et fera à n’en point douter partie des monuments du Rap Game.

17/20

Tracklist

  1. Intro
  2. What Up Gangsta (Produced by Rob « Reef » Tewlow
  3. Patiently Waiting [Feat. Eminem] (Produced by Eminem)
  4. Many Men (Wish Death) (Produced by Digga)
  5. In Da Club (Produced by Dr. Dre & Mike Elizondo)
  6. High All The Time (Produced by DJ Rad, Luis Resto, Eminem & Sha Money XL)
  7. Heat (Produced by Dr. Dre)
  8. If I Can’t (Produced by Dr. Dre)
  9. Blood Hound [Feat. Young Buck] (Produced by Sean Blaze)
  10. Back Down (Produced by Dr. Dre & Mike Elizondo)
  11. P.I.M.P. (Produced by Mr. Porter)
  12. Like My Style [Feat. Tony Yayo] (Produced by Rockwilder)
  13. Poor Lil’ Rich (Produced by Sha Money XL)
  14. 21 Questions [Feat. Nate Dogg] (Produced by Dirty Swift)
  15. Don’t Push Me [Feat. Lloyd Banks & Eminem] (Produced by Eminem)
  16. Gotta Make It To Heaven (Produced by Megahertz)
  17. Wanksta [Bonus Track] (Produced by John « J-Praize » Freeman)
  18. U Not Like Me [Bonus Track] (Produced by Red Spyda)
  19. Life’s On The Line [Bonus Track] (Produced by Terrence Dudley)
  20. P.I.M.P. (G-Unit Remix) [Bonus Track] [Feat. Snoop Dogg, Lloyd Banks & Young Buck] (Produced by Mr. Porter)

Sortie: 20 Avril 2009
Label: SchoolBoy/ SRC/Universal Motown
Producteurs: Oren Yoel, David Appleton, Don Cannon, Nottz, Mike Carren, Ben Allen, Novel

Asher Roth c’est surtout l’histoire d’un Nième succès forgé sur la toile. Rien en effet ne prédestinait ce joyeux délireur auteur d’une anecdotique mixtape sortie en 2005 (Believe The Hype) à devenir un rappeur attendu. Aidé par une réputation de freestyleur de talent, il va se retrouver à poser sur une tape en compagnie de DJ Drama et Don Cannon (The GreenHouse Effect Mixtape) puis en couverture de XXL (rien que ça). Dès lors les comparaisons avec un autre White MC peroxydé ne vont pas manquer de fuser de partout au point d’énerver passablement notre nouvelle sensation.

A l’écoute de ce premier album, la première impression qui nous vient directement à l’esprit est le non-fondé de cette comparaison avec Eminem. Les deux rappeurs n’ont vraiment pas le même univers. Ne vous attendez pas à vous délecter d’histoires croustillantes sur sa vie personnelle ou d’insultes à tout va adressée à son entourage. Non, Asher ne parle que de ce qui l’intéresse. L’album est donc à l’image de son single I Love College. Femmes, fêtes estudiantines, fumette sont les thèmes de prédilections d’un album pas trop mal produit (en majorité par l’inconnu Oren Yoel). Au mic il ne faut pas s’attendre à quelque chose d’exceptionnel de la part de ce rappeur « chauffé » trop vite par les internautes. Il ne se débrouille pas mal mais dans l’ensemble sa performance est loin d’être transcendante. Pis il se fait même outshiné par un Busta Rhymes déchaîné sur Lion’s Roar. Il signe également un single daubesque en compagnie de Keri Hilson: She Don’t Wanna Man.
Il y a tout de même quelques bons moments à retenir de cet album. Outre l’hymne estudiantin I Love College, Asher devient intéressant quand il se livre un peu plus comme sur As I Em(vous noterez la subtilité du jeu de mots) où il parle de la comparaison dont il fait l’objet avec Eminem ou encore sur Fallin’ qui décrit la façon dont il s’est intéressé au Hip-Hop. Lorsqu’il sort de son registre d’épicurien insouciant, il se montre également capable de textes plus forts comme His Dream, hommage à un homme de 56 ans décédé (son père?) ou encore Sour Patch Kids où il relate la pauvreté de plus en plus grandissante aux États-Unis.

En conclusion donc un petit disque sympa de 12 titres et moins d’une heure de musique (Trois titres bonus sont disponibles sur itunes dont un exclusif pour le Royaume-Uni) dont on ne gardera pas au final un souvenir impérissable. Bon disque mais sans plus.

13/20

Tracklist
1. Lark on My Go-Kart [Produced by Oren Yoel & David Appleton]
2. Blunt Cruisin’ [Produced by Oren Yoel]
3. I Love College [Produced by Mike Caren & Ben Allen]
4. La Di Da [Produced by Don Cannon]
5. Be by Myself (feat Cee-Lo) [Produced by Oren Yoel]
6. She Don’t Wanna Man (Feat. Keri Hilson) [Produced by Oren Yoel]
7. Sour Patch Kids [Produced by Oren Yoel]
8. As I Em (feat Chester French) [Produced by Oren Yoel & David Appleton]
9. Lion’s Roar (feat New Kingdom & Busta Rhymes) [Produced by Oren Yoel]
10. Bad Day (feat Jazze Pha) [Produced by Oren Yoel & David Appleton]
11. His Dream [Produced by Oren Yoel]
12. Fallin’ [Produced by Novel]
13.Perfectionist (iTunes bonus track)(Feat. Beanie Sigel & Rock City) [Produced by Oren Yoel]
14.The Lounge (iTunes bonus track) [Produced by Novel]
15.Y.O.U. » (UK bonus track) (Feat. Slick Rick) [Produced by Nottz]

Sortie: 30 Juin 2009
Label: Year Round Records/ Fat Beats Records
Producteurs: DJ Premier, Easy Moe Bee, Gemcrates

Inconnu du grand public et de beaucoup d’auditeurs, Blaq Poet n’en demeure pas moins une légende de Queensbridge. Actif dès la seconde moitié des années 80 au sein du groupe PHD, il est d’avantage connu comme membre du groupe Screwball (qui compte aussi KL, Solo & Hostyle) avec lequel il signera l’essentiel de ses faits d’armes. Deux albums de Screwball plus tard et notre légende de l’underground se lance en solo avec un premier album Rewind: Deja Screw de bonne facture avec en prime un producteur de choix en la personne de DJ Premier (rien que ça!). Une collaboration qui en appellera d’autres vu que le MC accompagnera Primo lors de sa tournée Européenne. très vite les bruits courent et il se murmure déjà que tous deux prévoient de faire un album ensemble. Quoi de plus alléchant que la perspective d’un disque entièrement produit par DJ Premier, d’autant plus que son association avec Guru semble battre de l’aile et que l’album commun avec Nas n’est pas d’actualité (au plus grand désespoir des fans). Un disque produit par DJ Premier est forcement attendu, quel que soit le nom et les capacités du MC. L’attente est donc plus qu’énorme au sujet de ce deuxième album solo de Blaq Poet « sobrement » intitulé Tha Blaqprint (je vous épargne la référence).
Malheureusement cet opus sera lui aussi victime de la nouvelle gangrène d’une industrie du disque de plus en plus frileuse: les multiples reports. Pas de quoi faire baisser l’attente cependant, d’autant plus qu’un premier single Ain’t Nuttin’ Changed où Primo sample le refrain d’Akon sur I Still Kill de 50 Cent tourne déjà. Et oui rien n’a changé. Que ce soit les flow et thèmes de Blaq Po ou le génie de Premier. Un excellent morceau qui débloque les nuques dès la première écoute. On en devient donc encore plus impatient au point d’envisager déjà un futur classique. Don’t Give A Fucc fuit à son tour des studios et reçoit les mêmes éloges que son prédécesseur. Du Primo inspiré et Blaq Po toujours égal à lui-même. L’impatience grandissant au fil des reports, Tha blaqprint devient la nouvelle cible des teams de leaks et fini par voir sa moitié atterrir sur la toile sans qu’on sache comment. Mais qu’importe, on ne boude pas notre plaisir, mais au fil des écoutes on en devient un peut moins euphorique et on commence à cerner les imperfections de ce disque. C’est dans cet état d’esprit qu’on se trouve lorsque le CD arrive enfin.
Premier constat après une écoute rapide, l’atmosphère de cet album est aussi ruff que sa pochette. On se croirait limite revenu à l’age d’or du rap New-Yorkais. Blaq Poet ne varie pas sa ligne directrice d’un iota sur cet opus. D’autres que lui auraient surement cédé aux sirènes commerciales et à la quête de célébrité. Il n’en est cependant rien avec lui. Toujours accro à la rue, éternel porte-parole des ghettos du Queens, il nous plonge direct dans son monde par le biais de ses versets sombres jusqu’à ce que l’odeur de rue dégueulasse qui exhale de cet album nous enveloppe tel un nuage de fumée. Des lyrics sans concessions de la trempe de ce à quoi il nous a habitué depuis Screwball. Sur ce plan pas de surprise. Seul hic son discours quoique suffisamment poignant devient très vite redondant. On fini par s’ennuyer de l’entendre toujours parler de Queens Bridge, de la criminalité, de la pauvreté et j’en passe. Ces thèmes finissent par en devenir d’autarciques lieux communs plus agaçants que captivants. Mais bon passons. En se procurant un disque de Blaq Poet, il ne faut pas s’attendre à autre chose…
L’album démarre sur des chapeaux de roues avec I-Gettin qui ramène l’auditeur directement dans les années 90. Les nostalgiques apprécieront mais pour les progressistes c’est déjà moins sur. Le morceau n’en demeure pas moins excellent. Très bon travail de Primo qui s’adapte à merveille au style du MC. Cette alchimie va s’étendre à l’essentiel des pistes de l’album avec des bastos comme Rap Addiction (pure merveille où Lil Fame et Blaq Po livrent une excellente prestation), Legendary Pt.1, What’s The Deal ou encore les deux singles déjà évoqués plus haut. Mais ne nous enflammons pas trop. Primo ne produit pas l’intégralité du disque contrairement à ce qui se disait. Dès la deuxième piste Easy Mo Bee le relaie derrière les machines pour pondre U Phucc’d Up, featuring posthume avec son cousin décédé KL (victime d’une crise d’asthme le 28 Mars 2008). Bon titre mais qui semble un peu faible au vu du triptyque de tueries made in Primo qui le suit. La pression baisse cependant à l’écoute du peu inspiré Hood Crazy qui sonne trop moyen. On repart cependant de plus belle avec Voices (qui rend hommage aux légendes du rap décédées) et l’énorme Hate ou N.O.R.E. prouve qu’il faut encore compter avec lui. Gemcrates s’invite à son tour à la prod sur Sichuwayshunz, titre mélancolique avec un piano pleureur qui n’est pas s’en rappeler certains morceaux d’une autre époque. Le retour aux manettes de Primo n’est cependant pas très concluant. Les titres suivants ne sont pas des plus captivants et le propos du MC commence vraiment à irriter du fait de son manque de variété. Let The Guns Blow passe bien cependant mais n’est pas du niveau des deux boucheries qui lui succède. L’album se conclut sur un hommage à KL où Primo sample les Jackson 5 rendant ainsi involontairement un hommage au King Of Pop décédé quelques jours avant la sortie de l’album.

En dépit de ses indéniables qualités artistiques ce disque comporte tout de même son lot de déceptions, quoique minimes comparée aux 3/4 des sorties actuelles. L’album est en effet monolithique. On a sans cesse droit à la même recette déclinées de plages en plages sans retenue, tant au plan des instrumentaux que dans la façon de poser et les thématiques. Toutes choses qui donne un sentiment de manque d’ouverture. De plus on pourrait arguer qu’il y a une volonté (sans doute assumée) de vouloir faire comme avant. Entre deux titres ça passe mais là on pourrait aisément affirmer que cet opus a été réalisé à la fin des années 90 sans que personne ne vienne affirmer le contraire. On a le sentiment que le MC comme le producteur sont incapables de se renouveler, ce qui ne leur fait pas vraiment honneur.
Tha Blaqprint demeure cependant un très bon produit qui se place incontestablement parmi les meilleures sorties de l’année. Il ravira à n’en point douter les Backpackers et autres nostalgiques des années 90, sans oublier les fans de DJ Premier mais pour les autres il sera un disque sympa à écouter mais qui à de fortes chances de vite devenir lassant.

17/20


Tracklist:

  1. I-Gettin (Prod. by DJ Premier)
  2. U Phucc’D Up (Feat. KL) (Prod. by Easy Mo Bee)
  3. Ain’t Nuttin’ Changed (Prod. by DJ Premier)
  4. What’s The Deal? (Prod. by DJ Premier)
  5. Legendary Pt. 1 (Feat. Nick Javas & NYGz) (Prod. by DJ Premier)
  6. Hood Crazy (Prod. by DJ Premier)
  7. Voices (Prod. by DJ Premier)
  8. Hate (Feat. N.O.R.E.) (Prod. by DJ Premier)
  9. Sichuwayshunz (Prod. by Gemcrates)
  10. Stretch Marks And Cigarette Burns (Feat. Panchi & Imani Montana) (Prod. by DJ Premier)
  11. S.O.S. (Prod. by DJ Premier)
  12. Let The Guns Blow (Prod. by DJ Premier)
  13. Don’t Give A Fucc (Prod. by DJ Premier)
  14. Rap Addiction (Feat. Lil’ Fame & Shabeeno) (Prod. by DJ Premier)
  15. Never Goodbye (Tribute to KL) (Prod. by DJ Premier)