Les pétards mouillés du Rap Us (2001-2006).

Diddy gagne un oscar

Publié: 28 février 2012 dans Chroniques
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Diddy gagne un oscar.

Un certain nombre d’albums ont bénéficié d’un buzz énorme ou ont motivé un certain nombre d’attentes tant de la part du public que de la presse spécialisée et ont été au final loin d’être à  la hauteur de l’agitation qu’ils ont suscitée. Le but de cette série d’articles est de vous faire redécouvrir ces pétards …

viaLes pétards mouillés du Rap Us 1996-2000.

Nicki Minaj-Pink Friday 9/20

Publié: 3 novembre 2011 dans Chroniques, Rap US
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Au rayon new comer ultra-buzzée je demande Nicki Minaj. Forte d’ une flopée de tapes convaincantes et d’apparitions remarquées la jeune rappeuse a vite pris ses marques, s’imposant au passage comme porte-flambeau d’un rap féminin mainstream désormais réduit à  sa seule […]

viaNicki Minaj-Pink Friday 9/20.

Longue fut la nuit mais plus éclatant est le soleil. L’histoire de ce disque pourrait être résumée à cette maxime. On avait en effet quitté Big Boi et son acolyte d’Outkast, Andre 3000, sur un Idlewild moins bon que leur monumental double album Speakerboxxx/The Love Below. Dans un contexte morose et une industrie faisant de plus en plus l’apologie de la facilité, on était en droit de se demander si les membres d’un des groupes les plus imaginatifs de l’histoire du hip-hop trouveraient leur place dans le nouvel ordre discographique. L’annonce de la sortie du premier album solo de Big Boi apparait donc comme un véritable défi. L’originalité du bonhomme continuera t-elle à faire recette ou alors sera t-il boudé par un public à l’esprit plus formaté que jamais? La réponse tardera à arriver d’autant plus que son label Jive succombe lui aussi à la logique consumériste de ces dernières années en faisant part de ces réticences. Résultat l’album est indéfiniment repoussé jusqu’à ce que l’inévitable se produise. Lassé d’attendre Big Boi s’en va toquer à la porte de l’homme qui lui fit confiance quinze ans auparavant: Antonio « L.A. » Reid. L’ex-dirigeant de LaFace Records est depuis devenu le grand patron d’Island Def Jam et n’hésite pas à tendre de nouveau la main à son poulain via un nouveau contrat. Seul problème les deux collaborateurs fétiches d’ Antwan, Andre 3000 et Sleepy Brown sont retenus par leurs obligations avec Jive. Conséquence quelques titres dont le séduisant Lookin’ For Ya sont écartés de la tracklist finale. Heureusement que notre homme a de la ressource et ne se laisse pas déstabiliser par ces écueils. Mieux, il réalise un retour fracassant avec un premier single détonant et hypnotique Shutterbug, réveillant au passage la carrière d’un Scott Storch jusqu’alors sur le déclin. Ce seul titre suffira à raviver l’intérêt de la base et à mettre ce disque en tête de liste des plus grosses attentes de l’année. Un ultime report viendra cependant semer une dernière fois le doute mais comme espérer l’album sort enfin.

Dès les premières secondes de l’intro on comprends que notre zig n’a pas chômé et reprend les choses là où il les avaient laissées. Pas de facilettes, de rimes fatiguées ou d’instrus eurodance sur cet essai. Big Boi préfère reprendre les ingrédients qui ont fait son succès et la légende de son groupe. Son flow effréné est toujours de la partie tout comme son univers musical gorgé de p-funk que nous affectionnons tant. Piano, talk-box à l’ancienne et guitare funky se chargent de meubler les instrumentaux sur lesquels Mr Patton s’illustre avec brio. Le début du disque est d’ailleurs placé sous le signe de la continuation. Daddy Fat Sax est l’occasion de retrouver un compagnon de longue date: Mr DJ qui usine ce son familier à tous ceux qui ont suivi de près le parcours discographique d’Outkast. On s’attend presque à voir débarquer Andre 3000 à n’importe quel moment mais au final son absence n’est pas si préjudiciable que ça. Autres vieux fidèles rappelés les producteurs fétiches d’Outkast, le team Organized Noize ainsi le crooner Sleepy Brown qui se charge de laisser ses traces sur le léger Turns Me On produit pas les premiers. La bande à Rico Wade n’en reste d’ailleurs pas là et livre trois titres supplémentaires en combinaison avec l’interprète principal qui enfile de ce fait la casquette de co-producteur.Si The Train, Pt. 2 (Sir Lucious Left Foot Saves the Day) et Back Up Plan concluent l’album en beauté, c’est surtout le très réussi For Yo Sorrows (sur lequel on retrouve le pape de la funk George Clinton ainsi que Too $hort et l’excellent new comer Sam Chris) qui marque les esprits et se hisse sans difficultés parmi les hauts faits du disque. Autre tuerie incandescente le destructeur General Patton et sa prod aux accents guerriers reprenant un sample d’opéra (rien que ça!) sur lequel Big Boi remet les pendules à l’heure et prouve par la même occasion qu’il reste l’un des meilleurs MCs du game.

Si on était tenté de croire que l’autre moitié d’Outkast serait absente de l’élaboration de cet album pour les raisons évoquées plus haut, il n’en est cependant rien. Andre 3000 passe derrière les machines le temps de livrer un surprenant et inclassable You Ain’t No DJ. Outre la construction quelque peu asymétrique du titre, c’est surtout Yelawolf (présenté par une certaine presse comme un Eminem sudiste en puissance) qui surprend agréablement avec deux couplets de très bonne facture apportant un réelle plus-value à l’ensemble. Le rendu tranche quelque peu avec la texture générale de l’album mais s’avère tout de même salutaire ne serait ce que pour la variété apportée. Autres très bonnes surprises l’efficace Follow Us qui affola les ondes, l’excellent Tangerine marquant ses retrouvailles avec Khujo des Goodie Mob et un T.I. plutôt convaincant ainsi que la boucherie Night Night sur lequel B.o.B signe le refrain. Autant de titres qui tiennent l’auditeur en haleine et ne laissent qu’une seule envie une fois le dernier titre terminé: celle de se repasser illico l’album.

Si l’ensemble s’avère de qualité, quelques temps faibles viennent tout de même marquer cet essai. Sans pour autant être mauvais certains titres souffrent difficilement de la comparaison avec les pépites qui sertissent ce bijou musical. Hustle Blood (produit par un Lil Jon retrouvé pour l’occasion) ne tient pas la route face à l’enchainement Shutterbug-General Patton-Tangerine-You Ain’t No DJ. Jamie Foxx aura beau faire de son mieux au refrain le son ne parviendra pas à se hisser au niveau de ses prédécesseurs de la tracklist. Même sentence pour Be Still. En dépit de la présence de son excellente protégée Janelle Monaé, ce morceau rappelant vaguement le Last Night de P. Diddy peine à convaincre sans pour autant être médiocre. On pourrait ajouter Turns Me On mais aussi la collaboration avec un Gucci Mane de gala sur Shine Blockas au quota de sons moins inspirés. Ils demeurent malgré tout largement supérieurs à 90% des sons mainstreams sortis cette année, c’est vous dire le niveau de ce disque sans déchet (une performance à saluer surtout dans cette période où l’emballage importe plus que la qualité du produit). Une seule chose à dire pour résumer cet album, chapeau bas! Indubitablement la meilleure sortie mainstream de l’année, cette pierre de mieux de l’édifice Outkast s’agence parfaitement dans l’une des discographies les mieux élaborées du game. Tout simplement incontournable, à moins d’être totalement allergique aux mélodies.

18/20

Tracklist

No. Title Writer(s) Producer(s) Length
1. « Feel Me (Intro) » Malay 1:28
2. « Daddy Fat Sax » Antwan Patton, David Sheats Mr. DJ 2:36
3. « Turns Me On » (feat. Sleepy Brown & Joi) Patton, Rico Wade, Raymon Murray, Joi Gilliam, Dave Robbins, Wallace Khatib Organized Noize 3:29
4. « Follow Us » (feat. Vonnegutt) Patton, Salaam Remi, Neil Garrard Salaam Remi 3:35
5. « Shutterbugg » (feat. Cutty) Patton, Scott Storch, Ricardo Lewis, Christopher Carmouche Scott Storch, Big Boi (co) 3:35
6. « General Patton » (feat. Big Rube) Patton, Joshua Adams, Ruben Bailey Jbeatzz, Big Boi 3:12
7. « Tangerine » (feat. T.I. & Khujo Goodie) Patton, Willie Knighton, Terrence Culbreath, Clifford Harris Terrence « Knightheet » Culbreath, Big Boi 4:14
8. « You Ain’t No DJ » (feat. Yelawolf) Patton, André Benjamin, Michael Atha André 3000 5:31
9. « Hustle Blood » (feat. Jamie Foxx) Patton, Jonathan Smith, Sean Garrett, Carmouche, Craig Love Lil Jon 4:00
10. « Be Still » (feat. Janelle Monáe) Patton, Ricky Walker, Jeron Ward, William White, Janelle Robinson, Nathaniel Irvin III Royal Flush 5:10
11. « Fo Yo Sorrows » (feat. George Clinton, Too Short & Sam Chris) Patton, Wade, Murray, Samuel Christian, George Clinton, Jr. Organized Noize, Big Boi (co) 3:42
12. « Night Night » (feat. B.o.B & Joi) Patton, Harvey Miller, Gilliam, Bobby Simmons, Clarence Montgomery DJ Speedy, Big Boi (co) 3:45
13. « Shine Blockas » (feat. Gucci Mane) Patton, Radric Davis DJ Cutmaster Swiff, Big Boi (co) 3:45
14. « The Train, Pt. 2 (Sir Lucious Left Foot Saves the Day) » (feat. Sam Chris) Patton, Wade, Murray, Christian, Melanie Smith, David Brown Organized Noize, Big Boi (co) 5:20
15. « Back Up Plan » Patton, Wade, Murray, Mike Patterson Organized Noize, Big Boi (co) 3:43

• (co) Co-producer

Tout mélomane averti suivant un minimum l’actualité musicale sait que la réalisation d’un album-fusion, au confluent d’un ou plusieurs genres musicaux, n’est pas chose aisée. A vrai dire ils sont même rarement convaincants. Autant dire que lorsque Nas annonce qu’il enregistrera un disque entier avec Damian Marley, monstre sacré du reggae, le scepticisme est de rigueur. D’autres avant lui se sont essayés au mélange de genres le temps d’un album ( Notamment Jay-Z auteur de deux albums avec R. Kelly et d’un autre avec les rockeurs de Linkin Park) avec plus ou moins de bonheur et sans forcement en sortir grandis. Les craintes sont donc fondées surtout que Nas ne fait plus autant l’unanimité depuis la sortie de Hip Hop Is Dead et que la polémique autour de son dernier solo en date Nigger ne l’a pas nécessairement servi. De son côté Damian Marley n’a plus rien sorti depuis son excellent Welcome To Jamrock et reste tout de même sur trois années de silence discographique quand l’enregistrement de Distant Relatives est amorcé. On se prend tout de même à espérer que l’ensemble de l’album sera de la qualité de leur seule collaboration d’alors, le brillant Road To Zion extrait justement de Welcome To Jamrock. Dans la foulée on apprend que la thématique générale de l’album sera l’Afrique et que ses bénéfices iront à une association caritative. Pas de quoi rendre moins dubitatif tant il est facile de penser qu’on aura affaire à un disque bâclé, enregistré à la va-vite et tablant sur son aspect « c’est-pour-la-bonne-cause » pour s’assurer une présence médiatique. Le doute est donc de mise lorsque arrive le premier single de ce qui devait être originellement un EP et qui s’est vu mué en album au fil des sessions. As We Enter met direct une grosse claque dès les premières écoutes. On se laisse sans peine séduire par ce titre aux accents reaggae/hip-hop et par les performances plus qu’honorables des deux intervenants. Le sample de Mulatu Atsatke fait mouche et donne une dimension supplémentaire à ce titre. Une mise en bouche comme on en rêverait pour tous les disques. Strong Will Continue lui succède dans les bacs avec autant de brio.S’il n’est pas nécessairement du goût des amateurs de boombap, il s’avère être un pur moment de communion musicale et a le mérite de donner le ton de l’album. Même l’annonce de la guest list (sur laquelle on retrouve tout de même Lil Wayne, Joss Stone, deux noms loin de faire l’unanimité, ainsi que K’Naan, Dennis Brown et  le frère de Damian, Stephen) ne vient pas entamé la confiance autour de ce projet qui devient alors l’un des plus attendus de l’année. Subrepticement les titres vont commencer à fuir sur la toile  au point que neuf titres sur treize seront disponibles avant la sortie officielle.

Pour faire simple disons tout de go que le pari est plus que réussi. Si la principale difficulté était de garder une certaine cohésion des deux backgrounds, les deux auteurs ont pris le parti de privilégier la diversité musicale. Plutôt que d’avoir à un disque mi-hip-hop, mi-reggae  on voyage aux confins de la world music tout au long de cet album. Bien entendu tous ceux qui rêvaient d’un disque plus orienté hip-hop risque d’être très déçus, mais passé cet a priori c’est un véritable bijou musical, serti de titres aussi brillants les uns que les autres. On ne sait à quoi accorder sa préférence tant  les morceaux de qualité sont légion sur ce disque où il n’y a rien à jeter. L’alchimie entre Nas et Damian est plus que parfaite et s’avère diablement efficace au fil des écoutes. Même les rares invités se mettent au diapason et rendent de très bonnes copies. Lil Wayne fait plaisir à entendre sur My Generation en oubliant l’autotune aux vestiaires (il devrait d’ailleurs s’en inspirer plus souvent) sur un instru reggae punchy rehaussé par un bon refrain de Joss Stone. Dennis Brown se met au diapason sur le sublime Land Of Promise, tandis que les deux apparitions de K’Naan apportent une réelle plus-value. Stephen Marley s’illustre également sur Leaders et In His Own Words, titres produits pas ses soins. Si Damian assure l’essentiel des productions les trois contributions de son frère s’avèrent excellentes. Mieux il réalise le braquos avec l’excellentissime Patience. Plus que les différentes performances de Nas et Damian, le sample de voix de Mariam Doumbia donne toute sa dimension à ce titre qui sent bon l’Afrique et ses grands ensembles. Un son qui parasite direct le cerveau et que même une cure de daubes commerciales ne parvient pas à faire disparaitre.
L’Afrique étant au centre des lyrics de cet album, il  n’est donc pas surprenant de constater que la couleur musicale soit innervée de constantes références à la musique de ce continent. Outre Patience, on retrouve des chants tribaux rappelant  l’Afrique du Sud sur Dispear et une intro qui transporte directement sans décalage horaire en Afrique centrale pour le brillant Friends. Si le message véhiculé par nos deux compères sombre parfois dans la naïveté voire par moments dans l’utopie pour quiconque vit sur le continent noir (bon là c’est ma sensibilité d’Africain vivant en Afrique et n’en étant jamais parti qui parle), il convient tout de même de saluer l’effort ainsi que la variété des thèmes abordés. On navigue entre interrogations philosophico-religieuses ( Patience, In His Own Words…), appels à la fraternité (Friends), évocations des conditions de vie sur le continent (Count Your Blessings) et regards sur l’avenir par le biais de diverses exhortations. Conscient sans être chiant, homogène sans sombrer dans le répétitif, l’ensemble s’avère des plus séduisants, même s’il s’agit de thématiques récurrentes pour ceux qui écoutent souvent du reggae. Mais vous l’aurez compris c’est plutôt du côté de la musicalité qu’il faut chercher l’originalité, et cet album est loin d’en manquer. Si certains titres apparaissent un ton légèrement en dessous (Dispear en est l’exemple le plus éloquent, In His Own Words aussi) les  autres sont de très bonne qualité. Parmi les hauts faits du disque figurent la tuerie incandescente Nah Mean, les excellents Tribes At War et Africa Must Wake Up ainsi que le déjà cité Land Of Promise.

Indubitablement une des meilleures sorties de l’année tous genres musicaux confondus. Un exemple de crossover plus que réussi qui séduit sans peine et ravira tous les auditeurs aux goûts éclectiques. Trop tôt pour être élevé au rang de classique mais lorsqu’il s’agira d’évoquer les collaborations reggae/hip-hop, il y a fort à parier que ces projet de treize titres sera souvent cité. L’avenir nous fixera sur son statut discographique mais pour l’heure c’est tout simplement un excellent album.

18,5/20

Sortie: 22 Septembre 2009

Label: Rhymesayers Entertainment/Warner Music Group

Producteur: Ant

Alors que le hip-hop de ce troisième millénaire s’égare dans les miasmes de la médiocrité et du matérialisme abrutissant, une poignée d’activistes persistent à lui donner de la consistance en opposant leur vérité et leur engagement à ce trop-plein d’inauthenticité. Brother Ali est de ceux-là. Pas le genre de MC’s a parader dans des vidéos flute de champagne à la main  au bras d’une amazone à grosse poitrine. Pas non plus du style à ne se préoccuper que de son business et des produits dérivés à son nom. rien de tout cela. Il n’a rien d’autre à nous offrir que le cauchemar américain dans toute son expression et étaler la laideur de l’envers du décor. Il faut dire qu’il le connait bien pour l’avoir côtoyé une longue période de sa vie. Né albinos, il a été toute sa vie confronté au racisme de chacune des deux races. Il a de plus un passé de sdf et a été amené à vivre dans la rue un moment. La misère et la ségrégation il connait, peut-être mieux que personne. Le rapper d’exception qu’il est à présent devenu force l’admiration par sa fidélité à la maison qui l’a fait j’ai nommé le label underground Rhymesayers. Mieux il reste fidèle au duo Atmosphere, notamment le producteur Ant, concepteur musical de tous ses projets.
Le moins que l’on puisse dire est qu’on attendait avec impatience le successeur du monumental The Undisputed Truth qui avait marqué l’année 2007. Si beaucoup ont espéré qu’il reprenne les choses là où il les avaient laissées (musicalement s’entend) il n’en est rien. Pour faire la transition entre ses deux LPs, il s’est fendu d’un EP intitulé The Truth Is Here sorti un peu plus tôt dans l’année (en mars 2009). Si le contenu de cette sortie est resté impeccable, certains ont moins apprécié les instrumentaux d’Ant. C’est pourtant dans cette lignée que s’inscrivent ceux de ce Us. Honnêtement on ne peut pas reprocher grand-chose à ce disque qui est magistralement produit sans tomber dans le monotone. On navigue aux confins de la soul et du blues pour au final avoir droit à seize titres plutôt variés. Un bon point déjà. Pour le reste Brother Ali reste fidèle à lui-même, ne pouvant s’empêcher de prêcher (l’album a d’ailleurs failli s’appeler Street Preacher). Toutes choses qui ne manqueront pas d’exaspérer certains peu enclins à supporter les donneurs de leçons. Mais c’est objectivement l’une des seules raisons de ne pas apprécier cet album, vu que pour le reste Brother Ali impressionne comme toujours avec un disque pour lequel le qualificatif conscient s’avère être un euphémisme.
L’album démarre sur des chapeaux de roues avec un apparition express de Chuck D en maître de cérémonie de luxe. Après cette introduction de choix, Ali peut déballer son arsenal lyrical et ses textes intelligents. Son art et sa science de la rime sont comme d’accoutumée entièrement mises au service du fond. Il reprend son habit d’imprécateur dès le premier titre The Preacher, mise en bouche résumant parfaitement le contenu du disque. Comme toujours il nous gratifie de textes sublimes savamment narrés. L’excellent The Travelers en est le plus parfait exemple. Desservie par une production entrainante grâce à la touche d’exotisme apportée par un xylophone, Brother Ali signe un texte stupéfiant de sincérité sur le racisme et l’esclavage. Surement un des plus poignants du genre. Pour le reste les tares de l’Amérique sont passées au crible de sa plume: racisme, communautarisme, esclavagisme, homophobie, bêtise humaine, aucun sujet ne lui fait peur. Il n’hésite pas à nous parler de viol sur le très dur Babygirl à la production aussi relaxante que la gravité du texte. Une prose qui fait froid dans le dos tant elle est empreinte de réalisme. Autre moment fort le poignant storytelling Tight Rope sur lequel il incarne un nouveau personnage à chacun de ses couplets. Tour à tour réfugiée de guerre, enfant de parents divorcés et homosexuel, il illustre parfaitement ce pamphlet contre l’intolérance en faisant appel à sa propre expérience de rejeté. D’autres titres forts comme Breakin Dawn ou Slippin Away (titre plus personnel ou il évoque ses amis d’enfance) font de cet opus un pur moment de conscious rap.
Mais notre prêcheur sait également s’évader et nous gratifie de titres moins oppressants. On apprécie ainsi quand il nous parle d’amour en fin d’album sur le sublime You Say (Puppy Love). On se laisse également conquérir par l’entrainant Fresh Air où il nous communique sa joie de vivre en évoquant sa vie de famille. Il reste tout aussi efficace quand il part dans un registre un peu moins engagé, prouvant qu’il a beau ne pas être le meilleur MC de tous les temps, il est tout de même capable d’exploits au micro. Il fait plus que se défendre sur la tuerie Best@It face aux deux casseurs de micro Freeway et Joell Ortiz rares invités de cet album. Il part même dans un délire Icecubesque sur Bad Mufucker Pt. 2 (Cube est l’une de ses références) plutôt convaincant. Il brille tout autant sur Round Here ou encore Games.
Pour résumer, Brother Ali continue sur sa lancée en signant un disque de qualité comme toujours. Il n’y a absolument rien à jeter sur cet album qui s’impose comme l’un des meilleurs de ces dernières années. Contenu de haute tenue, productions de qualité, rimes aiguisées, invités au niveau. Toutes les conditions du bon album sont remplies. Après certains trouveront son discours trop moraliste et redondant mais c’est chipoter. Disque à écouter et à posséder.

18/20

Tracklist

  1. « Brothers and Sisters » – 1:28
  2. « The Preacher » – 3:23
  3. « Crown Jewel » – 3:57
  4. « House Keys » – 2:42
  5. « Fresh Air » – 4:42
  6. « Tight Rope » – 3:36
  7. « Breakin’ Dawn » – 4:38
  8. « The Travelers » – 5:18
  9. « Babygirl » – 4:34
  10. « Round Here » – 3:55
  11. « Bad Mufucker Pt. 2 » – 3:35
  12. « Best @it » – 4:24
  13. « Games » – 3:44
  14. « Slippin’ Away » – 4:59
  15. « You Say (Puppy Love) » – 4:17
  16. « Us » – 2:44
    • Featuring Stokley Williams