Archives de juillet, 2009

Sortie: 15 Mai 2009
Label: Shady/ Aftermath/ Interscope
Producteurs: Dr. Dre, Eminem, Dawaun Parker, Mark Batson, Trevor Lawrence Jr., Doc Ish

Zoom sur la Clinique Aftermath un jour sans éclat de 2008 où le bon docteur Dre est perdu dans ses pensées. Il faut dire qu’il croule, tout autant sous le poids du travail que de ses doutes. Trop occupé à peaufiner la réalisation de sa prochaine expérience, baptisée Detox, le docteur néglige ses patients qui, fatigués de faire les 100 pas dans la salle d’attente de son cabinet, finissent par s’adresser à d’autres médecins, moins doués peut-être, mais plus à même de les soulager rapidement de leur mal. Ce qui ne semble pas toucher notre praticien, toujours perfectionniste et privilégiant la pertinence du diagnostic et l’efficacité du traitement. Dr Dre en était donc à s’acharner sur son expérience ce jour-là quand le téléphone sonne. Au bout du fil sa secrétaire lui annonçant la visite d’un vieil ami, un patient qu’il aurait sauvé il y a une dizaine d’années. Intriguant. Le docteur consent tout de même à le recevoir et voici que débarque dans son cabinet un petit brun visiblement tourmenté.
-Bonjour Andre
-Salut Marshall. La forme?
-Pas vraiment je touche le fond là, j’ai fini par rechuter
-Explique toujours
– Les choses ne se sont pas améliorées depuis la dernière fois qu’on s’est vu.
-Je m’en rappelle, le projet Encore…
-Exactement. J’aurais finalement du te laisser t’y impliquer davantage. Les gens n’ont pas trop accroché et ça m’a plutôt affecté. Je n’en dormais plus, un autre doc m’a donc prescrit des somnifères. Le truc c’est que je suis devenu accro et ça a joué sur le boulot et la santé.
-J’ai appris…
-J’ai du annuler ma tournée en Europe en 2005 et j’ai sérieusement pensé tout arrêter.
-J’en sais quelque chose puisque j’ai plus ou moins suivi ton Best Of. On s’était parlé et tu m’avais confié vouloir réfléchir à ton avenir.
-Oui mais les choses ont mal tourné avec mon remariage et la mort de Proof. J’ai mis du temps à me remettre de ce décès. J’ai consommé des quantités de pilules que tu peux pas imaginer. Je suis total accro à ces médocs depuis. Ma femme s’est barrée au bout de trois mois à cause de mon état et je n’ai plus rien fait de bon. J’ai produit Obie mais on a fait chou blanc. A part ma tape de 2006 et une collaboration avec Akon rien.
-Je sais tout ça. Mais qu’est ce qui t’emmène?
-Il faut que je rebondisse. Que je sorte de cette spirale et toi seul peut m’aider. Tu as bien réussi il y a dix ans à me sauver, si tu n’interviens pas c’est la fin pour moi.
Le docteur resta un moment songeur et répliqua
-Tu es conscient qu’il faudra que j’arrête mon expérience pour me concentrer sur ton traitement
-Je sais
-Et Curtis aussi m’a aussi sollicité.
-Je sais aussi. Tu n’as qu’a t’occuper de nous deux en même temps. Plus personne ne croit en moi en dehors de toi
-Ok . Reviens me voir demain et on va s’y mettre. Mais vu l’urgence de la situation il serait mieux que je m’occupe aussi de la fabrication des médicaments de ton traitement. Tu n’y vois pas d’inconvénient j’espère
-En aucun cas, fait comme tu le sens

Le docteur se met automatiquement au travail avec l’aide de ses assistants ( Mark Batson, Trevor Lawrence, Dawaun Parker, Doc Ish) et de son patient. La rumeur du retour de ce dernier court déjà, tant dans le microcosme que dans l’actualité people. La dénomination du futur traitement est même évoquée (On parle alors de The Empack, puis de King Mathers) sans pour autant qu’on en sache plus. L’équipe médicale demeure cependant imperturbable et se contente de travailler enfermée dans son laboratoire sans rien laisser filtrer. Seul le porte-parole officiel Bishop Lamont se charge de communiquer de temps en temps sur l’état d’avancement du projet. Les meilleurs stratégies ont cependant leurs aléas. Une sombre petite main sans doute affiliée à l’officine parvient à dérober une plaquette du futur traitement de choc de l’ami Marshall et de la communiquer à tous. Ce contretemps va cependant s’avérer salutaire pour le laboratoire. La trop longue absence d’Eminem a contribué à rendre le public particulièrement impatient et cette fuite malencontreuse n’aura pour effet que de donner un formidable coup de fouet à son buzz. Crack A Bottle (en combinaison avec Dr Dre et 50 Cent) met le public dans un état second et se retrouve en tête des charts et des ventes pour un bon moment. Sans compter que les radios qui s’en donnent à cœur joie et relaient ce morceau dont on ne connaissait alors même pas le propriétaire, trop heureuses d’avoir un nouveau titre d’un des artistes les plus marquants de la décennie à diffuser. Voici Em remis sur les rails et prêt pour sa nouvelle offensive. Mais pas la peine de se précipiter. Le bon docteur et son équipe de scientifiques bousculent leurs habitudes en travaillant plus vite mais veillent à conserver le savant dosage qui seul peut faire la différence et sauver leur patient.
La fabrication est finalement bouclée et la fine équipe fête ceci comme il se doit avec une pilule hilarante inspirée de celles dont le blondinet nous avait par le passé gratifié (My Name Is, The Real Slim Shady, Without Me, Ass Like That): We Made You. Comme toujours les peoples en prennent pour leur grade dans un clip détonnant. Un titre plutôt jouissif ou Em part dans ses délires clownesques (chaque couplet est introduit par un pet) et rassure sur son état de forme microphonique. Il n’a apparemment rien perdu de sa verve et la suite va nous le confirmer avec 3 A.M., titre surprenant qui nous emmène aux frontières du cauchemar mais qui n’en demeure pas moins savamment orchestré, tant dans la production que dans la performance (on notera au passage le grand retour de Slim Shady, personnage phare qui avait été écarté d’Encore). Le remède, baptisé Relapse, s’annonce alors détonnant, plongeant des milliers d’auditeurs dans un état de manque alors même que le traitement n’est toujours pas disponible.
Les pharmacies (tiens on n’en avait oublié que c’était des disquaires) commercialisent enfin la nouvelle prescription du laboratoire Aftermath. On aurait pu marquer sur le package « A consommer sans modération » tant l’ensemble s’avère séduisant. Très peu d’invités et comme prévu le bon docteur est de la partie pour tous les titres, depuis le temps qu’on espérait cela. On se sent presque fiévreux au moment de s’administrer cette dose de médicaments.
L’intro digérée tout commence avec le glauque 3 A.M. . On reste cependant dubitatif vu que ce titre nous est déjà connu et que nombre d’albums de ces dernières années ont démarré en fanfare pour s’effondrer juste après. Par contre dès le titre suivant My Mom (Titre où il se moque de nouveau de sa mère et qui n’est pas sans rappeler Kill You) on comprend que le grand Eminem est de retour. Textes introspectifs, parfois caustiques, humour grinçant, flow toujours affuté, punchlines et allitérations toujours au rendez-vous, sans oublier les personnages de l’univers Shadyesque (Steve Berman, Paul…). Du Eminem comme on l’aime et comme on désespérait de retrouver après sa trop longue traversée du désert. Le rappeur de Détroit frappe fort sur Insane et son histoire de sévices d’un beau-père homo et pédophile sur un petit garçon, le tout servi par une performance de haute volée et une orchestration des plus abouties. la bonne impression primaire se perpétue au long des titres suivants qui démontrent toute l’efficacité du tandem Eminem/Dr Dre.
On reprend un peu notre souffle sur l’interlude, le temps pour Em de violer une auto-stoppeuse et c’est reparti avec un Same Song & Dance, nouveau délire psychopathe un rien glauque et qui contraste étonnamment avec le rigolard We Made You qui lui succède. Les haters en prennent également pour leur grade sur Medecine Ball avant que Paul Rosenberg ne s’invite (comme d’habitude!) le temps d’un skit.
Marshall Mathers en remet une couche juste après en parlant de notre monde sur Stay Wide Awake, véritable démonstration flowistique et en s’éclatant sur les pistes suivantes. On en vient alors à Déjà Vu, titre sombre et autobiographique où il revient sur son addiction aux drogues et à cette période sombre de sa vie. Incontestablement un des hauts faits du disque. On a à peine le temps de s’en remettre qu’il est relayé par le sublime Beautiful, morceau sombre et mélancolique qui est sans doute un de ses tout-meilleurs titres. On est pris de tant d’émotion qu’on ne remarque même pas que le bien terne Crack A Bottle (au vu de la qualité de ce qui précède) tourne déjà. On passe donc sur ce son pas franchement attrayant ou 50 Cent se fend d’une prestation plus que poussive. Steve Berman qu’on croyait mort revient discuter avec Em avant que le symphonique Underground/Ken kaniff ne vienne conclure en beauté l’album.

Vous l’aurez donc compris Relapse est un excellent album sans être un classique, un des meilleurs de ses dernières années. On pourrait épiloguer sur la durée de vie de ce disque que d’aucun jugent limitée mais qu’importe. Avant de nous projeté dans le futur nous ne nous lasserons pas de nous repasser ce projet en boucle. Plus mur et moins potache que ses précédents opus, il réussi le tour de force d’apporter une plus-value à la carrière d’Eminem qui signe là un retour fracassant. On attend déjà impatiemment la suite Relapse 2 annoncé pour la fin de l’année et qu’on espère tout aussi bon.

16/20

Tracklist:

  1. « Dr. West (intro) » featuring Dominic West (Prod. par Dr. Dre & Eminem) – 1:30
  2. « 3 a.m. » (Prod. par Dr. Dre) – 5:20
  3. « My Mom » (Prod. par Dr. Dre) – 5:20
  4. « Insane » (Prod. par Dr. Dre) – 3:02
  5. « Bagpipes From Baghdad » (Prod. par Dr. Dre & Trevor Lawrence) – 4:43
  6. « Hello » (Prod. par Dr. Dre & Mark Batson) – 4:08
  7. « Tonya » (skit) (Prod. par Dr. Dre & Eminem) – 0:42
  8. « Same Song & Dance » (Prod. par Dr. Dre & Dawaun Parker) – 4:07
  9. « We Made You » (featuring Charmagne Tripp) (Prod. par Dr. Dre, Eminem & Doc Ish) – 4:30
  10. « Medicine Ball » (Prod. par Dr. Dre & Mark Batson) – 3:58
  11. « Paul » (skit) (Prod. par Dr. Dre) – 0:20
  12. « Stay Wide Awake » (Prod. par Dr. Dre) – 5:20
  13. « Old Time’s Sake » (featuring Dr. Dre) (Prod. par Dr. Dre & Mark Batson)- 4:38
  14. « Must Be the Ganja » (Prod. par Dr. Dre & Mark Batson) – 4:04
  15. « Mr. Mathers » (skit) (Prod. par Dr. Dre & Eminem) – 0:42
  16. « Déjà Vu » (Prod. par Dr. Dre) – 4:42
  17. « Beautiful » (Prod. par Eminem) – 6:32
  18. « Crack a Bottle » (featuring Dr. Dre & 50 Cent) – (Prod. par Dr. Dre) – 4:57
  19. « Steve Berman » (skit) (Prod. par Dr. Dre) – 1:30
  20. « Underground » (outro) (Prod. par Dr. Dre) – 6:12

mosdeftheecstatic

Sortie: 9 Juin 2009
Label: Downtown
Producteurs: J Dilla, Mr. Flash, Madlib, Mos Def , The Neptunes, Oh No, Preservation

Absent des bacs depuis bientôt trois ans, le retour du rappeur/acteur était plus qu’attendu. Dante Smith nous avait clairement laissé sur notre faim (c’est un euphémisme) avec son précédent album au contenu aussi déplorable que son package. Un projet a vite oublier et qui a malheureusement contribué à ternir encore plus l’image de marque de ce rappeur de talent. Les réserves étaient donc nombreuses à l’annonce de la sortie de ce projet qui, comme par hasard, coïncide avec le dixième anniversaire de celle du génial Black On Both Sides. Mos Def n’a en effet jamais réussi à retrouver la formule gagnante de son premier opus. Sans doute parce qu’il a voulu innover en s’aventurant dans d’autres directions. Ce qui est tout à son honneur mais ces expériences sont très loin d’être fructueuses. Il nous a ainsi gratifié de The New Danger, essai de crossover Rap/Rock sans grand éclat, puis de l’insipide True Magic qui n’avait de vrai que la première partie de son intitulé. Mais qu’importe les réticences. On espère toujours retrouver l’excellent MC de Black On Both Sides et, avouons le, nous sommes assez curieux de savoir quelle nouvelle surprise nous réserve notre éclectique Mr Smith.
Première bonne nouvelle, le retour des frères Madlib et Oh No à la production est annoncé. On se dit tout de go avoir droit à un retour aux sources et de facto à une nouvelle tuerie, d’autant plus que des rumeurs faisant état de la présence de Kanye West ainsi que d’un leg de J Dilla achèvent de lever nos inquiétudes. La suite sera cependant moins rassurante. Le temps d’apprendre que le producteur Français Mr Flash sera de nouveau de la partie que déjà le premier extrait Life In Marvelous Times (produit par Mr Flash) débarque. Passée l’euphorie propre à l’écoute d’un nouveau titre tant attendu, le résultat s’avère peu concluant. L’instru n’est qu’un succédané d’un autre sur lequel avait précédemment posé TTC. Incroyable! De plus Mos Def ne gâte pas vraiment sa prestation. Une performance peu inspirée sur un instrumental terne, insipide et à la longue irritant. L’autre single Quiet Dog Bite Hard (produit par Preservation) est plus convaincant…si on oublie que ce titre était déjà connu (les plus perspicaces se souviennent qu’il avait déjà été interprété sur scène lors du concert de Mos Def à Paris en 2007). Heureusement que le très bon Casa Bey relève le niveau et laisse tout de même espérer une impression globalement positive, d’autant plus que la pochette, résolument arty achève notre patience.

L’album démarre plutôt bien avec un Supermagic (clin d’œil à l’album précédent?) plutôt bien tourné. Un instrumental Rock usiné par Oh No et une performance de haut vol sont au programme. On se prend à rêver d’une résurrection du Mos Def qu’on a connu il y a dix ans. Malheureusement ce début en fanfare n’est qu’un trompe-l’œil. Il faut attendre la fin de l’album pour voir Mr Smith se réveiller un tantinet sur History posé en combinaison avec Talib Kweli sur une production de J Dilla et sur le déjà cité Casa Bey. Pour le reste c’est globalement décevant.
Le gros point négatif de l’album vient des instrumentaux. Ils sont soit sans imagination (Twilight Speedball), soit pas vraiment adaptés au rappeur, et ce en dépit de sa bonne volonté. Mais le pire vient des contributions des deux frères qui firent les beaux jours de Stones Throw. La plupart de leurs instrumentaux sont déjà connus de tous ceux qui suivent un minimum leur actualité. Mos Def hérite donc de ces sons qu’on a déjà pu entendre sur des projets tels Madvillainy 2,Beat Konducta In India ou encore Oh No Experiment. On frise le foutage de gueule là! On demande un vrai album, pas une compilation de titres bootlegs! Sans compter qu’il a essayé de nous surprendre en conviant Georgia Ann Muldrow sur le titre Roses. Seul souci, l’instrumental est plus de l’acabit de ce à quoi nous on habitué Jackson et Georgia. Donc qu’il n’a été créé que pour n’être qu’une piste instrumentale sans voix. Mos réussi le tour de force de s’y adapter comme il peut mais on reste tout de même sur notre faim
Les performances microphoniques du MC de Black Star ne sont pas non plus exempts de tout reproche. Pour ceux qui n’attendait que du rap, il faudra qu’ils s’accommodent des chants de Mos, comme par exemple sur le sirupeux Workers Comp. Mais ce qui frappe le plus c’est le manque d’enthousiasme et de pêche dans son flow (la faute aux instrus?). Aux oubliettes le lyriciste fougueux du passé, il faut se contenter d’un Mos Def moins en verve mais qui a tout de même le mérite d’avoir essayé de s’adapter au maximum aux supports qui lui ont été proposés (même s’il est manifeste qu’ils ne lui correspondent pas). Ce qui n’est pas le cas des rares invités (Slick Rick toujours au top, Talib Kweli et la déjà citée Georgia Ann Muldrow) qui s’en sortent beaucoup mieux que lui.
N’allez cependant pas croire que l’album est aussi insipide que son prédécesseur. Bien que sans grand éclat, il se laisse écouter mais ne redorera pas le blason déjà bien terni de Mos Def. Dommage. Un album complètement plombé par une direction musicale douteuse et par un choix d’instrus désastreux. Les oreilles moins averties, ou plus conciliantes, pourraient cependant être charmées par l’éclectisme de l’ensemble. Gageons que le prochain Black Star sera de meilleure facture.

13/20

Tracklist:

1. Supermagic (Produced by Oh No)
2. Twilite Speedball (Produced by Chad Hugo & Mos Def)
3. Auditorium (feat Slick Rick) (Produced by Madlib)
4. Wahid (Produced by Madlib)
5. Priority (Produced by Preservation)
6. Quiet Dog (Produced by Preservation)
7. Life In Marvelous Times (Produced by Mr. Flash)
8. The Embassy (Produced by Mr. Flash)
9. No Hay Nada Mas (Produced by Preservation)
10. Pistola (Produced by Oh No)
11. Pretty Dancer (Produced by Madlib)
12. Workers Comp (Produced by Mr. Flash)
13. Revelations (Produced by Madlib)
14. Roses (feat Georgia Ann Muldrow) (Produced by Georgia Ann Muldrow)
15. History (feat Talib Kweli) (Produced by J Dilla)
16. Casa Bey (Produced by Mos Def & Preservation)

Il est lieu commun d’affirmer que le retour de Mr Curtis était attendu. Échaudé par l’échec du deuxième album de son groupe (le peu inspiré Terminate On Sight), l’ami 50 n’a pas été très communicatif sur les raisons de ce contre-temps, préférant laisser son fidèle général Tony Yayo le défendre (l’affaire Shanika Thompkins y a peut-être été pour quelque chose) . Toutes choses qui laissaient à penser que l’empire G-Unit, tout-puissant il y a encore cinq ans , est définitivement sur le déclin. Qu’importe, 50 Cent entend rebondir avec un nouvel album qui marquera aussi la fin de son contrat chez Interscope et du supposé dictat de Jimmy Iiovine (patron de label). Before I Self Destruct initialement prévu pour fin 2008 a été maintes fois repoussé depuis. La raison principale étant la difficulté pour l’entertainer de Southside Jamaica Queens de se faire du buzz. En dépit de productions estampillées Dr Dre, les singles Get Up et Get It In ne déchaînent pas vraiment les passions. Au point que l’ami Curtis aurait décidé de retourner en studio essayer de rectifier le tir pour cet album qui marquera soit le début d’une nouvelle ère, soit la fin pour lui (à la plus grande joie de ses haters).
Alors donc que Before I Self Destruct tarde à pointer le bout de son nez dans les bacs, 50 décide de nous faire patienter en sortant cette mixtape gratuite sur son site officiel. Histoire de gommer tous les doutes, le sous-titre (Prepare For Total Destruction) nous indique clairement que ce War Angel LP est lancé en éclaireur avant le tant attendu quatrième album de 50 Cent. Pour faire monter le buzz, il est même indiqué que le bon docteur a produit un titre dessus (OK, You’re Right qui est loin d’être la meilleure prod de Dre). On reste cependant dubitatif quand au contenu de cette e-tape.
Au programme une douzaine de titres dont une outro, une liste de producteurs non communiquée et moins de 40 minutes de musique (en même temps on ne s’attendait pas à ce qu’il se foule sur ce plan-là). Première mauvaise nouvelle dès la première écoute, 50 a légèrement changé sa façon de poser. La voix est plus forcée et donne un sentiment de manque de fluidité. De plus les productions ne sont pas ce qu’il y a de plus imaginatif, ce qui est loin d’être rassurant. Voilà pour la forme.
Pour ce qui est du fond, Mr Curtis reste dans la lignée de ce dont il nous gratifie depuis 2005. Des lyrics limites racoleurs innervés d’une arrogance qui devient rapidement énervante. Sans compter que les rimes sont trop souvent monosyllabiques et pas des plus recherchées. Des titres comme Redrum ou C.R.E.A.M. 2009 où il vilipende ses détracteurs, laissent de marbre et illustrent parfaitement le manque d’inspiration de Curtis. Même les refrains qui furent pendant longtemps le point fort de 50 manquent de pêche, à l’image du single OK You’re Right et son refrain simpliste. Le tout laisse une impression plus que mitigée, voire carrément désagréable. De cet ensemble sans grand éclat on retiendra surtout des titres comme London Girl ou I Gotta Win. Passons la pseudo-collaboration avec Robin Thicke sur Cocaine (en fait un remix retravaillé par on ne sait qui, à l’image des duos virtuels avec 2Pac qui pullulent sur la toile et les mixtapes) et on a fait le tour.
Au final, l’opération reconquête est loin d’être une réussite. Ce projet a de fortes chances de demeurer anecdotique et ne parviendra pas à lui permettre de reconquérir son buzz des années passées. Il aura surtout réussi à semer le doute au sujet de Before I Self Destruct qui du coup est attendu avec encore plus de réserves.

12/20

Sortie: 4 Novembre 2008
Label: Universal Motown
Producteurs: Q-Tip, J Dilla, Mark Ronson

Il en a fallu du temps pour que le trop effacé Kamaal Fareed fasse son grand retour en solo. Figure de proue du hip-hop 80’s et 90’s au sein de son groupe A Tribe Called Quest et de la Native Tongue, l’homme au flow élastique n’a pas été épargné par les vicissitudes dans sa carrière solo. Un premier projet Kamaal The Abstract finalement sorti en bootleg, un album officiel et un autre projet Open qui ne sera jamais commercialisé au grand dam de ses fans. Peu productif peut-être, mais une carrière énorme. Q est de ces gens qui privilégie la qualité à la quantité. Alors que ses pairs inondent le marché de projets souvent passables et de street cds parfois médiocres, lui opte pour une approche plus discrète et plus aboutie en sortant peu de disques mais d’excellente facture. On a tous en mémoire le brillant Amplified sorti en 1999 et qui a en définitive bien vieilli.

La qualité de l’opus précédent et le naturel perfectionniste de Q-Tip ne laissait augurer que de grands espoirs à l’annonce de la confection de ce projet. Le scepticisme était tout de même de rigueur au vu du nouveau virage pris par le hip-hop. Entre de nombreuses productions sans imagination et des textes de plus en plus pauvres, le retour d’une des icônes de la Old School serait-il à la hauteur de sa réputation? Ce jeune public gavé aux ritournelles commerciales, au matérialisme et aux productions formatées pourra t’il s’ouvrir au génie de l’ex-ATCQ? La crainte de voir ce futur album mésestimé est tout aussi grande que celle de voir Q-Tip succomber, comme tant d’autres, aux sirènes commerciales. Surtout que les Neptunes (en nette perte de vitesse il faut l’avouer) sont convoqués à la réalisation de l’opus et que la présence du défunt J Dilla n’est pas confirmée. C’est donc avec réserve que ce nouvel album fut attendu. Heureusement les apparitions de Fareed sur The Big Bang de Busta Rhymes ont eu le mérite de rassurer quand aux capacités flowistiques de Q.

Passons outre les singles sortis de ci-delà qui ont tourné sur la toile. L’évènement est plutôt l’annonce du retrait des instrus concoctés par les Neptunes et la présence effective de JD. Tout ce qu’il y a de plus rassurant. Comme un symbole la sortie de cet album à l’intitulé un rien chambreur, The Renaissance coïncide avec l’élection de Barack Obama à la tête des USA. Heureux présage? La suite ne manquera pas de le confirmer.

Ce qui frappe avant toute écoute préliminaire est la pochette inspirée d’un célèbre tableau du peintre surréaliste Belge René Magritte. La MPC vient remplacer la pomme et donne un bel effet aussi symbolique que le dégradé de couleur sur la droite qui divise le corps du personnage en deux parties. Une espèce de mariage entre l’ombre et la lumière, le classique et le moderne, le passé et le présent. Une pochette aussi évocatrice ne fait qu’affuter notre curiosité. Une lecture rapide des crédits permet de constater que Q a décidé de prendre le taureau par les cornes en produisant lui-même la totalité du disque, exception faite d’une production léguée par le défunt J Dilla.

L’écoute ne manque pas de rassurer. Q a livré un projet à son image. Pas de Dirty South abrutissant, pas de formules commerciales éculées, aucune stagnation au niveau lyrical. Et que dire du flow de Fareed, toujours aussi élastique et alerte comme à cette grande époque que peu d’auditeurs actuels n’ont pas connus. Une claque comme pour rappeler à tous pourquoi il était considérer comme un des tous meilleurs MC’s.

Il n’y a pratiquement rien à jeter sur ce disque qui se place qualitativement comme l’un, sinon LE meilleur de ces dernières années. Et pourtant la carte de la prise de risque a été jouée par Kamaal. La bonne vieille formule si chère aux pseudo-puristes (beat, sample et rimes) n’est utilisée que pour un seul titre: Won’t Trade. Pour le reste, Q fait appel à des musiciens chevronnés chargés de ressusciter les samples qu’il a si judicieusement choisi. De plus The Abstract surprend tout le monde en poussant la chansonnette dès le premier titre de l’album Johnny Is Dead . On se laisse ensuite facilement transporter par l’ambiance soul-jazzy variée qui nous rappelle que ce disque n’est pas estampillé Motown pour rien. Les pépites se suivent et ne se ressemblent pas entre un magnifique Gettin’ Up et un Official qui n’est pas sans rappeler le premier opus solo de Q. On enchaine avec l’excellent You au texte équivoque (parle t-il d’une femme, du hip-hop ou des deux à la fois?) et voici qu’arrive en grandes pompes le premier invité de l’album, un certain Raphael Saadiq (rien que ça!). La collaboration entre les deux hommes est fructueuse et le résultat est plus que satisfaisant. Nos deux survivants de la grande époque se font plaisir en évoquant, en filigranne, la guerre en Irak tout au long de ce très bon We Fight/Love . A peine le temps de s’en remettre et la trop méconnue Amanda Diva (du groupe Floetry) vient sublimer un Manwomanboggie à la musicalité enivrante.

Move , héritage du regretté JD se charge d’ambiancer la piste de danse sur un sample du Dancin’ Machine des Jackson 5. On n’en revient cependant pas d’entendre juste après le titre caché éponyme dont personne ne soupçonnait l’existence. La surprise est heureusement agréable et on y trouve son compte. La fin de l’album est heureusement à la mesure des premiers titres. Norah Jones vient prêter main-forte à Q qui se lance dans un name-dropping du meilleur effet (et oui The Game tu as des progrès à faire dans ce domaine) sur un instru rappelant vaguement le More Bounce de Roger Troutman. D’Angelo sort quant à lui de sa tour d’ivoire et vient poser sa voix aux côtés de celle de Q-Tip sur les basses de Raphael Saadiq. Believe est une apologie du positivisme et colle parfaitement (comme une coïncidence) avec le discours électoral de Barack Obama. Comment ignorer aussi le Dance On Glass (écoutez attentivement les effets stylistiques et les rimes de Q ). Seul regret, le titre final Shaka est amputé du discours introductif de Barack Obama.

Que retenir en définitive, que du positif. Un album vraiment plaisant et qui porte très bien son titre. Q-Tip a aisément réussi là ou toutes les autres icônes du hip-hop ont échoué ces dernières années, pondre un nouveau classique. Lui qui rappait “Ils ne savent plus comment faire un classique” sur You Can’t Hold The Torch de Busta Rhymes vient de donner une leçon de hip-hop a tout le milieu. Prouvant que la réinvention du hip-hop a plus de chances de venir de la Soul et du Jazz que de l’électro et de la pop, et que les artifices tels que l’auto-tune sont parfaitement dispensables. The Renaissance est ce que 808’s & Heartbreak n’a pas réussi à être: une véritable révolution. Disons le tout net, The Renaissance est bien parti pour devenir LE classique de ces cinq dernières années, si ce n’est déjà le cas.

Un seul mot: chapeau bas Mr Kamaal Fareed.

18/20

Tracklist:

  1. Johnny Is Dead
  2. Won’t Trade
  3. Gettin Up
  4. Official
  5. You
  6. WeFight/WeLove (feat. Raphael Saadiq)
  7. ManWomanBoogie (feat. Amanda Diva)
  8. Move
  9. Dance On Glass
  10. Life Is Better (feat. Norah Jones)
  11. Believe (feat. D’Angelo)
  12. Shaka

Sortie: 24 Novembre 2008
Label: Roc-A-Fella/ Island Def Jam
Producteurs: Kanye West, No I.D., Jeff Bhasker, Mr Hudson

On avait quitté Kanye West en pleine forme. Graduation, chapitre final de la trilogie de l’ourson avait connu un succès mondial en dépit des réserves émises sur certains choix artistiques. De plus la carrière de producteur du Louis Vuitton Don se portait (comme d’habitude dirait-on) à merveille. Voilà que se profile donc le quatrième projet de l’entertainer de Chicago. Les personnes ayant apprécié le précédent opus (j’en fais partie) en piaffaient d’impatience.

Malheureusement la presse se fera l’écho des (mauvaises) nouvelles au sujet de cet album. D’abord on apprend que cet album sera très personnel et en rapport avec les drames de sa vie (Perte de sa mère, rupture avec sa meuf…). Pas de quoi faire baisser le buzz, tout au contraire, surtout qu’un nouveau duel marketing avec l’ami Curtis se profilait (Bon ça en fait on s’en bat les yeuks). Première raison de douter, l’annonce de l’usage de la vieillote TR-808 comme boîte à rythme de base pour la réalisation de l’album. Pas le temps de s’en remettre vu que la présentation en grande pompe du premier single, Love Lockdown, sur la scène d’une cérémonie MTV achève de diviser ses fans en deux camps. On a en effet eu droit à un Kanye poussant la chansonnette sur un instru digne des standards de la pop, et le pire avec une voix auto-tuné (Je ne vais pas revenir sur ce procédé cher à T-Pain). Les commentaires négatifs suscités par ce titre le convaincront d’en réaliser une nouvelle version. Malheureusement, l’auto-tune est toujours de la partie, toute chose qui rebute les kiffeurs allergiques à ce procédé. Le summum est atteint lorsqu’on apprend qu’il sera utilisé pour tout l’album (enregistré en deux semaines). L’idéal pour se braquer. Et pour ne rien arranger Heartless , le deuxième single est loin d’être captivant, surtout quand on a encore dans les oreilles les trois premiers albums. Seul avantage, on sait déjà qu’il ne faut pas s’attendre à un album Hip-hop.

L’écoute de l’album vient malheureusement corroborer nos soupçons. Ye vire carrément pop sur ce projet. Très peu de rap (venant seulement des invités), un Pinocchio Story carrément inutile et un featuring de Lil-je-suis-partout-avec-ma-sale-gueule Wayne. Tout ce qu’il y a de plus street.

Passés ces a priori, on essaie tout de même de rentrer dans l’album en espérant qu’il sera aussi bien que le sublime The Love Below d’Andre 3000. Au final, il convient d’oublier un peu le projet du membre d’Outkast. Le niveau ne suit pas. Say You Will n’a vraiment rien d’exceptionnel au contraire de Welcome To Heartbreak (en featuring avec Kid Cudi) d’assez bonne facture. On se dit alors que l’album va monter en intensité mais non, déception. Zappons le déjà connu Heartless pour atterrir sur Amazing, titre terne presque sauvé(simplement parce qu’il nous a permit d’arrêter de nous faire chier) par la prestation de Young Jeezy. Paranoid (featuring Mr. Hudson) qui succède à Love Lockdown relève cependant le niveau général. Après un RoboCop sans éclat, l’écoute devient tout simplement pénible, à l’image du duel à l’auto-tune avec Weezy See You In My Nightmares (Beau caca sonore) et d’un Bad News tout simplement insupportable. On est même super content quand le disque se termine enfin (Il passe bien comme berceuse, ma petite cousine n’a pas tenu trois titres).

Que retenir donc objectivement, après moult écoutes? Déjà un sentiment globalement négatif. On s’attendait à un album très introspectif et personnel, on a droit à x lieux communs ressassés dans tous les albums chantés. On nous avait promis la grosse claque au niveau des instrus, raté aussi, même si c’est pas mal produit (un tantinet trop vintage, mais au vu de la boîte à rhythme, fallait pas rêver). Ça ne restera pas intemporel en tout cas. Le carton rouge revient aux performances de Ye derrière le micro. Si vous aimez les chants faux, les voix auto-tunés (n’est pas T-Pain qui veut) et les prestations sans aucune profondeur qui ne dégagent aucune émotion, libre à vous. Pour ma part, son chant est une fiente électro-pop robotique masturbatoire et sans génie. Tant qu’a chanter, autant savoir le faire (Ye tu ne sera jamais Roger Troutman). Là la voix de Kanye ruine les instrus et est vite irritante.

De la mauvaise pop léthargique en conclusion. Ce disque vaut surtout pour la prise de risques (en même temps, faire des chansons à l’auto-tune, a.k.a gadget prisé du moment, inviter Weezy et Jeezy c’est tout sauf prendre des risques). Pour le reste, c’est un agrégat de formules toutes faites que les inconditionnels prendront pour des éclairs de génie. Gageons que ni le futur du hip-hop, ni ceux du R&B et de la Soul ne ressembleront à ça, sinon on est partis pour des siècles d’ennui mortel.

11/20

Tracklist:

1. Say You Will
2. Welcome To Heartbreak (feat. Kid Cudi)
3. Heartless
4. Amazing (feat. Young Jeezy)
5. Love Lockdown
6. Paranoid (feat. Mr. Hudson)
7. RoboCop
8. Street Lights
9. Bad News
10. See You In My Nightmares (feat. Lil Wayne)
11. Coldest Winter
12. Pinocchio Story (freestyle live from Singapore)

Sortie: 2 Juillet 1996
Label: Columbia
Producteurs: DJ Premier, L.E.S., Dr. Dre, Havoc, Live Squad, Trackmasters

Après un premier album certifié classique, le retour du MC de Queensbridge était l’un des évènements les plus attendus du microcosme hip-hop. Nas confirmerait-il son statut de meilleur plume new-yorkaise, ou alors ne serait-il qu’un épiphénomène de plus comme cette culture en a trop connu? La pression est donc grande pour Nasir Jones au moment de la livraison de ce second opus. Entre une presse dithyrambique à son endroit et un public qui place en lui d’énormes espoirs, le rappeur joue la carte de l’ouverture avec le single If I Ruled The World (Featuring Lauryn Hill des Fugees, qui à l’époque avaient réalisé de très bonnes ventes avec le très controversé The Score) lancé en éclaireur. Tout le monde l’ignore encore mais ce titre est presqu’à lui tout seul un résumé de l’album. Refrain chanté accrocheur, mélodie empruntée à Kurtis Blow, arrivée en grande pompe des Trackmasterz, thème qui n’est pas sans rappeler le World Is Yours du premier album et rimes toujours aussi accrocheuses. Dans la foulée, on apprend que Dr Dre produira un son sur cet album. De quoi dérouter les hip-hop heads les plus radicaux de l’époque pour qui Dr Dre= gros sons commerciaux. Le public est donc assez divisé au moment ou It Was Written arrive dans les bacs.

Une première écoute rapide nous permet de réaliser que Nas a clairement voulu évoluer en ne livrant pas un Illmatic bis. DJ Premier ne produit qu’un seul titre I Gave You Power, le reste étant principalement l’oeuvre des Trackmasterz (L.E.S.,Poke, Tone). La présence de JoJo du groupe Jodeci (à l’époque en pleine gloire) sur Black Girl Lost ne manque pas de décontenancer plus d’un. Les refrains chantés sont à l’honneur et les samples sont beaucoup plus accessibles que sur le précédent opus. Sans compter qu’au niveau des textes, Nas s’aligne sur la mode New-yorkaise de l’époque en innervant ses lyrics de références aux films de gangsters, en se rebaptisant Nas Escobar (en référence au célèbre trafiquant de drogue Pablo Escobar) et en arborant la panoplie du parfait mafioso (vêtements de haute couture, cigare et belles voitures) dans ses vidéos. Le mythe du street poet en prend un coup . Mais il convient de passer outre ces idées arrêtées pour réellement apprécier cet album.

L’intro nous transporte dans le Queensbridge cher à Nasir Jones (Il avait déjà déménagé cependant). Dès le premier titre The Message, les bases de l’album sont clairement posées. Un sample de Sting efficace et une performance en tout point remarquable et un refrain fait de scratches de DJ Kid Capri (Aussi célèbre à l’époque qu’un Green Lantern ou un Whoo Kid). la première surprise vient de Street Dreams dont le refrain reprend Eurythmics. Étrange quand on sait que ce titre parle de rue, mais preuve que Nas est loin de vouloir se fermer musicalement, n’en déplaise aux pseudo-puristes. I Gave You Power passe alors presque pour une étrangeté au vu de ces deux prédécesseurs. Les autres titres suivent sans qu’on sente la qualité faiblir jusqu’au surprenant Nas Is Coming produit par Dr Dre. Introduit par un dialogue sur la guerre East Coast/West Coast, on est loin du banger G-Funk que le seul nom du bon docteur laissait présager. L’excellent Afirmative Action lui succède avec brio. Titre fondateur de The Firm et première apparition officielle de Cormega au passage (avant leur brouille). Havoc livre deux productions dans son registre habituel (hardcore à souhait), The Set Up et le sombre Live Nigga Rap sur lequel il s’invite en combinaison avec son acolyte de Mobb Deep, Prodigy. Passons le peu captivant Black Girl Lost et arrêtons nous sur Shootouts, titre sur lequel Nasty Nas accélère son débit et livre une très bonne performance. L’album se conclut avec le déjà cité If I Ruled The World.

Un disque assez critiqué au moment de sa sortie pour ses divergences d’avec le premier et les raisons évoquées plus haut, mais d’excellente facture. Pas un classique, mais un album qui pose les bases de son futur musical.

17/20

Tracklist:

1. Album Intro
Produced by Nas & Trackmasters

2. The Message
Produced by Poke & Tone for Trackmasters Entertainment
Scratches by DJ Kid Capri

Contains a portion of Shape Of My Heart as performed by Sting

3. Street Dreams
Produced by Poke & Tone for Trackmasters Entertainment
Keyboards by Delight for 2000 Watts Music
Contains an interpolation of Sweet Dreams as performed by the Eurythmics
Contains a portion of Never Gonna Stop as performed by Linda Clifford

4. I Gave You Power
Produced by DJ Premier for Works of Mart, Inc

5. Watch Dem Niggas
Produced by Poke & Tone for Trackmasters Entertainment
Keyboards by Delight for 2000 Watts Music
Contains a portion of Sponge as performed by Earl Klugh

6. Take It In Blood

Produced by Live Squad, Top General Sounds and Lo Ground
Contains a sample of Mixed Up Moods & Attitudes as performed by the Fantastic Four

7. Nas Is Coming
Produced by Dr. Dre

8. Affirmative Action featuring AZ, Cormega and Foxy Brown
Produced by Dave Atkinson, Poke & Tone for Trackmasters Entertainment
Keyboards by Dave Atkinson

9. The Set Up
Produced by Havoc of Mobb Deep

10. Black Girl Lost
Produced by L.E.S. for Total Package Productions
Additional production by Poke & Tone for Trackmasters Entertainment
Background vocals by JoJo Hailey of Jodeci
Contains a sample of Starlight as performed by Stephanie Mills

11. Suspect
Produced by L.E.S. for Total Package Productions
Contains a portion of El Gatto Triste as performed by Chuck Mangione

12. Shootouts
Produced by Poke & Tone and Kirk Goody for Trackmasters Entertainment

13. Live Nigga Rap
Produced by Havoc of Mobb Deep

14. If I Ruled the World (Imagine That)
Produced by Poke & Tone for Trackmasters Entertainment
Additional production by Rashad Smith for Tumbling Dice Productions
Keyboards by Delight for 2000 Watts Music
Featured vocals by Lauryn Hill
Contains portions of Friends (instrumental) written by L. Parker. “If I Ruled the World” written by Kurt Walker, performed by Kurtis Blow

Mastered by Tom Coyne at Sterling Sound, NYC
Executive Producers: Nas, Steve Stoute and Trackmasters

2001
Time Bomb/ Delabel
Production:DJ Sek, Oxmo Puccino,DJ Mars

Deuxième disque pour le black mafioso (ce concept n’est pas présent dans l’album) de Danube. Présenté comme une véritable bouse dans le microcosme hip-hopique de l’époque, cet album fut malheureusement un échec commercial et failli même éloigner Mr OX de la musique pour de bon.Bien sur cet album ne ravira pas les amateurs de flows qui percutent (!) et encore moins les adeptes de hardcore violent à souhait. Il importe cependant de dépasser ce type d’a priori pour apprécier cet album à sa juste valeur. Oxmo nous a tout simplement livré un classique. Il a réussi le tour de force de ne pas nous offrir un de ces nombreux succédanés d’albums Américains comme tant d’autres. Le disque est placé sous le signe de la prise de risque. La bande-son sort des sentiers battus et offre une réelle fraîcheur par son unicité. Et que dire des textes,un pur moment de poésie moderne avec un florilège de constatations, ce qui en fait un album incroyablement humain . Une preuve que l’engagement peut prendre diverses formes.L’universalité des thématiques en font un album a portée universelle et quasiment intemporel.
L’album démarre avec une intro vite digérée avant le plat de résistance. Quand j’arrive… met direct une grosse claque. Demain peut-être s’aventure presque dans le chant et donne direct le ton de cet album. On réalise alors qu’on aura affaire à des morceaux que d’aucun jugeraient expérimentaux, mais lyricalement très aboutis, tant dans le fond que la forme. Cet état des lieux de notre société moderne,plus vrai que le travail des soi-disants rappeurs conscients, prend direct au cerveau et apparait comme un des hauts faits du disque. Un interlude plus tard et une ribambelle de classiques prennent le relais( Le Tango des belles dames, le cultissime J’ai mal au mic,le cours de story-telling Boule de neige 2001, L’excellent Le laid, l’entrainant Ghettos du monde). Autant de titres qui nous entrainent dans des voies encore inexplorées dans le rap (en) français.Les titres suivants se succèdent avec la même impression jusqu’à Balance la sauce qui est peut-être plus classique que le reste du disque, mais semble un ton en dessous. Ce moment de faiblesse n’est cependant que passager et la fin de l’album le confirme. De Guerilla à Impasse désillusion ,le morceau caché, on a droit à de nouveaux bangers à la sauce OXMO. Même les rares invités se mettent au diapason à l’image d’Intouchable sur le très bon Les raisons du crime et Dany Dan sur le terrible A ton enterrement. Le Célèbre Bauza se distingue lui aussi sur le Premier Suicide (Un titre déjà présent sur une compil Hostile deux ans plus tôt) tout comme S.Kiv sur Antidiplomate où Ox nous gratifie d’un nouveau flow. Même la présence de Keity Slake ne fait pas tâche, Fais le pour moi permet à Ox d’accélérer son phrasé et ne tombe pas dans le cliché guimauve.
Le tout de ce long projet (22 plages plus un titre caché)baigne dans une atmosphère que d’aucuns jugeraient mortifère, mais je parlerai plutôt de réalisme,voire de fatalisme.Cette soundtrack de la vie moderne (écoutez Mines de cristal) a le mérite d’être un véritable travail d’artiste. Vrai sans être vulgaire,décalé sans sombrer dans la facilité, engagé sans tomber dans les clichés ce disque est tout simplement brillant(les textes sont de pures merveilles poétiques) et en avance sur son temps (on notera qu’Oxmo y inaugure un phrasé parfois chantonné) . Du rap qui pour une fois se soustrait aux standards Américains. Pour moi le classique ultime du rap (en) français. Du grand art.

18/20